‹ Le Koran;Chapitre 34 sur 503 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

donc avez-vous tué les envoyés du Seigneur, si vous aviez la foi?

86. Moïse était venu au milieu de vous avec des signes manifestes , et en son absence vous avez pris le veau dor pour l'objet de votre adoi'ation. N'avez-vous donc pas agi avec iniquité?

87. Lorsque nous eûmes accepté votre alliance et élevé au-dessus de vos têles le mont Sinaï, nous fîmes entendre ces paroles : Recevez nos lois avec une ferme résolution de les observer, d écoutez-les. Ils répondirent : Nous avons entendu, mais nous n'obéirons pas ; et leurs cœurs étaient encore abreuvés du culte du veau, ingrats qu'ils étaient. Dis-leur : Détestables suggestions que celles que vous inspire votre croyance, si vous en avez une!

88. Dis-leur : S'il est vrai qu'un séjour éternel , à l'exclusion du reste des hommes , vous soit réservé auprès de Dieu , comme vous le prétendez, vous, juifs, osez désirer la mort si vous êtes sincères dans ce que vous avancez.

89. Mais non. Ils ne la demanderont jamais, à cause des oeuvres de leurs mains, et Dieu connaît les pervers.

90. Tu les trouveras plus avides de vivre que tous les autres hommes, que les idolâtres même ; tel d'entre eux désire vivre mille ans ; mais il ne saura rien changer au supplice, par cela seulement qu'il aura vécu de longues années, car Dieu voit leurs actions.

91. Dis : Qui se déclarera Tennemi de Gabriel *? C'est lui, qui, par la permission de Dieu, a déposé sur ton cœur le livre destiné à confirmer les livres sacrés venus avant lui pour servir de direction et annoncer d'heureuses nouvelles aux croyants.

92. Celui qui sera Tennemi du Seigneur, de ses anges, de ses envoyés, de Gabriel et de Michel, aura Dieu pour ennemi, car Dieu hait les infidèles.

93. Car nous t'avons envoyé des signes manifestes; les pervers seuls refuseront d'y croire.

94. Toutes les fois qu'ils prennent un engagement, s'en troiivera-t-il parmi eux qui le mettront décote? Oui, la plupart d'entre eux ne croient pas.

95. Lorsque l'apôtre vint au milieu d'eux de la part de Dieu, contirmant leurs livres sacrés , une partie d'entre ceux qui ont reçu les Écritures jetèrent derrière leur dos le livre de Dieu , comme s'ils ne le connaissaient pas.

96. Ils suivent ce que les démons avaient imaginé sur le pouvoir

* Ceci s'adresse aux juifs, qui regardaient l'ange Gabriel comme leur ennemi, parce que c'était par son ministère que Dieu leur annonçait toutes les calamilés et exécutait ses arrêts.

(le Salomon ^ ; mais ce n'est pas Salomon qui fut inlidèle, ce sont les démons. Ils enseignent aux hommes la magie et la science qui était descendue d'en haut sur les deux anges de Babel, Harout et Marout^. Ceux-ci n'instruisaient personne dans leur art sans dire : Nous sommes la tentation, prends garde de devenir infidèle. Les hommes apprenaient d'eux les moyens de semer la désunion entre l'homme et sa femme : mais les anges ne faisaient du mal à quit que ce soit sans la permission de Dieu ; cependant les hommes apprenaient ce qui leur était nuisible, et non pas ce qui pouvait leur être utile , et ils savaient que celui qui avait acheté cet art était déshérité de toute part dans la vie future. Yil prix que celui pour lequel ils se sont livrés eux-mêmes. Ah ! s'ils l'eussent su !

97. Ah! s'ils avaient cru et s'ils avaient craint Dieii! la récompense de la part de Dieu eût mieux valu. Ah ! s'ils l'eussent su !

98. 0 vous qui croyez I ne vous servez pas du mot raina (observez-nous), dites ondhorna (regardez-nous 3). Obéissez à cet ordre. Un châtiment douloureux attend les intidèles.

