CHAPITRE CINQUIÈME. U
qui sont la source de sa morale : l'une d’elles achèvera peutêtre de nous édifier sur ce point, et la voici : c’est que , par le simple arrêt d’une parole sacramentelle qui sort de leur bouche , trois Juifs l’emportent et sur la loi de Moïse et sur la conscience entière du genre humain. Trois, k eux seuls, et d’un mot, déplacent, en effet, l’immuahle notion de justice que la nature et la civilisation ont mise au cœur de tout homme; ils rendent juste ce qui ne peut l’être; ils délient le lien formé par la libre parole d’un homme qui prétend s’engager; ils dégagent en un mot, valablement et religieusement, tout Juif qui se repent d’une obligation quelconque contractée de bouche ou de plume avec un chrétien. Yoilk le fait, et sans doute il vaut la peine d’être connu.
Mensonge! et mensonge odieux! se récriera du fond de sa gorge l’Israélite k qui vous reprocheriez ce grief. Certes, vous ne connaissez guère , et vous calomniez outrageusement notre judaïsme. Mais s’il vous plaît d’être juste, il vous en coûtera peu de peine ; bornez-vous k lire ces quelques lignes émanées de l’organe libéral et progressif des Israélites français, et jugez :
« On accuse faussement le judaïsme quand on dit qu’il autorise ses sectateurs k enfreindre la justice k l’égard de tous les incirconcis. On n’est pas plus juste quand on dit qu’k chaque fête du Kipour (ÿom kipour, le grand pardon), les Israélites récitent une prière qui doit les délier par avance de tous les engagements qu’ils prendront et de tous les serments qu’ils feront dans l’année. On a lu la formule de prière; mais, évidemment, on ne s’est pas donné la peine de chercher k quoi elle se rapporte. On n’en ferait pas le texte d’une accusation, si on savait qu'elle a trait, non aux engagements qu’on prendra envers le prochain ou aux serments qu’on prêtera devant les juges, mais aux promesses qu’on se fait à toi-même, aux vœux‘. >>
C’est donc en faveur des Israélites qui s’imposent ces
< Tur Orach Chaïm, ch. dcxix.
LES JÜIFS.
obligations « qu’a été composée la formule du Kol-Nidrai. Elle doit les délier, par avance^ des engagements inconsidérés qu’ils prennent souvent, sans se soucier s’ils peuvent les tenir, et que bien des fois ils ne tiennent pas. De cette façon , quand ils manquent à leurs promesses , parce qu’elles étaient trop difficiles à accomplir, ils n’auront pas commis de péché. Nous n’avons pas k examiner ici la valeur de cette cérémonie ; ce qu’il nous importe de constater, pour le moment, c’est qu’elle n’atteint en rien les engagements devant être pris k l’égard d’autres hommes , et les serments que nous leur faisons*. »
La formule du Kol-Nidrai n’atteint en rien les engagements contractés avec autrui. Ce mot est précisl Or voici ce que répondait par anticipation aux Archives un savant rabbin qu’épouvantait et que dégoûtait la doctrine antisociale du Talmud : — Le Talmud nous dit* ; « Tous les trois qu’on érige en tribunal sur Israël ont la même autorité que le tribunal de Moïse ; » et ce n’est point assez dire ; car , le tribunal de Moïse , érigé de Dieu pour donner force au droit, ne se sentait nullement, comme le tribunal des trois, l’autorité de le détruire; il était la force du droit , et non la force contre le droit!
Nous avons lu d’un démon, dans un des livres de M. de Mirville, que renversant le tracé d’un triangle qui figurait la Trinité sainte, et le reformant en sens inverse, il expliquait cet acte en disant : Je veux me définir moi-même, et je le fais par ce symbole-, car, moi, je suis Dieu à l'envers! Estce que l’esprit inspirateur du Talmud, ce code religieux du Juif orthodoxe, ne travaillerait qu’k rendre l’homme moral semblable k ce qu’il est lui-même; qu’k faire de cette image de Dieu une œuvre k contre-sens, ifn être k l’envers? k révolutionner sa nature? k rendre antisocial au premier chef celui que Dieu créa sociable par essence?...
Quoi qu’il en soit, et grâce au tribunal judaïque des trois,
' Archives israélites, t. XXIII, p. 1081-3, 15 décembre 1866.
2 Traité Rosch-Haschschana, fol. 25 r», Kol Scheloscha ouschloscha.