‹ Le Koran;Chapitre 4 sur 572 · DK LA VIK !)!■: .M.\II0.M1:T · texte numérisé non relu

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extrême jeunesse ayant Tait diiïcrur la cérémonie du niaria^^e, il le consomma huit mois après l'iiogire, lorsqu'elle n'avait encore que neul' ans (1). Il lit hàlir à sa jeune épouse une maison à côlé de la sienne. Il eut cette attention pour toutes les femmes qu'il ('pousa dans la suite.

L'amour du plaisir, auquel il sacrifia tonte sa vie,' ne suspendait point rexécution de ses desseins. Un point important occujjait son esprit. 11 fallait unir les intérêts divers de ses disciples, éteindre les anciennes jalousies de tribu, et les faire toutes concourir au même but. Les musulmans étaient divisés en deux partis, les Mohagdriens (2) et les Aiisaiiens (3). Les uns se glorifiant d'avoir les premiers embrassé l'islamisme, et d'avoir abandonné leur patrie pour suivre leur apôtre, prétendaient avoir le premier rang. Les autres, fiers de lui avoir donné un asile et de le posséder au milieu d'eux, croyaient mériter la préférence (4). Ces prétentions firen'î naître des débals dont les suites eussent été funestes. Mahomet sut les concilier. Il établit parmi ses disciples l'ordre de la fraternité dont le principal statut était qu'ils se traiteraient et s'aimeraient en frères, et qu'ils uniraient leurs armes pour la défense de la religion. Il prit lui-même pour frère d'armes Ali, fils d'Abutaleb ; ensuite il unit entre eux les principaux chefs.

Pour cimenter cette union, il fit descendre ce verset du ciel : « Embrassez la religion divine dans toute son éten- » due. Ne formez point de schismes. Souvenez-vous des » faveurs dont le ciel vous a comblés. Vous étiez ennemis, » il a mis la concorde dans vos cœurs. Vous êtes devenus )> frères; rendez-en grâce à sa bonté (5). »

L'ordre de la fraternité établit la concorde parmi les musulmans. Mohagériens, Ansariens, ne furent plus que des titres glorieux sans aucune idée de préférence. L'égalité fut le lien puissant qui les unit.

La religion occupa ensuite toute son attention. La prière étant la base du culte extérieur, il s'appliqua à la fixer d'une manière irrévocable. Il l'avait établie au commencement de sa mission; mais il n'avait point marqué le lieu

(1) La chaleur du climat de l'Arabie rend les femmes nubiles à cet âge. Les Gophtes, anciens habitans de 1' jgypte, épousent souvent des filles do six et sept ans. Ils les élèvent chez eux jusqu'à l'âge où elles sont nubiles; alors ils accomplissent la cérémonie du mariage.

(2) Mohagériens vient do mohayerin, fugitifs. Les musulmans qui abnjdon- Dèrent la Mecque pour suivre Mahomet, furent ainsi nommés.

(3) Ansariens vient du mot aiisar, qui signifie auxiliaire. Les habitants d« Hédine qui embrassèrent l'islamisme, s-e firent un hiiiieur de porter ce nom.

(4) Abul- !■ eda, p. 53 ; Jannab, p. 73. (3) Lo Koran, ch. mi.

vers lequel on devait la faire ( 1 ). Il s'était fondé sur ce verset magnifique : « L'orient et l'occident appartiennent à Dieu. » Vers ({uelque lieu que se tournent vos regards, vous ren- » contrerez sa face. Il remplit l'univers de son immensité et » de sa science (2). » Voulant ensuite se concilier l'esprit des juifs et des chrétiens, il commanda qu'on se tournât en priant vers le temple de Jérusalem.

(Depuis la chute d'Adam, suivant Abul-Feda, 6217. — Depuis la naissance de J.-C, 632. — Après l'hégire, 1. — De Mahomet, 54.)

Cette condescendance n'eut pas tout le succès qu'il en attendait. Les circonstances l'avaient déterminée ; devenu chef de la loi divine et de la loi civile, il suivit ses principes, et chercha à gagner entièrement le cœur des Arabes. Gabriel lui apporta ce verset, où Dieu parle ainsi au dévot musulman sur le point de faire la prière : « Déjà nous te » voyons lever les yeux vers le ciel. Nous voulons que le » lieu où tu adresseras ta prière te soit agréable. Tourne ton » front vers le temple Earam (3). En quelque lieu que tu » sois, porte tes regards vers ce sanctuaire auguste. Les » juifs et les chrétiens savent que cette manière de prier » est la véritable. L'Eternel a l'œil ouvert sur leurs acte tions (4). » L'oracle divin fut reçu avec acclamations, et la loi a toujours subsisté depuis.

Il était incertain sur le moyen qu'il mettrait en usage pour appeler le peuple au temple (5). La trompette dont se servaient les juifs, la crécelle des chrétiens ne le satisfaisaient pas. La voix humaine lui parut plus propre que de vains sons à faire impression sur les hommes. 11 n'avait plus besoin que de la formule qu'on emploierait. Une prétendue révélation qu'eut Abdallah, fils de Zaïd, la lui enseigna. 11 commanda à Belal, son crieur, de prononcer aux heures accoutumées ces paroles à haute voix (6) : « Dieu est grand.

(1) Les juifs se tourneut en priant vers le temple de Jérusalem, les Arabes vers la Mecque, et les Sabéens vers l'étoile du nord. «Les anciens Persans, adorateurs du feu, se tournaient vers l'orient.

(2) Le Koran, ch. ii.

(3) Le mot fJaram signiOe défendu. Le temple de la Mecque fut ainsi nommé, H cause du respect profond que tout mortel doit apporter en y entrant ; ou suivant d'autres, parce qu'une femme s'y étant présentée dans un temps où elle n'était pas purifiée, l'entrée en fut interdite aux femmes.

(4) Le Koran, ch. n.

(5) Eben Ishak.

(6) Allah Acbar. Echhed en la Ha ella Allah. Echhed en Mohammed Baçou Allah. Bai ala Elsalat. Haë ala Elfalah. Allah Acbar. La ila ella Allah. Telles sont les paroles que le crieur fait entendre au peuple du haut des minarets, au lever de l'aurore, à midi, à trois heures, au coucher du soleil et environ deux heures après.

» J'atteste quil n'y a qu'un Dieu. J'atteste que Mahomet est so7ï » apôtre. Venez à la piùcre. Venez à l'adoration. Dieu est grand. » Il est unique. »

Depuis cet instant, les mahométans entretiennent danj leurs mosquées des crieurs qui répètent cinq fois par jour ces paroles au peuple (1). Ce devoir rempli, il consacra par la religion le temps où le Koran était descendu du ciel.' Le jeune du mois de Ramadan {2) fut institué (3). Ces versets en firent un précepte fondamental de l'islamisme :

« 0 croyants ! il est écrit que vous serez soumis au jeûne » comme le furent vos pères, afin que vous craigniez le » Seigneur.

)) Le mois Bamadan, dans lequel le Koran est descendu » du ciel, pour être le guide, la lumière des hommes, et la » règle de leurs devoirs, est le temps destiné au jeune; qui- » conque verra ce mois, doit observer le précepte (4). »

Le zèle avec lequel il s'occupait à régler le culte et les cérémonies religieuses ne l'empêchait pas de veiller sur les démarches de ses ennemis. 11 avait déjà envoyé plusieurs partis en campagne; mais on n'en était point encore venu aux mains. Pour suivre de plus près les mouvements des Coreïshites, il fit partir Abdallah, filsde Ajrts/t. avec neuf soldats, et leur ordonna d'aller se poster à Nakla, vallée située entre la Mecque et Taief (o). Tandis qu'ils s'acquittaient de leur mission, une caravane de Coreïshites passa près d'eux. Ils la pillèrent, et revinrent à Médine chargés de dépouilles. Ce léger avantage éleva l'espoir de leurs compagnons. Mahomet en profita pour les préparer à de plus grands succès. Ses espions lui rapportèrent que les Coreïshites revenaient de Syrie avec mille chameaux richement chargés. Abic^ofinn, à la tète de trente hommes, escortait la caravane. Mahomet envoya un détachement pour l'enlever. Le chef idolâtre, instruit par ses coureurs que les ennemis étaient en embuscade, dépêcha un courrier à la Mecque, pour exposer le danger où il se trouvait. Les premiers de la ville, au nombre de neuf cent cinquante, volèrent à son secours. Cent cavaliers prirent les devants. Mahomet, de son côté, ayant laissé le gouvernement de Médine à Omar, fils d'Om ilactoum, en était parti au mois Ramadan (6). Il n'avait avec lui que

(i) Abnl-Feda, p. 55.

(î) Ramadan vieat de ramad, brûlant. Ce mois fut ainsi appelé, parce que dans l'année solaire des anciens Arabes, il tombait an temps dss plus grandes chaleurs.

(3) Le Koran, ch. n.

(i) Le Korau, ch. ii, verset 180.

(5) Abul-Feda, Description de l'Arabie, p. 55.

