CH. X. — L'APR. CRIT. MALH. DE LA VÉRITÉ
la masse cérébrale et la connaissance de la vérité objective ?
Seœndement, il ne peut même pas être question cr universalité subjective. D'abord il est impossible à Kant de nous dire pourquoi toutes les perceptions ne peuvent devenir par l'application dun concept de l'entendement "des jugements universels, si même cela arrive jamais une seule fois. Pourquoi, à propos de cette perception de la pierre échauffée par le soleil, puis-je appliquer le principe de causalité avec l'effet qu'on sait, et ne le puis-je à propos de cette autre perception : la chaleur du soleil endort l'homme ? La simple application d'un concept de l'entendement ne peut donc jamais donner d'universalité au jugement. En second lieu, tout individu devrait en tout cas restreindre à sa propre personne cette prétendue universalité. Comment en effet pourrai-je savoir que d'autres doivent , juger comme moi ? Je sens par la langue que le sucre est doux et je dis : le sucre est doux, ' c'est-à-dire que j'ai une sensation de douceur :
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ai-je ici connaissance d'une qualité déterminée du sucre (c transcendant? » Voilà ce que le Kantisme ignore. 11 ne sait pas davantage si d'autres ont la même sensation du sucre que lui ; les autres hommes ne sont pas pour lui un objet sensible plus immédiat qu'un morceau de sucre : tout cela, ce sont de^ choses en soi. Ces difficultés n'arrêtent pas Kant: il écrit sans se gêner (Proleg. p. 58) : «Tous «nos jugements sont d'abord de purs juge- «ments de perception ; ils n'ont de valeur «que pour nous, c'est à dire pour le sujet; «et ce n'est que par un détour que nous leur « donnons une relation avec un objet et voûte Ions qu'il vaille pour nous en tout temps et «pour tout homme ; car quand un jugement «est d'accord avec un objet, tous les jugements «sur le même objet doivent s'accorder en- « semble, et ainsi la valeur objective du juge- «ment expérimental ne signiOe que son uni- «versalité nécessaire d. Le grand penseur ne remarque pas qu'en parlant ainsi il donne des armes contre lui-môme. Dans son système
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il lui est impossible de savoir s'il y a dans le sucre une qualité déterminée qui produise sur sa langue la sensation de douceur.
Donc, pour s'exprimer comme il vient de le faire, il devrait pouvoir savoir que tous les hommes en soi ont même organisation, même langue, bien plus, que le sucre en soi produit sur toutes les langues la môme impression. Autrement, il n'y aurait pas de raison pour que les jugements d autrui dussent nécessairement concorder avec le mien. Pour établir l'universalité subjective du jugement, il faut reconnaître non seulement l'existence de choses en soi, mais encore des qualités déterminées, c'est-à-dire en d'autres termes, nier radicalement toute la doctrine de Kant.
En troisième lieu, enûn, d'après les propres principes de Kant, nous ne pouvons^ pas même savoir si l'apriorisme existe ou non. Conformément à sa théorie, il n'y a que ce qui tombe sous l'intuition empirique qui puisse être sûrement connu comme réel. Or selon cette théorie même, tous nos états de sensi-
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bilité, d'entendement et de raison pure, dont le critique entreprend de démontrer la clarté et l'authenticité, ne tombent pas sous l'intuition empirique. Ils ne peuvent donc plus être sûrement connus comme réels ; ils sont au plus haut point de purs concepts, sans valeur objective.
La Critique de la Raison pure doit donc dores et déjà renoncer à toute valeur objective, parce que, ainsi qu'elle le dit elle-même, l'objectivité ne se produit que par l'application du concept à la sensibilité, toute « connais- ((sance par entendement pur et par raison «pure n'est qu'entière illusion, et il n'y a de «vérité que dans l'expérience (4); )) néanmoins elle veut, cette Critique de la Raison pure, être considérée comme une science isolée, se suffisant à elle-même, « indépendante de toute (( sensibilité. » Comprenne qui pourra.
Il ne pourrait donc y avoir de doute sur l entière inutilité de l'apriorisme idéaliste :
(1) Proleg., p. 154.