‹ Le Kantisme et ses erreurs [microform]Chapitre 15 sur 25 · CHAP. VIII · texte numérisé non relu

CHAP. VIII

rer à la production d'une forme cognitive suprasensible, immatérielle?

La réflexion se trouble, si Ton considère d'abord, que les individus matériels sont déterminés par les lois universelles de l'être, et, par suite, intérieurement faits pour se révéler à l'esprit qui pense. Pour comprendre cet état de choses, voyons l'analogie qu'il présente avec la valeur artistique d'une figure qui, aux yeux de l'animal, est en quelque sorte enfouie dans la matière ainsi que dans les ténèbres. Assurément, cette figure est matière pure, mais encore cette matière estelle détermiuée par les lois de l'art et porte ainsi le sceau de l'esprit. Sa valeur artistique est en quelque sorte voilée sous les accidents matériels qui sautent tout d'abord aux yeux. Survient l'artiste, et, à la lumière de l'inspiration, ces accidents matériels lui viennent en aide pour rendre visible le mérite de cette figure (i). En second lieti, n'oublions

(\) Comme en réalité nous avons des choses une connaissance plus parfaite que celle que peuvent donner les individus

pas que, dans l'homme, la connaissance sensible, directement influencée par l'objet externe, a dans l'àme les mêmes racines que la faculté de concevoir. D'où il suit que, chaque fois que la faculté de connaître le sensible est sous l'impression des choses externes, la faculté de conception en subit indirectement

le contre-coup.

Nous ne disons donc pas que l'individu matériel agit directement sur l'esprit antécédemment et indépendamment de l'activité mentale. Si nous disions cela, on aurait toute raison de nous opposer la proposition fondamentale du Kantisme. Mais nous disons que la raison, en

matériels, les aristotéliciens comparaient ractivilé mentale à une lumière, qui nous permet de pénétrer dans Tessence des choses. Mais cette lumière n'est qu'une vertu de la raison, capable de dépasser le caractère matériel des individus et de saisir en eux, selon les lois générales de l'être, ressence qu. en fait le fonds. De même pour l'artiste. Comme en contemplant une œuvre d'art on devient capable d'en saisir la valeur de manière à comprendre la capacité artistique de son auteur, ainsi nous sommes mis en état de connaître l'essence des choses, de manière à comprendre la capacité de l'Auteur de toutes choses. Ce qu'il a de tout temps pensé, nous arrivons a le penser après lui.

présence de Fimage sensible, commence en quelque sorte de sa propre initiative à manifester son activité, et, grâce à cette activité même, produit Firnage mentale ( forme cognitive). Cette activité rationnelle consiste essentiellement a séparer pour ainsi dire de la chose extérieure le contenu objectif de l'image mentale. Le contenu du concept est bien dans Tobjet externe, quoiqu'il n y soit pas (par exemple quant à l'universalité) tel que le renferme le concept.

Par où l'on voit que l'objet de la représentation sensible coopère à la production de l'image mentale au moins comme cause déterminante, informante. Il concourt à mettre au point l'image mentale, et cela, grâce à son union avec l'activité rationnelle, tout ainsi que la nature matérielle d'une chose peut en raison de son union avec la lumière mettre au point l'image rétinienne. Si donc c'est avant tout la raison même qui produit pour elle-même dans l'image mentale une forme cognitive, c'est en se servant de l'i-

mage sensible qui représente l'objet externe. Nous sommes remontés un peu haut, mais sans nous écarter de notre sujet. Nous avions accusé Kant d'avoir cherché à expliquer les faits par une hypothèse qui elle-même a plus besoin qu'eux d'explication. En lui reprochant de .dériver d'une façon inintelligible notre pensée déterminée de concepts purement subjectifs, nous en sommes arrivés à rappeler comment dans l'ancienne philosophie la détermination de notre pensée avait été expliquée d'une façon satisfaisante. C'est ainsi seulement que le reproche adressé à Kant a toute son importance. Ainsi s'explique tout ce qu'il fallait expliquer. C'est dans la représentation sensible que se trouve le principe qui donne à l'image mentale sa détermination, de façon qu'elle nous représente tel objet et non tel autre. Kant n'a pas voulu voir comment cela était possible. S'il était allé à l'école du moyen âge, il y aurait appris que c'est sans doute la raison qui produit l'image mentale de l'objet, non toutefois en disposant des concepts

selon ses propres lois subjectives, mais en collaborant avec la représentation sensible à la production de la forme mentale correspondante. Celte explication est d'accord avec la croyance du genre humain, que notre connaissance résulte d'une sorte d'action réciproque du monde sensible et de nous-mêmes. « La tentative, dit Lotze, de faire de l'image « des choses un produit intérieur de l'esprit (( seul, a de nouveau été bientôt rejetée par les « savants : on trouvait qu'il était pour cela « nécessaire d'admettre en nous autant d'ins- « tincts étrangers à l'essence de l'esprit « et qu'on n'en peut dériver, — que la « croyance commune croyait en recevoir « du monde extérieur». (Microcosme, m, p. 231).

Pour en finir avec ce grand procès, disons, en quatrième lieu, que les concepts purs de Kant sont des formes vides de tout contenu, mais pleines de contradictions. Des concepts purs, c'est à dire sans contenu, des concepts qui ne sont que des formes de l'intuition,

sont tout simplement impossibles. Tout concept, en eifet, doit avoir un contenu, une matière : autrement, il cesse d'être un concept. On peut appeler les concepts purs, en tant qu'ils ne représentent rien de sensible, aucun individu, mais rien que de général. Des concepts purs, au sens de Kant, sont des cercles carrés, des couteaux sans manche ni lame. Un concept est toujours le concept de quelque chose : siaon, il n'est rien. Par la seule compréhension mentale d'un concept nous avons déjà quelque chose d'objectif de représenté. Sans doute il y a des lois mentales qui président à la formation des concepts, mais les lois de la pensée humaine ont leur fondement dans les lois objectives de l'être, lesquelles s'expriment dans le concept. Inutile d'insisterpour montrer quel jugement porte la science sans préjugés sur la logique transcendantale de Kant. Nous sommes en droit de l'appeler, ainsi que nous l'avons fait, un jeu puéril. Mais entre les concepts ou jugements il y en a un surtout qui demande à être étudié à part.

PESCH. — KANTISME. — 13.

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