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CHAPITRE CINQUIÈME

lois que nous lisons dans le droit canon. » Et, par « un autre Bref de l’an 1213, il exhortait toutes les puissances temporelles h contraindre les Juifs de remettre aux chrétiens les usures dont ils les avaient chargés, sinon de leur interdire tout commerce*. »

C’est donc h tort que des historiens superficiels on passionnés accusent k tout propos d’exactions et de cupidité ces princes, qui sont et doivent être les chefs et les protecteurs de leurs peuples , pui.sque, la plupart du temps, dès que nous y regardons de près, nous les voyons ne céder qu’au cri pressant de la justice, et ne se rendre qu’aux supplications de celui qui, représentant le Christ sur la terre, est le père des peuples, le plus sûr conseil des rois, le gardien et la clef de voûte de la civilisation chrétienne.

Laissons maintenant une page que nous recueillons toute fraîche, et qui sortait hier même toute vive du trésor de nos Archives, nous dire quelle était, dans ces âges de barbarie , la vigilante sollicitude des vicaires do Christ; quel était leur zèle, non-seulement à demander justice des inimaginables excès de l’usure judaïque, mais encore k réprimer les intempérances de la réaction chrétienne , k maintenir intacte la liberté religieuse des Juifs, k garantir enfin la sécurité de leurs légitimes créances.

Nombre de gens s’étonneront sans doute, écriten 18651e docte archiviste de l’Aube, « de trouver parmi les personnes recommandées k nos Comtes parles Papes, les Juifs de Champagne, qui, ayant fait parvenir leurs doléances jusqu’au trône du sncce.sseur de saint Pierre, obtinrent une huile adressée k Thibaut IV pour l’inviter k faire payer par les chrétiens les sommes dues aux Juifs, et k empêcher les chrétiens de donner aux Juifs des coups au lieu d’argent (an 1247). Une hutte de l’année précédente avait eu pour objet d’appeler la sollicitude de Thibaut sur les intérêts des Juifs de Navarre, et l’avait prié d’intervenir pour empêcher

' Delamare, Traité de la police, 4 vol. in-fol., t. 1", p. Î80 à 282 ; Paris, 1705 à 1738.

qu'on ne baptisât de force leurs enfants ' . Rappelons toutefois qu’innocent III avait écrit k Blanche de Navarre, pour l’inviter à réprimer l’audace des Juifs. Cette lettre, et une semblable adressée en même temps k Philippe Auguste, ont peut-être provoque la fameuse ordonnance qui défendit aux Juifs de prendre plus de deux deniers par livre d'intérêt hebdomadaire, c’est-k-dire plus de 43 francs 45 centimes, pour cent d’intérêt annuel’. » Ce modique intérêt était-il ou non de rusure.!* Mais poursuivons notre chemin et feuilletons encore ce même ouvrage, dont la base se compose de chartes authentiques.

Jacob de Dampierre, maître des Juifs de Troyes en 1222, avait pour frères les Juifs Haquin, Jacob et Sonet, Ces deux derniers possédaient, dans la juiverie de Troyes, un terrain qu’ils vendirent k hier de la Brosse, et Vaalin, leur père, était un des grands banquiers de Troyes. 11 lit des prêts k Eudes, duc de Bourgogne, qui, « pour jui assurer un remboursement prochain , lui abandonna la jouissance immédiate d’une rente sur les foires de Champagne. L’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon était vers la même époque dans un grand embarras-, elle avait, en 1196, emprunté k Vaalin une somme de 1,700 livres, valant 34,448 francs 50 cent., au pouvoir de 172,242. Le taux de l’intérêt stipulé était de trois deniers pour livre par semaine, c’est-à-dire de Q5 fr. 62 c. pour cent par an! L’abbaye resta onze ans sans payer, en sorte que la dette primitive, accrue des intérêts, atteignit, sans anatocisme, le chiffre énorme de 9,825 livres 11 sous 10 deniers, valant 199,103 francs 95 cent., au pouvoir 995,519 francs 75 cent., tout près d’un million! Pour se libérer, les moines furent obligés de vendre leur terre de Morains ’ »

* Nous aurons plus lard un mot pour la fameuse affaire Mortara.

^ fiiUoire des ducs et comtes de C hampagne, par d'Arhois de Jubainville, archiviste de l’Aube, vol. IV, l. ii, p. 598; Paris, 1865.

“ Ibid., d’Arbois de Jubainville, archiviste de l’Aube, v. IV, p. 828 à 830. Le Juif Pinon ayant frappé un clerc du diocèse de Soissons, fut, par jugement arbitral, chasse de ce diocèse... Ibid., p. 832.

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