‹ Le Kantisme et ses erreurs [microform]Chapitre 5 sur 25 · CH. I. — CONTR. DANS L'ENTREP. DE KANT · texte numérisé non relu

CH. I. — CONTR. DANS L'ENTREP. DE KANT

(( par soutenir que l'esprit pensant ne peut (( pas même acquérir de connaissance certaic( ne de l'existence^ à plus forte raison, de la « nature et de l'essence des choses. Depuis (( lors on a commencé à considérer comme la « tache, sinon unique, du moins principale de (( la philosophie, la démonstration de la réa- (( lité des choses » (1). En ne rougissant pas d'aboutir à un tel résultat, la philosophie critique a engendré une impuissance scientifique sans pareille. Si l'entreprise avait eu un résultat positif, c'est à dire si Kant était arrivé à prouver que notre connaissance, à savoir notre appréhension de quelque chose, a des fondements sûrs^ on aurait pu discuter avec Fischer et consorts. Mais c'est nier le soleil, quand le soleil brille^, que de nier que Kant ait réellement mis en question la validité de la connaissance. Notre assertion demeure donc vraie : Kant entreprend son étude critique avec 'des facultés, dont l'autorité ne lui paraît pas démontrée.

(1) Philosophie ancienne, n» 321.

En second lieu, le grand critique déclare sans détours que nous ne pourrions rien con^ naître qui soit réel au sens transcendental ( c'est-à-dire hors de notre acte cognitif ), et néanmoins il veut nous faire connaître non seulement notre connaissance, en tant qu'elle est en apparence l'objet de notre connaissance, mais encore Vessence réelle du fait de la connaissance. Or, comment pourrions-nous savoir que notre connaissance se comporte ainsi que Kant nous le dit, puisque, par tontes nos connaissances, nous sommes confinés dans le monde des phénomènes et n'atteignons jamais la réalité? Et si Kant, dans ce cas unique, a aidé à saisir la réalité, c'est-à-dire à comprendre comment notre connaissance est réelle, pourquoi n'en pourrait-il être de môme pour nous dans les autres cas? «La Critique de la Raison pure )), remarque un écrivain moderne, « est, de la manière dont Kant s'y prend, « quelque chose d'absolument impossible se- <L Ion ses propres principes. Elle ne s'attache a pas à un phénomène, mais à un noumène,

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(( une chose en soi ; car tout ce qui ne tombe « pas sous l'intuition empirique, mais peut <( seulement être conçu, est noumène. Les caa tégories sont des produits de l'entendement a pur, qui ne peuvent être que conçus : elles <!C sont donc des noumènes. Or un noumène (( est un objet transcendental, ce qui signifie a: un X, dont nous ne savons rien ni ne pouce vous rien savoir avec la constitution natu- (( relie de notre entendement ».

En troisième lieu, Kant veut purifier l'entendement du levain sceptique et matérialiste, en revenant aux prémisses nécessaires de toute connaissance, pour rechercher les bases de toute pensée ( et plus tard aussi, de toute volonté ). Il prétend défendre contre le scepticisme la certitude de nos connaissances au moyen d'une simple critique des éléments de la raison, en excluant toute réalité. Ainsi dans ce travail il fait précisément abstraction de ce qu'il aurait dû avant tout considérer, à savoir, comment notre raison est portée à admettre la réalité, est ordonnée en vue de la

réalité objective, a pour objet la réalité objective. Au lieu de cela il nous démontre tout au long que toute la machine à connaître se compose d'éléments purement subjectifs, qui ne peuvent rien avoir à faire avec la réalité.

Celui qui ne prend pas simplement notre connaissance pour ce qu'elle est, pour une appréhension du réel, ne doit pas jeter la pierre au scepticisme, car il habite lui-môme une maison de verre ; jamais il ne sera en état d'arriver par la critique à la connaissance du réel et d'échapper au scepticisme. Kant ne peut sortir de cette impasse : Je n'admets rien avant de l'entendre ( c'est à dire de le connaître démonstrativement par ses principes ) ; je ne me fie même pas à mon entendement, avant de l'avoir lui-même entendu. Or je ne puis entendre mon entendement que par mon entendement, auquel je ne puis me fier^ parce que je ne l'ai pas encore entendu : je ne puis donc rien entendre. — Voilà le résultat pour lequel le grand esprit de Kant s'est astreint à un travail de géant.

