‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 66 sur 90 · ACTE QUATRIÈxME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈxME

durant les longues heures de solitude où elle tricotait :

— Monsieur Pierre, vous avez une amourette, il faut vous marier.

II a un nouveau hoquet, plus rauque, plus poignant.

Quoi! au moment de l'illusion divinement douce que son malheur était deviné et qu'il pourrait avoir enfin cette consolation exquise de s'épancher, voilà quelle est l'enfantine pensée qu'a conçue cet inaltérable dévouement. Seul à subir l'affreuse épreuve, seul à la connaître, tel il doit rester, muré dans son secret, et c'est au milieu de ces ténèbres qu'il lui faudra aller... jusqu'au bout !

O solitude, patrie des forts, devenue pour lui une fosse où il tombe enseveli vivant !

A son tour il a pitié de l'étroitesse de cette bonté infinie, trésor sans efficacité.

Et, désespéré, cessant de regarder la Vieille qui attend une réponse, il tourne la face vers la muraille, les yeux taris, le gosier paralysé.

Le mouvement lui cause à la nuque une douleur aiguë.

Il y porte la main et sent un appareil.

Quoi?... C'est sur le visage qu'il est tombé à

Tamphithéâtre. Il y sent les meurtrissures. Mais là, au cou, derrière?

— Catherine, qu'est-ce que j'ai là?

— Une blessure, Monsieur Pierre... qui s'est enflammée.

— Qui m'a fait cela ?

— Il paraît, — dit-elle simplement, habituée qu'elle est aux incidents médicaux, — que c'est ce jeune homme.

— Quel jeune homme?

— Celui que vous disséquiez. Il a culbuté, la mâchoire sur votre cou et vous a fendu la peau ; la salive d'un trépassé, c'est mauvais.

Fantastique raffinement du Hasard.

C'est cette dent tranchante qui saillissait sous la lèvre relevée par une dernière convulsion ! Le fantôme l'a mordu! A son sang s'est mêlé le venin de cette salive gâtée par la pourriture de la mort. La brûlure qu'il sent, qu'il sentira jusqu'à la guérison de cette plaie corrosive, c'est le stigmate d'un embrassement funèbre. Rien vraiment ne manque à la mise en scène macabre de l'aventure qui l'achemine vers le gouffre !

Fantastique raffinement du Hasard.

Le Hasard?... Est-ce le Hasard?...

Certes, s'il eût pu se juger soi-même avec la

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