‹ Le juif selon le TalmudChapitre 5 sur 31 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

DU TALMUDISME

Orthodoxes et réformés. — Deux sortes de réformés. — Inconséquence des uns et des autres. — Les orthodoxes. — - Principe et naissance du taimudisme.

Depuis peu d'années, un grand mouvement intellectuel s'est produit parmi les Juifs d'Occident.

Tandis qu'en Orient, si Ton excepte quelques dissidents comme les Caraïtes, Judas persiste toujours à jurer sur le Talmud plutôt que sur la Bible, en Europe, l'appel au pro-

grès religieux se fait entendre de toutes parts avec plus ou moins de force.

Tous veulent s'appeler orthodoxes, mais les vieux orthodoxes ne voient dans les progressistes que de mauvais réformistes,

La couleur de ces derniers n'est pas toujours la même.

Les uns « ne craignent pas de rendre le Talmud responsable de toutes les souffrances antérieures de Juda... et lui appliquent le mot de Sieyès : Qu'a-t-îl été? Tout. Que doit-il être? Rien*. » Ils crient aux tenants de la vieille foi : « Vos observances se sont survécues, elles empêchent le judaïsme de se rendre acceptables*. L'ancien système qui prétendait immobiliser les errements talmudiques et ferait obstacle à l'avenir du judaïsme doit être écarté*. »

* Archives israéliies, 1867, n^ 12, p. 545.

Id., 1868, nM2, p. 533,

nu tXlmud en général 33

Ils vont plus loin et déclarent que, pour être Israélite, il suffit d'accepter les trois dogmes de l'unité de Dieu, de son immortalité et de l'immortalité de l'âme*.

Ils ajoutent encore que chacun de nous est juge suprême danô les choses de conscience *, et ils exhortent Juifs, Chrétiens et Turcs à dépouiller toutes les formes extérieures des- cultes et à s'unir dans la croyance à l'unité de Dieu et dans la fraternité universelle'.

Les autres sont plus réservés.

Ils ne déclarent plus le Talmudisme divin, mais seulement vénérable.

Le Talmud n'est plus pour eux le livre de la loi de Juda, mais un livre respectable de Juda.

Devant le grand public, ils s'efforcent de

* Archives israélites, 1868, n<> 3, p. H7-H8.

3 Id., 1866, n« 14, p. 628-29.

le purifier de toute tache*, tandis que dans leurs ouvrages proprement scientifiques ils confessent qu'il contient « des enseignements sublimes et bas, juifs et païens juxtaposés ainsi que nombre de sentences et de dispositions peu charitables pour les autres peuples et pour les adhérents des autres religions^ ».

Ils ne nient pas expressément le caractère réellement inspiré de la Bible et désignent la « philanthropie universelle » comme Vidée judaïque fondamentale*.

Les deux systèmes sont fort défectueux, mais le second n'est qu'un juste milieu et un moyen terme qui tôt ou tard aboutira au premier par la force de la logique.

Tous deux se tiennent par la main et sont

* Kroner dans le W. Merkur, 1871, n^^ 128 et 130, ainsi que dans sa réponse au Talmudjude, 2 Graetz. Geschichte derJuden iv, 410.

^ Kroner.

de même famille, et à tous deux la voix orthodoxe de V Univers israélite crie mainte fois* !

« Moïse et le Talmud ne sont plus de votre goût ; le judaïsme n'est plus pour vous une religion, mais une antiquité et une chose morte ; vous marchez sur le sol du paganisme au lieu de veiller près de Jérusalem. »

Le judaïsme orthodoxe reconnaissait avec raison qu'une autorité divine toujours vivante est nécessaire aux consciences, que la révélation une fois communiquée a besoin d'une chaire infaillible qui subsiste à travers toutes les générations jusqu'à la fin, pour transmettre et interpréter le sens véritable de la parole de Dieu, pour l'appliquer aux circonstances diverses de la vie et du monde qui se modifient, et pour la préserver de l'influence des passions et des préjugés qui menacent toujours le jugement de l'homme.

* Passim.

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L'ancienne synagogue avait comme gardien ordinaire de la foi l'ensemble du sacerdoce ; les prophètes en étaient les interprètes extraordinaires et le Grand Prêtre avait la prérogative divine de transmettre infailliblement la volonté de Dieu dans les choses qui regardaient le bien général de la théocratie.

Après Jésus-Christ la synagogue maintint le principe de l'autorité vivante. ^

Mais elle étendit ce principe à la personne de chacun de ses membres indifféremment. Elle alla même jusqu'à déclarer leurs discours et leurs conversations les plus ordinaires ainsi que leurs propos les plus contradictoires, paroles de Dieu et vérités infaillibles.

Un orgueil démesuré ^tàît l'âme de cette incompréhensible théorie et il arriva ce qui a coutume d'arriver, c'est-à aire que Téclosion de cet orgueil fût suivi de la plus étonnante décadence morale 3

Ainsi le Rabbinisme en vint à développer une morale qui n'a d'égale que danâ ce que le paganisme offre de plus bas.