(6) Abul-Feda. p. ^i.Ebn Ishak

trois cent treize soldats; mais cette petite troupe était entièrement composée de Moliagériens et d'Ansariens, tous déterminés à vaincre ou à périr. Deux chevaux et soixantedix chameaux formaient toute leur cavalerie. Arrivé à Safra (1), port de la mer Rouge, il apprit que la caravane approchait de Beder, et que les idolâtres s'avançaient pour la défendre. Il partit sur-le-champ, et marcha avec tant de diligence, qu'il prévint les ennemis, et campa sur leur passage. Retranché près du puits de Beder, et rnaitre de l'eau, il attendit les Goreïshites dans ce poste avantageux. Ils ne tardèrent pas à paraître. Assis avec Abiibecr sous un dais de feuillage que ses soldats lui avaient élevé, il s'écria : « Seigneur! voici les idolâtres. L'orgueil et le faste accom- » pagnent leurs pas. Ils viennent pour accuser ton apôtre » d'imposture. Seigneur, envoie-moi le secours que tu m'as » promis! » Les deux armées ne furent pas plutôt en présence, que, du côté des Coreïshites, Olba, Shaïba et Walid, descendirent dans l'arène. Mahomet envoya contre eux Obdida, Hainza et Ali. Les rivaux en vinrent aux mains, et combattirent vaillamment pour soutenir l'honneur de leurs partis. Hamza et Ali, vainqueurs de leurs adversaires, coururent au secours d'Obaïda. qui, quoiqu'il eût eu le pied coupé, se défendait courageusement (2). Ils renversèrent son ennemi, et le laissèrent avec les deux autres, étendu sur le sable. Ce succès fut d'un heureux présage pour les croyants (3). Ils conjurèrent leur apôtre de ne point exposer ses jours, et d'invoquer le ciel tandis qu'ils combattraient Il parut céder à leurs instances. Les deux troupes, animées également par la haine et le fanatisme, se chargèrent avec fureur. Les idolâtres étaient trois fois supérieurs en nombre, mais Mahomet commandait les croyants. Tandis qu'ils repoussaient avec avantage les efTorts de leurs ennemis, il adressait au ciel cette prière : « Seigneur, si tu laisses périr j) cette armée, tu ne seras plus adoré sur la terre ; Seigneur, » accomplis tes promesses ! » Tout à coup il se lève et s'écrie : « Triomphe! Abubecr, triomphe ! Voici le secours du ciel. » Il semblait voir les esprits célestes voler à son secours. Son visage était radieux. Il court à la tête de ses guerriers; il leur annonce le secours divin, et porte dans tous les cœurs l'enthousiasme qui l'enflamme. Les versets suivants les avaient disposés à tout croire. « A la journée de Beder... » lorsque tu disais aux fidèles, ne suffit-il pas que Dieu

(l) Le gpographe el Edrit.

(t) Abul-Feda, p. 58.

(3) Jannab.

» vous envoie un secours de trois mille anges? Ce nombre »> suffit sans doute; mais si vous avez la persévérance et la » piété... il fera voler à votre aide cinq mille anges (1). » . Les musulmans s'imaginant que les milices du ciel com- ^ battaient à leurs côtés, se crurent invincibles, et firent des ' prodiges de valeur. Leur général, maître de son àme au i milieu du carnage, s'apciçut que les idolâtres commençaient ' à plier, et s'avisa d'un nouveau stratagème. Il prit une poignée de poussière, et la jetant contre les Coreïshites : « Que leurs yeux, s"écria-t-il, soient couverts do ténèbres. )) Courage! compagnons : chargez les ennemis. La victoire » est à vous! >> A ces mois, les musulmans firent un dernier effort, et renversèrent tout ce qui résistait encore. Les ennemis prirent la fuite. La victoire fut complète, et un riche butin demeura au pouvoir des vainqueurs (2).

Les Coreïshites laissèrent soixante-dix hommes sur le champ de bataille. Un pareil nombre furent faits prisonniers. Vingt-quatre de leurs chefs, parmi lesquels se trouvait Abugehel, périrent dans le combat (3). Mahomet les fit jeter dans une fosse. 11 ne perdit que quatorze soldats qui reçurent le titre glorieux de martyrs. 11 attribua la gloire de cette journée au Tout-Puissant.

« A la journée de Beder, dit-il, où vous étiez inférieurs » en nombre, le Tout-Puissant se hâta de vous secou- » rir (4). »

« Lorsque vous implorâtes l'assistance du Très-Haut, il w répondit : « Je vous enverrai un secours de mille an- )) ges (o). »

« Ce n'est pas vous qui les avez tués, ils sont tombés sous )) le glaive du Tout-Puissant (6). »

C'était en nourrissant dans le cœur de ses soldats l'idée d'un Dieu protecteur de ses armes, qu'il les rendait invincibles. Ali, son élève, âgé de vingt-deux ans, donna dans ce combat des preuves de cette vaillance qui le fit regarder

(1) Le Koran, ch. m, p. 64.

(2) Plusieurs historiens arabes attribuent cette victoire au miracle. Dos anges Têtus de longues robes flottantes portant des turbans jaunes, montés sur des che- Taux tachetésde blanc et de noir, combattirent à latêtedes croyants. {Gelnleddin.) Deux idolâtres qui observaient le combat du haut d'une colline, aperçurent un nuage qui renfermait des escadrons d'anges. Ils entendirent le hennissement defc chevaux et la voix de Gabriel qui criait: — Approche, Baïsouml (C'était le nom de son cheval.) L'un des curieux fut percé d'un trait; l'autre manqua lie mourir d'effroi. (^én/sAac.) Tel était l'empire de Mahomet sur l'e-prit dos Arabes qu'ils attribuaient au miracle des succès dus au fanatisme qui! savait leur inspirer.

(3) Abul-Feda, p. 5''.

(4) Le Koran, cb. m, p. 64.

(5) Ibid., ch. VIII.

(6) Ibid., ch Tiii.

comme le Mars de l'Orient. Il tua sept idolâtres de sa propre main. Mahomet demeura trois jours sur le champ de bataille. Les difTérends qu'occasionna le partage des dépouilles lui fit promulguer cette loi : « Souvenez-vous que » vous devez la cinquième part du butin à Dieu, au pro- » phète, à ses parents, aux orphelins, aux pauvres et aux » voyageurs (1). » Parmi les prisonniers, se trouvèrent Elnadar et Ocba, ses ennemis implacables. Il leur fit trancher la tête. Il retourna à Médine, où il fut reçu en triomphe. La nouvelle de sa victoire se répandit dans toute l'Arabie. Elle passa les mers. Le roi d'Abyssinie (2) en étant instruit, lit venir Jafar et ses compagnons, et leur apprit la défaite des Coreïshites (3).

Les juifs établis à Médine et dans les environs étaient puissants. Mahomet avait fait alliance avec eux. Une de leurs tribus, nommée Caïnoca. viola le traité (4). Le prophète, qui ne désirait rien tant que de les dompter en les attaquant séparément, profita de l'occasion. Il alla mettre le siège devant leur citadelle. S'y étant fortifiés, ils se défendirent courageusement pendant quinze jours. On leur livra de nouveaux assauts ; et obligés de céder à la force, ils se rendirent à discrétion. Pour jeter l'effroi parmi les autres tribus juives, Mahomet leur fit lier à tous les mains derrière le dos, et résolut de leur couper la tête. Ils étaient les alliés des Cazregites. Abdallah (5) l'Incrédule, prince de cette tribu, intercéda pour eux, et ne' désespéra point d'adoucir la rigueur de l'arrêt. « Apôtre de Dieu, dit-il, faites-leur grâce.

(1) Le Koran, ch. viii.

(2) Aussitôt que le roi d'Abyssinie eut appris la défaite des Coreïshites à Beder, il descendit de son trône, se couvrit d'un double manteau s'assit à terre, et fît ▼enir Jofar et ses compagnons. « Qui de vous, leur demanda-t-il, connaît Bedert — « Nous connaissons parfaitement cette vallée, ri^'pondirent les fugitifs. — Et moi ■ aussi, continua le prince. Berger autrefois, j'y gardai les troupeaux le long du » rivage de la mer. » [Elnajashi, chassé de son royaume, s'était réfugié en Arabie sous l'habit de berger.) i< Eh bien, ajouta-t-il, le Tout-Puissant a secouru son apôtre à Beder. Il lui a donn ■ la victoire sur ses ennemis. Rendez-lui des actions de grâces. » {Ahu-Seîd, au liv. Elanouar.)

(3) A 6u!-/''erfa place cet événement la seconde année de l'hégire; Jannab, Elcoda, Elmacin, le rejettent à la troisième.

(4) Un orfèvre de la tribu de Caïnoca avait fait subir un traitement indigne à une femme arabe qui vendait du lait au marché. Un musulman lava l'outrage dans le sang de l'infâme. Les juifs le tuèreut. La discorde s'éleva entre les deux partis. Mahomet se rendit à leur quartier et leur proposa d'embrasser l'islamisme pour obtenir le pardon de leur crime. Ils refusèrent opiniâtrement. On prit les armes contre eux. Tel fut, suirant Jannab, le sujet de cette guerre.

(5) Abdallah, Bis de Solid, prince de la tribu des Cazregiles, fut tantôt l'ami, tantôt l'ennemi de Mahomet. Il contraria ou servit ses projets suivant les circonstances. Son obstination à refuser de se faire musulman lui fit donner le nom d'Incrédule. Plusieurs officiers du prophète lui proposèreut d'abattre la tète de l'infidèle; il refusa constamment d'y consentir.

DE Lk VI K DE MAIIOMRT. 35

» — Laissez-moi. — Je ne vous quitterai point que vous no » m'ayez écouté. » Puis incUantlainainsur le cœur de Mahomet :» Prophète, ajouta-t-il, laissez-vous toucher. "Mahomet n'y put tenir. « Ils sont à vous, » dit-il à Abdallah. Les juifs eurent la vie sauve, mais leurs biens furent partagés entre les vainqueurs.

