Arabie. — Dans la collection de l'Univers pittoresque
4. Les Mohadjériens étaient les Mecquois qui avaient précédé Mahomet à Médine, qui l’y avaient suivi de près, ceux enfin qui reçurent le nom de Compagnons.
5. Les Ansariens étaient les gens d’Yatrib ou Médine, qui avaient les premiers accueilli le prophète.
Il y eut toujours de la jalousie entre ces deux groupes.
MAHOMET
Médine. Arrivé àSafra il fit mettre à mort l’un de ses prisonniers nommé Nadhr-ben- Hàrith. »
« Cet acte de cruauté, dit encore M. Noël Desvergers, semble être dans un désaccord complet avec le reste de sa conduite après cette victoire, car les autres prisonniers, traités avec une grande douceur, ne tardèrent pas à se racheter et ceux qui étaient connus pour être pauvres ou chargés d’une nombreuse famille, furent renvoyés sans rançon, sous la promesse de ne jamais pqrter les armes contre lui. »
M. Et. Quatremère, qui parait avoir cherché à atténuer le crime de Mahomet, s’exprime ainsi au sujet de ce Nadhr-ben-Harith ' :
« Ce Koréichite qui était bien supérieur à ses compatriotes, sous le rapport de l’esprit et des connaissances, avait voyagé hors de son pays, lu avec soin les monuments littéraires et historiques des Perses et des Grecs, et apportait ces ouvrages à la Mecque, où il avait introduit le goût de la musique. Se trouvant dans cette ville, à l’époque où Mahomet se glorifiait d’avoir reçu la mission divine, Nadhr se déclara contre lui et lui fit, par ses discours bien plus que par son épée, une guerre cruelle. Fier de son érudition, il relevait avec aigreur l’ignorance du prophète, tournait en ridicule les contradictions et les erreurs dont fourmille l’Alcoran et empêchait ainsi la population arabe, dont il était l’oracle, d’accueillir les lois et les dogmes que Mahomet prétendait imposer à ces hommes simples et crédules. »
Lors même que Nadhr aurait été, ce qui est incroyable, le lettré raconté par M. Et. Quatremère, lors même, que sa verve eût disposé, ce qui est plus incroyable encore, d’une érudition assez vaste, d’une logique assez sûre pour relever magistralement les preuves d’ignorance que renferme le Koran et les contradictions de détail auxquelles échappe difficilement celui qui combine au jour le jour l’organisation d’une nouvelle société, cela ne suffirait pas pour atténuer le crime commis àBedr.
Les Mecquois mirent un an à prendre leur revanche, mais, dans l’intervalle un nouveau crime avait terni la gloire de Mahomet devant l’histoire.
Une femme arabe avait été insultée en plein marché par un juif de la tribu des Benou-Kaïnokâ. Une rixe s’en était suivie ; Mahomet était accouru, avait vaincu, avait fait grâce de la vie à ses prisonniers, à la prière instante de l’un de ses Mohadjériens ou compagnons, mais avait condamné la tribu entière au bannissement, après avoir fait disparaître quelques individus qu’il tenait pour ses ennemis personnels1 2.
De cette époque, date sa haine contre les juifs, haine passée presque à l’état de dogme dans l’islamisme, et qui dut avoir une cause plus sérieuse : la tiédeur, par exemple, de ces trop circonspects alliés à servir les armes à la main l’islamisme qui leur avait fait tant d’avances. On ne savait pas encore en Arabie qu’il y a moins loin entre deux étrangers qu’entre deux frères dont l’un prétend régenter l’autre.
Le 26 janvier 626 vit l’unique victoire remportée par les Mecquois.
Mahomet, menacé par une armée de trois mille hommes, dont sept cents guerriers couverts de cottes de mailles et deux cents cavaliers, fut l’attendre dans un défilé du
1. Journal asiatique. T. XVI, p. 516. Mémoire sur le Kitab-Alagâni , cité par M. Noël Desvergers dans son ouvrage l'Arabie.