DROITS RESPECTIFS DU SALARIÉ ET DU CAPITALISTE
Nous avons vu que l'entrepreneur avait un titre aussi fort à prélever un juste profit que l’ouvrier à recevoir son salaire. Ce droit d’appropriation repose, en effet, sur le principe moral des besoins.
Nous allons montrer que le droit pour le capitaliste de s'approprier l'intérêt est infiniment moins fort, car son fondement moral est inférieur à celui du salaire et du profit qui constituent les seuls moyens dont disposent le travailleur et l’entrepreneur pour obtenir une existence décente, tant pour eux que pour leur famille.
Il en va tout autrement pour le capitaliste. Ce dernier peut, en règle générale, assurer sa subsistance par le travail. Les sommes, qu'il percevra à titre d'intérêt, constituent un simple supplément qui n’est pas destiné à faire face aux be- Soins essentiels de la vie. Ce Supplément, au contraire, permetira au capitaliste de satisfaire des besoins secondaires, c'est-à-dire d'acquérir des objets ne présentant Pas un caractère de nécessité immédiate. En raison de l'égalité morale des individus et de la hiérarchie des besoins, le capitaliste ne pour-
— à — ra prétendre à percevoir le taux d'intérêt normal que lorsque les ouvriers d’une part, l'entrepreneur, d’autre part, auront reêçu respectivement un salaire vital et un profit équitable.
Une deuxième conséquence de l’infériorité du droit inhérent au prêt de capitaux est que rien ne s'oppose à ce que les salariés, même ayant reçu un salaire vital, cherchent par le jeu des forces économiques, à s'approprier une part de l'intérêt.
De leur côté, les capitalistes sont en droit de s'opposer à la pression des travailleurs et d'essayer d’obtenir un produit aussi élevé que possible de leurs placements.
L'intérêt serait, donc, un bien dont la possession rend l’appropriation légitime. Le droit à l'intérêt est un droit conditionné par la possession. Dès que la condition est remplie, le droit devient définitif, ainsi que l'attribution de l'intérêt.
La seule objection que l’on puisse faire à ce système est qu'il n’amène les capitalistes à préférer conserver par devers eux leurs capitaux disponibles, si l'intérêt tendait à trop baisser. Mais alors le processus suivant s’établirait : une rémunération diminuée pourrait entraîner une baisse du chiffre des capitaux productifs ; il en résulterait alors une meilleure situation en faveur des capitalistes dans leur lutte contre les prétentions des travailieurs et, la rémunération, augmentant, entraînerait un accroissement des capitaux.