ACTE CINQUIÈME gS
— Que te faut-il ?
— Que tu te tues ! répond le Spectre.
Et il se retire. Sur le palier, sur l'escalier, son pas mou traîne comme tout à l'heure. Catherine entre. Elle l'a croisé, assurément.
— Qui viens-tu de rencontrer ?
— Personne, répond-elle étonnée.
Pierre se lève, calme, conscient du péril mais résolu. Il s'agit de franchir cette journée. Il s'agit d'éviter les dernières embûches.
« Il faut que tu te tues, » a dit 1' Esprit.
Il ne se tuera pas.
Le suicide ! C'est, il le sait, la fin des hallucinés. Cette fin, son persécuteur la lui suggère pour donner le change. Mais il n'est pas halluciné. Il a palpé le fantôme. Le revenant n'est pas une apparence, la création d'un cerveau troublé ; il est réel, il est tangible. C'est un habitant de l'autre monde, fait comme lui d'os et de chair, avec lequel le duel est possible. Ses ruses témoignent de son impuissance dans une lutte ouverte et suprême. C'est cette lutte qu'il faut engager, sans faiblesse, d'égal à égal,... et avec l'espoir de vaincre !
Il s'habille : il veut sortir, courir la campagne, respirer le grand air, se mouvoir dans
les lieux clairs, aux larges horizons, où l'on se sent plus libre, où l'on se sent plus fort.
Ses regards vont au portrait de sa Mère. L'incertaine clarté de ce jour, le plus court de l'année, l'assombrissait. La figure flottait. Elle lui parut inefïablement triste.
Emu, il la contemple. La bouche de l'effigie s'entr'ouvre et comme un soupir il en sort ce mot : Adieu !
Ah! c'est l'effet de son trouble. Il faut se soustraire à ces imaginations émouvantes. L'heure est aux actions viriles.
Et pourtant, au moment de quitter cette chambre, il se retourne et, invinciblement, il dit à cette image qu'il laisse derrière lui, peut-être pour jamais : Adieu !