‹ Le Kantisme et ses erreursChapitre 22 sur 37 · LÂPRIORISME CRITERIUM MALHEUREUX DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

LÂPRIORISME CRITERIUM MALHEUREUX DE LA VÉRITÉ

4 . Ce que nous avons dit Jusqu'ici del'apriorisme, ou appareil des formes Kantiennes, serait plus que suffisant pour appuyer une sentence sims appel de bannissement.

Beaucoup parmi nos lecteurs se souviennent qu'on est en droit d'attendre de ionic théorie de la connaissance uu critérium de la vérité, c'est-à-dire une énonciation claire de ce qui nous rend certains de la possession de la vérité. Aussitôt surgit cette question : l'apriorisme idéaliste sulDJectif, résumé de la théorie

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Kantienne de la connaissance, peut-il répondre à cette exigence ? Quoique la réponse soit déjà faite dans les pages précédentes, nous croyons devoir ne pas laisser de côté cette question, qui ne peut manquer de se poser dans toute théorie complète de la connaissance. Mais nous considérerons l'apriorisme à un nouveau point de vue, d'où nous pourrons très clairement saisir son entière inutilité.

Plus que toute autre, la philosophie de Kant était une recherche du vrai critérium de la vérité.

La science ayant dans la période précédente banni complètement le suprasensible, le besoin se faisait sentir chez les savants engoués d'expérience de s'expliquer l'expérience elle-même. On se demanda quelles sont les conditions d'une expérience de valeur universelle. C'est sous cette forme que Kant prit le problème : afin de donner à l'expérience une garantie, il s'efïorça de montrer que les jugements expérimentaux nous fournissent" une vérité dont la valeur est réellement universelle.

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CH. X. — L'aPR. CRIT. MALH. DE LA VÉRITÉ

Posons bien nettement la question.

L'expérience de Rant, est un produit des sens et de l'entendement. Au fond de l'expérience se trouve la jje?'ce]jaon, qui procède uniquement des sens. Or, l'expérience emploie aussi le jugement, qui n'appartient qu'à l'entendement. Kant distingue les jugements de perception, qui n'ont, dit-il, qu'une valeur subjective (exemple: le sucre est doux, la pierre éclairée par le soleil est cbaude) ; dans ces jugements je n'attends pas que je trouve toujours la même cbose ni qu'autrui la trouve comme moi (1). De là des jugements expérimentaux de valeur objective et universelle. Que la pierre s'écbaufîe sous les rayons du soleil, — c'est pour moi une perception passagère, de valeur toute subjective ; mais si je dis : le soleil écliaufïe la pierre, — il s'ajoute à la perception un concept mental, celui de cause, lequel renferme nécessairement avec le concept des rayons solaires celui de chaleur, et le jugement

(\) Proleg. p. 57.

PESCn. — KANTISME. — i5.

synthétique devient nécessairement universel, par suite objectif, et la perception -se transforme en expérience. Je m'attends nécessairement à ce que tous les liommes jugent comme nioi que le soleil échauffe la pierre.

Alors se pose cette question : Quel est Télément a priori, c'est-à-dire étranger à l'expérience, qui fait de la simple perception un jugement expérimental universel et donne ainsi aux sciences expérimentales leur vérité, c'est-à-dire leur valeur universelle? Nul assurément ne songera à trouver étrange une telle question: elle n'est que trop justifiée. .

2. — Dans la philosophie chrétienne la réponse à cette question n'eût pas rencontré des difficultés insolubles.

Conformément à ce que nous avons déjà dit, c'est un fait à maintenirquele rapport- universel de causalité entre la chaleur solaire et l'échaufiemeut de la pierre existe dans le inonde réel, et que la loi, d'après laquelle toute cause agissante produit un effet correspondant, a hors de nous dans la nature une valeur entièrement

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indépendante de l'esprit humain. Les hommes se sont toujours accordés à penser qu'ils ont la faculté de découvrir et d'apercevoir par l'entendement l'universel dans l'objet de l'appréhension sensible, et ainsi l'intuition de la réalité objective, ou plutôt la lumière de cette réalité apparaissant à Vesprit, serait le critérium de la vérité.

Il en est tout autrement pour Kant. Ignorant la philosophie antérieure, il était tout à fait de l'époque où dominait le subjectivisme protestant. L'esprit répugnait alors à admettre des règles objectives, et en revanche, se plaisait à penser que c'est le sujet, qui se fait la peinture des choses ; partant que la vérité tire sa valeur, quelle qu'elle soit, du sujet. Quoi de plus simple pour le penseur de génie que de se fabriquer une boîte à couleurs avec les débris du dogmatisme de Leibnitz et de Wolf ? C'est ce qu'il fil. Ainsi il enrichit la philosophie de l'apriorisme, c'est-àdire de cet appareil d'éléments subjectifs, que nous avons examinés. Le système de Kant

est essentiellement un idéalisme subjectif. Certes, il était permis à Kant, c'était même une entreprise rémunératrice et conforme à l'esprit du temps, de faire la critique des facultés de connaître et de leurs lois, de soumettre à un examen approfondi les facteurs subjectifs de la connaissance, d'étudier les espèces de phénomènes subjectifs et objectifs, sràce auxquels se produit la connaissance. Le champ était largement ouvert à la science. Si Kant avait ainsi compris la tâche qui iucombait à son époque, il aurait pu devenir le régénérateur de la philosophie, et, pour employer le mot terrible de Hugues de Mollis, se mettre sur la conscience la destruction d'un nouveau moyen cage. Car la faculté de connaître, par suite les puissances et leurs lois, voilà le véritable apriorisme, celui de la philosophie dans l'antiquité catholique.