Abusofian, après la défaite de Beder, avait juré qu'il ne se parfumerait et n'approcherait de ses femmes qu'après avoir livre un second combat à Mahomet (1). 11 sortit de la Mecque avec deux cents chevaux, et vint camper à trois milles de Médine. A cette nouvelle, l'apôtre des musulmans monte à cheval, et court chercher l'ennemi. Abusofian ne tint pas parole. L'approche des vainqueurs de Bede?- l'effraya. 11 prit précipitamment la fuite. Ses cavaliers, afin d'être plus légers, jetèrent des sacs de farine qu'ils portaient pour leur subsistance. Les musulmans n'ayant pu les joindre, rentrèrent à Médine. Cette expédition fut nommée guerre de la farine.

A peine avaient-ils posé les armes, qu'ils les reprirent. Les Solaïmites et les Gtitfanites s'étaient assemblés près de Carcarat Elcodr [c'est le nom d'un puits sur la route, par où les habitants des provinces voisines de VArac viennent à la Mecque) (2). 11 était important de ne pas laisser à leur parti le temps de se fortifier. Mahomet ayant remis le gouvernement de Médine à Ebn om Madoiim, alla les attaquer. Les Solaïmites ne l'attendirent point ; ils se débandèrent, et laissèrent au pouvoir de l'ennemi leurs bergers et leurs troujieaux, qui furent emmenés à Médine.

Mahomet voulant récompenser l'attachement inviolable du généreux Ali, lui donna en mariage Fatime, sa fille chérie (3). Elle avait quinze ans (4). Si l'on en croit les écrivains orientaux, elle possédait toutes les perfections, et elle mérita d'être mise au nombre des quatre femmes parfaites (S) qui ont illustré la terre.

La mort tragique à'Ommia, prince idolâtre, rendit célèbre la fin decette année. Instruit par la lecture des livres sacrés il avait nié hautement la mission de Mahomet. Réfléchissant

(1) Abul-Feda, Vie de Mahomet, p. 61.

(2) Abul-Feda, p. 61; Jannab.

(3) La nuit où le mariage devait se cousommer, le prophète conduisit sa fille 1 jeune fils A'Abutaleb. Il marchait devant elle. Gabriel était à sa droite, et

lichel à sa gauche. Soixante-dix mille anges formaient le cortège de la nouvelle i ouse. Us chantèrent des hymnes à la louange du Très-Haut, jusqu'au lever de l'aurore. (A/imed ben Joseph, Hist. géa., sect. xl.)

(4) Ahmed ben Joseph, Ibid.

5) Ces quatres femmes sont, suivant les Arabes, l'opouse de Pharaon, la vierge I.-rie, Cadige et Fatime.

ensuite sur les succès du novateur, et enflé de son propre savoir, il résolut de se faire passer lui-même pour prophète. La tête remplie d'idées de grandeur, il revenait de Syrie à la Mecque pour exécuter son projet. En passant près de Beder, on lui montra la fosse où les chefs des Coreishites avaient éié jetés. Otba oiShaïba, ses neveux, étaient de ce nombre(l). A cette vue, Ommia mit pied à terre, coupa les oreilles de son chameau, et chanta une longue élégie dont Abul-Feda nous a conservé les vers suivants :

«N'ai-je pas assez pleuré sur les nobles fils des princes de la Mecque ?

» A la vue de leurs os brisés, semblable à la tourterelle cachée dans la forêt profonde, j'ai rempli l'air de mes gémissements.

» Mères infortunées, le front prosterné contre terre, mêlez vos soupirs à mes pleurs.

» Et vous, femmes qui suivez les convois, chantez des hymnes funèbres entrecoupées de longs sanglots.

» Que sont devenus à Bcder les princes du peuple, les chefs des tribus?

» Le vieux et le jeune guerrier y sont couchés nus et sans vie.

» Combien la Mecque aura changé de face!

» Ces plaines désolées, ces déserts sauvages semblent euxmêmes partager ma douleur. »

Après avoir prononcé ces mots, Ommia s'aban donnant aux excès de la douleur et du désespoir, tomba mort sur les cadavres qu'il voyait entassés (2).

(Depuis la chute d'Adam, suivant Abul-Feda, 6218. — Depuis la naissance de J.-C, 633. — Après l'hégire, 3. — De Mahomet, 55.)

La troisième année de l'hégire, Fatime donna un fils à Ali. Il fut nommé £//iaça?i. La même année, Mahomet proscrivit Caab, fils d'Elashraf,un des principaux juifsde Médine; il s'était déclaré son ennemi. La poésie qu'il cultivait lui servait à satisfaire sa haine (3). Il n'eut pas plutôt appris la défaite des Coreishites qu'il se rendit à la Mecque. Ses sa-

M) Abul-Feda, Vie de Mahomet, p. 63.

(2) Les Arabes, nés sous un ciel brûlant, sont extrêmes en tout. Ils aiment ou haïssent avec passion. En 1778, pemlant que j'étais en Egypte, une femme arabe ayant appris ia maladie d'un fils qu'elle avait à Damiette, fit trente lieues pour le venir voir. En débarquant, elle demanda des nouvelles de son fils, on lui dit qu'il était mort. L'iafortunée se précipita daus le Nil

(3) Jannab.

DK r.A VIE DE MAHOMET. 37

tires contre l'apùtre des iMiisuIiiiuns, ses élégies sur la mort des guerriers ensevelis à Beder, furent chantées publiquement. Elles rallumèrent dans les cœurs le désir de la vengeance. Après .avoir souillé à la Mecqu/le feu de la discorde, il revint à Médine, et s'efforça de soulever le peuple. Mahomet le fit mettre à mort (1).'

Les vers de Canb avaient ému puissammeut les Coreïshites. La plupart des citoyens criaient aux armes. Abusofian profita de ce moment de fermentation pour venger l'honneur de sa patrie. Il arma trois mille hommes parmi lesquels se trouvèrent sept cents cuirassiers et deux cents cavaliers, et partit à leur tête. Il conduisait avec lui Henda, son épouse, et quinze autres matrones qui portaient des tambours. Elles chantaient les vers élégiaques de Caab, déploraient le malheur de Beder, et exhortaient leurs guerriers à combattre vaillamment. L'armée des Coreïshites, sous les ordres d' Abusofian, marchait vers Médine sans trouver de résistance. Elle vint camper près d'Holnifa, à six milles de la ville. Mahomet ne pouvant leur opposer que des forces bien inférieures, voulait rester dans les murs de Médine (2). Abdallah l'Incrédule, chef expérimenté, appuyait ce sentiment. Les autres officiers furent d'un avis contraire. Tous demandaient le combat. Leurs instances lui firent prendre un parti qui lui paraissait dangereux. Il sortit à la tête de mille soldats, et alla camper à peu de distance des ennemis. Abdtdlah le quitta avec trois de ses compagnons. « Devons-nous obéir, j) dit-il, lorsque la verge est levée sur nos tètes, lorsque la » mort est certaine ? » Cette désertion n'effraya point Mahomet : il disposa sa petite troupe sur le penchant du mont Ahed (3), de la manière la plus avantageuse (4). 11 plaça au centre cent cuirassiers ; et comme il n'avait point de cavalerie, et qu'il craignait d'être enveloppé par des ennemis trois fois supérieurs en nombre, il posta derrière l'armée cinquante archers avec cet ordre formel : « Quelque événement

(1) Le docteur Prideaux (p. 80), soutient que Caab ne fut point mis à mort et qu'il évita tous les pièges que Mahomet lui tendit. Ce sentiment s'oppose à la vérité lie l'histoire. Le savant Prideaui confond le Caab dont nous p;irlousavec un autre poète de même nom, également proscrit pour avoir écrit des satire» contre Mahomet. Ce dernier vint la neuvième année de l'hegire se jeter à se» pieds; il lui présenta un poème composé à sa louange. Le prophète en fut si flatté, qu'il lui pardonna, et lui accorda ses honnes grâces. Si le docteur Prideaux eût fait attention aux noms des pères de ces deux proscrits, il ne lût pas tombé dans cette méprise. Le premier se nommait Caab, fils d'Elashraf, le second Caab, fils lie Zohair.

(2) Abul-Feda, p. 64.

(3) Ahed signiGe un. On a donné ce nom à la montagne, parce qu'elle est isolée, s'élcvant seule du milieu de la plaioe.

(4) Jannab.

