A — DANS L'INDUSTRIE
Avant l'introduction du système Stakhanov, les ouvriers étaient divisés en catégories, huit ou neuf en général; en 1935,
les salaires allaient de 120 roubles environ pour la première catégorie à soo roubles pour les catégories les plus élevées; les directeurs, responsables etc.. touchaient de 2000 à 5000 roubles par mois. Le principe voulait que les ouvriers fussent intéressés à la production. En réalité, le système du rationnement et le fameux marché à prix « durs » (1), limitèrent beaucoup la réalisation de ce principe.
En 1933 ce système s’améliora, du fait de l’application d’une nouvelle méthode, dite de « Makeyevka » où les salaires étaient fixés par les autorités responsables de l’usine ; et la plupart du temps, le souci de ces dernières fut de changer simplement de catégorie les ouvriers ne réalisant pas le plan qui leur avait été dévolu, et d’attribuer au contraire des primes à ceux qui le dépassaient, sous forme de majorations proportionnelles de leurs salaires. De la sorte, les entreprises, loin de connaître encore les déficits antérieurs, firent au contraire des bénéfices. Mais, la même année, l’apparition du stakhanovisme inspira aux pouvoirs publics l’idée d’intéresser de façon plus rationnelle les ouvriers à la production.
A cette fin, le système de Makeyevka fut largement généralisé ; on adopta toutefois des nouvelles normes de production, fondées sur l'amélioration des méthodes de travail qu'avait inaugurées Stakhanov. Les ouvriers doivent maintenant remplir la norme exigée pour leur catégorie, sous peine de rétrograder d’une catégorie (ce qui représente en général une diminution du salaire mensuel de 40 à 50 roubles). Quant à ceux qui dépassent cette norme, ils bénéficient au contraire de primes calculées suivant un système progressif; toutefois, il n’est pas prévu d'augmentation du pourcentage de la prime au-delà
(1 Prix pratiqués dans les coopératives ouvrières.
EIOE
d’une augmentation de la production de plus de 20 %. Il est vrai que l’on a calculé ies nouvelles normes de façon qu’il soit impossible à l'immense majorité des ouvriers de les dépasser. Enfin, les stakhanovistes, c’est-à-dire les ouvriers qui, après avoir établi des records très élevés, réalisent encore deux ou trois fois les nouvelles normes, reçoivent des salaires qui peuvent aller jusqu’à 2000 roubles par mois, alors que les ouvriers non qualifiés — mais non pas simples manœuvres — touchent environ 275 roubles. Cette différenciation extrême des salaires (et encore nous n’avons pas tenu compte des nombreux avantages en nature que reçoit le stakhanoviste notoire) ne constitue pas l’un des aspects les moins importants de la révolution opérée par l'introduction de la nouvelle technique.
B. — DaANs L'AGRICULTURE.
On peut dire que, dans l’agriculture, le remaniement du système de rémunération constitue tout le système Stakhanov. Auparavant, il y avait déjà, comme dans l’industrie, des normes à remplir. Ainsi, « labourer « n » hectares de terre donnait droit à — journées de travail, k étant une constante évaluée à chaque réunion annuelle du kolkhoz et indiquant par exemple le nombre d'hectares à labourer pour avoir accompli une journée de travail ». (1)
Mais les rendements agricoles étaient souvent très faibles, «K » comportant généralement une valeur trop petite ; aussi, afin d'améliorer ces rendements, on s’ingénia à déterminer de façon extrêmement précise le temps exact que nécessite telle ou telle opération.
«On a classé les travaux par catégories. A chacune de ces catégories correspond un coefficient « 1 », dont la valeur est fi-
(1) M. A. Pasquier. Le stakhanovisme (Paris, librairie A. Rousseau), page 56.
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xée à l’assemblée annuelle du kolkhoz, et permettant d'assurer une rémunération plus élevée aux ouvriers agricoles exécutant des travaux délicats. » (1)
Ainsi, pour les travaux relatifs à la culture des céréales, « l » représentera 1,5 journée de travail : pour la culture des pommes de terre, 1 journée de travail, etc.
De la sorte, nous arrivons à une formule du salaire agri-
cole qui est celle-ci : s — * . :
Mentionnons enfin l'existence de primes allouées dans des
cas exceptionnels, par exemple aux agriculteurs stakhanovistes,
I! est assez difficile d'exprimer de façon précise le montant des salaires ainsi obtenus, du fait que, dans l’agriculture, ils sont réglés en nature, autant qu’en argent. Nous pouvons, toutefois indiquer qu’une kolkhozienne, employée à traire les vaches, a reçu pour 200 jours de travail : 1166 roubles, 1942 kilos de blé, 3800 kilos de paille et de foin, 9670 kilos de pommes de terre, ceci correspondant à peu près à la rémunération de 375 journées de travail.
De tout cela résulte que la différenciation des salaires qui constitue dans le domaine de ja répartition, le résultat le plus important du stakhanovisme, se retrouve dans l’agriculture aussi bien que dans l’industrie, mais peut-être toutefois à un moindre degré, du fait même de la nature des travaux agricoles.
$ 2. — Les niveaux de vie
-Nous avons vu rapidement ce qu'étaient les salaires des travailleurs russes, mais il nous faut encore donner quelques
(4) Pasquier. Op. cit., page 56.