‹ Le Koran (volume 3)Chapitre 3 sur 463 · PREFACE. XI · texte numérisé non relu

PREFACE. XI

» des ; sa charpente osseuse annonçait la vigueur ; son visage » était coloré. » On dit encore qu'il avait les yeux noirs, les cheveux plats, les joues unies, le cou semblable à celui d'une urne d'argent. Anas a dit : « Dieu ne permit pas que ses cheveux re- » çussent en blanchissant l'outrage des années : il avait seule- » ment vingt poils blancs à la barbe et quelques cheveux blancs m sur le sommet de la tête... »

» L'esprit et la raison du prophète l'emportaient sur ceux des autres hommes. Adressant à Dieu de fréquentes prières, il était très-sobre de discours futiles. Son visage annonçait une bienveillance constante ; il aimait à garder le silence ; son humeur était douce, son caractère égal. Ses parents, ou ceux qui ne lui étaient pas attachés par les liens du sang, les puissants ou les faibles, trouvaient en lui une justice égale. Il aimait les humbles et ne méprisait pas le pauvre à cause de sa pauvreté, comme il n'honorait pas le riche à cause de sa richesse. Toujours soigneux de se concilier l'amour des hommes marquants et l'attachement de ses compagnons, qu'il ne rebutait jamais, il écoutait avec une grande patience celui qui venait s'asseoir auprès de lui, Jamais il ne se retirait que l'homme auquel il donnait audience ne se fût levé le premier; de même que, si quelqu'un lui prenait la main, il la laissait aussi long -temps que la personne qui l'avait abordé ne retirait pas la sienne. Il en était de même si l'on restait debout à traiter avec lui de quelque affaire; toujours, dans ce cas, il ne partait que le dernier. Souvent il visitait ses compagnons, les interrogeant sur ce qui se passait entre eux. Il s'occupait lui-même à traire ses brebis, s'asseyait à terre, raccommodait ses vêtements et ses chaussures, qu'il portait ensuite, tout raccommodés qu'ils étaient. Abou - Horaïra nous a laissé la tradition suivante : « Le prophète, dit-il, sortit de ce monde sans » s'être une seule fois rassasié de pain d'orge, et quelquefois il » arrivait que sa famille passait un ou deux mois sans que, dans » aucune des maisons où elle faisait sa résidence, il y eût eu du » feu d'allumé. Des dattes et de l'eau faisaient toute sa nourri-

xii preface:

» ture. Quant au prophète, il était parfois obligé, pour tromper » sa faim , de se serrer (avec sa ceinture) une pierre sur le » ventre (1). »

Mohammed ne savait, dit-on, ni lire ni écrire, ce qui ne doit pas surprendre d'après l'état de la civilisation et les mœurs de ses compatriotes. Il n'écrivit pas Je Koran; il ne fit que servir d'intermédiaire à sa révélation. — « Ce livre , le Koran , n'est » point inventé par quelque autre que Dieu ; il est donné » pour confirmer ce qui était avant lui et pour expliquer les écri- . » tures qui viennent du Seigneur de l'univers. Il n'y a point de » doute à cet égard.

» Disent-ils : C'est lui (Mohammed) qui l'a inventé. Réponds- » leur : Composez donc un seul chapitre semblable ; appelez » même à votre aide tous ceux que vous pourrez , à part Dieu , si

» vous êtes sincères. »

(Koran, ch. x, vers. 38 et 39.)

L'histoire sait à quoi s'en tenir sur ces révélations qui arrivaient constamment au prophète selon le besoin des circonstances. Aussi le Koran est-il un chaos confus qui ressemble parfois aux rêves d'un cerveau malade. « Pendant la vie de Mohammed, dit M. Reinaud, lieu cité, ses prétendues révélations étaient restées éparses et détachées les unes des autres ; la plupart même n'avaient pas été mises par écrit et ne subsistaient que dans la mémoire de ses disciples. Comme dans les guerres qui suivirent la mort du prophète un grand nombre de musulmans perdirent la vie, Abou-Rekr craignit que ces révélations ne périssent entièrement, et il s'occupa de les recueillir. Quelques personnes furent nommées à cet effet. On mit ensemble ce qui semblait présenter quelque analogie, le reste fut rejeté à la fin. Malheureusement on n'eut égard ni à l'ordre des temps, ni à l'ordre des matières ; tout fut confondu, et il fut souvent impossible, même aux musulmans, de s'y reconnaître.