C'est un tout logique où le mensonge et la fraude, le vol, le meurtre et l'adultère se tiennent aussi étroitement liés ensemble que les anneaux d'une chaîne.

Les Pharisiens sont les pères de ce monstre épouvantable : aussi, quand Jésus- Christ les appelle couvée de serpents et de vipères et enfants de Satan, on comprend ces terribles malé^ctions du Sauveur avec autant de facilité qu^on a de peine à concevoir comment Un juif raisonnable et pensant peut bien douter qu'en rejetant le Christ Israël ait rejeté la vérité.

Ce sont des conséquences qui ressortent forcément de la siiilple considération des livres juifs (Jui sont ouverts devant nous.

Aussi n'a-t-oû pas de peine à comprendre que si lin Juîf, entraîné par le mouvement

gi

38 LETALMUD

qui se produit aujourd'hui dans son peuple, ne se dirige pas vers TÉglise véritable du Nazaréen, il est amené par la logique des choses à nier toute révélation sans en excepter celle de TAncien Testament, et finit fatalement par tomber dans le pur rationalisme.

Un pareil état de choses suffit pleinement à justifier notre projet de faire appel à la conscience dlsraël en lui mettant sous les yeux un tableau sincère des égarements du Rabbinisme.

Si le Juif réformé objecte que le Rabbinisme n'a rien de divin à ses yeux, nous lui répondons alors :

Cest cependant dans la synagogue que vous voulez faire le salut de votre âme ; or c'est aux fruits que Ton reconnaît Tarbre, il faut par conséquent confesser que la synagogue ayant porté dans son sein et élevé ses produits de Tenfer, est aussi peu capable d'assurer le salut de votre âme que ce philosophe

qui commença par adorer Hercule et qui n'ayant pas trouvé TÉternel dans son idole la jeta au feu en disant : « Maintenant, Hercule, accomplis ton treizième travail, et aide-moi à faire cuire mes légumes. »

Car tous deux, le philosophe par so\i culte j. ^A , idolâtrique, la synagogue par sa doVtrine \^ V toute païenne, se sont révélés commades autorités faillible» et assujetties à Terreur, par suite comme incapables de donner en tous temps et partout une règle de vérité telle que l'exigent les consciences, c'est-àdire une règle sans tache et sans écart.

Et en continuant après comme avant à se considérer comme juges suprêmes des choses du salut et de l'âme, ils ne font qu'entreprendre de remettre debout leur idole qu'ils avaient jetée au feu et de l'adorer sous un autre nom : ce nouveau nom c'est l'Humanité, et ce qui se cache sous ce nom c'est la vieille misère du pauvre geniis huma-

num^ du genre humain se suffisant à luimême, s'adorant lui-même et se livrant ainsi à la servitude du mal et de Teireur.

Vous conviendrez en second lieu que c'est précisément en mépriaant le Nazaréen que la synagogue a perdu la vérité, car c'est de ce moment qu'elle a produit les blasphèmes de sa doctrine et de sa morale qui remphssent tous ses livres.

Remarquez en outre, cher lecteur, que le Juif réformé ne manque pas de soutenir que le Taliiiud n'a rien de divin à ses yeux, mais que, l'occasion s'offrant, il ne manque pas non plus de jurer sur ce livre comme sur le livre de la loi et de le mettre au-dessus de la Bible *.

Qu'on ne perde pas de vue d'ailleurs Test)rit dans lequel sont élevés les rabbins, chefs spirituels d'Israël.

* Archioe^ isrtxétiles^ 4864, p. 149^io3.

DU TALMCî) EN GÉNÉRAL 41

Le Tâlmiîd constitue Tétude principale des séminaires rabbiniques.

De plus, nos villes possèdent un grand nombre de Sociétés talmudiques qui, sous la présidence et la direction des rabbins, permettent à la communauté de lire directement le Talmud et de puiser immédiatement à la source. Ainsi Berlin possède depuis trente-cinq ans une société de ce genre qui réunit ses membres tous les soirs pour la lecture des saints livres.

Ainsi donc, bien qu'un grand nombre de négociants juifs, par exemple, n'aient jamais jeté les yeux sur le Talmud, il se trouve assez de frères en Israël qui peuvent initier les autres à ses renseignements.

Or, on se demande à quoi bod toutes cen étudesj si ce ti'est pas pour en tirei* ^àrti û^M la pmtique de la vie.

Tous ces faite s'accôrdeût avec Taffli^ma-

lion catégorique des Juifs réformés des Archives Israélites.

« Quand au Talmud, est-il dit, nous confessons son incontestable supériorité sur le livre de la loi de Moïse *. »

De son côté, le D^ Kroner adhère de fait à l'ancienne doctrine qui met le Talmud au-dessus de la Bible, car mainte et mainte fois il trouve parfaitement dans Tordre ce que le Talmud affirme en opposition radicale avec la Bible.

Car il trouve que voler un chrétien quand on est juif, ou déshonorer une femme non juive, sont des faits que le tribunal juif n'a pas à punir ; il en juge ainsi parce que le Talmud le dit, et il soutient encore à propos de ce cas que Judas conserve la Bible par le Talmud !

