CHAPITRE lï
53. Nous VOUS ressuscitâmes après votre mort, afin que vous soyez reconnaissants ^
54. Nous fîmes planer un nuage sur vos têtes, et nous vous envoyâmes la manne et les cailles, en vous disant : Mangez des moîs délicieux que nous vous avons accordés. Ce n'est pas à nous qu'ils av lient fait du mal, c'est à eux-mêmes.
)5. Souvenez-vous du jour où nous dîmes aux Israélites : Er trez dans cette ville, jouissez des biens qui s'y trouvent, au gré de vos désirs; mais, en entrant dans la ville, prosternez-vous, et dites : Indulgence, ô Seigneur! et il vous pardonnera vos péchés. Certes, nous comblerons les bons de nos faveurs.
56. Mais les méchants d'entre eux substituèrent à la parole qui leur avait été indiquée, une autre ^ parole, et nous fîmes descendre du ciel un châtiment comme rétribution de leur perfidie.
57. Moïse demanda à Dieu de Teau pour désaltérer son peuple^ et nous lui dîmes : Frappe le rocher de ta baguette. Tout d'un coup jaillirent douze sources , et chaque tribu connut aussitôt le lieu où elle devait se désaltérer. Nous dîmes aux enfants d'Israël : Mangez et buvez des biens que Dieu vous dispense , et n'agissez pas avec violence en vous livrant à toutes sortes de désordres dans ce pays.
58. C'est alors que vous dîtes : 0 Moïse! nous ne pouvons supporter plus longtemps une seule et môme nourriture ; prie ton Seigneur qu'il fasse pousser pour nous de ces produits de la terre, des légumes, des concombres, des lentilles, de l'ail et des oignons. Moïse vous répondit : Youlez-vous échanger ce qui est bon contre ce qui est mauvais ? Eh bien ! rentrez en Egypte, vous y trouverez ce que vous demandez. Et l'avilissement et la pauvreté s'étendirent sur eux, et ils s'attirèrent la colère de Dieu, parce qu'ils ne croyaient point à ses signes et mettaient injustement à mort leurs prophètes 3. Voilà quelle fut la rétribution de leur révolte et de leurs violences.
' D'après les commentateurs, il doit être question ici de soixante-dix hommes d'entre les Israélites, qui, non contents d'entendre Moïse s'entretenir avec Dieu, désiraient le voir de leurs propres yeux. Ils ont été d'abord tués par la foudre et ressuscites ensuite à la prière de Bîoïse.
' On croit qu'il s'agit dans ce yerset de Fentrée des Israélites dans la ville de Jéricho. Au lieu de prononcer le mot hettat, absoute, indulgence, comme cela leur avait été recommandé, les Juifs y auraient substitué le mot habbat, grain (d'orge) , et se seraient conduits avec indécence. Il serait superflu de relever l'anachronisme que commet Fauteur du Koran, ou plutôt ses commentateurs, en mêlant le nom de Moïse aux événements arrivés depuis sa mort, tels que la prise de Jéricho.
^ Ce passage, ainsi que le \erset 59, chap. XXVI, où les Israélites sont censés
iO LK KORA^.
9. Cerle-, ceux qui croient, et ceux qui suivent la religion juive, et les chrétiens, et les sabéens, en un mot quiconque croit en Dieu et au jour dernier et qui aura fait le bien : tous ceux-là recevront une récompense de leur Seigneur; la crainte ne descendra point sur eux, et ils ne seront point affligés *.
60. Souvenez-vous du jour où nous acceptâmes votre alliance et où nous élevâmes au-dessus de vos têtes le mont SinaP, nous dîmes alors : Recevez avec fermeté les lois que nous vous donnons, et souvenez-vous de ce qu'elles contiennent. Peut-être craindrez-vous Dieu.
61. Mais vous vous en êtes éloignés dans la suite, et, n'était la grâce de Dieu et sa miséricorde , vous auriez été du nombre des malheureux. Vous avez déjà su qui étaient ceux qui avaient violé le sabbat et à qui nous dîmes : Soyez changés en singes refoulés vers le rivage de la mer ^ 1
retourner en Egypte, est un de ces anachronismes dont le Koran fourmille, et qui établissent parfaitement l'extrême ignorance du prophète arabe.