» qui amve, tenez ferme dans ce poste; ne le quittez point » si nous sommes vainqueurs; ne le quittez point si nous » sommes détails; pas môme pour nous porter du secours. » Accablez de vos tlèches la cavalerie ennemie, si elle veut » nous prendre à dos. » Ou verra l'importance de ce commandement. L'habile général ayant fait ses dispositions, attendit les idolâtres de pied ferme. Ils s'avancèrent en bon ordre. Abusofian était au centre de l'armée. Kkaled, fils de Wiald, commandait l'aile droite; Acrema, fils dWbugehel, commandait l'aile gauche. Chacun d'eux avait cent cavaliers sous ses ordres. Heuda et ses héroïnes, dans les derniers rangs, excitaient l'ardeur de leurs guerriers. « Courage, en- » fants d'Atde^ictr, criaient-elles, courage! Frappez de toutes » vos épées. » Les deux partis en vinrent aux mains. Hamza, oncle du prophète, qui combattait à la tête des croyants, animait leur vaillance, et leur en donnait l'exemple. Il avait étendu à ses pieds Arta, porte-enseigne des idolâtres; il avait fait voler la tête de Seba. La terreur devançait ses pas. Tout pliait devant lui. Tandis qu'il se laissait emporter à son courage, Washa, esclave de Jobaïr, l'attaqua par derrière, et le tua d'un coup de lance (1). Au même moment, Mosaab, fils d'Omar, qui portait l'étendard de l'islamisme, périt. Mahomet releva le drapeau sans s'émouvoir, et le confia aux mains du brave Ali. Le combat continuait avec fureur. La victoire penchait du côté des musulmans. Les Coreïshites commençaient à lâcher pied (2). A cette vue, les archers placés sur la montagne ne purent résister à l'appât du butin, et quittèrent leur poste ; c'était une faute impardonnable. Mahomet s'en plaint amèrement dans le Koran : « Dieu, dit- » il, réalisa ses promesses, quand vous poursuiviez les enne- » mis défaits ; mais écoutant les conseils de la lâcheté, )) vous disputâtes sur les ordres du pi^ophète, vous les vio- » lâtes, après qu'il vous eut fait voir ce qui faisait l'objet de » vos vœux (le butin). » Khaled, qui aperçut ce mouvement, en profita. Il partit à la tète de la cavalerie, et vint attaquer les ennemis par derrière. Dans un instant, ils furent enveloppés. Pour jeter l'épouvante dans leur âme, il cria d'une voix fortfi que Mahomet avait été tué. Les croyants perdirent Courage. Plusieurs prirent la fuite. Les idolâtres percèrent jusqu^u centre, où entouré de ses plus braves soldats, l'apôtre des Musulmans disputait encore la victoire. Il fut assailli d'une nuée de traits et de dards. Le visage percé, Jes dents fracassées, tout couvert de sang, environné de

(1) Abul-Feda, Vie do Mahomet, p. 65.

(2) Abul-Feda, s- 66.

toutes parts parTiiuage de la iiioil, il garda sou sany-froid et son intrépidité (1). Il criait aux amis généreux qui formaient un rempart autour de lui : « Comment des impies » qui ont souillé de sang le visag'^ de leur prophète, pour- » raient-ils prospérer? » TeUia, sacrifiant sesjours pour sauver ceux de son apôtre, le revêtit d'une double cuirasse au plus fort de la mêlée. Il eut le bras cassé. Enfin, les efforts des Goreishites ne purent empêcher les Musulmans de faire une retraite glorieuse et de sauver Mahomet. Les fers de deux dards lui étaient restés attachés aux lèvres ; lorsqu'on les retira, il lui tomba deux dents. Abu^eïd essuyait le sang qui coulait abondamment de ses blessures. « 0 Abuseïd ! lui » dit-il, jamais ton sang ne sera la proie des flammes. » Les dolàtres, maîtres du champ de bataille, dépouillèrent les morts. Leurs héroïnes se portèrent à des excès inouïs; elles coupèrent le nez et les oreilles des Musulmans qui avaient péri, et s'en firent des colliers et des bracelets. iîend« poussa plus loin Thorreur de la vengeance. Elle ouvrit la poitrine de Hamza, et dévora une partie de son cœur (2). Abusofian attachant à sa lance la mâchoire de ce généreux guerrier, monta sur la colline et cria : « Les armes sont journalières. » Tu triomphes, Hobal (3), tu triomphes. Le combat d'Ahed » a succédé à la journée de Beder. » Ensuite il fit publier ce défi par un héros : « Musulmans, trouvez-vous l'année pro- » chaîne à Beder. y^ «Nousvousy attendrons, leur fit répondre » Mahomet. » Les Coreïshites n'ayant osé attaquer les ennemis dans le village où ils s'étaient retirés, reprirent la route de la Mecque (4). Aussitôt qu'ils furent partis, Mahomet s'occupa du soin de faire enterrer les morts. Il fit chercher le corps de Hamza (5). On le trouva mutilé. Les soldats pleuraient un de leurs meilleurs généraux. Le prophète, pour les consoler, leur dit : « Gabriel m'a révélé que Hamza était » écrit parmi les habitants du septième ciel, avec ce titre » glorieux : Hamza, lion de Dieu, lion de son apôtre. » Ayant fait revêtir son corps d'un manteau noir, il pria pour lui avec sept invocations. Il pria pour tous ceux qui avaient péri dans le combat, et les fit inhumer au lieu où ils avaient succombé. Ces devoirs funèbres remplis, il retournait à Médine, lorsqu'on vint lui annoncer que les ennemis appro-

{i\ Ahul-Feda, p. 67.

(2) Si quoique chose peut diminuer l'atrocité de ce erime, c'est qu'elle avait perdu à la journée de Beder, Hantala, son fils aîné, et que les femmes arabe» ne pardonnent point la mort de leurs enfans.

(;i Hobal était la principale idole des Coreïshites.

(4) Jannab.

(5) Abul-Feda, p. 68.

40 AlUiEGl-:

chaient(l). En eOet, Abusofuin, fâché de n'avoir pas mieux piolilo (le la vicloire, avait persuadé aux vainqueurs de rclounier sur leurs pas; tt d'exterminer les Musulmans atTaihlis par leur défaile. Maliomet leur épargna une partie du chemin, et pafut devant eux à Tinslant où ils ne s'y allendaient pas. Cette audace les étonna : loin de chercher à renouvever le combat, ils se retirèrent précipitamment.

(I)t>[iuis la rhiite d'Adam, suivant Abul-Feda, 62i9. — Depuis la naissance de J.-C, 634. — Apres l'Iiégire, 4. — Do Mahomet, 56.)

La défaite de Mahomet ne diminua point son crédit. Les iMii.sulmans ne pouvaient latlriljuer qu'à leur désobéissance, lis conservèrent pour lui la même vénération, et ses volontés fure'nt toujours des lois. Hoi et pontife à Médine, il ré- (^lait les affaires du gouvernement et de la religion. Des députés d'Edl et d'Elcara étant venus lui demander quelques-uns de ses disciples pour les instruire dans l'islamisme, il leur en accorda six (2). Les perfides idolâtres en massacrèrent quatre, et vendirent les deux autres aux Coreïshites, qui les firent mourir. Khabib, un de ces captifs, avait tué Hareth au combat de Beder (3). Ses enfants l'achetèrent. Charmés d'avoir une victime à offrir aux mânes de leur père, ils invitèrent toute leur famille à assister à sa mort. Khabib, enchaîné dans un coin de leur maison, attendait courageusement son heure dernière. Ayant obtenu un rasoir d'une des filles de Hareth, il se rasait la tèle : au même instant, un jeune enfant échappé des bras de cette mère imprudente, s'approche du prisonnier; ille saisitentre ses jambes, tenant d'une main le fer tranchant. La mère, à cet aspect, demeura immobile d'efTroi ; elle ne put prononcer une seule parole. « N'avez-vous pas peur, lui dit le captif, que j'égorge votre » fils? Rassurez-vous, je ne sais point me venger sur un en- » Tant; » et il le laissa aller. Cette générosité ne lui sauva point la vie (4). Tous les parents s'étant assemblés, on le

(1) Jannab, n. 1 1 1.

(ïj Abul-Feda, ch. xxxiu. p. 69.

(:>) Elbocar, d'après la tradition d'Aôu- /yoreïra, dans la Sonna,

(4i Les Arabes ne pardonnent point la mort de leurs proches parents. Les mi^iiis font sucer à leurs enfants l:i haine avec leur lait. A peine ont-ils le sentinvnt de leur existence, qu'elles Itnii- inspirent le dosir de la vengeance. Près de (iiza. à une lieue du grand Caiie, une femme avait conservé la lête de son ép.iux a:->ssassini>. Tous les jours elle m niillaif ces tiistcs restes lie ses pleurs, et les montraitàsa fille unique. « Mon rniaut, lui disait-elle, vois-tn cette tête? c'est celle de ton pèr';; un barbare lui ota la vie. Si j'avais un lils, il serait raon vengeur; il elVacerait dans son saiiL' n >tre malheur et notre honte.» Ces plaintes, souvent répé(''es, firent une ini|iiessi.in prolonde sur le cœur de la jeuue fille, Elle pleuriit avec sa mère; elle frémissait d'horreur au uora de l'assassin. Le

conduisit hors tlii territoire sacré pour l'immoler. Parvenu au lieu du supplice, il demanda un instant pour prier; on le lui accorda. Iliitune courte prière avec deux inclinations, et dit : « J'en aurais fait davantage, mais vous auriez pu » attrii)ucr ma ferveur à la crainte de la mort; frappez. » Ainsi mourut le dernier des six apùtres de l'islamisme, accordés aux instances des habitants de Carii.

Leur perfidie avait rendu Mahomet défiant (1). A7)ier, fils de M'tlcc, lui ayant proposé d'envoyer de ses disciples aux peuples de la province de Na'lj, il le re*fusa. L'autorité d'Abubecr put seule le déterminer. Ce Musulman zélé, trompé par Amer, osa garantir sa sincérité. Mahomet ne pouvant résister à son témoif^mage, (it partir Elmondai\ ansaricn, avec soixante-dix fidèles. Arrivés à Birmanna (le puits du secours), Elmondar envoya les lettres du prophète à Amer, prince de la contrée. Cet ennemi de l'islamisme fit tuer le messager, rassembla des troupes, surprit les croyants et les extermina. Caab, fils de Znïd, qu'on avait laissé parmi les morts, échappa seul, et alla porter à Médine la nouvelle de cette perfidie. Mahomet en fut pénétré de douleur; mai<i il remit à un autre temps la vengeance.

