II PREFACE
cond siècle de notre ère, et parcelles que subirent aussi par la suite les sectes chrétiennes qui furent obligées de se réfugier hors des limites de l'empire romain. Les doctrines du christianisme avaient été propagées dans les églisas du Yémen ; et les Arabes avaient été instruits dans la croyance de l'unité de Dieu. Divisés en tribus , comme autrefois les Juifs du temps de leurs patriarches, les Arabes s'assimilèrent en quelque sorte l'histoire des tribus juives , et finirent par voir dans les patriarches des Hébreui , et dans leurs législateurs ou prophètes, des ancêtres qui leur étaient communs, comme leur langue avait la même origine.
Mohammed (que l'on nomme plus communément Mahomet), de la tribu arabe de Koreïch, naquit à la Mecque, qualre ans a près la mort de l'empereur Justinien '. Son père, Abdallah , de la famille de Hachem , et sa mère, Amina, moururent dans son bas âge. Les oncles nombreux du jeune prophète réduisirent son héritage ù cinq chameaux et à une servante éthiopienne. L'un d'eux, Abou-Taleb, chef du temple et gouverneur de la Mecque, fut le tuteur de sa jeunesse , dont on iguore les particularités. On dit qu'il fit instruire de bonne heure son pupille dans les affaires du commerce auquel il le destinait; il lui apprit aussi personnellement le métier des armes, en l'emmenant avec lui , à la tète de sa tribu, combattre celles avec lesquelles il se trouvait en guerre. La paix rendit le jeune Mohammed au commerce , dans lequel il se distingua par son intelligence , son activité , et surtout par sa bonne foi, vertu rare dans tous les temps , et qui lui mérita dans le cours dj sa vie le surnom de el Arnin', l'homme sur et Cdèle.
On reconnaîtra , dans ces particularités de la jeunesse de Mohammed, une analogie frappante avec de semblables particularités de la jeunesse , ou plutôt de la vie eut. ère d'un homme qui , lui aussi, eut le projet de régénérer la société et de renouveler le monde par une doctrine sociale nouvelle. Nous ne savons quelle destinée est réservée à la doctrine de Ch. Fourier ; mais, s'd fallait en croire les espérances de ce prophète moderne et la croyance de ses partisans, cette doctrine serait un jour plus répandue que le mahométisme, sans avoir besoin pour ce'a des mêmes moyens de propagation.
Une circonstance, qui peut paraître indifférente, vint replacer le jeune Mohammed dans les conditions de richesses et de puissance qu'avait possédées sa famille, et qui ne devaient pas rester étrangères à son élévation. Une riche veuve, sa parente, nommée Khadiclja, qui faisait un commerce considérable, le plaça à la tète de sa maison et l'épousa ensuite. Dès lors Mohammed put concevoir le projet de régénérer les croyances religieuses de ses compa-
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triotes, et il s'y livra avec toute l'ardeur que lui donna l'espérance d'en devenir en mémo temps le chef. Mais ce ne fut qu'à l'âge de quarante ans qu'il se donna ouvertement la mission de prophète et qu'il proclama l'islamisme. Soit véritable fanatisme, soit fourberie, il se dit l'inspiré et l'envoyé de Dieu. Il avait voulu disposer les esprits de ses compatriotes à lui reconnaître cette mission divine, par une retraite de plusieurs mois, chaque année , dans une caverne du mont Hcra ,où il allait cultiver ses inspirations. Mais, s'il faut s'en rapporter et à 1 histoire et même à de nombreux passages du Koran, il eut beaucoup de peine à vaincre- l'incrédulité de ses c mpatriotes. Ce fut sa femme hhadidja qui , la première, partagea ou feignit de partager les croyances du nouveau prophète '. Son second partisau fut Zt'id , son esclave , au.;uel il promit la liberté pour prix de sou adhésion. Mi, élève de Mohammed et fils d'Abou-Taleb, fut le troisième , eusuite Abou-Bcl.r, son ami. Dans l'espace de trois années de laborieuses teutatives, le nombre des partisans de Mohammed ne s'éieva qu'à quatorze; mai?, dans la quatrième année , il commença le rôle actif de prophète ; et , dans un festin qu'il douua à quarante personnes de la famille de Hachent, il offrit à ses hôtes tous les trésors de ce moade et de la vie à venir, s'ils voulaient adopter sa doctrine : « Dieu m'a commandé, leur u dit Mohammed, de vous appeler à son service; qui est celui e d'entre vous qui voudra m'aider à accomplir ma mission? Quel
• est celui d'entre vous qui voudra me senir de compagnon et de a vizir? » Le silence glacial de l'assemblée à ces paroles du nouvf au prophète fut rompu par l'exclamation impétueuse du jeune Ali qui, seulement dans la quatorzième année de son âge, s'écria: « 0 prophète! c'est moi! Quiconque se lèverait contre loi, je lui « brisera:s les dents, je lui arracherais les jeux, je lui romprais «les j.nibcs.je lui déchirerais le ventre ! O prophète ! je serai
• ton vizir! s L'o'fre fut acceptée avec transport; et la ieli;iion, qui s'est é:endue sur de si vastes con'rées en Orient et en Occident, qui faillit vaincre nos pères dans les plaines de Poitiers, eut beaucoup de peine, pendant dix ans, de se créer quelques partisans dans la vallée de la Mecque.
Sa famille, en général , ne fut pas aussi docile que l'avait été hhadidja et AU. Mohammed essaya en vain de se la concilier et de l'attacher à s m parti; elle fit les plus vives instances pour le dissuader d'un projet qu'elle regardait comme coupable. Aux instances succédèrent les menaces, et aux menaces les persécutions. Mohammed et ses parli.ans furent exilés ; on prit même les armes contre eux , et le vieux culte arabe , qui avait ses pontifes dans la famille même de Mohammed , ne devait pas se résoudre a céder si facile-
1 En GOO de nulic ère.