CH. XII. — L'ÉNIGME DES NOUMÈNES
l'Inconscient, il faut lui rendre cette justice que, dans sa discussion de l'idéalisme Kantien, il a mis le doigt sur la difficulté. Le texte cidessus se ramène pour l'essentiel à l'opinion courante appelée chez les scolastiques le Réalisme modéré.
Les individus, en effet, tels que nous les saisissons par les sens, présentent des caractères stables, permanents, portent le cachet de déterminations nécessaires qui apparaissent comme indépendantes d'eux. Dans le même objet où, par les sens, nous ne percevons que l'élément variable, nous appréhendons, grâce à une faculté supérieure, cet élément fixe et intelligible, c'est-à-dire la nature et l'espèce de l'objet. En môme temps que mon œil voit une bille, je me fais l'idée de bille, je conçois ce que c'est qu'une bille, et je sais non seulement que celte bille est ronde, mais encore que toute bille doit être ronde et ne peut être carrée (i). Cette conformité à des lois logiques,
(1) Quand on dit dans Tancienne philosophie que la connaissance raisonnable, spirituelle, a son origine dans la connaissan-
cette permanence de l'être dans les choses, laquelle est accessible à l'entendement et non aux sens, pourrait bien être mise en parallèle avec les noumènes de Kant. Comment et pour quoi l'esprit humain peut-il connaître cette permanence de l'être dans les choses? Parce que cet être aussi bien que notre connaissance ont un seul et même fondement dans V éternelle pensée de Dieu. La pensée de Dieu, — dit
ce sensible, cela ne signifie pas que tout ce que la raison connaît, est également saisi par >e sens, et qu'il n'y a de différence que dans la manière de connaître; cela veut dire que la raison est amenée par la perception sensible à quelque chose qui la dépasse. Par le moyen des phénomènes, seuls accessibles aux sens, la raison connaît l'essence. C'est bien la même chose qui est l'objet de la connaissance sensible et de la connaissance rationnelle, mais la raison conçoit dans cette chose un élément qui reste caché au sens: «Sensus per force mam, quîB a rébus accipitur, non ita efficaciter rem cognos- « cit sicut intellectus, sed sensus per eam manuducitur in (( cognitionem exteriorum accidentium: intellectus vero perve- « nit ad nudam quidditatem rei, secernendo eam ab omnibus « conditionibus materialibus. Cnde pro tanto dicitur cognitio « mentis a sensu originem habere, non quod omne illud quod «mens cognoscit, sensus appréhendât, sed quia ex his, quae « sensus apprehendit, mens in aliqua ulteriora manu ducitur, « sicut etiam sensibilia intellecta manuducunt in intelligibilia (( divinorum... » Saint Thomas, quaest. disp . q. 10, de veritate.