(2) Au mois de rabié premier, les Nndhirites, tribu puissante des juifs, lui demandèrent le prix du sang de deux hommes qn'Amrou avait tués en passant sur leurs terres. 11 écouta leurs plaintes, et satisfit à la loi. Pour cimenter la réconciliation, les Nadhirites l'invitèrent à dîner à une de leurs maisons de campagne. Mahomet s'y rendit accompagné d'Abubecr, Omar, Ali, et de quelques autres officiers (3). C'était un piège qu'on tendait à ses jours. Les Juifs avaient rassemblé des pierres sur le toit, et devaient l'écraser pendant le festin avec ses compagnons. Tout était prêt pour l'exécution de ce dessein. Mahomet s'aperçut qu'ils tramaient une perfidie, et, feignant des besoins, sortit de l'appartement. Il retourna promptement à Médine, et revint en force attaquer les traîtres. Ayant manqué leur coup, ils s'étaient retirés dans un château fortifié. Il les assiégea, et fit le dégât à l'entour. La vue de leurs palmiers coupés abattit leur courage ; la crainte de ne pouvoir soutenir un assaut s'empara d'eux; ils se rendirent à discrétion après

désir de la vengeance l'emporta bientôt sur la faiblesse et la timidité de son sexe. Elle s'habilla en homme, s'introduisit en qualité de domestique dans la maison du meurtrier de son père, et, profitant du moment où il dormait, elle regorgea au milieu de sa famille.

(1) Abnl-Feda, ch. xxxv, p. 70.

(2) Abiil-Feda, p. 71.

(3) Abu-Seid, au livre Elanouar.

42 AIÎRÉGÉ

six jours de blocus (1). Ils obtinrent pour toute grâce, d'emporter de leurs richesses la charge d'un chameau. Le prophète, dérogeant à la loi qui ne lui accordait que la cinquième portion des dépouilles, se les réserva en entier. Le chapitre lix autorise cette disposition. On y lit ces paroles : » Les dépouilles enlevées sur les juifs chassés de leur forte- » resse, appartiennent à Dieu et à son envoyé. Elles doivent » être distribuées à ses parents, aux orphelins, aux pauvres » et aux voyageurs. Il serait injuste que les riches les par- » tageassent. Uecevez ce que le prophète vous donnera, et )> ne prétendez point au delà. Craignez Dieu dont les ven- » geances sont terribles. » L'oracle divin ayant détruit les prétentions de son armée, il s'acquitta des devoirs de la reconnaissance. Depuis quatre ans, le dévouement généreux des Mecquois, qui avaient quitté pour le suivre leurs biens et leurs familles, était sans récompense. Il partagea entre ces disciples fervents, et deux citoyens de Médine, pauvres, tout le butin enlevé sur les Nadhirites (2). Le reste de l'armée applaudit à cet acte de justice. La même année, il interdit l'usage du vin. La difficulté de s'en procurer en Arabie, les effets de cette liqueur enivrante sur le naturel bouillant des Arabes, les scènes d'horreur produites par l'ivresse dont i' avait été témoin lui firent promulguer cette loi : u 0 croyants )) le vin, les jeux de hasard, les statues et le sort des flèches » sont une abomination inventée par Satan. Abstenez-vous )> en, de peur que vous ne deveniez pervers (3). »

« Le démon se servirait du vin et du jeu pour allumer « parmi vous le feu des dissensions, et vous détourner du » souvenir de Dieu et de la prière. Voudriez-vous devenir )i prévaricateurs? Obéissez à Dieu et à son apôtre, et crai- » gnez (4). »

(0) Tour à tour général d'armée et législateur, il faisait succéder aux soins paisibles du gouvernement, le tumulte des armes. La trahison des habitants de la province de Nadj pesait sur son cœur. Le moment de la vengeance était venu. Il part subitement de Médine, et va tomber brusquement sur un parti de Gatfanites. Surpris de cette attaque imprévue, les ennemis prirent la fuite, et se sauvèrent dans les montagnes. La vallée où il les rencontra, appelée dans la suite Zat-el-Reca (le lieu de l'infatuation), a transmis à la race future le souvenir de cette terreur panique. Durant cette

(1) Abut-Feda, p. 71.

(21 Abiil-Feda, p. 72.

(4) Idem.

(5) Abul-Feda, p. 72.

nE LA VIE DE MAHOMET. 43

expédition, un bravo d'entre los Galfanilen olîrit fi sa nation de lui apporter la tète de l'ennemi commun. On applaudit à son dessein; on l'encouragea. Il partit. Ayant épié le moment où Mahomet, fatigué, était assis à quelque distance de son armée, il s'approcha de lui sans armes. L'épée du guerrier reposait à ses ccHés (1). La poignée était d'argent artistenient travaillé (2). Le Gat/anite lui demande la permission de la voir. L'ayant reçue de ses mains, il la tire du fourreau et va pour l'en frapper. Mahomet le regarde fixement sans s'émouvoir, Ktonné de ce sang-froid, l'assassin suspend son coup ; puis, comme s'il n'avait eu dessein que de jouer : « ?\"avez-vous pas eu peur? » lui demanda-t-il. Et quavais-je à craindre de toi? lui répondit Mahomet. L'ennemi, confus, lui remit l'épée, et s'en retourna sans avoir rien exécuté (3).

A peine l'expédition était finie, que, songeant à remplir la promesse faite à Beder, il alla y camper au mois de Cliahan {■':). Son armée était composée de quinze cents hommes aguerris. Ali portait devant lui l'étendard de la religion. Il attendit Ahusofian pendant huit jours. Le général des Coreishites était sorti de la Mecque ; mais, ne voulant pas risquer un second combat, il n'osa s'avancer jusqu'à Beder. Fatigué de l'attendre, Mahomet ramena ses troupes à Médine. Ali y célébra la naissance d'un second fils nommé Hoçaïn.

Les Nadhirites, chassés de leur citadelle, s'étaient retirés à Khaihar, ville forte des Juifs. Ils avaient sonné l'alarme parmi leurs confédérés. Ils avaient représenté la ruine prochaine de la nation, si elle ne réunissait ses forces contre l'ennemi commun. Plusieurs des fugitifs avaient porté à la Mecque les déplorables restes de leur ancienne puissance. Animés par le souvenir récent de leur désastre, ils peignaient Mahomet comme un tyran qui se servait du voile respecté de la religion pour accomplir ses desseins ambitieux. Ils faisaient voir les tribus arabes des environs de la Mecque subjuguées; les ISadhirites chassés de leur territoire; et le vainqueur infatigable prêt à donner des fers à tous les Arabes, à ces peuples généreux qui seuls parmi les nations de la terre ne connaissaient point encore la servitude. Ils montraient aux Coreishites l'islamisme triomphant, leurs

(l) Abul-Feda, p. 73.

{i) Jannab, p. 119.

(3) Les anteurs arabes crient an miracle. Ils disent qne Dieu renversa par terre l'ennemi de leur apôtre. Qu'est-il besoin de faire intervenir le ciel? Le s;ing-froid de Mahomet, la mort levée sur la tète de l'assassin s'il manquait son coup, mille considérations ne purent-elles pas l'arrêter? Mais les eutliousiastflg n'pcoutent point la raison. Tout est prodige pour eux.

(4) Abul-Feda, p. 73.

dieux renversés et leur auloritû ensevelie sous les débris de leurs autels, s'ils ne se hâtaient d'unir leurs armes à celles des confédérés, pour écraser l'ennemi de la patrie, de la libeité et de la religion. La vérité de ces tableaux frappa les esprits. Les Coreïshites promirent de joindre leurs troupes à celles des Juifs. Les peuples des provinces deNadj et de Tehama, qui, outre la cause commune, avaient à venger des outrages récents, rassemblèrent leurs guerriers. Tous se préparèrent à marcher vers Médine.

Depuis la chute d'Adam, suivant Abul-Feda, 6220. — Depuis la naissance de J.-C, 635. — Après l'hégire, 5. — De Mahomet, 57 )

Mahomet, instruit par ses émissaires des préparatifs Immenses que l'on faisait contre lui, ne s'endormait pas. L'impossibilité de tenir la campagne devant des forces si supérieures lui fit prendre le parti de se renfermer dans les murs de Médine. Salman (1) le Persan, en qui il avait beaucoup de confiance, lui conseilla de creuser un fossé autour des remparts, afin d'arrêter le premier feu des ennemis. Le conseil fut approuvé, et dans un instant toute la ville se mit à l'ouvrage. On n'entendait de toutes parts que le bruit des marteaux, les cris des travailleurs (2). Le sol était pierreux et difficile à creuser. Une roche fort dure résistait aux attaques des pionniers, et rebutait leur constance. Mahomet, s'apercevant de leur découragement, prit de l'eau dans sa bouche, et en répandit sur la pierre; elle s'amollit, et céda aux coups redoublés des marteaux. Les Musulmans crièrent miracle, et attribuèrent à la vertu de cette eau merveilleuse un succès qu'ils devaient à leurs nouveaux efforts. Tel Annibal, se frayant une route à travers les Alpes, ranimais courage de ses soldats, en faisant répandre du vinaigre sur le rocher qu'il voulait percer. Partout le grand homme est le même ; partout il aplanit les obstacles sous ses pas, et fait céder la nature à ses efforts. Le charme invincible qu'il emploie pour produire des prodiges, est l'assurance du succès dont il enivre les cœurs des mortels. Pendant que les habitants de .Médine, animés par l'exemple de leur chef (3), travaillaient malgré l'ardeur d'un soleil brûlant,

(l)Ce Salman était fils du gouverneur d'une ville de Perse. Après avoir beaucoup voyagé, il se rendit en Arabie. Séduit par l'éloquence de Mahomet, il embrassa l'islamisme. Il l'aida de ses conseils, et servit à la gloire de ses armes. Ebn /shac. Le docteur Pridcaux le confond avec Abdallah, fils de Salarrtf juif fameux, à qui, selon lui, Mahomet dut eu partie ses succès. La prévention aveclaquellc écrit ce savant, le fait souvent tomber dans de semblables méprises.

