ACTE CINQUIÈME
des inépuisables abîmes qui alimentent son supplice ? Quelles tortures inventera cette alchimie ingénieuse et féroce pour laquelle tout est possible.
Il pense à devancer cette échéance. Le suicide? Faire le saut, à fond, dans le noir,... dans le puits... Finir le supplice de vivre... « S'évader dans la mort... »
Non. Pourquoi obéirait-il à ces visions, à ces voix exécrables? En cet abîme ténébreux, l'horreur et les tourments seront-ils moindres ? De quel côté l'aiguille marque-t-elle la plus haute pression de torture? Non. Il subit une épreuve, un châtiment, mais le terme n'arrivet-il pas ? Cette année qui s'achève en verra la fin.
Et, son esprit chancelant dans la bagarre de ces derniers assauts, établit des rapports de logique nécessaire entre le fonctionnement des rouages supra-sensibles faisant mouvoir l'engrenage qui le broie et les mouvements inflexibles des astres réglant le cours des temps. Cette circonstance que le lendemain est la date du solstice d'hiver ajoute un présage à ses espérances. Il faut lutter encore. Le choc suprême se prépare. S'il y résiste, l'enchantement sera
brisé, et comme Faust, arraché à Satan et guéri des cruelles passions humaines, il se réveillera, meurtri, mais enfin sauvé, sur les gazons verdoyants, dans les régions sereines de la paix retrouvée et du bonheur reconquis. Cette pensée du suicide n'était qu'un piège nouveau que lui tendait le démon. Arrière cette fiole de poison venue là, sur sa table, il ne sait d'où! Arrière l'arme dont une main qui n'appartient à aucun corps lui présente la crosse!... Qu'est-ce? Un coup de carabine?... D'où?... Et ce plancher qui bouge maintenant comme le pont d'un navire... et tangue... tangue... Bah!... Bah!... Bah!... Maintenant qu'il est familiarisé avec le terrible et qu'il est rassasié d'épouvante, qu'est-ce qui pourra l'émouvoir encore?