‹ Le juifChapitre 68 sur 312 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

tre son père, de la fille contre sa mère, et du serviteur contre son maître. Et que de suppôts la magie ne compte-t-elle pas dans leurs rangs ' !

Ainsi parle le siècle de la Renaissance. C’est assez dire ; et nous n’eussions osé lui laisser cette apparente licence de discours, si ces paroles de grandes , de courageuses et salutaires vérités, n’eussent reflété si précisément, après tant de siècles, les paroles de l’un des Pères de l’Église, de l’une de ces illustrations doctorales devant lesquelles se sont inclinées jusqu’h nos jours les générations humaines-, mais langage que ne sauraient guère plus accueillir les oreilles nerveuses que forme le style délicatement parlementaire d’une époque où le laisser-faire tend îi devenir le principe unique de la vie sociale!

A nous de voir maintenant si le siècle religieux de Louis XIV, et le siècle si peu religieux du Régent, n’auraient rappelé les iniquités du Juif, dans un de leurs monuments historiques les plus remarquables, que pour le rébahiliter en nous offrant une description de ses mœurs qui détruise nos anciennes et légitimes préventions, et qui nous permette de révoquer en doute la fidélité de la peinture que nous devons au vigoureux et terrible pinceau de Simon Maïol. Ouvrons donc le Traité de la police, ce grand et monumental ouvrage dont l’auteur, sous l’inspiration des Lamoignon et des Colbert , et sous le patronage même du Régent, décrit dans ses pages les rapports du Juifet du Chrétien. Le Juif y aurait-il obtenu le moindre éloge dont il nous soit possible de conclure un amendement dans sa moralité? Non ! Et, sans daigner avoir un mot pour nous dire quelle sorte de personnage est devenu le descendant de Jacob à la date de son quadruple millésime % ce livre se

* Hodie etiam apud Judæos, præsertim in Oriente, quid magia frequentius?... Tradunt ipsi Judalci scriptores septuaginta seniores sues, seu Sanhédrin, magiam apprimè calluisse, idque, inquit R. Semoloh, ut præstigiatores eo facilius convincereni ! Ib., p. 920, col. 2.

2 Premier volume en 1705, second en 1710, troisième en 1719, quatrième en 1738, in-fol.

tait, comme si rien de nouveau n’était h nous apprendre sur le Juif; comme si, au sein de l’Europe, le Juif resté ferme et immuable dans sa foi talmudique avait dû rester immuable dans ses mœurs; et tel est en effet sur ce point le témoignage de l’histoire. 11 nous laisse en un mot sous l’impression des motifs qui dictent en 1212 la lettre célèbre d’innocent 111, et qui déterminent en l’an 1394 la justice du roi Jean :

« Telle est l’ingratitude des Juifs, s’écriait le pontife, que cette nation , supportée par la piété chrétienne avec tant de bonté, « ne rend pour reconnaissance à ses bienfaiteurs que des crimes et des injures ' ’ »

Et lorsqu’un siècle et demi s’était écoulé depuis cette lettre, l’historien ajoute : « Les vingt-huit années que le roi Jean leur avait permis de demeurer en France en l’an 1360, et les seize années de prorogation que Charles V leur avait accordées, ne devaient expirer que l’an 1396. Mais les crimes et les abominations qu’ils commettaient tous les jours obligèrent Charles VI d’anticiper ce terme. 11 le fit par lettres patentes du 17 septembre 1394, qui bannirent les Juifs à perpétuité de ses États, et leur firent défense d’y demeurer à peine de la vie ’. »

Or, après ce quatorzième siècle, deux autres siècles s’écoulent, et le cruel Traité de la police revenant sur Israël nous dit, à la date de l’an 1705 : « Quelques Juifs de Portugal et de Hollande étant venus s’établir en France sous prétexte de commerce, au commencement du siècle dernier, le roi en fut informé, et cela donna lieu à une déclaration du 23 avril 1615, par laquelle Sa Majesté bannit de son royaume tous les Juifs, et leur fit défense d’y demeurer sous les peines portées par les ordonnances des rois ses prédécesseurs ’. »

Le chef, le protecteur, le roi de la nation française re-

' P. 821-2. Lire les affreux détails dans lesquels entre cette lettre.

2 Ib., p. 285.

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