ACTE DEUXIÈME 3q
élans de la passion et de l'enthousiasme. Il songe à l'éducation qu'il a reçue, capricieuse, où la discipline la plus rigoureuse venait après l'inditférence et l'abandon, où son imagination tantôt comprimée, tantôt livrée à toute sa fougue, l'avait prédisposé aux bizarreries et aux écarts.
Son Père, ce grand excentrique, sans cesse entraîné vers l'idéal et l'impossible, se repaissant d'extravagances, transformant sans effort tout en aventures, puisant dans le désordre exubérant de sa vie l'éloquence emportée qui lui avait procuré la richesse et la gloire et mettait chez ses contemporains un pardon facile au bout de ses plus violentes incartades.
Sa Mère, cette grande exaltée, cantatrice célèbre, que les allures héroïques et la magnificence de son père au temps le plus ardent de sa maturité avaient séduite, et qui, durant quelques mois, pleins de tendresse, de folies, de querelles, s'était attachée à lui en des amours épiques et légendaires, le quittant enfin rassasiée et fatiguée d'une existence aussi en dehors du train habituel des choses.
Car Pierre Larbalestrier est fils naturel. Il n'a passé auprès de sa mère que les années de
sa petite enfance et ne la connaît que par un portrait que sonpèreavaitrésolument et presque insolemment appendu dans son cabinet d'avocat, œuvre superbe, qui la montre avec sa haute taille, ses yeux profonds d'un violet fané, sa chevelure hiératique et son masque de médaille. Quand elle mourut dans l'incendie du théâtre d'une grande capitale, son Père était accouru revendiquer son fils, l'avait ramené et l'avait reconnu. C'est dans la maison du célibataire qu'il a grandi, sous les coups de vent des excentricités paternelles, à peine tempérées par les leçons de quelques maîtres de hasard.
Aujourd'hui, ce passé, dont il s'enorgueillissait comme d'une noblesse, le plaçant haut en dehors de la banalité bourgeoise, l'auréolant d'étrangeté, et qui avait été la matière dont s'était formée sa fière indépendance, lui apparaît à l'improviste avec de funestes présages : il a en lui une hérédité issue de ces deux natures exceptionnelles dans l'étrange, développée et surexcitée par une éducation sans règle. Son individualité est suspecte et viciée dans son origine. Le redoutable apport des affections congénitales conspire contre lui. Les forces qu'il doit mettre en jeu pour tenter la résistance sont la