‹ Le juré; monodrame en cinq actes. FrontChapitre 72 sur 90 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

Quelques jours après il entrait chez l'un des avocats.

C'était en octobre, car dix mois déjà avaient passé depuis le cauchemar qui avait été sa première station sur le calvaire qu'il gravit, dix mois de souffrances, dix mois de tortures durant lesquels son intelligence s'est égouttée comme si elle eût été son sang.

C'était le soir, car l'état de superesthésie dans

lequel il vibre sans relâche lui fait redouter les rencontres.

Celui qu'il vient interroger est un des anciens du Barreau, un des maîtres, près de toucher à la vieillesse • — si l'on peut parler de vieillesse dans une profession où les dons intellectuels, constamment assouplis par la lutte, gardent leur fraîcheur jusqu'aux derniers combats.

Indomptable à la barre, mais merveilleusement paternel et doux dans son cabinet, là où le client doit se livrer, et se livre, pour que l'Avocat puisse apprécier la cause dans tous ses détails et dans tous ses dessous, la déshabillant pour l'ausculter à fond. Morose aussi, sans en ennuyer personne, de cette mélancolie qu'inflige aux grands cœurs, quand il est trop longtemps regardé, le spectacle de la Vie, danse macabre où les morts qui sautent et qui tombent sont moins les hommes que les croyances et les beaux rêves.

Il travaille sous l'abat- jour très bas d'une lampe qui met sur un amas de livres et de papiers se prolongeant dans la pénombre, une étroite zone circulaire de vive lumière.

Deux hautes fenêtres sans rideaux dressent leurs écrans vers un jardin touffu dont les bran-

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