(2) Abul-Feda. p. 74.

(3) Si l'on en croit le récit des auteurs mahométans, leur apôtre nourrit tous

D!' LA Vir: [)K M.Mlii.MKT. 45

pour opposer une barriùrc à leurs canomis, une autre merveille lix;i leur atlontion : Sdlmaii s'elTorçait de briser une roche énorme ; Mahomet lui prenant le marteau des mains, en frappa trois fois la pierre; il en jaillit trois éclairs. « Que signilîcnt ces éclairs? » lui demanda le Persan. « Le » premier, répondit le propliète, m'apprend que Dieu sou- » mettra à mes armes l'Arabie Heureuse; le second m'an- » nonce la conquête de la Syrie et de l'Occident; le troisième, » la conquête de l'Orient (1). » Cette explication est aussi bonne que celle de ce conquérant, qui, étant tombé par terre en débarquant sur le rivaj^e ennemi, dit : «Compaj^'nons, le pays est à nous, je viens d'en iirendre possession. »

A peine le retranchement était at^hcvc, que les confédérés parurent. Les Coreïsliites, aux<iuels s'étaient joints les Iiienanitts, formaient un corps de dix mille comliattants. Les Gat;'imite$ et les autres habitants de la province de Nadj, marchaient après eux. Les Coraïditt-s, commandés par Caab, fils d'Açad, composaient l'arrière-garde de l'armée. Les environs de Médine furent couverts de tentes et de dra-

fieaux (2). Les casques et les boucliers réfléchissaient au oin la lumière d\\ soleil. Une forêt de lances semblait être sortie tout à coup de la terre, Cet appareil tçuerrier jeta la terreur parmi les Musulmans (3). Les uns alarmés gardaient un morne silence; les autres murmuraient. Les idolâtres qui se trouvaient encore à Médine, éclataient en reproches. Mootteb, un des plus séditieux, criait aux malintentionnés : « Mahomet nous promettait, il n'y a qu'un instant, les iré- » sors de Cosroës et d'Héraclius, et il ne sait maintenant » où se cacher. »

Immobile au miliali des clameurs d'un peuple consterné, le général des croyants leur offrait l'exemple de la constance. La sérénité paraissait sur son front, et il donnait ses ordres avec une tranquillité étonnante. Après avoir laissé le gouvernement de la ville à Ebii om Mactoum, il sortit à la tête de trois mille soldats, et les disposa entre les remparts et le retranchement. Résolu d'assaillir les ennemis à l'ins-

les travailleurs avec un panier de (lattes qui multiplièrent miraculeusement entre ses mains. Une autre fois il leur donna à souper avec un agneau rôti et un pain d'orge. Plus de trois mille hommes furent rassasiés.

(1) Abul-Feda, p. 75.

i2) Abul-Feda, p. 76.

(3) Le Koran, cliap. ixiiii verset 10, offre un tableau frappant de ces alarmes:

« Enveloppés par les ennemis, vous défournioz vos regards consternés; vos

• cœurs, en proie aux plus vives alarmes, formaient de Dieu des pensées dilTe- ■ rentes. »

o Les fidèles furent tentés, et éprouvèreut de violentes agitations. Les impies

• et ceux dont le cœur est gangrené disaient : u Dieu et le prophète ne nous ont « annoncé que des mçnson^'?s. »

46 AB^iFflI'

tant où il voudraient franchir cet obsLaclo, il se tint sur la d('l'oiisivc. l.cs confédérés firent plusieurs tentatives pour le forcer ; mais ils furent repoussés avec perte Çl). Ils tentèrent :1e se rendre maîtres de la ville du côté où elle était moins gardée : leur projet fut éventé, et un renfort envoyé à propos le fit évanouir. Le siège traînait en longueur. On ne se battait qu'à coups de tlèches et de dards. Quelques cavaliers coreïshites, ennuyés de cette espèce d'inaction, voulurent essayer la bonté de leurs chevaux; ils coururent à toute bride, et franchirent le fossé. Ali marcha contre eux. Amrou, l'ayant reconnu, lui cria : « 0 mon cousin ! avec » quel plaisir je vais t'étendre sur le sable! » « Pardieu, » répondit Ali, j'en aurais bien davantage à te renverser à » mes pieds (2). » Amrou, furieux, descend, coupe les jarrets de son cheval, et va droit à Ali. Les deux rivaux se mesurent des yeux, et cherchent à se surprendre ; puis s'approchant de plus près, se portent des coups terribles. Un nuage de poussière s'élève autour d'eux, et les dérobe aux regards des deux armées. On n'entendait que le cliquetis de leurs épées, et le bruit dont retentissaient leurs boucliers et leurs cuirasses. La victoire se déclara pour Ali. Le nuage s'étant dissipé, on vit le vainqueur, le pied sur son ennemi, lui enfoncer son épée dans la gorge. Les autres cavaliers avaient pris la fuite : l'un d'eux étant tombé dans le fossé, fut tué par Ali.

Après vingt jours de blocus, les confédérés, voyant toutes leurs tentatives inutiles, désespérèrent de forcer les croyants derrière leurs retranchements. La division se mit dans leur camp. Mahomet l'entretint par ses émissaires. Ils songeaient à se retirer. Les vents violents du su*-est, ayant renversé leurs tentes, leur en fournirent le prétexte. Les Juifs se débandèrent les premiers; les Coreïshites et les Gaf/anites suivirent cet exemple. Assuré de la retraite des confédérés, Mahomet rentra avec ses troupes à Médine.

Les Musulmans s'attendaient à se délasser de leurs fatigues. Ils avaient déposé l'attirail des guerriers, et songeaient à jouir, au sein de leurs familles, des douceurs de la paix. Ce n'était pas l'intention de leur apôtre. Il voulait qu'une prompte conquête leur fit oublier tant de ti'avaux et d'alarmes. Les Coraïditea avaient soulevé contre lui une partie de l'Arabie; il fallait punir cet exemple dangereux. Il fit, suivant sa coutume, parler le ciel. Au lever du soleil, il avait mis bas les armes; à midi, Gabriel lui commanda de Ip"

M) Jannah.

(2) Abiil-Feda, Jannab,

DE LA Vlli; IMi MAilOMIiT. 4"7

reprendre. Il fil crier ces mots par un héraut : « Que qui » conque entend et est obéissant, fasse la prière du soir » contre les CoraïdUes (1). '> L'ordre publié, il concerta l'expédition avec Ali. et partit sur-le-champ, suivi de ceux qui se trouvaient prêts f2j. 11 alla camper à Dha Ena (le vase d'eau pure), puits appartenant aux Juifs. Ses soldats s'y rendirent à la lile ; avant le couclier du soleil, toute l'armée avait rejoint le général. Le lendemain il se mit en marche et alla assiéger la forteresse des Coraïdiles. lisse défendirent vaillamment, et livrèrent plusieurs combats sous leurs murs. L'impétueux Ali, suivi d'une troupe d'élite, les repoussait avec vigueur. Ces faits héroïques jetèrent l'effroi parmi eux. Ils n'osèrent plus sortir de leurs remparts. iUcntôt la crainte de s'y voir forcés leur ôta le courage de se défendre. Caab, fils d'Açad, leur allié, les alarma sur leur situation. Il leur proposa de reconnaître Mahomet pour l'apùtre prédit par les Ecritures, et de remettre leur citadelle entre ses mains, à condition qu'il leur accorderait la vie sauve. Les Juifs suivirent ce conseil pernicieux, et après vingt-cinq jours de siège, ils se rendirent à discrétion. Mahomet, qui voulait leur perte, choisit pour arbitre de leur sort Saad, fils de Moad, prince des Aicasites. Ils acceptèrent la proposition avec joie, espérant un traitement favorable de la part d'un allié. Les infortunés ignoraient que Saad, blessé dangereusement au siège de Médine, détestait les Juifs, auteurs de cette guerre, et faisait des vœux pour leur ruine générale (3). On l'envoj^a chercher, et on l'apporta avec peine au lieu de l'assemblée. « 0 Saadl lui » dirent les Co)'aïdites, ô père d'Amroul montrez-vous com- » pâtissant et généreux envers vos alliés ». Tout le monde avait les yeux tournés vers Saad. On attendait en silence l'arrêt qu'il allait prononcer. Alors le prince des Awasites, soufTrant encore de sa blessure, prit un air sévère et dit : « Que l'on mette à mort les hommes; que l'on partage leurs )» biens; que leurs femmes et leurs enfants soient emmenés » en captivité ». « C'est l'arrêt de Dieu! s'écria Mahomet; il » a été porté au septième ciel, et vient d'êtr'' révélé à Saad. » Il fut exécuté à la rigueur (4). Les hommes au nombre de sept cents, furent égorgés; les femmes, les enfants, et tous

(1) Jannab, p. 130.

(2) Abui-Feda, p, 77.

(3| Abul-Feda. p. 73.