' On a voulu conclure des paroles de ce \ersct que les hommes de toute religion, pourvu qu'elle renferme ces trois choses, Punité de Dieu, la vie future et la pratique des bonnes œuvres, peuvent être sauvés d'après le Koran. Quelques commentateurs, embarrassés de cette latitude de sens, ont soutenu que Mahomet entendait par là que tout homme qui devient croyant (musulman) et qui pratique la vertu sera sauvé, n'importe la religion à Inquelle il aura appartenu. Cette interprétation est vicieuse d'abord quant à la lettre, parce que les mots : ceux qui croient, sont suivis de la conjonction et; il y a donc disjonction des croyants (musulmans) et des juifs, chrétiens et sabéens ; elle est vicieuse quant au sens, parce qu'il était superflu, surtout au commencement de la mission, de dire que la religion dans laquelle on était né n'empêchait point le salut. Quel que soit, du reste, le véritable sens du verset qui nous occupe, le sentiment général des docteurs musulmans est qu'il a été abrogé par le verset 79 du chap. Ill, et par d'autres passages du Koran où la croyance en Dieu, en la vie future et en la mission de Mahomet, est regardée comme indispensable pour le salut. L'importance de ce passage nous a forcé de le traduire aussi littéralement que possible. Nous ferons observer en passant que les sabéens, dont il est question dans ce verset, étaient une s'jcte chrétienne, et nullement les sabéens adorateurs des astres, par conséquent polythéistes, et comme tels, exclus virtuellement de toute indulgence supposée dans ce verset; au lieu de sabéens, il vaudrait mieux dire sabéites. ('omp. V, 75.
' Cette pluase n'est évidemment qu'une métaphore qui ne choquerait dans aucune langue européenne ; cependant les commentateurs prennent ces mots à la lettre, et disent que les Israélites se refusant obstinément à recevoir la loi. Dieu, pour les effrayer, arracha le mont Sinaï de ses racines, et le tint suspendu sur leurs têtes.
* Ceci doit se rapporter à la transgression du sabbat, commise par les Juifs de la ville Alla, sur les bords de la mer Rouge, sous le règne de David. Une quan-
ClIAPITIU': H. ^1
62. Et nous les fîmes servir d'exemples terribles à leurs contemporains, à leurs descendants, et d'avertissement à tous ceux qui craignent.
63. Souvenez-vous du jour où Moïse dit à son ])eup]e : Dieu vous ordonne d'immoler une vache; les Israélites s'écrièrent : Estce que tu te moques de nous *? -- Que Dieu me préserve, dit-il, d'être du nombre des insensés! — Prie ton Seigneur, répondirent les Israélites, de nous expliquer clairement quelle doit être cette vache. — Dieu veut, dit-il, que ce ne soit ni une vache vieille ni une génisse, mais qu'elle soit d'un âge moyen. Faites donc ce qui vous est ordonné.
64. Les Israélites ajoutèrent : Prie ton Seigneur de nous expliquer clairement quelle doit être sa couleur. —Dieu veut, leur dit Moïse, qu'elle soit d'un jaune très-prononcé, d'une couleur qui réjouisse l'œil de quiconque la verra.
65. Prie ton Seigneur de nous expliquer clairement quelle doit être cette vache , car nous trouvons bien des vaches qui se ressemblent, et nous ne serons bien dirigés dans notre choix que si Dieu le veut.
66. — Dieu vous dit, reprit Moïse, que ce ne soit pas une vache fatiguée par le labourage ou l'arrosement des champs , mais une vache dont le mâle n'aura jamais approché ; qu'elle soit sans aucune tache. — Maintenant, dit le peuple, tu nous as dit la vérité. — Ils immolèrent la vache, et cependant peu s'en fallut qu'ils ne l'eussent point fait.
67. Rappelez-vous ce meurtre qui a été commis sur un homme d'entre vous; ce meurtre était l'objet de vos disputes. Dieu fit voir au grand jour ce que vous cachiez 2.
lité infinie de poissons, disent les commentateurs, s'approchaient du rivage, et y restaient toute la journée du sabbat, comme pour tenter les habitants. Ceux-ci; ne pouvant résister à la tentation, prenaient le poisson, malgré les avertissements des hommes pieux, rigides observateurs du sabbat. David, ajoute-t-on, maudit les transgresseurs et les fit métamorphoser en singes.
' Les Juifs demandaient à Moïse de découvrir un meurtrier (voyez plus bas, verset e'ï). Comme moyen d'y parvenir, Moïse ordonna d'immoler une vache, ce qui en apparence n'avait aucun rapport avec le meurtre.
