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CHAPITRE CINQUIÈME

« S’instruire elle-même de ses devoirs, chercher dans la prière la force de les accomplir, les inculquer aux enfants, les pousser k aller dans les écoles, pour y chercher le complément de l’instruction qu’elle leur a donnée ; mettre son mari k même d’étudier la religion : voilk ce que le Talmud demande k la femme. Et l’on vient nous dire qu’il l’exclut de la loi religieuse '!...» Oh! vraiment, quelle indignité! Tel est le langage des sages de Juda.

La première réponse de l’histoire aux affirmations de ces docteurs, ce doit être une pièce que nous acceptons de leur main. Elle a pour auteur l’une des illustrations du monde judaïque, le plus haut dignitaire du rite écossais de la francmaçonnerie-, celui qui, le premier, présida l’importante association de 1’ Alliance Israélite universelle, enfin l’un des souverains provisoires de la France lors de l’installation de la seconde république française.

M. Crémieux, puisque nous venons de le nommer, fait retentir sa parole vive et solennelle au milieu de la sixième assemblée générale de cette singulière association. Il l’entretient avec passion de ses frères de l’Orient, chez lesquels il nous faudra plus particulièrement bientôt rechercher le Juif judaïsant, ce type immuable pendant des siècles, et qui, de nos jours, dans les régions libérales de l’Europe, ô signe irrécusable des temps! s’ébranle, sort de lui-même, se transforme, se métamorphose k vue d’œil, sent sa foi plus chancelante k chaque pas qui le rapproche du droit de cité chez les peuples qui l’accueillent, rougit de ses mœurs talmudiques, les répudie tout en flattant d’une main doucereuse le Talmud, et, vide de toute croyance, ouvre avec amour son intelligence et son cœur aux doctrines du libéralisme antichrétien dont le sinistre bourdonnement remplit l’atmosphère.

« De quelque part que nous vienne la plainte , s’écrie l’orateur judaïque, notre secours lui arrive Nous venons,

' Archives israilites, XXII, p. 993-4, 1866.

la bowM à la main, procéder k la création d’écoles jusqu’alors inconnues. Mogador, Tanger, Constantinople, Saionique, Damas, Bagdad, notre alliance est partout, et commence à régénérer les enfants Je ne sais quelle rapidité

d’instinct anime ces enfants de l’Orient, dont les progrès nous étonnent...! Les écoles de filles nous occupent beaucoup. Les filles deviennent les femmes, les femmes deviennent les mères-, c’est par les mères que se gravent dans le cœur des enfants les premiers principes, les premières idées qui sont la décision de la vie. Je vous avoue, entre nous, messieurs, que j’ai toujours eu pour les femmes le plus doux, le plus irrésistible penchant. (On rit.) J’ai compris de bonne heure que d’elles surtout dépend le sort de nos enfants, c'est-àdire le bonheur de notre vie; et, s’il faut vous dire toute ma pensée, je n’ai jamais bien compris gu’on veuille les tenir dans un état d’infériorité. Je ne veux pas, surtout, le comprendre dans la famille juive »

... « Lors de mon voyage en Égypte...., je m’aperçus de l’état de sujétion dans lequel étaient tenues les femmes juives. Les jeunes filles riches étaient envoyées dans les écoles. Quelles écoles! Dans des lieux souterrains, à l’abri de la chaleur, nonchalamment étendues sur des tapis, elles passaient les jours dans l’indolence. Les jeunes filles pauvres n’avaient point de lieu de réunion. A l’intérieur des maisons, les femmes vivaient dans la dépendance et la soumission. Et pendant que, réunis dans la synagogue, les Juifs me rendaient ces honneurs si grands dont le souvenir ne peut s’effacer de mon âme, les femmes, reléguées, s’offraient à peine k mes regards. J’avais résolu de m’élever contre ces habitudes de la famille Étes-vous musulmans, leur dis-je j que

vous traitez vos femmes comme ils traitent leurs femmes? Est-ce que le Dieu d’Israël n’a pas fait la femme de notre chair? Est-ce qu’elle n’est pas la mère de nos enfants?... Est-ce que (notre) loi n’a pas mis la femme au rang de l’homme dans ces mots si touchants : Honore ton père et ta mère? Et comment votre fils honorera-t-il sa mère, si, dans la mai-

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son de son père, il ne la voit pas honorée, elle, épouse, k l’égal de son père ' ? »