(4) Le Kofan fait mention de cette conquête, ch. xxxiii, verset 26. » Jl (Dieu) a forcé les Juifs qui avaient secouru les infidèles à descendre d leurs citadelles. 11 ;i jotc l'épouvante dans leurs âmes. Vous en ave? tué uao partie, et vous avei emmené les autres en captivité »

48 ABKÉGÉ

les biens des Cordidiles devinrent la proie dos vainqueurs. Rihana, la plus belle des juives, échut en partage à Mahomet. Pénétrée du malheur de sa nation, elle en détestait l'auteur; mais la haine ne put tenir longtemps contre l'idée de devenir l'épouse d'un propliète (1). La vanité séduisit son esprit; l'ambition corrompit son cœur; elle se fit musulmane pour l'épouser.

De retour d'une expédition, Mahomet en méditait une nouvelle. Le soin d'affermir sa religion et d'étendre sa puissance l'occupait sans cesse. Lorsque les affaires du gouvernement le retenaient à Médine, il envoyait des partis en campagne qui portaient l'effroi parmi ses ennemis, et qui revenaient toujours chargés de butin. Le temps que lui laissaient des travaux continuels, il l'employait à visiter ses compagnons d'armes et ses amis. Un jour qu'il s'était présenté chez Zuïd, son fils adoptif, dans un moment où il était absent, il aperçut Zuinab, son épouse (2). C'était la plus belle des Coreïshites. Elle joignait à la beauté les grâces de l'esprit. Tant de charmes avaient depuis longtemps fait une impression profonde sur le cœur du prophète; mais dans cet instant Zainub, couverte d'habits légers qui dérobaient à peine la blancheur et la forme de son corps, lui parut si belle, qu'il trahit son secret, et s'écria : Louange à Dieu qui peut changer les cœursl II se retira en prononçant ces mots. Zai^al n'oublia point l'exclamation de Mahomet, Elle la rapporta a son mari. Zaid, en homme politique, la répudia, et lorsque le terme prescrit fut expiré, elle passa dans la couche du prophète. Ce mariage excita des murmures. Les Musulmans disaient qu'il avait épousé la femme de son fils. Un repas somptueux où les principaux citoyens de Médine furent invités, et où l'on prodigua les mets les plus rares, les parfums les plus exquis, n'arrêta point les clameurs. Mahomet eut recours aux oracles du ciel. Il fit descendre le chapitre xxxiii où on lit ce verset : « Lorsque tu » dis à celui que Dieu avait enrichi de ses grâces, que tu » avais comblé de biens, garde ton épouse, et crains le » Seigneur, tu cachais dans ton cœur un amour que le ciel » allait manifester; tu appréhendais les discours des hom- » mes, et c'est Dieu qu'il faut craindre. Zaïd répudia son » épouse. Nous t'avons lié avec elle, afin que les fidèles » aient la liberté d'épouser les femmes de leurs fils adop- » tifs, après leur répudiation. Le précepte divin doit avoir » son exécution, »

(i) Jannab.

(2J Jannab.

DE LA VIK DIC MAIlUMlùT. 49

Cette loi fit taire les mm mures, cl le coiaplaisaut Zaïil vit son nom écrit dans le Koran. C'est le seul des compagnons de Mahomet qui ait eu cet honneur.

Depuis la chute d'Adam, suivant Abul-Feda, 6221. — Depuis la naissaoce de J.-C, 636. — Après l'hégire, 0. — De Mahomet, 58.)

Au commencement de cette année, Mahomet envoya Ebn Salnma avec un détachement de cavalerie contre les enfants de Becr, rassemblés à aHuria, bour;; situé sur la roule de la Mecque à Bosra. Cet ollicier, se reposant le jour et marchant la nuit, surprit les ennemis dispersés dans la campagne (1). Il en tua quelques-uns, mit les autres en fuite, et lit prisonnier Theinama, leur chef. Il revint à Médine avec cinquante chameaux et trois mille brebis qui lurent partagés entre les soldats. Il présenta au prophète le prince des Becrites. Mahomet le traita avec bonté. Flatté de l'accueil qu'il avait reçu, Themama se fit musulman. Il eut sa liberté. De retour dans son pays, il devint un ennemi redoutable pour les Mecquois, attaquant et pillant toutes les caravanes qui passaient sur ses terres. Leur ayant enlevé plusieurs convois de blé, ils se trouvèrent réduits à la dernière extrémité. Pressés par la famine, ils eurent recours à Mahomet, et le prièrent d'arrêter les courses de Themuma. Il lui écrivit ces deux mots : Conservez mon peuple, et laissez jxisser ses convois. Themama obéit. Ce trait de générosité envers des ennemis mérite de trouver place dans l'histoire.

Six mois s'étaient écoulés depuis la ruine des Coraïdites (2). Mahomet avait laissé ce temps à ses troupes pour se reposer (3). Au mois de Jornada, il partit de Médine pour punir les enfants de Lahian des violences commises envers ses alliés. Voulant les surprendre, il prit la route de Syrie, puis par une contre-marche, il parut tout à coup au milieu de leur pays. Cette ruse fut inutile. Au premier bruit de sa marche, les ennemis s'étaient retirés sur les montagnes, et il fut impossible de les y forcer. N'ayant pu rien entreprendre contre eux, il alla châtier les Gatfanites qui avaient enlevé une partie de ses chameaux, et retourna à Médine chargé de dépouilles (4).

Instruit par ses espions que la tribu puissante des Mostalekites rassemblait ses guerriers, il fondit sur eux sans leur laisser le temps de se fortifier. Il les attaqua près d'un puits

(1) Jttnnali, p. 139. Course contre les Becntet.

(2) Abul-Feda, p. 80.

(3) Jannab, p. 140.

(4) Abul-l-cda, p. 140.

50 AlJliËGE

appelé E/momïsi (1). Elharét, chef de la tribu, s'étant avancé pour le reconnaître, fut tué d'un coup de flèche. Sa mort ne d(!'Cour;igea point les Mostalekiles. Ils attendirent les Musulmans de pied ferme, et combattirent pendant une heure à la portée du trait. Irrité de tant de résistance, Mahomet commanda à ses soldats de se jeter sur eux l'épée à la main. Les ennemis ne purent soutenir ce choc terrible. Ils prirent la fuite. Une partie demeura sur le champ de bataille. Les autres furent faits prisonniers. Mille chameaux, cinq mille moulons devinrent la proie des vainqueurs (2). Jowaîra,^ lîlle du prince Elharét, tombée en partage à Thahet, lui avait promis par écrit le prix de sa rançon. Mahomet la paya et épousa la jeune captive. Les Musulmans ne voulurent pas qu'un si beau jour fût flétri par les larmes des vaincus (3). L'apôtre de Dieu, se dirent-ils, vient de contracter une alliance avec les Mostalekiles, en épousant leur princesse; forçons-les à bénir ce mariage. Aussitôt ils donnèrent, de leur propre mouvement, la liberté à cent pères de famille.

Dans la chaleur du combat, mn des soldats de Mahomet avait tué un de ses compagnons par mégarde. Mekias, frère du mort, qui était idolâtre, ayant appris cette nouvelle, se rendit à Médine (4). Feignant de renoncer à l'idolâtrie, il se fit musulman. Ensuite il demanda le prix du sang de son frère suivant cette loi : « 11 n'est pas permis à un Musulman » d'en tuer un autre. Si le meurtre est involontaire, le » meurtrier doit la rançon d'un fidèle captif, et à la famille )> du mort la somme fixée par la loi (cent chameaux) (.)), à » à moins qu'elle ne lui en fasse grâce. Pour la mort d'un )) croyant, quoique d'une nation ennemie, on donnera la )) liberté à un prisonnier... Ces peines sont émanées du » Dieu savant et sage. »

Le soldat qui avait tué le frère de Mekias étant pauvre, Mahomet acquitta sa dette, et satisfit à la loi. Le perfide idolâtre, ayant reçu l'argent, demeura à Médine jusqu'au moment où il put surprendre la meurtrier de son frère. L'ayant assassiné, il s'enfuit à la Mecque, et abjura l'islamisme aux autels de ses dieux.

Pendant cette expédition, un difl'érend s'éleva entre les Musulmans, tandis qu'ils se pressaient autour d'un puits

(1) Ce puits est situé dans le territoire de Codaîd à cinq milles Je la mer, t à 24 milles A'Osfan. {Jannab.) (i'j Jannab.

(3) Elhacan.

(4) Abul-Feda, page 81.

(5) Le Koran, cb. iv.

pour se désaltérer (1). Los MolKij,'ériens et les Ansariens étaient prêts à en venir anx mains. Abdallah l'Incrédule, du parti des derniers, soutflait le feu de la rébellion. 11 os» porter l'insolence jusqu'à tenir dos propos injurieux au propliète, et jusqu'à menacer de le chasser de Médine. Mahomet en fut instruit. Omar lui conseillait d'abattre la tête du prince séditieux. « Que penserait-on de moi, lui répondit « Mahomet, si je mettais à mort mes compagnons d'armes? » Le fils d'Abdallah, fervent musulman, lui dit ; « 0 prophète! » mon père t'a insulté; commande, et je vais t'apporter sa » tète. " « Bien loin de répandre son sang, lui répondit » Mahomet, montre-lui le respect et la tendresse filiale que » tu dois à un père. » Cette générosité, dictée par la prudence, calma les esprits. Abdallah reconnut son emportement, et le désavoua. Lorsque l'armée retournait à Médine, Aiesha, épouse chérie de Mahomet, fut accusée d'avoir commis un adultère avec Sawan, jeune officier qui commandai^ l'arrière- garde (2). Elle raconte son histoire en ces mots: « Toutes les fois que le prophète entreprenait une expédi- » dition, il jetait le sort, et celle de ses femmes qui en était ') favorisée, l'accompagnait pendant le voyage. Aussi, lors- » qu'on nous annonçait une guerre nouvelle, nos cœurs tres- » saillaient de crainte et d'espérance. Le sort s'était déclaré » en ma faveur. L'apôtre de Dieu me couvrit d'un voile. Je » partis. Un pavillon placé sur un chameau, me servait de )> voiture. L'expédition étant terminée, le signal du départ 1) ayant été donné, l'armée se mit en marche vers Médine. » Des besoins m'ayant forcée à descendre, j'attendais pour » remonter que les troupes eussent défilé. Je m'aperçus que » j'avais perdu mon collier, et je retournai sur mes pas. Pen- » dant que je cherchais avec inquiétude, quelques soldats pas- » sant auprès de ma litière, la remontèrent sur le chameau. » Ils ne furent point étonnés de sa légèreté. Ils l'attribuèrent » au soin que les femmes ont de ne pas se charger de mets » dans de semblables voyages, et à ma grande jeunesse » {Aïesha n'avait pas quinze ans). N'ayant donc pu soup- » çonner mon absence, ils partirent. Mes recherches avaient » été heureuses. Mon coliier retrouvé, je retournais joyeuse » à l'endroit où j'avais laissé ma voiture. Il ne s'y trouva >> personne. J'appelai; on ne me répondit point. Je remplis » l'air de mes cris; ils ne furent point entendus. J'espérais » qu'on viendrait me chercher; mon espoir fut déçu. Fati- » guée de crier et d'attendre, je m'assis, et le sommeil