(l) Nie de Mohammed par iboulfèda , traduction de M. No.'-I Desvergers, page !»i.

PREFACE. xiii

» Il paraît que la rédaction d'Abou-Bekr ne fut pas définitive ou du moins qu'elle ne tarda pas à subir des altérations. Quelques années après on voit le kalife Osman ordonner une révision , et vouloir que, dans le doute, on employât de préférence les expressions usitées dans la tribu à laquelle appartenait le prophète. On peut induire de là qu'en plus d'un endroit le Koran n'est pas demeuré tel que Mahomet l'avait présenté. »

Le Koran a déjà été traduit plusieurs fois en français, en latin et en anglais. La première traduction imprimée est celle publiée par Bibliander, en latin, avec d'autres opuscules de divers auteurs. Tiguri, 1550, petit in-folio. La seconde et la meilleure est celle de Maracci, publiée à Padoue, en 1698, sous ce titre : Alcorani texius universus ex correctioribus Arabum exemptaribus summâfide descriptus, eâdemquefide ac pari diligentid ex arabico idiomate in latinum translatus, appositis unicuiqnecapiti notis atque refutations. Prœmissus est prodromus , auct. Lud. Maraccio. Patavii , ex typ. Seminarii, 1698, in-folio.

Vient ensuite la traduction française de Du Ryer, sieur de la Garde Malezair. Amsterdam, 1734, in- 12, 2 vol. Puis la traduction anglaise de G. Sale, précédée d'un excellent Discours préliminaire et de notes tirées des commentateurs arabes ; cette traduction a pour titre : The Coran, commonly called the Alcoran of Mohammed, translated into english immediately from the original arabic with explanatory notes, taken from the most approved Commentators ; to wich is prefixed a preliminary discourse, by George Sale. London, 1764, in-8°, 2 vol., ou in-4°, 1 vol.

La seconde traduction française est celle de Savary , Paris, 1783, qui a eu plusieurs éditions. Cette traduction , que l'on regarde comme élégante, est faite dans le goût des traductions de l'époque où elle parut, c'est-à-dire avec la prétention d'être une belle infidèle. Le traducteur, ayant eu en vue les ornements du style, n'a lait, comme son prédécesseur Du Ryef, aucune distinction

xrv PRÉFACE.

des versets, scrupuleusement conservés par Maracci et G. Sale. La nouvelle traduction française du Koran qui est publiée dans ce volume a été faite, sur notre demande, par M. Kasimirski , aujourd'hui secrétaire interprète de la légation française en Perse, un des jeunes exilés de l'héroïque Pologne, qui s'est efforcé de se consoler des malheurs de sa patrie, et de sup» porter son noble exil par l'étude des langues orientales, dans les* quelles il a fait, en moins de dix ans, les plus grands progrès. Nous avons revu soigneusement cette traduction , imprimée en l'absence de l'auteur ; mais nous n'y avons fait d'autres changements que ceux que nécessitait l'exigence de notre langue. Rarement nous avons eu recours au texte pour vérifier le sens de certains versets qui nous paraissaient douteux. Nous regrettons, et le lecteur le regrettera comme nous sans doute, que l'auteur n'ait pas pu revoir sa traduction avant et pendant l'impression ; il l'aurait bien mieux améliorée que nous. Telle qu'elle est cependant, nous pensons qu'elle obtiendra le suffrage des orientalistes et de tous les hommes instruits.

G. PAUTHÏER.

Paris, 1er Juiû 18U).

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