"^ Moïse avait établi le sacrifice de la vache et l'emploi de ses cendres comme expiation et purification d'un homme qui aurait touché un cadavre. Voy. Numeri, chap. IX. L'auteur du Koran, puisant on ne sait à quelles sources, refait l'histoire de cette disposition de ûïoïse à sa manii^re. Voici, d'après les commentateurs du Koran, le récit qui sert de base aux versets 63-69 : Un homme pieux parmi les Israélites avait une génisse et un enfant mâle ; il conduisit la génisse dans le désert et l'abandonna à la sauvegarde de Dieu jusqu'à l'époque où son
68. Nous ordonnâmes de frapper le mort avec un des membres de la vache; c'est ainsi que Dieu ressuscite les morts et fait briller à vos yeux ses miracles ; peut-être finirez-vous par comprendre,
69. Vos cœurs se sont endurcis depuis; ils sont comme des rochers , et plus durs encore , car des rochers coulent des torrents; les rochers se fendent et font jaillir l'eau; il y en a qui s'affaissent par la crainte de Dieu, et certes Dieu n'est pas inattentif à vos actions.
70. Désirez-vous maintenant, d musulmans! qu'ils [les Israélites de ce temps-ci) deviennent croyants pour vous ( pour vous plaire ] ? Un certain nombre d'entre eux cependant obéissaient à la parole de Dieu, mais par la suite ils Tallérèrent après Tavoir comprise, et ils le savaient bien.
71. S'ils rencontrent les fidèles, ils disent : Nous croyons; mais, aussitôt qu'ils se voient seuls entre eux, ils disent : Raconterezvous aux musulmans ce que Dieu vous a révélé, afin qu'ils s'en fassent un argument contre vous devant votre Seigneur? Ne comprenez-vous pas à quoi cela aboutit ?
72. Ignorent-ils donc que le Très-Haut sait ce qu'ils cachent comme ce qu'ils produisent au grand jour?
fils deviendrait majeur. Peu de temps après, l'homme pieux mourut, laissant son iils avec sa mère. La mère du jeune homme, se trouvant quelques années après dans la gêne, l'envoya à la recherche de la vache, unique bien qui leur restât. La vache, jusqu'alors sauvage et ne se laissant snisir par personne, suivit sans résistance le jeune homme. Celui-ci, conformément au désir de sa mère, conduisit la vache au marché pour la vendre et en retirer quelque argent. Un inconnu, c'était l'ange de Dieu, offrit d'abord six, puis douze dinars au jeune homme, ù condition de ne point consulter la mère sur la valeur du marché. Le jeune homme cependant raconta la chose à sa mère, qui, de son côté, croyant voir dans l'insistance de l'inconnu une intervention du ciel, recommanda à son fils de retourner au marché, et de consulter l'inconnu, qui ne manquerait pas de se présenter de nouveau, sur le meilleur emploi à faire de la vache. Alors l'ange révéla au jeune homme qu'il devait garder sa vache, car avant peu un événement qui arriverait chez les Juifs lui fournirait l'occasion de la vendre pour la quantité d'or que pourrait contenir sa peau. En effet , quelque temps après, un riche Israélite, nommé Hamiel, lut tué par un de ses parents qui convoitait sa femme ou ses richesses. L'auteur du crime était inconnu, et des hommes innocents furent inquiétés par des accusations injustes. Pour lever le doute et tirer les Juifs de la perplexité où ils étaient. Dieu ordonna à Moïse de chercher une vache ayant tous les signes indiqués par la révélation, de l'égorger, et de frapper le cadavre de Hamiel avec l'un de ses membres. Le cadavre frappé ainsi se leva, révéla le nom de son meurtrier, et mourut une seconde fois. Pour obtenir la vache en question, les Juifs durent, quoique à pontre-cœur, donner au jeune homme la somme qu'il demandait,
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73. Parmi eux les hommes du commun ne connaissent pas le livre (le Pentateuque), mais seulement les contes mensongers, et ils n'ont que des idées vagues. Malheur à ceux qui, écrivant le livre de leurs mains corruptrices, disent : Voilà ce qui vient de Dieu, pour en retirer un bénéfice infime! Malheur à eux, à cause de ce que leurs mains ont écrit, et à cause du gain qu'ils en retirent ^'
74. Ils disent : Si le feu nous atteint, ce ne sera que pour un petit nombre de jours-. Dis-leur : En avez-vous reçu de Dieu un engagement qu'il ne révoquera jamais, ou bien dites-vous s^mp/é-ment au sujet de Dieu ce que vous ne savez pas?
75. Bien loin de là : ceux qui n'ont pour tout gain que leurs mauvaises actions, ceux que leurs péchés enveloppent de toutes parts, ceux-là seront voués au feu, et ils y demeureront éternellement.
