DROITS RESPECTIFS DU SALARIÉ ET DE L'ENTREPRENEUR
L'entrepreneur a droit à un profit basé sur ses besoins, et qui doit être suffisant pour lui permettre de vivre suivant le
niveau de la classe à laquelle il appartient. Le chiffre du profit doit être assez élevé en outre pour former une contre-partie au risque de périclitation de l’entreprise. Enfin l'entrepreneur particulièrement habile, ou remarquablement doué, a droit, comme l’ouvrier se trouvant dans les mêmes conditions, à un profit supplémentaire.
Les bénéfices de l’entreprise seront donc répartis d’abord de façon à accorder un salaire vital et un profit équitable ; l’excédent, s’il en existe, servira à répartir le salaire absolument juste tel que nous venons de le déterminer et le profit supplémentaire revenant à l'entrepreneur s’il est en droit de le réclamer, de par une organisation remarquable de son entreprise ou ses qualités personnelles.
Supposons maintenant que les bénéfices ne soient pas épuisés par ces répartitions, suivant queiles bases le surplus devra-t-il être distribué ?
D'une façon générale, on peut dire que les entreprises qui se trouvent dans cette situation florissante le doivent bien plus à l’intelligence et à la clairvoyance de l’entrepreneur qu’au rendement exceptionnel des ouvriers qui, certes, peuvent influer sur les résultats mais dans des limites assez modestes.
Il est juste alors de rémunérer les dons exceptionnels de l'entrepreneur en lui accordant tout le surplus des bénéfices.
Cette solution est conforme à l'intérêt général car en décider autrement ne pourrait qu’influer de façon malheureuse sur la production, en supprimant le stimulant naturel que constitue l’intérêt individuel.
Le profit ne présente pas la même sécurité que le salaire ; il convient donc qu’il bénéficie d’une plus grande élasticité. D'autre part, il ne faut pas perdre de vue que le profit ne re-
présente dans ies grandes entreprises qu'une part minuscule par rapport à la totalité des salaires.
En n’en répartissant qu’une fraction, on arriverait à ce double résultat : en ce qui concerne les ouvriers on ne pourrait leur attribuer qu’une somme qui ne modifierait pas sensiblement le taux du salaire et qui ne leur apporterait donc pas d'avantages sensibles, tandis que pour l'entrepreneur le profit, ferment d’activité et de progrès, s’effriterait tellement qu'il perdrait ses qualités stimulantes ; il ne serait plus alors possible de trouver d'hommes consentant à remplir ces fonctions.