ACTE CINQUIEME
Le sommeil relâcha sa volonté à laquelle il venait d'imposer un violent effort. Des rêves confus et tristes occupèrent son cerveau.
Il flottait, amorphe, au milieu de nuages, qui, en grands flocons plombés, tels qu'audessus des monts, roulaient lentement les uns sur les autres dans des cieux infinis, glacés et silencieux. Puis ce fut au sein d'une masse visqueuse, image du chaos, molle et tiède, remplissant l'espace sans bornes. Tout à l'heure c'était la lumière, maintenant c'étaient les ténèbres. Et la conscience qu'il avait de soi diminuait. Il se sentait peu à peu absorbé par ce mélange énorme où ce qui formait l'Univers était délayé et intimement uni en une pâte informe et fade. Il eut l'impression de la minute dernière où tout ce qu'il avait été s'était désagrégé et se perdait dilué dans la décomposition absolue, où l'âme, cette étincelle, cette bagatelle, retombait comme une petite graine dans les guérets immenses du monde ; et il se souvint vaguement d'un souper durant lequel un dramaturge islandais, arrivé de son île glacée, avait parlé de l'immortalité de cette même Psukè et où il l'avait violemment combattu en affirmant le Néant après la mort.