‹ Le Kantisme et ses erreurs [microform]Chapitre 4 sur 25 · CH. I. — CONTR. DANS L'ENTREP. DE KANT · texte numérisé non relu

CH. I. — CONTR. DANS L'ENTREP. DE KANT

« duction et par élimination des autres pos- « sibilités, le processus même, par lequel « dans le domaine des fonctions préconsciena tes se produit ce résultat indéniable, — « que l'intuition a un caractère transcenden- « tal, c'est à dire saisit le monde extérieur » (1). Qui connaît, ne fut-ce que superficiellement la scolastique^ sait que cette conclusion y est développée en toute abondance. Les anciens scolastiques se sont moins préoccupés de recherches critiques d'ensemble, parce que personne ne pensait à dénier aux actes de l'entendement humain tout contenu réel et toute certitude. Aujourd'hui la philosophie chrétienne s'aperçoit que cette critique est nécessaire ; pour cela, elle n'a besoin que de rassembler les ressources qu'elle possède déjà, afin de donner de la connaissance humaine^ et particulièrement de l'expérience sensible, une explication qui épuise la matière. Une telle réflexion sur l'acte de l'expérience est tout à

(1) Exposition critique du Réalisme transcendental, p. 102.

fait dans le sens de la scolaslique. C'est une imperfection de notre connaissance que nous ne puissions conclure l'être immuable et éternel que de l'existence de l'être contingent fournie par la connaissance sensible, et que, par suite, la connaissance supérieure suppose la connaissance inférieure. De là résulte que la spéculation prend aussi l'expérience pour objet d'étude, afin d'être sûre du point de départ dont elle a besoin, de même qu'elle considère la pensée abstraite aussi bien à ses débuts que dans ses progrès, afin d'avoir la certitude de la vérité. Car, dit Suarez, lascience doit savoir qiCelle sait.

2. — Maintenant, comment le grand penseur de Kœnigsberg a-t-il compris et formulé sa critique?

D'abord, il met réellement en question la valeur des facultés cognitives pour arriver ensuite ( tout en employant ces facultés mêmes, d'une sûreté contestable ) non à affirmer cette valeur, mais à rechercher leurs fondements. Kant veut non seulement déterminer avec net-

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teté par quelle voie et dans quelles conditions l'homme arrive à une certaine connaissance de la vérité ; il veut encore avec la faculté de connaître décider s'il y a, d'une manière générale, une faculté de connaître. Geiger le remarque avec raison : « Kant traite la rai- « son comme une lunette, dont nous étabhs- (( sons la puissance de réfraction ou la couleur (( pour pouvoir en faire abstraction quand (( nous apprécierons les objets. La raison « n'est pas une lunette que nous puissions (( isoler, afin de l'examiner d'abord elle-même; (( la raison est l'œil même ». Avec la recette de Kant nous ne pourrions nous fier au pouvoir visuel de nos yeux qu'après nous en être préalablement défaits et les avoir soumis à un examen minutieux !

Cette objection, on le sait, a déjà été faite à Kant sous des formes et avec des images variées, elle a presque une histoire. Vouloir avant la pensée réelle faire l'épreuve de la pensée ( c'est ainsi à peu près que s'exprime Hegel ), c'est vouloir penser avant de penser^

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OU en quelque sorte vouloir apprendre à nager sans entrer dans Teau. A cela qu'ont répondu les Kantiens ? « Ici, dit K. Fischer, « Hegel méconnaît complètement le sens de « la philosophie critique et, avec sa compa- « raison banale, fait une fâcheuse confusion, a: On compare la connaissance avec l'art de « nager, mais Kant ne veut ni enseigner ni « apprendre à nager ; il veut expliquer com- « ment on nage. Entre le mécanisme de la « natation, exposé par le physicien et qui « nous permet de nager, et la natation même, a: il y a le même rapport qu'entre Kant et la c. connaissance effective. Pour expliquer la na- « tation, on doit se demander : Quels mouveo: ments fait le corps humain en nageant? « Pour expliquer la connaissance Kant de- € mande : Quels mouvements pour ainsi dire € fait l'esprit humain, quelles facultés exerce- <t t-il en connaissant » (1)? Les paroles de Fischer sont claires. Si Kant avait réellement ins-

(1) Hist. de la philos, moderne, t. HI ; p. 24-25. — cf Ueberweg, système de Logique, § 31.

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titué sa critique dans le sens indiqué par Fischer, il aurait difficilement trouvé un homme sensé pour adversaire ; il aurait exactement fait ce que bien longtemps avant lui les scolastiques avaient fait, ce qu'ils font encore. Mais la manière de voir de Fischer est tout simplement fausse.

Kant veut savoir comment au fond l'expérience est possible, c'est-à-dire, comment en connaissant nous atteignons la réalité, non seulement pour voir comment nous l'atteignons, mais encore pour voir si nous l'atteignons. Il critique Texpérience ( c'est-à-dire l'expérience d'une réalité j non seulement dans le but de rechercher scientifiquement les fondements d'un fait indéniable, mais encore pour faire dépendre de sa critique la connaissance

de ce fait. 11 se demande sérieusement : dans •

l'acte de la pensée, connaissons-nous quelque chose, ou ne connaissons-nous rien? Il veut donc sérieusement acquérir avant tout la faculté de connaître quelque chose, et non seulement en scruter la nature en l'étudiant.

PESCH. ~ KANTISME. — 2.

Jusqu'à lui l'humanité pensante a cru connaître quelque chose, et voilà ce que Kant met réellement en question, afm plus tard de l'affirmer ou de le nier. Le seul point que nous accordions aux défenseurs de Kant, c'est que ses expressions sont souvent amphibologiques. Heureusement, cependant, nous n'en sommes pas réduits à nous confier à l'ennuyeuse (( philologie de Kant », pour établir notre assertion. Le résultat de la Critique de la Raison peut montrer d'une façon indiscutable dans quel but Kant Tavait instituée. En effet, il nie simplement que nous connaissions quelque chose. Par son travail, dont le but était d'expliquer la possibilité de connaître quelque chose, il a montré que c'est impossible : et il n'aurait pas réellement voulu mettre en question s'il est possible de connaître quelque chose ! (( La philosophie critique, dit le (c jésuite Kleutgen, avait commencé par dou- « ter que nous ayons la certitude que les (( choses correspondent à nos idées, et les lois ^ de l'être aux lois de notre pensée ; elle finit

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