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justement grâce à ces deux formes. «.Lors- « que delà représentation d'un corps j'abs- « trais ce que l'entendement en conçoit, ft comme la substance, la force, la divisibilité, <c etc. ainsi que ce qui appartient à l'expé- « rience, comme l'impénétrabilité, la dureté, « la couleur, etc., il me reste, en dehors « de cette impression empirique, quelque <r chose encore, Yéleîidue et la forme. Elles « appartiennent à Vintuition pure, qui existe (c à priori dans le sujet, même sans objet « sensible réel, comme forme pure de la « sensibilité ))(!).
6, — Comment au moyen de ces formés s'explique cette irduition pure ? L'importance de celte question est reconnue même par les fidèles de Kant. « Reste toujours, dit Frau- « enstaedt (2), cette question : comment arri- « vons-nous à percevoir les choses dans des « espaces, des temps, dès rapports de cau- « salité si différents^ tels que les présente
(1) Crit. de la Raison pure, p. 32.
(2) Lettres sur Schopenhauer, p. 143.
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■<L l'expérience ? ici^ un corps quadrangulaire; <L là, un corps rond ; ici, un homme de la tail- « le d'un enfant ; là, de la taille d'un adulte ; « aujourd'hui, un fait qui n'a que la durée « d'un éclair ; puis, un fait qui, comme une « piôce en cinq actes, dure de trois à quatre € heures ; tantôt, un changement qui a une « cause mécanique, comme le roulement de « la bille sur le billard; puis, un changement « qui a une cause spirituelle, comme la dé- « couverte d'une vérité nouvelle ? D'oîi pro- « viennent toutes ces différences dans la 7na- (L Hère, que nous perci^vons dans les formes « de l'espace, du temps et de la causalité » ? Le schopenhauérien Frauehstaedt ne voit rien de mieux que de reprocher à Kant de n'avoir pas fait aussi de la matière un élément subjectif. Il lui est certain que l'univers objectif n'est qu'une pure représentation, non seulement quant à la forme, mais encore quant à la matière même. C'est conséquent, fondamental, mais sans base.
Nous disons conséquent, car si le temps et l'es-
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pace n'existent pas hors de moi, pourquoi y aurait-il quelque chose hors de moi ? On évite ainsi les exigences irréalisables de Kant. D'après lui, je dois abstraire les couleurs de la surface, la sensation de pression due au tact de celles de résistance et de mouvement, l'affection musculaire de la perception de l'espace mesuré par le mouvement des muscles. Car, de ces éléments, les premiers appartiennent bien à la sensibilité, les autres lui sont ajoutés par les deux formes de l'intuition. Il suffit de réfléchir à cette exigence chimérique pour s'étonner qu'on ait sérieusement osé la faire. Mieux vaut en tout cas faire entrer de force l'univers entier, armes et bagages, dans le sujet.
7. — Les formes de Kant ne peuvent donc expliquer aucune intuition : aussi l'esthétique transcendnntale mérite-t-elle la plus sévère condamnation. Ajoutons que l'intuition que le grand penseur entreprend d'expliquer, n'existe en réalité pas du tout.
Dans sa construction Kant part de l'hypo-
thèse-, que. toutes nos représentations de rai> ports et de grandeurs dans le temps et dans l'espace ont pour base l'intuition de l'espace illimité et du temps sans bornes. 11 dit, par exemple : « L'espace n'est pas un concept dis- (c cursif, ou, selon l'expression reçue, un (( concept général de rapports- entre les cho- « ses : c'est une intuition pure. -On ne peut « se représenter qu'un seul espace. L'espace « est représenté comme une grandeur don- « née infinie ». De l'intuition pure il fait la base de toutes les représentations « empiri- « ques d'espace, en sorte que ces représenta- « tions ne sont que des limitations de cet « espace unique, qui est donné comme gran- « deur infinie d. Mais ici le grand penseur manipule les faits réels de la manière la moins excusable.