Ces paroles jetées avec l’art, le ménagement, les précautions que réclamaient impérieusement les chatouilleuses oreilles de l’auditoire, nous préparent k la parole plus doctorale, et souvent si piquante, que consignait k la postérité l’un des hommes les plus érudits qui soient sortis du Judaïsme, et que nous avons plus d’une fois amicalement. hébergé sous le toit qui nous abrite Le Talmud, nous dit en l’an 1844 cet ancien rabbin , « le Talmud qui assimile en toutes choses la femfne à l’esclave », déclare le mari tellement maître de celle qu’il épouse, que si même il profane les lois les plus inviolables du mariage, la femme n’est pas admise k se plaindre, et qu’il a droit k dominer toutes ses résistances. Il lui appartient donc « d’en user bon gré mal gré, comme d’une viande achetée k la boueberie, » et destinée k souffrir, sans se plaindre, que celui qui l’a payée « l’accommode selon son goût et son caprice '. »

Les maîtres de la tradition pharisaïque , les docteurs du Talmud, les rabbins, qui permettent et commandent k l’orthodoxe tant de choses, et des choses si singulières, défendent cependant au mari de s’allier^i une infidèle, car l’infidèle représente pour eux une brute; et qui l’aime, aime une

bête Mais le concubinage du mari n’effraye nullement

leur morale; et la concubine osât-elle implanter avec elle l’adultère sous le toit conjugal, ce fait n’a rien qui les effarouche; loin de Ik ! Que cette rivale de l’épouse ne soit point mariée; que, surtout , elle ne soit point une infidèle, et par cela même déchue au rang de l’animal , tout sera dès lors pour le mieux, et voilà tout ce que le rigorisme rabbinique exige!

* Archives israilites, I, p. 4 4-46, 4" janvier 4867.

* Voir Harmonie, t. I", p. 73; Paris, 4844, Drach.

® Harmonie entre l’Eglise et la Synagogue., ib., i. II, p. 334-5. Talmud, traité Sanhédrin, fol. 58 v®, et traiié Nédarim, fol. 20 v®, qui autorise en termes explicites le mari ; naturali omisse... Lire la suite, «6. p. 335.

Nous n’hésiterons point d’ailleurs à rappeler que , parmi les maîtres cités dans nos pages « sur les décisions du Sanhédrin de 1807 », et d’où résulte le fait que les Juifs professent cette commode doctrine, il y a celle du Ramban (Moïse Nahhmenides), dont l’autorité dans la Synagogue est si grande ! Or, ce rabbin s’étonne que l’on puisse « mettre en doute si pareille chose est permise. Je ne puis concevoir, dit-il, comptent on peut en clouter! c’est certainement un commerce licite. » Babbi David Adubraham rapporte ces mêmes paroles du Ramban ' et les corrobore par plusieurs sentences de Maïmonides. » D’après le sens que les rabbins donnent à ces paroles de la Genèse ; Croissez et multipliez, il est donc inutile de se soumettre au joug du mariage pour atteindre le but providentiel de la multiplication de l’espèce humaine -, et, par le plus provocant oubli des lois de la morale, le libertin et le lâche séducteur n’accomplissent pas avec moins de mérite que l’homme vertueux « un précepte divin *. »

Dès que nous aurons appris quel est le néant de la femme sous le toit du Juif orthodoxe, nous nous garderons bien de nous étonner si celui que l’on appelle son mari n’est en réalité que son maître^ si son titre matrimonial l’investit du droit de fustiger, de corriger celle que le mariage lui livre ; et si, d’après l’interprétation judaïque, le neveu ne peut épouser sa tante, tandis que l’oncle reste libre d’épouser sa nièce, par la raison que, dans ce premier cas, les convenances priveraient le neveu du droit de correction manuelle si nécessaire à l’harmonie conjugale ’ 1 Mais cette même femme qui , sans offenser les mceurs talmudiques, vivait tout k l’heure sous le toit conjugal d’un homme marié, cette femme vient-elle k serrer elle-même les nœuds du mariage, oh! que dès lors elle se garde bien d’être assez impudique pour permettre k l’œil téméraire d’un homme d’apercevoir quelques mèches seulement de sa

‘ P. H3, col. 3, édit, de Prague.

* Ibid. Drach, Harmonie, t. I, p. 208.

® 76. Harmonie, t. II, p. 335.

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