L'apriorisme de Kant est une découverte toute nouvelle. C'est un magasin de prototypes, de formes, de verres de lunettes de cou-

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leur, grâces auxquelles l'esprit humain fait entrer le temps et l'espace, la causalité, la vérité, la réalité, dans ses propres modifications, produites on ne sait comment. Qu'on n'oublie pas que la réalité même reçoit ce badigeon. Beau travail, sans doute : mais c'est dommage que ce que l'homme pense ainsi, soit pure imagination, et non véritable vue des choses.

3. — Trois motifs doivent amener tout homme qui pense à rejeter l'apriorisme Kantler comme critérium de la vérité : 1° cet apriorisme est une hypothèse sans fondement, 2° eût-il un fondement, qu'il serait absolument incapable de nous donner la certitude de la vérité réelle ; 3° il tombe de lui-même.

Nous disons que l'apriorisme de Kant est une hypothèse sans fondement. Sans doute l'habile penseur a essayé de donner à son hypothèse un fondement grâce à mille tournures variées : mais quel fondement ? C'est la formule amphibologique, que nous avons déjà rappelée ailleurs. « La simple vérité, remar-

v>=açv-,:

« que avec raison Hartmann (1), que tout ce « que je peux me représenter, n'est autre chose (( que ma représentation, que tout ce que je « peux concevoir ne peut être autre chose que <c ina conception, — celte simple vérité est la (c source même de tout idéalisme subjectif : c( tous ses fondements sont des balivernes, « sauf en tant que cet argument s'y retrouve c(. plus ou moins caché, et c'est de lui qu'ils « tirent toute leur force ». On voit ici la lourde méprise où est tombé l'aiguilleur de Kœnigsberg en lançant la philosophie dans la voie de l'idéalisme subjectif.

Concepts et représentations restaient «miens», quand même, au sens de l'ancienne philosophie, les pures puissances qui servent à les produire, fussent miennes, et que le caractère propre de ces puissances subjectives restàtattaché à ces concepts et représentations. Il n'était nullement nécessaire de mettre sous séquestre toute la réalité objective, en en

(1) Examen crit. du réalisme Iranscendantal, p. 27.

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faisant le produit de mon propre travail.

Nous savons déjà comment Kant a imaginé son prétendu fondement des jugements syntliétiques a priori, afm de montrer que la nécessilé et l'universalité de ces jugements ne résultent que du travail de Tesprit. Nous avons vu que ces jugements ne sont nullement synthétiques, que leur apriorisme se ramène . parfaitement à une intuition analytique du sujet et de l'attribut (1).

A. — L'apriorisme idéaliste subjectif ne fùt-il point vermoulu par la base, comme il l'est en effet, il serait encore ( et c'est notre seconde assertion ) incapable de fournir un critérium de la vérité. L'apriorisme, tel que Kant se le figure, est-il en état de donner à

(1) On loue surtout ridéalistne Kantien de fournir une base aux mathématiques et à la physique. C'est l'avis du !> M. Katzenberger. « 11 était réserve à un philosophe allemand <Je «raffermir contre la plus sévère critique les fondements des «sciences expérimentales ébranlées par Locke et Hume... «Kant seul put faire cela, aussi grand comme philosophe que «comme mathématicien et très versé dans les «ciences natu- * relies de son temps... L'abîme qui jusqu'alors séparait les ■« naathématiques et les sciences de la nature, était frAûchi,

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nos jugements une base indestractible ? C'est impossible.

D'abord, il saute aux yeux que l'universalité, que les perceptions doivent revêtir sous rinfluence de l'apriorisme ne peut avoir de valeur objective. Je sens que la pierre s'échauffeaux rayons du soleil ; je coule cette sensation dans la forme subjective de la causalité, ou, si l'on préfère une auti'e image, je la mets à la source de la la causalité subjective, et voilà le jugement expérimental universel. L'universalité serait ainsi tout au plus purement logique, subjective. C'est ce qu'on voit encore mieux en réfléchissant (avec Lange, Histoire du matérialisme) que l'appareil de l'apriorisme Kantien ne peut être au fond qu'une organisation déterminée du cerveau. Or, qu'y a-t-il de commun entre l'ori^anisation matérielle de

«et le point trouvé entre la pensée elle monde extérieur (?!) «Dans les deux sortes de sciences on reconnut la valeur a «priori des jugements synthétiques, dont la critique delà « Raison pure a montré la possibilité,etc...)) (L'élément a priori et idéal dans la scient^, Bamberg, 1874, page 20).

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