‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 36 sur 90 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

mar fussent restés voltigeant sur ses lèvres. — Deux heures et quart, répond-elle.

Deux heures et quart ! Et il s'était endormi à deux heures. Ainsi il n'a fallu qu'un quart d'heure pour retracer ces mois avec une minutie de détails prodigieuse, pour qu'il eût ces apparitions hallucinantes qui avaient bouleversé son organisme. O miracles des phénomènes psychiques !

Il se souvient de la vision dans laquelle Mahomet contempla toutes les merveilles du ciel et tous les supplices de l'enfer, si courte que l'eau contenue dans la jarre qu'il avait renversée en tombant en extase n'était pas entièrement écoulée quand il reprit ses sens. Il se souvient des naufragés qui se noient, en quelques secondes repassant toute leur vie !

Encore une fois, il pousse un soupir qui s'exhale comme une plainte douloureuse.

— Ma bonne Catherine, dit-il, voilà ce que c'est que de jouer au juge.

Elle riposte naïvement : — Si vous êtes comme ça, vous, qu'est-ce que doit être l'Autre !

Larbalestrier a une secousse. L'autre?

Encore une fois l'autre! Allait-il devenir un

vampire? — La pauvre fille, sans le savoir, avait serré l'écrou qui le pressait cruellement.

— On ne sait pas, dit-il, quel est le pire sort, celui du juge ou du condamné...

— Va-t'en, reprit-il après un silence durant lequel on entendait battre son cœur, comme si sa poitrine était devenue de bois. Va-t'en... N'éteins pas la lumière ! . . .

Il a peur, l'homme de science. Il sait, le médecin, que la nuit, l'obscurité favorisent les hallucinations et en augmentent l'intensité. Il sait que c'est surtout dans les ténèbres que les visionnaires s'agitent, parlent, chantent, crient, disputent, se plaignent et s'épouvantent.

Cette Ma-lé-dic-tion ? . . .

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