‹ Le klephte, comédie en un acteChapitre 9 sur 19 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

PHILIPPE, PRABERNEAU.

PRABERNEAU.

Sais-tu que je regrette sérieusement d*être venu!

PHILIPPE

Pourquoi donc?

PRABERNEAU.

Parce que je vois que nous tombons très mal... on ne peut pas plus mal...

PHILIPPE

Au contraire!

PRABERNEAU.

C'est ma femme qui a eu cette idée-là! Moi, je ne voulais pas... du moins je faisais des objections... mais elle a tellement insisté I Elle me disait qu'après trois mois de lune de miel, vous ne seriez pas fâchés d'être arrachés à votre solitude.

PHILIPPE

C'est vrai !.. (sonpirant) C'est trop vrai !..

PRABERNEAU.

Alors... Amélie avait raison?., ça ne va pas?

18 LE RLEPHTK

PHILIPPE

Non, mon ami... ça ne va pas.

PRABERNBAn.

Du tout? du tout?..

PHILIPPE

Non ! pas du tout I

PRABERNÈAU^ niTré.

Âh ! pauvre ami !.. (Loi lemiit la main) Je te plains bien, va!

PHILIPPE

Je t'en remercie.

PRABERNEAU.

Je te plains sincèrement. Pour moi, rien n'est pire qu un mauvais ménage... Il me semble que si je n'étais pas d'accord avec ma femme, j'irais me jeter à l'eau I

Si c'est le conseil que tu me donnes..

Petit moarement comme pour sortir.

PRABERNEAU, le retenant.

Mais non, voyons I nous causons... Est-ce qu'on ne peut plus causer?

PHILIPPE, on peu agaeé.

Si fait !

PRABERNEAU.

Tout ce qui te touche me touche... c'est-à-dire nous touche I car tu sais qu'Amélie et moi...

PHILIPPE, souriant.

Vous ne faites qu'un I

PRABERNEAUy arec bonhomie.

Ma foi, oui!. . et ça s'explique : elle est si bonne, si dévouée, si affectueuse... (changeant de ton.)Mais parlous de VOUS ; c'est de vous qu'il faut s'inquiéter.

PHILIPPE

En effet I

PRABERNEÂU.

Voyons I... que s'est-il passé?

PHILIPPE

Oh I mon Dieu I rien ! Rien. . . et tout !

Cependant, vous ne vous êtes pas brouillés sans motif!.. 11 y a une cause première ?

PHILIPPE

Évidemment, il y en a une !

PRABERNEAU.

Laquelle ?

PHILIPPE

Tiens!... l'histoire du Klephte.

PRABERNEAU.

Du Klephte?

PHILIPPE

Eh bien, oui I l'histoire du Klephte ! Tu ne sais pas ce que c'est qu'un Klephte?.... K, l, e, p, h, t, e... Klephte!

PRABERNEAU.

Ah !... un Grec?... un homme qui porte une jupe?

PHILIPPE

Si tu veux... oui... £h bien, la voici, Thistoire du Klephte... — Mais d'abord...

PRABERNEAUy qui est remonté pour aller prendre ane ctaâiie.

Mais d'abord... (ii •'•nied.;

PHILIPPE, s'asseyent aiusL

Tu n'ignores pas que Claire m'avait demandé de venir habiter ce château...

Au lieu de faire le voyage traditionnel ; c'est ce qui nous a décidés à partir, ma femme et moi.

PHILIPPE

Vraiment !

PRABERNEAU.

Nous nous sommes dit : Puisqu'ils ne vont pas en Italie, allons-y pour eux.

PHILIPPE, souriant.

Je te félicite... (Reprenant son récit) Nous étlous douc installés ici. Tu sais qu'à la campagne, l'hiver, les soirées sont longues...

PRABERNEAU, protestanU

Ohl

PHILIPPE

Elles sont quelquefois longues!... (ironiquement) Nous n'étions pas éclairés comme toi par le soleil de Naples !

PRABERNEAU, arec fe«.

Le fait est qu'à Naples...

PHILIPPE

J'avais donc proposé à Claire de consacrer une partie de nos soirées à la lecture. Comme je lis bien..

Ahl

PHILIPPE, Bimplement.

Oui, je passe pour un bon lecteur.

PRABERNEAU.

Il faut savoir aspirer et respirer.

PHILIPPE

Justement! J'aspire et je respire.

PRABERNEAU.

Bon!... Continue.

PHILIPPE

Je lis surtout la poésie. J'avais pris Yiclor Hugo, qui appelle si bien la lecture à haute voix : (oéciamant.)

« La lune était sereine et jouait sur les flots. > Quel versl

PRABERNEAU.

Tu le fais valoir.

PHILIPPE

Je ne dis pas cela... mais j'avoue que j'éprouve un véritable plaisir à faire résonner celle merveilleuse harmonie.

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il^CUk

l'E KLEPHTE Il j^ PRABERxNEAU

^^ ^^ Peinel ^*^ ^"^* ^^ vouloir. Elle ne croyait ]

- tai^^^^^ e^i J^Qîprexids pas. Ce n'est pas le lectei

^^^Pris ^^^^'^^«ime, c'était l'admirateur d ^e cette mallieureuse femme!

9ïi'eJie n'avait pas compris?

^^^ari^g ^"' Sais-tu ce qu'elle me répo son opinîorx sur l'admirable strop

^ H -A. B EKNEAU.

*CZet>m,^ ^^e ^^^ ^»II-IPPE.

• * . fxaiit««e «, ^«^^3, , Je n'aime pi

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^^e. j» , ^^e veujt tu <=v>- ^i*ie femme qui voi

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24 LE KLEPHTK

PHILIPPE

Ehl mon cherl quand on se sent jeune, ardent, enthousiaste, et qu'on s'aperçoit qu'on a épousé tine femme froide, molle, indifférente. . .

PRABERNEAU.

Indifférente I... pas à ton égard, en tout cas; je me rappelle son trouble quand tu venais chez sa mère. ..

PHILIPPE

C'est possible... elle m'a aimé, elle m'aime peut-être encore...

PRABERNBAU.

Sois-en persuadé!

PHILIPPE

Mais,- je te le répète, ce n'est pas seulement de l'afTection que je demande à ma femme; c'est une communion constante avec moi, sur tout ce qui me touche, sur mes sentiments, mes idées, mes manies mêmel Je veux que nous ne fassions qu'un seul être, qu'une même âme...

PRABERNEAU.

Oui enfin, comme Amélie et moil.. Nous vibrons ensemble; dès qu'elle vibre, je vibre, et réciproquement...

PHILIPPE

Eh bien, voilai Voilà ce que je demandais à Claire I

PRABERNEAU, grarement.

Ah I mais c'est qu'aussi ma femme et moi nous formons un ménage exceptionnel I

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