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I. — LA COOPÉRATIVE OUVRIÈRE DE PRODUCTION

Dans un certain type d’entreprises, que l’on peut nommer coopératives ouvrières de production, des travailleurs, jusque là salariés ou artisans, se réunissent pour mettre en commun leur travail et partager leurs gains. Ils apportent euxmêmes le capital, si toutefois ils en disposent, ou à défaut l’empruntent moyennant un intérêt (et non en général moyennant un dividende). Ils travaillent en commun et à la fin de l’exercice se partagent les bénéfices, l’entreprise restant leur propriété.

Il n’y a donc pas, dans ce cas, de distribution de salaires, mais partage d’un profit; les associés ne sont plus des salariés, mais des entrepreneurs. Le système ne nous intéresse donc qu’indirectement dans la mesure où son existence signifie un effort pour échapper à une rémunération salariée trop faible.

Y réussit-on ? Il est fort difficile de répondre à cette question, mais le peu de succès remporté par ces entreprises semble bien montrer que les espoirs, que l’on avait mis en elles, ont été déçus. Les expériences qui ont été faites ont montré que les coopératives ouvrières de production sont presque toujours restées de petites ou moyennes entreprises, se livrant

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à des travaux délicats exigeant de la technique, de l’habileté mais ne fournissant pas de gros bénéfices. Parmi celles qui ont réussi, les principales étaient dans les branches de production Suivantes : bijouterie en doré, dorure sur bois, lunetterie, fabrication d'instruments de musique. Et il semble bien que leurs profis aient été assez minces, guère plus élevés pour chaque Coopérateur que le salaire qu’il aurait touché d’un patron. Mais il était indépendant. D'ailleurs n’est-ce pas dans cette faiblesse des profits qu’il faut voir leur insuccès ? Surtout au cours des premières années, lorsque la jeune coopérative doit se constituer des réserves, et, pour cela, ne distribuer qu’une partie des profits, les ouvriers habitués à entendre parler des hauts profits du patronat connaissent la déception de ne pas trouver une amélioration matérielle immédiate à leur condition.

Mais il est rare que la coopérative ouvrière de production, si elle réussit, puisse conserver ainsi à l’état pur le respect du principe coopératif. Si elle réussit, les associés disparaissent avec le temps et il faut les remplacer: si elle grandit il faut également faire appel à des éléments de l'extérieur. Raréement ces nouveaux éléments bénéficieront des avantages que connaissent les fondateurs. On leur dira en effet qu’ils n’ont pas couru Îes risques ni supporté les restrictions inhérentes au premier début, qu’en conséquence ils n’ont pas droit au partage ,au moins intégral du profit. Ils sont donc des saiariés, et c’est ici que l’étude devient pour nous intéressante ; l’application, au moins partielle du principe coopératif, va-t-elle leur procurer un salaire plus élevé ?

Voyons pour cela la pratique suivie par certaines coopératives qui ont réussi.

Un disciple de Fourier, Godin, laissa à sa mort son entre-

prise à ses ouvriers : c'était le fameux « familistère de Guise ». Parmi les ouvriers, plusieurs distinctions sont faites : les associés sont de véritables actionnaires et touchent une double part de bénéfice, les sociétaires n’en touchent qu’une simple part, et les auxiliaires qui n’ont pas un an de présence n’y ont pas droit. En un mot il n'y a guère plus de coopérateurs, mais des salariés qui participent aux bénéfices avec cette différence toutefois que l’entreprise n'appartient pas à un « patron » mais aux ouvriers. La maison Leclaire, dont nous avons déjà parlé et qui n’est pas, à proprement parler, une coopérative, applique tout de même actuellement le principe coopératif et distribue la quasi totalité de ses bénéfices à ses salariés.

Suivant un procédé analogue, la société de peintres en bätiment « le Travail » répartit 30 % des bénéfices entre ses ouvriers; l'association des « Charpentiers de Paris », qui est d’une assez grosse importance, distribue 20 % des bénéfices à ses ouvriers ; la « Société des Ferblantiers de Paris » distribue l'intégralité des bénéfices restant après la rémunération fixe de la direction et du capital.

Ces exemples montrent que, dans l’ensemble, ce système se rapproche de ia participation aux bénéfices. Il s’en distingue, quant à sa nature, en ce que l’entreprise est la propriété des ouvriers; mais il s’en rapproche en ce que ceux-ci s’attribuent tout d’abord un salaire, et ensuite une part de bénéfices.

Dans l’ensemble, les coopératives ouvrières de production n Ont pas réussi : lorsqu'elles fonctionnent à l’état pur, elles fournissent un profit guère supérieur au salaire; celles d’entre elles qui ont survécu et qui utilisent des salariés, donnent par l'application du principe coopératif un supplément au salaire des ouvriers, supplément en général plus élevé que celui distribué par les entreprises capitalistes qui ont établi la partici-

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pation aux bénéfices, mais cela semble dû à la réussite exceptionnelle de quelques établissements.

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