CHAPITRE I
CONTRADICTIONS MULTIPLES DANS l'entreprise DE KANT
I. Avant d'aborder proprement notre tâche, nous devons faire remarquer que le philosophe de Kœnigsberg a lui-même par sa critique scié la branche de salut qui devait le porter. C'est ce qu'il faut faire voir brièvement.
Jusqu'à Rant la connaissance du réel était considérée comme le but de la philosophie. L'idée à laquelle s'était naïvement attachée l'humanité pensante, et dont elle ne s'était jusqu'alors laissé détourner par aucune philosophie moderne, c'est que la pensée humaine
prend essentiellement par la connaissance possession de la réalité et a un contenu réel, extérieur à la faculté de connaître. Or, il est clair qu'à toute discussion scientifique peut et doit préexister, comme postulat, la connaissance non seulement de notre propre existence, non seulement du principe de contradiction ( une même chose ne peut en même temps être et n'être pas), mais encore de notre faculté de saisir par la raison une réalité extérieure ( transcendante ). Telle est la base d.e toute recherche.
Elle peut préexister, car, dans toute activité pensante, elle n'est pas moins donnée comme connue d'elle-même que la puissance de voir dans la vision. De même que, en distinguant avec clarté et netteté dans un objet éloigné les parties individuelles, les différences de forme et de couleur, je connais avec certitude non seulement l'objet et ses déterminations, mais encore la réalité de ma vision et la puissance visuelle de mon œil ; de même, chaque fois que je conçois clairement la vérité
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objective ( par exemple dans le principe de contradiction ), je connais non seulement l'existence de la vérité elle-même, mais encore la réalité de ma connaissance, et la faculté qu'a ma raison de saisir la loi de l'ordre objectif des choses telles qu'elles existent. Soit, par exemple, la vérité simple 2-1-2=4: je connais clairement que, dans cette loi de l'ordre ontologique qui existe indépendamment de moi, 2-1-2 sont toujours et nécessairement égaux à 4, et que la nécessité subjective où je suis, de juger ainsi, n'est qu'une conséquence de ma connaissance intuitive d'une réalité extérieure et de la vérité de ma connaissance. C'est ainsi que non seulement nous croyons, mais encore nous connaissons, que nous sommes capables de saisir la réalité externe. Il va de soi que là raison, de même qu'elle apprécie la puissance visuelle, peut aussi, par suite même de la conscience qu'elle a de son activité, prendre sa propre nature et faculté d'agir pour objet de ses études. Or cette faculté de notre raison non seu-
lement peiU, mais encore doit préexister, parce que nous ne pouvons attribuer de valeur à aucune de nos connaissances qu'autant que nous partons de ce postulat fondé, — que notre pensée nous offre un contenu réel^ objectif ( transcendant ).
On ne peut douter que l'étude de l'organisation de l'expérience et du processus mental qui s'y rattache, ainsi que de la constitution de notre faculté de penser, ne soit du ressort de la science. Hartmann qui, dans sa polémique contre l'idéalisme kantien reprend à son insu pour l'essentiel le point de vue de la scolastique du moyen-àge, fait cette juste remarque ( nous passons condamnation sur la légèreté gouailleuse des termes) : ce La tâche a: d'une théorie philosophique de la connais- (L sance ne peut consister à admettre sans cri- (L tique les résultats de la croyance instinctive € et à les opposer aux hypothèses de la critia que, comme un atout qui lui clôt le bec, « mais bien à reconstruire pour la conscience^ « à Taide de l'observation personnelle, de l'in-