‹ Le Kantisme et ses erreursChapitre 29 sur 37 · CH. XII. -T- L'ÉNIGME PES NOUMÈNES · texte numérisé non relu

CH. XII. -T- L'ÉNIGME PES NOUMÈNES

être connu comme r£eH? Il n'y'a pas d'échappatoire possible. Celui qui déclare absolument inconnaissables « toutes les qualités qui forment l'intuition d'un corps, » et admet cependant V existence de la chose (Kant dit plusieurs fois dans les Prolégomènes : « L'existence de la (( chose qui apparait n'est point par là suppri- |. « mée comme dans l'idéalisme^^pro^ement f (( dit»), celui-là se contredit'^éndemment. Car J enfin comment puis-je affirmer d'une chosej qu'elle est, si je ne saisrie^e la manière donr^ elle se révèle à jnoi comme existante ? -^

Or il est clair qu^^ut qu'on s'en tient au point de départ d^ant, il ne peut être question de supprim^cette contradicUon gigantesque. /,

(3. Nepeut-on donc pas donner un contenu yyai à l'idée de noumène ? C'est difficile car cette idée est trop malencontreuse. Elle éveille cependant une conception vraie, dont die est la caricature et ce n'est qu'à ce titre qu'elle vaut quelque chose. Cette conception, nous la retrouvons énoncée sous mUle formas.

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dans la SGolastique que Kant ignorait. Elle n'a été par personne mieux exprimée entre les modernes que paÊ^iartmam^c II a dit froide- « ment le grand mot: «. Lesnoimiènesùo\\eni « être des Idées, mais iwn mes idées. » Il doit y « avoir quelque chose à penser, mais qui ne « soit pas ma pensée. « Voilà recueil où, selon « lui, ont heurté tous les penseurs, voilà le ^ « point où ils ont échoué dans leurs ambitieuses « entreprises. Et la réponse, la voici : Il doit y « avoir une pensée, mais qui ne soit pas 7na « pensée, qui ne soit pas immanente ; il doit y ti -avoir un w^eai; et qui ne -soit pas un idéal « dans ma pensée ; il doit être, par son conte- € nu, identique avec ma pensée, sans être ma « pensée elle-même^ L'identité "de contenu avec « ma pensée garantit à celle-ci la possibilité - « de penser -de mon côté ; la distinction for- -4. melle entre l'idéal et ma pensée garantit à <( mes yeux' la transcendance de cet idéal.' Là « connaissance reproduit par h pensée seconde <c une \pemee première. ï> Si tristement que Hartmann ait erré dans sa Philosophie de

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rinconscient, il faut lui rendre cette justice^" que, dans sa discussion de l'idéalisme Kantien, -"j;?^ il a mis le doigt sur la difficulté. Le texte ci- ^ dessus se ramèue pour l'essentiel à l'opinion -courante appelée chez les scolastiques Je Réalisine modelée. -

■- . Les individus, en effet, tels que nous les 'saisissons par les sens, présentent des carac-^ . Jères stables, permanents, portent le cachet • de déterminations nécessaires qui apparaissent comme iudéj3endantes d'eux. Dans Je niême__^ objet où. par les-sens, nous ne percevons que ""v' l'élément Tariable, -nous -appréhendons, grâc^-^, à une faculté supérieure^' cet- élément fixe et ; intelligible, c'est-à-dire la nature et l'espèce;. :.de l'objet. En même temps que mon œil voit v ' une bille, je me fais l'idée de bille, je conçois ce que c'est qu'une bille, et je sais non seulement -que-ceWe bille est ronde, mais- encore,^: -que tende bille doit être ronde et ne peut être ;" ?<îarrée (1). Cette conformité à des lois logiques j ,r ^

- (1) Quand on dit dans rancienne philosophie que îa connais^^ -. sance raisonnable, spirituelle, a son origine dans la connaissan-

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cette permanence de l'être dans les choses, laquelle est accessible à l'entendement et non aux sens, pourrait bien être mise en parallèle avec les noumèues de Kant. Comment et pour quoi l'esprit humain peut-il connaître cette permanence de l'être dans les choses? Parce que cet être aussi bien que notre connaissance ont un seul et même fondement dans V éternelle pensée de Dieu. La pensée de Dieu, — dit

ce sensible, cela ne signifie pas que tout ce que la raison

connaît, est également saisi par le sens, et qu'il n'y a de

- différence que dans la manière de connaître; cela veut dire

" que la raison est amenée par la perception sensible à quelque

chose qui la dé passe. Par le moyen des phénomènes, seuls ac-

-iessibles aux sens, la raison connaît ressence. C'est bien la mè-

^ me chose qui «st l'objet de la connaissance sensible et de la

-connaissance rationnelle, mais la raison conçoit dans cette

chose un élément qui reste caché au sens: uSensus per for-

« mam, quse a rébus accipitur, non ita efficaciter rem cognos-

« cJt sicut intellectus, sed sensus par eam manuducitur in

« cognilionem exteriorum accidentium: intellectus vero perve-

« nit ad nudam quidditatem rei, secernendo eam ab omnibus

'.«. eoDditionibus materialibus. Unde pro tante dicitur cognitio

-«mentis a sensu originem habere, non quod omne illud quod

«mens cognoscit, sensus appréhendât, sed quia ex his, quse

« sensus apprehendit, mens in aliqua uUeriora manu ducitur,

' « sicut etiam sensibilia inlellecta manuducunt in intelligibilia

« divinorum... » Saint Thomas, qitœst. disp . q. 10, de verilale.

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Kleutgen, reproduisant le Tieil enseignement catholique,— est le fondement de l'être des choses, parce que tout ce qui est et subsiste, doit avoir en elle son prototy]3e, et par suite la loi, d'après laquelle il est et subsiste. Elle est le fondement de notre connaissance, parce que notre esprit, participant par la lumière rationnelle à la lumière incréée dans laquelle Dieu voit tout, possède la faculté de connaître dans les choses non seulement ce qui passe mais encore ce qui demeure. Et comment ? Celte ressemblance avec Dieu, en raison de laquelle l'homme, plus que toutes les autres créatures, est ^ appelé l'image de Dieu sur la terre, consiste en son fonds dans l'essence spirituelle de notre âme, c'est-à-dire dans l'immatérialité, grâce à laquelle outre la vie sensible à laquelle suivent les organes du corps, il possède en luimême une vie intellectuelle et une existence indépendante du corps.

On voit donc que le réalisme dit transcendantal, opposé par Hartmann à l'idéalisme Kantien, ne peut donner dans ce qu'il a de

vrai que ce que l'antique philosophie catholique avait depuis longtemps donné.

l'élément réaliste qui subsiste dans le Kantisme, excite à un haut degré l'intérêt de l'esprit qui cherche la vérité. Dans le chapitre suivant nous dégageons cet élément et montrerons qu'il ruine et détruit. tout l'édifice de l'idéalisme Kantien.

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