SCENE TROISIEME
La Destinée ne le voulut point.
Le Condamné mourut.
La vieille Catherine, entre-bâillant la porte, le dit à son Maître à son réveil.
Tout de suite ses regards se portent à la place où il voit habituellement l'Ombre.
Elle y est.
Mais non plus un reflet brumeux, aux teintes ternes, aux contours incertains, non plus une silhouette floconneuse, vue à travers un brouillard, à physionomie morte.
Cette fois, c'est lui-même.
Larbalestrier surgit sur son séant, tendant vers l'apparition sa face amaigrie où croît maintenant, inculte, une barbe grisonnante, en pointe. Et il entend ces paroles qui lui avaient été adressées à la prison, venant maintenant du fond de l'horizon, à travers les espaces, comme une ironie en présence de ce nouveau prestige :
— Avez-vous quelque chose à lui demander?
Il prononce : — Que te faut-il?
Et dans sa mémoire retentit cette apostrophe du tragique :
« Oh I réponds-moi ; ne me laisse point, dans
l'ignorance, mourir de l'émotion que j'éprouve; dis-moi pourquoi tes ossements, enclos dans le cercueil, ont brisé leurs ligatures, pourquoi le sépulcre où l'on t'a enseveli en paix a soulevé sa pierre et ouvert sa gueule pour te rejeter parmi nous ? Comment se fait-il que toi, dépouille inanimée, tu reviennes, imprimant à la vie un cachet d'épouvante, me jeter, fragile jouet, dans les angoisses de la terreur et plonger mon âme dans des pensées qui dépassent sa portée? Réponds, pourquoi cela? Dans quel but? Qu'exiges-tu de moi? »
La voix très basse, la voix d'outre-tombe qui lui avait parlé dans l'amphithéâtre, murmure :
— Qiie tu meures,... comme moi.
Pierre chancelle. Sur ses bras, sur sa poitrine, les poils se hérissent.
— Répète, répète, hurle-t-il.
Et le Spectre répète :
— Que tu meures,... comme moi.
Ah ! c'est sûrement une vision, semblable à celle qui est devenue son commensal et qui n'a plus la puissance de le terroriser. En essayant de la tâter, il ne trouvera que le vide.
Sautant du lit, en chemise, les jambes flageo-