‹ Le Kantisme et ses erreurs [microform]Chapitre 9 sur 25 · CHAP. IV · texte numérisé non relu

CHAP. IV

ARBITRAIRE DE KANT

dans le langage qu'à dissimuler l'absence totale de toute preuve. Il doit en être ainsi, puisque Kant croit qu'il en peut être ainsi : c'est tout et cela doit nous suffire.

5. — En quatrième lieu enfin, c'est un fait que connaître ou juger n'est pas, comme Kant le suppose à la légère, unir simplement deux représentations. Si je dis : Bismarck est homme, — ou : l'arbre que voici est substance, le petit mot est a d'abord et extérieurement sans doute le sens de copule ; il est le signe de mon activité mentale, de l'acte de mon entendement, par lequel je subordonne le m\^i Bismarck au concept universel homme. Il y a. sans doute ici union de deux représentations: s'ensuit-il que j'aie pleinement expliqué l'essence de cette connaissance? Seule, la légèreté la plus superficielle le pourrait prétendre. L'union que j'opère entre le sujet et le prédicat, n'a le caractère d'une connaissance véritable qu'autant qu'elle se fonde sur la coexistence réelle de l'individu Bismarck et de la nature humaine ; et qu'elle exprime cette co-

existence. Cette relation avec le transcendant €st pour la connaissance, absolument essentielle. Pour que la proposition : Bismarck est homme, soit une connaissance, il faut que le petit mot est ne garde pas exclusivement le caractère de copule dans la phrase ; la proposition ne doit pas en dernière analyse signifier : j'ai joint Bismarck el homme d'dus mon esprit. La copule doit se rapporter a l'humanité' de Bismarck existant en dehors de l'acte par lequel j'unis les deux termes, et la proposition doit énoncer que, môme abstraction faite de mon acte cognitif, la nature humaine se trouve réellement en Bismarck. Un aussi grand penseur que Kant aurait-il pu méconnaître une chose si simple et si universellement admise? 11 en est pourtant ainsi: la connaissance ou le jugement n'est pour lui qu'une union de termes, un acte purement subjectif.

C'est de l'acte subjectif du jugement qu'il fait le principe de tous les concepts. II considère les catégories non comme des modes de l'existence, mais comme des modes du juge-

PEScn.

KANTISME. — i.

CHAP. IV. — ARBITRAIRE DE KANT

ment ; il les dérive des diverses formes du jugement. C'est là pour Kant le fort de la révolution. Parmi ses admirateurs, beaucoup sont plus sobres d'approbation. Ainsi Lange a dit: c< Que Kant ait créé une métaphysique en « s'imaginant pouvoir dériver sûrement tous « les éléments à priori de notre pensée d'un (( seul principe, voilà le côté faible de sa (( philosophie spéculative. La dérivation dhm « seul jyrincipe, procédé en général très péril- (( leux, ne consistait au fond qu'en ce que c( cinq lignes perpendiculaires et quatre lice gnes transversales furent tracées, et les es- (( paces obtenus à Taide de ces lignes, rem- (( plis » (1). En est-il réellement ainsi, c'est ce dont s'inquiète peu le grand penseur : la réalité doit s'incliner devant lui. C'est en vain, nous le répétons, que dans toute la critique de la Raison pure on cherche une preuve de ce prétendu état de choses. AO-o; hn, le maître Ta dit: qui ne le croit pas, fait partie, selon le mot de Kant, du pecits.

(1) Hist. du matérial., ii, 51.

Et où cette puissance constructive de Timagination a-t-elle amené Kant? Schopenhauer porte sur son maître ce jugement bien dur (1) :

(n Kant, dit-il, avait vaguement conscience de

« la contradiction ( de son système ), il luttait

(( intérieurement contre elle; il ne voulut

(( ou peut-être même ne put l'amener à une

(( pleine lumière, il la dissimula à ses yeux

<( et à ceux d'autrui et recourut pour cela à

(( toutes sortes d'artifices. C'est peut-être aus-

« si parla qu'on peut s'expliquer qu'il ait fait

(( de la faculté de connaître une machine

(( si singulièrement compliquée, avec tant de

« roues comme les douze catégories, la syn-

« thèse transcendantale de l'imagination pro-

(( ductive, du sens interne et de l'unité trans-

(( cendantale de l'aperception, comme le

(( schématisme de l'entendement pur, etc. En

(( dépit de tous ces appareils^ il n'a pas même

« essayé d'expliquer l'intuition du monde

(( extérieur, ce qui est pourtant le point capi-

(( tal de la connaissance ; cette nécessité, qui

(1) Le monde, etc., i, 523.

« pèse sur lui, il l'exprime toujours misérable- « ment par les mômes mots qui n'ont pas de « sens et sont tous figurés : Vintitition enijn- « riqiie nous est donnée ».

Nous avons vu comment Kant dans toute son œuvre falsifie entièrement Tidée vraie de la connaissance humaine. Nous avons considéré ses caprices inadmissibles d'architecte, sa manière de détruire et de construire, selon les circonstances. Attachons-nous maintenant à l'examen approfondi des /orme^ rf^ la connaissance.

Parmi elles, les unes sont des formes intuitives, les autres, des formes conceptives. Les formes intuitives sont le temps et V espace : c'est aràce à elles que naissent les phénomènes, car nous tirons de nous et produisons avec leur aide des figures dans l'espace et des séries dans le temps, — le monde extérieur à notre acte cognitif ne pouvant exister ni dans Tespace ni dans le temps. C'est surtout cette curieuse production des phénomènes que Kant considère dans son (( Esthétique transcendantale » qui captive notre attention.

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