‹ Le Koran (volume 2)Chapitre 4 sur 447 · PREFACE. V · texte numérisé non relu

PREFACE. V

■ jours et le couvrir d'igaoroiaie. « Conservez mon peuple, ëcrit-i! t à Thémama (c'est le nom de ce prince redoutable) , conservez i mon peuple et laisse z passer ses convois. » Thémama suspendit « ses attaques et s'empressa d'obéir. »

Les habi'.ants de lu Mecque n'en continuèrent pas moins leurs hostilités. 11 y eut cependant des trêves pendant lesquelles Mohammed et ses prosélytes visitèrent le temple célèbre de la ville, qui depuis est devenue la ville sainte. Ces différends avec les Mecquois n'empêchèrent pas Mohammed de faire la guerre aux Juifs, et de conquérir leurs villes les plus importantes. 11 s'empara de leurs trésors et les soumit presque en entier au joug de l'esclavage (|\ Ces succès ranimèrent les espérances et excitèrent l'ambition du novateur au point qu'il pensa à traiter d'égal à égal avec les rois, et il leur emoya des députés qui les invitèrent, en son nom et au nom de Dieu, à adopter sa religion. Il en envoya au roi de Perse , à l'empereur des Romains, au prince des Cophtes, au roi d'Abyssinie et à plusieurs autres monarques. Le plus grand nombre, dit Aboulféda, les reçut avec respect, et quelques-uns n'hésitèrent pas à embrasser l'islamisme.

Peu de temps apiès, Mohammed s'empara de h Mecque, se rendit au temple, en abattit les idoles et y abolit l'ancien mile arabe, en prononçant ces paroles du Koran : « La vérité a paru, « et le mensonge s'est dissipé cornu e une vapeur légère (2). »

Un des combats les plus célèbres dans la vie de Mohammed est celui de Bedr, dont il est souvent question dans le Koran (3). Ce combat coûta la vie à soixante-dix individus de l'armée koreïéhite, et dans ce nombre se trouvaient vingt-quatre personnages des plis importants de la Mecque , plusieurs d'entre eux parents ou allés de Mohammed. Ce dernier ordonna de jeter dans le puits auprès duquel il avait pris position tous les cadavres des ennemis. Ensuite il s'approcha de ce puits, et apostrophant les cadavres qui y étaient entassés, il s'exprima en ces termes :

« Otba, fils de Rabia; Cheiba, fils de Rabia; Omeyya , fils de « Khalaf; Aboudjabl, fils de Hécham (il les nomma ainsi presque « fous) ; indignes compatriotes d'un prophèlc , vous m'avez traité « d'imposteur, d'autres ont cru à ma mission ; vous m'avez chassé e de ma patrie, vous vous êtes armés contre moi, d'autres m'ont « accueilli et ont pris ma défense. Dieu a-t-il accompli les menaces * qu'il vous avait faites par ma bcitche? Pour moi , j'ai vu se réa'i- « ser les promesses que j'en avais reçues. — Eh quoi! prophète, « lui dirent les musulmans qui élaicut près de lui, lu parles à des

* Aboul-IVJa, Vie de Mohammed.

' Cli. mi, vers 83.

» Il a e'té décrit tout au long, d'apréj tes écrivain] arabe*, par M. Caussiude Perceval, dans le Nouveau Journal Asiati-rue, février 18.39, p. 98 et stiiv .

VI l'UEFACE.

« morts?— Sachez, leur répliqua-t-il, qu'ils m'entendent aussi « bien que vous, s'ils ne peuvent me répondre. »

Cependant ce combat si fameux chez les Arabes partisans de Mohammed n'était qu'uu combat semblable à ceux que nos soldais ont souvent à soutenir en Afrique contre les Bé louins qui attaquent nos convois. « Le bruit courait, dit M. Reinaud (1) % qu'une riche caravane ennemie se disposait à revenir de Syrie; on la disait composée de mille chameaux , et chargée des plus précieuses marchandises du pays. Aussitôt Mohammed forma le dessein de s'en emparer. En vain les Merquois fireut partir neuf cent cinquante hommes pour prendre si défense'; Mohammed, avec trois cent treize hommes, dont deux seulement élaient montés sur des chevaux, se mit en marche et Tint se placer sur le iherniu où elle devait passer.