Belle conservation en vérité, que cette manière de restreindre une loi qui regarde

* Archives israélites, 1864, loc» ciï.

tous les hommes dans leurs rapports avec les autres hommes, et de la limiter au Juif vis-à-vis du Juif seulement toutes les fois que la juste sentence d'un tribunal pourrait menacer le Juif dans son avoir ou dans sa vie !

Ces errements montrent avec la plus positive évidence qu'une autorité divine et infaillible est nécessaire aux hommes pour préserver le sens vrai de la Bible de toute falsification dans les choses de foi et de morale.

Il serait bien étrange aussi, qu'une œuvre humaine eût mission de protéger une œuvre divine comme la Sainte Écriture.

Développements du Talmud. —Sa composition. — Ruses des rabbins pour cacher leurs enseignements auxchrétieiisi -— Editions diveirses.

La synagogue d'aujourd^hui est la fille légitime de l'école pharisienne et rhéritière naturelle de tous les enseignements que les Pharisiens répandirent parmi les Juifs au temps de Jésus-Christ et dans les années qui suivirent.

Environ cent cinquante ans après Jésus- Christ, un rabbin du nom de Juda, credgnant que ces enseignements ne vinssent à se perdre, les réunit en un livre qui fut appelé Mischna.

DU TALMUD fe5 GÉNÉRAL 45

Oi*^ Mischna sighiRfe là loi té^Jétée ôti la secondé 4oi, J)af ce tjUfe la première Ibi ôii la loi des cinq livides de Mdîse y lest eh iquelcJUfe sôH'é fét)étêe. En effet, la Mischna ^^xy\\ih\\i de mettre les pOiiltë obsfcurs de là Ibi de Mbîse dans leut Vrai joUt^ ëtt Inême teriips que de combler lés prétendues brèichës de celle-ci.

Pendant les siècles suivants, le livre de la Mischna fut enrichi de divers btfrtiiheiitâires dans les écoles juives de la Palestine et de Ëabylone.

Ces ihtérprêtalibhs dé là MischHa Jibi'tëtit le iidm dé Getnàra, et ce Sont elles tjtli, têtihies à là Èïiéchnà bii souvent aussi pHàës à part, ont été appelées Talmud, c'est-à-dire livte dé Teiiseigneméiit jdé là doctrine et de là morale juive.

Les commentaires achevés éii Palestine vëi's i'àii deux cent trente après Jésùs-dhrist formëftt vljx iii-folio et çbnstiiiiëiit le TàMud

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de Jérusalem : la Gemara de Babylone, avec ou sans la Mischna, constitue le Talmud babylonien ; elle fut achevée vers Tan 500 après Jésus-Christ et né comprend pas moins de quatorze in-foHos.

C'est du Talmud babylonien que les Juifs s'occupent le plus particuHèrement, et c'est lui que l'on désigne toutes les fois qu'on ne spécifie pas expressément qu'il s'agit de celui de Jérusalem.

Quand on ouwe un exemplaire du Talmud imprimé dans les deux cents dernières années, on est tout étonné de trouver une masse de feuillets où des passages entiers sont laissés en blanc ou remplacés par un cercle.

Mais dans les éditions plus anciennes, ou trouve à ces mêmes endroits des insultes et des blasphèmes contre Jésus-Christ, contre la Vierge Marie et les apôtres, ainsi que des explications d'après lesquelles tout ce

que le Talmud enseigne des peuples non juifs, sous le nom de Goim, d'étrangers, d'hérétiques, etc., regarde particulièrement les chrétiens.

Mais quand ceux-ci en furent instruits ils exprimèrent hautement leur mécontentement, et le synode juif de Pologne de Tan 4631 * ordonna qu'à l'avenir tous les passages de ce genre seraient remplacés ou par un cercle ou par un espace laissé en blanc et que tous ces enseignements, à savoir par exemple que les chrétiens étaient perdus de vices, qu'on ne leur devait ni amour du prochain, ni justice, etc., ne seraient plus communiqués qu'oralement dans les écoles.

Mais l'avocat Hartw Rodowsky déclare que l'expérience démontre que même de nos jours, s'il se trouve, à vrai dire, des Juifs qui n'ont jamais vu le Talmud, « cependant

* Voir les pièces du Synode dans Des Mousseaux, le Juif, Paris, 1869, p. iOO.

« ceux qui le connaissent répandent ses « principes pernicieux comme prescriptions « divines parmi leurs coreligionnaires qui « les adoptent et ne les mettent que trop « souvent en pratique * » .

Remarquons enfin que les éditions employées pour la composition de ce livre sont celle de Venise publiée intégralement, celle d'Amsterdam, 1644, déjà tronquée en maint endroit, celles de Sulzbach 1769, de Varsovie 1863, de Prague 1839, toutes mutilées. Le mode de citation est le même pour toutes les éditions et quand une citation est accompagnée de la note Ven., c^est qu'elle manque ordinairement dans toutes les éditions, hormis celle de Venise.

* Neuer Judenspiegel, p. 174. Cannstadt.

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