99. Ceux qui possèdent les Écritures, ainsi que les idolâtres, ne veulent pas qu'une faveur quelconque descende sur vous de la part

* Les démons, disent les commentateurs, avaient enfoui sous le trône de Salomon des livres de magie, et répandirent après sa mort le bruit qu'on n'avait qu'à chercher sous le trône les hvres contenant la science par laquelle Salomon s'était soumis les hommes, les génies et les vents. Voyez sur Salomon, chap. XXVII, XXXIV et XXXVIII.

- L'histoire de ces deux anges paraît être empruntée aux traditions talmudiques. Voici ce qu'en disent les commentateurs : Les anges déploraient en présence de Dieu la méchanceté des hommes, malgré l'envoi réitéré des prophètes. Dieu leur ordonna de choisir deux d'entre eux pour juger les hommes. Harout et Marout lurent ces deux juges, et ils s'acquittèrent scrupuleusement de leur charge, jusqu'au moment où une femme d'une rare beauté (on rappelle Zohra, mot que l'on traduit communément par Vénus) leur apparut, invoquant leur autorité contre son mari. Les deux anges, épris de ses charmes, voulurent la séduire ; mais elle disparut en un clin d'oeil, et les anges, revenant au ciel, se virent l'entrée défendue. Grâce à l'intervention d'un bienheureux, Dieu leur donna le Choix entre les peines de ce monde et celles de l'enfer, qu'ils savaient être éternelles. Us choisirent donc les tourments de ce monde ; c'est ainsi qu'ils restent à Babyione, suspendus entre le ciel et la terre. Tel est le résumé le plus accrédité des commentateurs sur ce passage, bien qu'il serve peu à l'expliquer. D'autres docteurs pensent que Harout et Marout n'étaient que des magiciens enseignant la magie aux hommes. Des commentateurs ajoutent que c'étaient deux hommes qu'on appelait anges à cause de leur extérieur séduisant.

' Mahomet veut substituer, dans la salutation, le mot ondhor à celui de raï, que les juifs employaient à dessein comme ayant les mêmes lettres radicales que le verbe rouai expression do mauvaise augure (\m veut dire : être malheureux.

ClIAl'lTRE II. 17

de votre Seigneur ; mais Dieu honore particulièrement de grâces celui qu'il veut; or il est le maître de grandes faveurs.

100. Nous n'abrogerons aucun verset de ce livre, ni n'en ferons effacer un seul de ta mémoire sans le remplacer par un autre ; meilleur ou pareil. Ne sais-tu pas que Dieu est tout-puissant? ^

101. Ne sais-tu pas que l'empire du ciel et de la terre appartient à Dieu , et que vous n'avez d'autre protecteur ni de défenseur que lui?

102. Voudriez-vous demander à votre prophète (à Mohammed) ce qu'on demandait à Moïse ^ autrefois. Sachez donc que celui qui échange la foi contre l'incrédulité, celui-là quitte le beau milieu du chemin.

103. Beaucoup d'entre ceux qui possèdent les Ecritures désireraient vous ramener à l'infidélité après que vous avez déjà cru, (c'est par pure jalousie), et après que la vérité s'est montrée clairement à leurs yeux. Pardonnez-leur; passez outre, jusqu'à ce que Dieu fasse surgir une de ses œuvres ^.

104. Acquittez-vous avec exactitude de la prière, faites l'aumône; le bien que vous aurez fait, vous le retrouverez auprès de Dieu, qui voit vos actions.

105. Ils disent : Les juifs ou les chrétiens seuls entreront dans le paradis. Mais ce ne sont que leurs désirs. Dis-leur : Où sont vos preuves ? apportez-les si vous êtes sincères.

106. Non; c'est plutôt celui qui se sera livré entièrement ^^ à

* Voyez sur les abrogations dans le Koran la notice sur Mahomet, placée en tête de cette traduction.

' De leur faire Yoir Dieu.