* La petite armée de Mohammed avait pris position sur le chemin de la Mecque, auprès d'un puils appelé Bedr, non loin des côtes de la mer Rouge. L'escorte envoyée par les Mecquois ^our protéger la caravane, é!ant arrivée en cet endroit, trouva le passage fermé, et il fallut en venir aux mains. Dans le commencement, Mohammed montra uoe gronde agitation. Il s'était fait construire une cabane de bois où il se :enait avec Abou-Bekr à l'abri des rayons du soleil. Pendant le comb.it il se frappait la poitrine, faisan1; cette prière à Dieu : « O mou Dieu ! si tu laisses périr tes serviteurs, tu n'auras plus d'adorateurs sur la terre. » Il était si ému qu'il laissa tomber son manteau de dessus ses épaules, et perdit même un moment connaissance. A la fia, sortant de cet état de trouble, il reprit courage, et feignant d'avoir eu une apparition de l'ange Gabriel, il s'écria : « Réjouissez-vous; Dieu nous envoie du secours. » En même temps il monta à cheval , et, prenant une poignée de sable , il la jeta contre le visage des ennemis et dit : « Que leurs faces soient confondues ! » Aussitôt ses soldats firent un dernier etfort; les Mecquois prirent la fuite, et la bataille fut gagnée. »

Les succès de Mohammed allèrent toujours en augmentant. De toutes parts les généraux ajoutaient à ses conquêtes , et les priuces arabes qu'il n'avait pas encore combattus s'empressaient d'euvoyer des ambassadeurs lui annoncer qu'ils abandonnaient l'idolâtrie; aussi l'année suivante fit-il un nouveau pèlerinage a la Mecque pour remercier Dieu du succès accordé à sa djetrine et à ses armes. .

Ce voyage qu'on appela le pèlerinage de l'adieu, parce qu'il fut le dernier de Mohammed , ne tarda point à être suivi de sa mort (produite, dit-on, par le poison que lui avait fait prendre une Juive) , qui arriva le S juin de l'an 652 de l'ère chrétienne, à Médinc, où chaque aimée une foule immense de pèlerins 6e rend de

4 Description des Monuments musulmans, tom. 1 , p. 210

PflEFACE. VII

tous les points de l'Afrique et de l'Asie pour visiter son tombeau. Mohammed et la religion qu'il a fondée ont été, pendant bien des siècle» , de la part d'auteurs chrétiens, l'objet des plus grossières et des plus absurdes accusations. Jamais, peut être, fanatisme plus ignorant et plus aveugle n'avait exprimé plus de haine. Cependant , un examen impartial des doctrines exprimée* dans la Koran aurait fait reconnaître à ces critiques passionnés que Mohammed s'élait le plus souvent inspiré des monuments et des croyances qui ont constitué les religions juive et chrétienne. Ce fait aurait dû rendre le prophète arabe moins coupable à leurs yeux , si l'on ne savait pas que la haine est souvent plus forte et plus envenimée entre les dissidents d'une même croyance qu'eulre des croyances totalement opposées. Ce qui a pu rendre Mohammed si odieux à certains écrivains , c'est la persévérance qu'il met dans son livre à nier la Trinité de Dieu(l), à combattre la croyance qu'il ait eu un Fils, à soutenir son unité absolue. Il préférait cependant les chrétiens aux sectateurs d'aulres religions (2). 11 reconnaissait la mission de Moïse, de Jésus, et il prétendait continuer leur apostolat selon les vues de Dieu , son livre ne faisaut que corroborer les Ecritures antérieures (5); chaque époque, selon lui, ayant eu son livre sacré (i). Il n'est peut-être pas de livre qui di nue une idée plus haute de la Divinité que le Koran : « Les « ombres même de tous les êtres, d t il , s'inclinent devant lui « matin et soir (K) ! » C'est par la lecture de ce livre que uous pourrons apprendre à connaître le caractère arabe et l'énergie fanatique de l'ennemi que npus avons à combattre dr.ns l'Algérie , où la croyance dans le Koran est encore très-vive. C'est aussi par l'étude assidue du Koran que nou? pourrons comprendre la politique des Arabes. Daus ce li\re sacré la déloyauté en guerre est autorisée (6) , de même que la dépouille des ennemis (7) ; la guerre doit se faire sans rémission (8). On y trouve aussi prescrit la guerre sainte ri les mois sacres (9). Les lâches ou ceux qui ne veulent pas aller combattre les infidèles sont réprouvés et maudits (10).

Le moment n'a jamais été aussi opportun pour nous d'étudier le Koran qu'aujourd'hui j et de nous dépouiller entièrement des préjugés que l'on avait si longtemps cherché à accrétiier sur la prétendue absurdité de Mohammed et de ses d ciriiu s. lu certain Vivaldo était allé jusqu'à dire, en parlant du Korau, « que ce livre, « loin d'être lu, dot être bafoué, méprisé et jeté r'ans flammes, « partout où on le trouvera; et comme c'est, ajoute-t-il , une nro- « duction tout à fait bestiale, elle ne mérite poiut d'être rappelée

1 Cli. v, vers. 77, llG.— - Cli. v, vers. 85. — ' Ch. m, vers; 92. — > Cfa.im, ver-. 38. — 5 Ch. nu, vers. 16. — 6 Cli. vin, vers. 60. — ' Ch. vin, vers. 70.

— «Cl., ix, vers. 12, 13, 24, 29, 36, 82 ' Ch. ji, vers. 5. — '» Ch. u,

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