‹ Le Kantisme et ses erreursChapitre 21 sur 37 · Troisièmement enfin l'absolue nullité · texte numérisé non relu

Troisièmement enfin l'absolue nullité

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scientifique de l'assertion de Kant, résulte de ce qu'elle met en danger l'œuvre du grand penseur.

Rappelons brièvement à quelles questions en particulier doit répondre toute théorie de la connaissance.

, La perception se distingue, on le sait, de la simple image, en ce qu'elle représente le transcendant (c'est à dire quelque chose qui existe réellement en dehors de l'acte cognitifj, ou, ce qui revient au même, en ce qu'elle impUque iiji rapport transcendantal, c'est à dire qui dépasse l'image. Si par Yimaginaiion je puis me représenter une maison, l'objet de mon acte est immanent. Si au contraire je vois de mes yeux hors de moi une maison, mon acte se rapporte à la maison, comme à quelque chose qui existe réellement hors de moi: l'état intérieur qui produit ma perception n'est pas une pure illusion : on pourrait plutôt dire qu'il sert de passage entre le moi et les phénomènes.

Dans la philosophie de Kant, c'est une ques-

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tion capitale que de savoir comment la perception renferme un rapport transcendantal : en d'autres termes, comment l'expérience en arrive à devenir l'expérience de quelque chose. — Ici les formes mentales ou intuitives n'expliquent rien, car elle ^'appliquent du dehors du sujet à la matière de l'intuition. La construction subjective de l'acte n'a pas plus d'effet. Ici surtout il n'y a que le contenu objectivement donné de la représentation, la sensation, qui puisse rendre l'explication possible. D'où vient donc la sensation? Ne serait-elle que l'effet de notre propre nature? Il faut dire alors avec Berkeley que tout hors de nous n'est « qu'esprit et idées chimériques )), que tout ce que les sens nous enseignent n'est que (c pure illusion». C'est ce que Kant ne veut pas. Aussi prétend-il précisément qu'il y a des choses hors de nous et que ce n'est qu'en tant qu'elles affectent nos sens que nous pourrions savoir par l'expérience qu'il existe quelque chose, et que ce n'est qu'en tant que ces choses se manifestent que la connaissance et. la

vérité sont possibles. Nos sens sont affectés d'impressions, et c'est la manière dont ils sont affectés qui détermine le contenu de la représentation. Par la manière dont nous sommes affectés on ne peut entendre qu'une action. Or qui exerce cette action? Déjà, dans la première édition de la Critique de la Raison pure, Kaut avait répondu que ce sont les clioses en soi qui nous affectent par des représentations. L'action exercée sur nous implique causalité, cela est trop clair. Mais si la chose en soi constitue la cause de l'état dont nous sommes affectés, la causalité n'estplus seulement une forme à priori préexistant dans notre esprit, c'est une puissance déjà inhérente aux choses mêmes et je n'en puis prendre connaissance que par X expérience. En conséquence, dans sa Métaphysique delà nature (Œuv. compL, Y. 317), où il s'efforce de ramener le concept de matière à celui de forces purement actives, Kant dit : « Le caractère fondamen- « tal de quelque chose, qui doit être l'objet de « nos sens externes, doit être le mouvement, « car le mouvement seul peut affecter les sens » .

Il faut donc choisir. Ou bien on prend la causalité pour une forme mentale toute subjective, et on renonce à toute activité dans le domaine de la réalité extérieure ; et alors la sensation, telle qu'elle est e^i fait, demeure inexplicable. Ou bien on admet, en vue d'expliquer la sensation, une activité émanant des choses externes, et alors le principe de causalité n'est plus seulement une forme mentale subjective; il a, du moins dans les cas en question, une réahté transcendante.

Nous revenons à cette contradiction sans issue, qui ruine le Kantisme par la base. Par suite du caractère radicalement idéaliste du système, le principe de causalité devient un jeu tout subjectif et illusoire de la pensée ; l'homme, « l'animal qui sans repos cherche les causes », est comme le petit chat qui tourne et joue avec sa queue.

La valeur des formes a priori de Kant a été suffisamment étudiée dans les chapitres précédents. Le philosophe critique croyait en avoir besoin pour expliquer « l'expérience »,

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surtout pour trouver un critérium indestructi-

ble de la certitude. C'est de l'utilité des formes

a priori sous ce rapport qu'il nous reste main-

tenant à traiter en particulier.

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