^ Mot k mot jusqu'à ce que Dieu vienne avec son ordre ou avec son affaire, car le mot amr^ qui signifie ordre, arrêt, commandement, s'emploie tout aussi souvent dans le sens de chose, affaire, événement; la chose ou l'affaire de Dieu, c'est quelque événement marquant, un fait providentiel qui change la face des choses. C'est l'acception la plus fréquente de ce mot dans le Koran, bien que dans certains passages ces deux sens se confondent, puisque tout commandement n'a lieu que d'après un ordre de Dieu.

* Le texte porte : celui qui se fera mouslim (musulman). Ce mot veut direî résigné à la volonté de Dieu, qui s'est livré entièrement à Dieu. Nous ferons observer, en passant, que les mahométans établissent une distinction entre mouslim^ musulman, et moumin, croyant. Le premier se rapporte au culte extérieur, aux pratiques religieuses établies par Mahomet ; le dernier implique la foi vive et sincère. Pour citer un exemple, les Persans (les Chiites), dans leur haine contre les Turcs (Sunnites), veulent bien reconnaître qu'ils sont mousUmin (musulmans), mais ils ne sauraient leur accorder le nom de mouminin (vrais croyants).

iÛ Le KORAN.

Dieu et qui aura pratiqué le bien, qui trouvera sa récompense auprès de son Seigneur ; la crainte ne l'atteindra pas, et il ne sera point affligé.

107. Les juifs disent : Les chrétiens ne s'appuient sur rien: les chrétiens, de leur côté, disent : Les juifs ne s'appuient sur rien; et cependant les uns et les autres ils lisent les Écritures ; ceux qui ne connaissent rien ^ tiennent un langage pareil. Au jour de la résurrection, Dieu prononcera entre eux sur l'objet de la dispute.

108. Qui est plus injuste que ceux qui empêchent que le norn de Dieu retentisse dans les temples, et qui travaillent à leur ruine? Ils ne devraient y entrer qu'en tremblant. L'ignominie sera leur partage dans ce monde, et un châtiment cruel leur est préparé dans l'autre.

109. A Dieu appartiennent le levant et le couchant; de quelque côté que vous vous tourniez, vous rencontrerez sa face 2. Dieu est immense et il sait tout.

110. Ils disent : Dieu a un fils. Par sa gloire, non^; dites plutôt que : Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre lui appartient, et tout lui obéit.

111. Unique dans les cieux et sur la terre, dès qu'il a résolu quelque chose, il dit : Sois, et elle est.

112. Ceux qui ne connaissent rien disent : Pourquoi donc Dieu ne nous adresse-t-il pas au moins la parole , pourquoi un signe du ciel ne nous apparaît-il pas? Ainsi parlaient leurs pères; leur langage et leurs cœurs se ressemblent. Nous avons fait éclater assez de signes pour ceux qui ont la foi.

113. Nous t'avons envoyé avec la vérité et nous t'avons chargé d'annoncer et d'avertir. L'on ne te demandera aucun compte de ceux qui seront précipités dans l'enfer.

114. Les juifs et les chrétiens ne t'approuveront que quand tu

' Par ces mots : ceux qui ne connaissent, ceux qui ne savent rien^ Mahor/iétentend les Arabes idolutres, comme n'ayant jusqu'alors reçu aucune révélation, aucun livre sacré, par opposition aux juifs et aux chrétiens, qui possédaient les Écritures.

' Ce verset se trouve abrogé par le verset i39 du même chapitre. Le temple de' la Ka'ba, à la Mecque, a été définitivement désigné comme le point vers lequel les musulmans doivent se tourner en priant.

* Toutes les t'ois que Mahomet cite ces paroles : Dieu a un fils, des enfants, des filles, etc., qui expriment selon lui la croyance des chrétiens et des Arabes idolâtres, il s'empresse d'ajouter sobhanahou, par sa gloire, c'est-à-dire loin dô sa gloire ce blasphème.

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