76. Mais ceux qui ont cru et fait le bien, ceux-là seront en possession du paradis et y séjourneront éternellement.
77. Quand nous reçûmes Talliance des enfants d'Israël, nous leur dîmes : N'adorez qu'un seul Dieu ; tenez une belle conduite envers vos pères et mères, envers vos proches, envers les orphelins et les pauvres ; n'ayez que des paroles de bonté pour tous (es hommes ; acquittez-vous exactement de la prière ; donnez Taumône. Excepté un petit nombre , vous vous êtes montrés récalcitrants, et vous êtes détournés de nos commandements.
7<s. Quand nous stipulâmes avec vous que vous ne verseriez point le sang de vos frères, et que vous ne vous banniriez point réciproquement de votre pays, vous y donnâtes votre assentiment, et vous en lutes vous-mêmes témoins.
79. Malgré cela vous commettiez des meurtres entre vous, vous chassiez une partie d'entre vous de votre pays, vous vous prêtiez une assistance mutuelle pour les accabler d'injures et d'oppression ; mais s'il vous vient des captifs [de vos compatriotes) , vous les rachetez 3. Or il vous était d'abord défendu de les chasser de
' Mahomet reproche ici aux juifs d'altérer les copies des Ecritures dans le but d'en retrancher tous les passages où la mission du prophète arabe a été prédite.
' Selon les commentateurs, les juifs pensaient qu'ils ne resteraient dans l'enfer que quarante jours, tout juste le temps égal à celui pendant lequel ils ont adoré le veau d'or.
^ Ils obéissaient ainsi à la loi sur ce point en la violant sur tant d'autres. Ceci s'applique aux juifs contemporains de Mahomet. Voici comment les commentateurs expliquent ces mots. La tribu juive de Koreidha était alliée à la tribu arabe d'Aus, et la tribu juive de ^'achie était alliée à la tribu arabe de Kha?-
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leur pays. Croirez-vous donc à une partie de votre livre , et en rejetterez-vous une autre? et quelle sera la récompense de ceux qui agissent de la sorte? L'ignominie dans ce monde, et au jour de la résurrection ils seront refoulés vers le plus cruel des châtiments. Et certes Dieu n'est pas inattentif à vos actions.
80. Ceux qui achètent la vie de ce monde au prix de la vie future n'éprouveront aucun soulagement dans le châtiment qui les attend et ne seront point secourus.
81. Nous avons donné le livre de la loi à Moïse, et nous Tavons fait suivre par d'autres envoyés; nous avons accordé à Jésus, fds de Marie, des signes manifestes (de sa mission] et nous l'avons fortifié par Tesprit de la sainteté ^ Toutes les fois qu'un envoyé (du Seigneur) vous a apporté une révélation qui né flattait pas vos passions, vous vous êtes enflés d'orgueil; vous avez traité les uns de menteurs et vous en avez assassiné d'autres.
82. Mais ils disent : Nos cœurs sont incirconcis 2. — Oui, certes. Dieu les a maudits à cause de leur incrédulité. Oh! que le nombre des croyants est petit 1
83. ^Quand ils reçurent de la part de Dieu un livre confirmant leurs Écritures, — auparavant ils priaient Dieu de leur accorder la victoire sur les infidèles, — ce livre qui leur avait été prédit, ils ont refusé d'y ajouter foi. Que la malédiction de Dieu atteigne les infidèles !
84. C'est un vil prix que celui pour lequel ils se sont vendus euxmêmes. Ils ne croient point à ce qui est envoyé d'en haut, par jalousie, parce que Dieu a, par l'effet de sa grâce, envoyé un livre à celui d'entre ses serviteurs qu'il a voulu. Ils s'attirent de la part de Dieu colère sur colère. Un châtiment ignominieux est préparé aux infidèles.
85. Lorsqu'on leur dit : Croyez à ce que Dieu a envoyé d'en haut, ils répondent : Nous croyons à ce qui nous a été envoyé d'en haut à nous ; et ils ne croient pas à ce qui est venu depuis : et cependant ce livre coniirme leurs Ecritures. Dis-leur : Pourquoi
redj. Ces deux tribus arabes s'étant déclaré la guerre, les tribus juives cournrent diacune au secours de son alliée. Lorsque des juifs devenaient captifs de leurs ennemis, les autres juifs se cotisaient pour les racheter.
' Par l'esprit de la sainteté, le Saint-Esprit, Maliomet entend toujours l'ange Gabriel qui, selon lui, accompagnait constamment J('sus, fils de Mane, de même que plus tard il apportait la révélation à Mahomet.
^ 11 est presque superflu de faire observer que celte expression usitée dans la Bible signille : Nos cœurs sont endurcis, inaccessibles à la raison.