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3, C'est sur les parties essentielles de ce travail que, dans les chapitres suivants, nous porterons notre attention. Tel qu'il l'a d'abord entrepris dans la « Critique de la Raison pure », et depuis dans les <( Prolégomènes à toute métaphysique » sous une forme plus à la portée de tous, ce travail ( ainsi qu'on Fa vu dans la première étude) a pour but d'expliquer l'expérience ou la connaissance.

Or, afin de pouvoir résoudre la connaissance humaine en éléments purement subjectifs, il commence par s'occuper des jugements qui, en raison de leur valeur universelle, ne peuvent s'expliquer par l'expérience sensible. Il essaie de montrer que notre raison, d'ellemême et sajis le concours de Vexpérience, établit à priori des propositions qui ne consistent pas dans le développement des concepts donnés, mais dans la coordination de concepts différents, lesquels, par suite, ne sont pas analytiques, mais synthétiques, parce que le sujet et le prédicat ne s'y impliquent pas réciproquement. Ce sont des jugements synthétiques à

priori. Comme leur nécessité et leur universalité ne dérivent pas de l'expérience ni ne peuvent s'expliquer par l'intuition de la vérité réelle, le grand penseur se voit heureusement contraint de faire la chasse à des éléments purement subjectifs pour expliquer ces prétendus jugements. C'est ainsi qu'il arrive aux diverses formes de l'entendement. Si Kant réussit à démontrer l'existence de ces jugements, il donne à son système une base solide, car il aura démontré qu'il peut y avoir une connaissance qui n'est pas intuition pure. Dans le chapitre suivant nous démasquerons la grande découverte de l'homme de génie, laquelle est absolument indispensable à son système ; et nous montrerons qu'elle n'est que ce qu'on appelle en termes triviaux une gasconnade.

Au cours de son travail^ Kant, avec plus d'audace que Copernic, se permet deux licences: la première, c'est qu'il glisse sous sa tentative d'explication une connaissance tout autre que celle qui existe réellement ; la se-

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conde, c'est qu'il dissèque et reconstitue au gré de ses caprices le développement de l'in- Jelligence. Ces deux abus commis par le grand penseur seront dans les chapitres 3» et 4e soumis à un examen scientifique.

Après s'être imaginé que les jugements synthétiques à priori existent réellement, il se pose cette question : comment sont-ils possi-^ blés ? C'est là, d'après Kant, la question fondamentale de toute la critique. 11 trouve qu'ils •ne peuvent s'expliquer que par certaines formes toutes subjectives de l'intuition, — le temps et Vesjmce, — ainsi que par des formes de l'entendement, qu'il appelle ccdégories, auxquelles, véritables supertluités, se rattachent les Idées de la Raison. Il divise son ouvrage en Elémentologie transcendentale et Méthodologie transcendentale. L'Elémentologie, qui renferme le centre de gravité de toute la Critique, traite des matériaux et, pour ainsi dire, des deux tiges de la connaissance humaine, la sensibilité et l'entendement. La Méthodologie y ajoute le plan ou les conditions formelles de

toutes les connaissances rationnelles spéculatives.

C'est d'abord VÉlémentologie qui nous intéresse. Kant la subdivise en Esthétique, qui traite de la connaissance sensible et en Logique, qui traite de la connaissance réfléchie. L'Esthétique transcendentale a donc pour objets les formes pures de Tintuition, le temps et l'espace. Nous nous en occuperons dans les chapitres 5, 6, 7.

La logique se subdivise en Analytique transcendentale, qui traite des éléments de la connaissance de l'entendement pur et des principes sans lesquels aucun objet ne peut être conçu, — et en Dialectique transcendentale, qui dissipe les illusions dialectiques produites par une fausse application des concepts de Tentendement pur. Les points principaux de la logique seront examinés dans les derniers chapitres.

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