Surtout il est faux que toutes nos conceptions de temps et d'espace doivent avoir pour buth représentation de l'espace illimité et du temps sans bornes. Nous l'avons dit et nous le répétons ; au début nous connaissons les choses,
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qui ont comme manière d'être qu'elles sont dans le temps et dans l'espace. Naturellement, il n'est pas besoin pour cela de représentation préalable d'espace et de temps ; il suffit que nous ayons la faculté de saisir ce qui se présente à nous dans les choses. Nous élevant par notre connaissance au-dessus des sens, nous connaissons les rapports des choses dans le temps et dans l'espace comme leurs manières d'être, nous nous formons une idée de l'espace et du temps, et connaissons ainsi, bien entendu sous la condition de cette idée, les choses comme pouvant se trouver dans le temps et dans l'espace. Mais cette idée ne donne ni le temps sans bornes ni l'espace sans limites; elle donne seulement le temps et l'espace dans leur indétermination.
En second lieu, il est inexact que nous ayons une intuition sensible du temps sam limites et de l'espace sans bornes. Sur ce point Kant se rend encore coupable d'une faute qui doit surprendre ceux-là même qui sont habi-
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tués aux manipulations des modernes penseurs. Il prend le co?icep< intellectuel de temps et d'espace pour larepme)ifa^io7i imagiimtivede temps et d'espace. Cette dernière est une intuition, mais ne peut jamais représenter l'espace sans bornes ;\e concept renferme bien l'espace sans bornes ( comme possibilité d'extension indéfinie), mais n'est pas une intuition. L'intuition d'un espace un et infini ! Qu'on essaie de se la donner ! Comment arriver à l'intuition de ce dont on ne peut avoir l'image? Ce n'est pas sans de grands efforts que l'entendement peut comprendre la possibilité illimitée de l'extension indéfinie. C'est là l'espace infini. Mais c'est un concept de l'esprit et non une intuition de la sensibilité. Dès que nous tentons d'en avoir l'intuition par l'imagination, nous nous apercevons qu'il nous est absolument impossible" de nous représenter le temps et l'espace dans leur illimitation. Les limites reculent sans cesse, mais ne disparaissent jamais :
.Abaisse, aigle sublime, . Tout vol audacieux ;
Imagination, qui menace les cieux, Jette l'ancre, et prends garde aux fureurs de l'abime.
Enfin, en troisième lieu, il est inexact que nous nous fassions une intuition directe du temps et de l'espace. Sans doute l'intuition intérieure vient à notre aide, lorsque nous voulons nous représenter de quelque manière le temps et l'espace. Mais ce qui est l'objet de notre intuition directe, ce sont des corps qui peuvent exister ici ou ^à, ce sont des limites de corps convexes ou concaves, ou des corps qui peuvent se mouvoir ici ou là ; ce sont des changements qui se suivent. Mais une intuition directe de l'espace et du temps, personne n'a pu encore en avoir. L'idée d'espace et de temps n'est pas une intuition ; elle vient seulement de ce que nous rapportons les uns aux autres les objets juxtaposés, les objets passés, présents, futurs. Ce n'est pas l'œuvre de l'intuition sensible, c'est celle de la pensée réfléchie.
Peut-on du moins dire que Kant a bien mérité de la science en élevant la réflexion
PESCH. — KANTISME. — 9.
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philosophique au-dessus du temps et de l'espace jusqu'à la recherche de l'élément subjectif, à la recherche de ce que notre esprit ajou^ te à la matière qui vient du dehors? Même cet éloge décerné à Kant par les modernes penseurs de toute. nuance n'est pas mérité, car l'essentiel de ce qui sur cette question est accessible à la philosophie, était déjà connu des maîtres du moyen âge. Sans doute l'erreur de Kant a donné l'impulsion à une étude plus approfondie du concours de l'esprit, et nous reconnaissons volontiers ce ser\'ice. Si l'on veut en faire un mérite à Kant, qu'on n'oublie pas d'autre part qu'il encourt le grave reproche d'avoir dirigé dans une mauvaise voie les travaux de nos psychologues et de nos physiologistes sur les raisonnements ùicomcienls qui se produisent dans notre connaissance... Ou bien Kant n'est-il pas responsable de ce que notre connaissance, entre les mains de ces savants, ' est en danger de perdre son lien èt-roit avec le monde extérieur et de se transformer en une fabrique de vains fantômes ?
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