CHAPITRE CINQUIÈME
certains hasards nous ayant rendu familiers à cette époque les personnages , les faits et quelques-uns des lieux de ce drame'.
Il se fit donc que la grâce ayant amolli le cœur du loyal rabbin, ce véritable descendant d’Àbraham sentit chanceler en lui la foi talmudique. Chaque jour ses consciencieuses et persévérantes méditations l’en détachaient de plus eu plus, et vainement semblaient devoir l’y enchaîner les liens les plus invincibles : son vieux père et sa vieille mère, sa jeune famille et ses alliances; des succès éclatants dans les sciences rabbiniques, et le magnifique avenir, l’avenir tentateur qui, du pinaeje de la synagogue, lui souriait, et quelquefois le fascinait.
Il abjura. Mais â peine le malheureux se fut-il déclaré chrétien, que la trahison prit asile â son foyer, que ses proches le maudirent, et qu’une violente conspiration de fureurs éclatant autour de lui, l’eût réduit au désespoir si sa conscience, si la fermeté de sa foi chrétienne ne l’eût maintenu debout. Cependant le plus sensible des coups devait atteindre son cœur paternel : le rapt de ses trois jeunes enfants; et ce coup fut porté par leur mère! Les Juifs, avertis par un mot d’ordre, se prêtèrent de toutes parts k cette audacieuse entreprise, et les ravisseurs agirent dans un si parfait concert et avec une si juste précision de mesures, que les plus actives recherches de l’autorité ne relevèrent aucune trace. Ils s’étaient acheminés de Paris k Londres, par la route si fréquentée de Calais k Douvres, et l’œil si largement ouvert de la police, en les suivant, n’avait rien vu I
« La police, pendant près de deux ans, ne sut découvrir ce qui était k la connaissance des plus petits enfants juifs, non-seulement en France, non-seulement en Angleterre, mais encore 'dans tous les pays où s’est dispersée la race de Jacob. En un mot, l’incontestable adresse de la police française échoua contre la profonde discrétion que
* Voir le chap. xviii de notre livre Mœurs et pratiques des démons, édit, de 1865; el Harmonie, t. p. 88; Paris, 1844.
les Juifs savent observer envers les Goyim, ou non-Juifs, toutes les fois qu’il y va de l’intérêt de quelque affaire nationale', »
Fatigué de sa crucifiante et vaine attente , Drach prend enfin la résolution de voyager et de se mettre en personne à la recherche de ses enfants. L’ensemble des rapports officiels le porte a conclure que les fugitifs se sont dirigés vers la frontière de l’Allemagne, après avoir traversé la ville de Metz, ce grand quartier général des Israélites en France. I.es amis de Drach tiennent conseil, et décident en conséquence que la ville de Mayence sera le pivot de ses investigations. Riche et nombreuse, la communauté juive de cette ville est en constante relation de commerce avec les Israélites de toutes les parties de l’Allemagne et de l’est de la France. Un grand nombre de négociants juifs de passage ont d’ailleurs l’habitude d’y faire une halte et d’y débiter, avec leurs marchandises, toutes les nouvelles ramassées en route. L’œil au guet, l’oreille attentive, Drach occupe son poste d’observateur; « mais à quels dangers personnels ne se va-t-il pas exposer dans ces contrées où il est étranger, et où les Juifs qui le persécutent sont plus puissants et plus ombrageux qu’en France! »
Au bout de dix mois de séjour, rien encore n’a transpiré! Son ignorance du secret qu’il cherche h surprendre est la même, sa perplexité la même; vainement use-t-il comme auxiliaire d’un Juif salarié par la police de Mayence, et vainement d’un autre Juif détaché de la police parisienne. « Que peuvent tes plus sages mesures des autorités de tous les pays contre la vaste et permanente conjuration d’un peuple qui, réseau non moins immense que solide jeté sur tout le globe, porte ses forces partout où surgit un événement qui inté-
‘ Drach, Harmonie entre l’ Eglise et la Synagogue, t. I'"', p. 77; Paris, 1844. Que l’on réfléchisse au rôle précieux que doivent jouer de tels hommes dans la direction des sociétés secrètes! On doit comprendre la puissance et l’habileté de chefs judaïques, habitués à manœuvrer dans l’intérêt du mystère, et à manier souverainement, avec autant de force que de finessti, les gens de leur race.