(I) Abul-Feda, p. 8); Jannab.

(2) Elbokar, dans la Sohna, ou Recueil des traditions aulhentrqucs.

:;•> AnitKGE

» s'empara de mes sens, Sawan, qui partagea mes malheurs, » était resté à l'arrière-garde. Il passa de gTand malin près » du lieu où je reposais. M'ayant aperçue sans voile, il me » reconnut. Je m'éveillai en l'entendant parler. Nous sommes » les enfants de Dieu, disait-il, et nous retournerons à lui. » J'atteste le ciel qu'il ne me tint aucun autre discours. Je » me couvris d'un voile. Il fit approcher son chameau, m'aida » à y mouler, et le conduisit par la bride jusqu'à ce que » nous eûmes rejoint 1 armée. » Aïesha plaida sa cause devant son époux, devant Abubecr et Om-Iiauman, son père et sa mère. Elle était jeune, jolie, éloquente : elle persuada. Mahomet, qui l'aimait tendrement, fut charmé de la trouver innocente. Ne voulant laisser aucun doute sur sa conduite, aucun nuage sur sa réputation, il lit descendre le chapitre XXIV du Koran, où ces versets la justifient pleinement.

« Lorsque vous avez entendu l'accusation, les fidèles des » deux sexes n'ont-ils pas pensé intérieurement ce qu'il était » juste de croire ? N'ont- ils pas dit : — Voilà un mensonge » impudent (1)? »

« (2) Si la miséricorde et la bonté divine ne veillaient sur » vous, ce mensonge eût attiré sur vos tètes un châtiment » épouvantable. Il a passé de bouche en bouche. Vous avez » répété ce que vous ignoriez, et vous avezregardé une calom- » nie comme une faute légère; et c'est un crime aux yeux » de l'Eternel, etc. » L'oracle divin ayant rétabli l'honneur d'Aïesha, ses accusateurs furent punis chacun de quatrevingts coups de fouet. Ali, consulté par Mahomet dans cette affaire délicate, lui avait conseillé d'interroger la suivante d'Aïesha. La jeune épouse n'oublia pointée conseil; et dans la suite, ses intrigues ne contribuèrent pas peu à l'éloigner du califat.

Des guerres continuelles tenaient depuis longtemps les Musulmans éloignés du temple de la Mecque (3). Ils soupiraient après la visite des lieux saints. Tout étant calme aux environs de Médine, Mahomet crut devoir satisfaire leur dévotion : mais, comme il fallait que le ciel autorisât cette démarche éclatante, il annonça cet oracle : « La vérité éter- » nelle a confirmé la révélation qu'eut le prophète, lors- » qu'elle fit entendre ces mots : Vous entrerez dans le temple » de la Mecque, sains et saufs, la tète rasée et sans crainte. )) Dieu sait ce que vous ignorez. Il vous prépare une victoire

(1) Le Koran, chnp. 24, p. 99

(2) 76id., verset 14, p. lûO.

(3)Abul-I'tda, p. 84.

» prochaine (1). » Cette promesse répandit la joie dans tous les cœurs. Tous crurent voler à une nouvelle conquête. La visite sacrée ayant été publiée, Mahomet marciia vers la Mecque avec quatorze cents hommes choisis parmi les Mohagériens et les Ansariens. Soixante-dix chameaux, ornés de fieurs et de feuillage, suivaient l'armée ; c'étaient les victimes destinées au sacrilice (2). Cet appareil religieux n'en imposa point aux idolâtres. Us redoutaient un maitre ambitieux, caché sous l'humilité de la religion; ils résolurent de l'arrêter dans sa marche. Le prophète, ayant appris qu'ils l'attendaient en rase campagne, quitta la plaine, et, gagnant les hauteurs, vint camper à Hodaïbia (3). Il fallut s'arrêter ou combattre. Les Coreishites ayant réuni leurs troupes à celles de leurs alliés, étaient prêts à lui disputer le passage les armes à la main (4). Ils députèrent vers lui Arwa, prince des Takistes, qui lui dit : « Les Coreishites se sont couverts de la » peau de léopard, et ils ont juré à la face du ciel que tu » n'entrerais point à la Mecque sans violence. » Le prince idolâtre, s'entretenant familièrement avec Mahomet, lui passait la main sur la barbe (5) en signe d'amitié : « Respecte » le visage de l'apôtre de Dieu, lui dit brusquement Elmog- » haïra, qui se tenait debout en sa présence ; retire prompte- » ment ta main, et crains de n'être pas à temps pour le » faire ». « Je ne te déchire pas, » lui répondit tranquillement Arwa. Etant resté quelque temps dans la lente du général, il remarqua avecétonnement le respect profond que les Musulmans avaient pour sa personne. S'il faisait l'ablution sacrée, ils recueillaient avec soin l'eau qui avait servi à cet acte religieux. S'il crachait, ils couraient essuyer sa salive : 6, . Un cheveu qui tombait de sa tète, ils le serraient avec vénération. Il était comme un dieu au milieu de ses semblables. L'ambassadeur, ayant rendu compte aux Coreishites de sa mission, ajouta : « J'ai demeuré à la cour des empereurs ; » j'ai vu Cosroës dans tout l'éclat de sa gloire; j'ai vu Héra-

(1) Le Koran, cli. xlviii, verset 27.

(2) Janab.

(3) Hodaïbia, ville située en partie sur le territoire sacré, en partie sur le territoire profane, est éloignée de la Mecque d'une journée de chemin. Abul-Feda. Description de l'Arabie, p. 12. Quelques auteurs prétendent qu'elle a tiré son nom (i'hodba, arbre cjui croit dans les environs. Ce mot signille éosi», voûté. Le tronc tortueux de cet arbre, ses branches qui s'étendent horizontalement en forme de voûte l'ont fait nommer ainsi.

(4) Abul-FeJa, p. 85.

(.ï) Lorsque deux Turcs concluent un traité, ils se prennent mutuellement la barbe, et jurent, par cette noble partie de leur visage, qu'ils accompliront fidèlement leurs engagements. Ce serment est sacré, et ceux qui le violent sont déclarés infûmes.

(6) Abul-Feda, -o. 85.

54 Al'.IiEGÈ

» clius entouré de la pompe des Césars; mais je n'ai point » vu de roi respecté de ses sujets, comme Mahomet l'est de » ses compagnons (1). » Après le départ d' Arwa, le propliète voulut envoyer Orna?- porter des paroles de paix aux idolâtres. Omar s'en excusa, en représentant que les ennemis avaient à lui reprocher des traitements injurieux, des actes de violence, et qu'il craignait leur ressentiment. Il leur députa Otliman, fils d'As'oi, et il le chargea de leur assurer qu'il n'était point venu pour commettre des hostilités ; que ses intentions étaient pacitiques, et que le seul désir de visiter les lieux saints l'avaient amené. Olhman s'acquitta de sa commission. Ses propositions furent rejetées. « Pour vous, lui » dit-on, il vous est libre de remplir ce devoir sacré, et de » faire les circuits autour du temple. » « A Dieu ne plaise, » répondit l'ambassadeur, que je m'en acquitte avant que » l'apôtre de Dieu m'en ait donné l'exemple. "Irrités de cette réponse, les idolâtres saisirent Olhman, et le chargèrent de fers. Cet attentat contre le droit des gens favorisait les desseins de Mahomet. Voulant mettre le bon droit de son côté et paraître juste, lors même qu'il écrasait ses ennemis, il fut charmé qu'ils lui offrissent le prétexte d'une vengeance légitime. C'était ce motif qui lui avait fait d'abord jeter les yeux sur Omar. Ne pouvant contenir sa joie, il s'écria : « Nous » ne sortirons pas d'ici sans combattre (2). » Ayant assemblé ses soldats, il leur représenta l'injustice de ces idolâtres, qui les tenaient écartés du sanctuaire d'Abraham; les traitements indignes commis en la personne de son ambassadeur, et le peu de confiance que Ton devait avoir aux serments d'un peuple violateur des droits les plus sacrés. A ce discours, le zèle des Musulmans s'enflamma. Tous crièrent aux armes; et pour se dévouer plus particulièrement au service de leur apôtre, ils lui prêtèrent volontairement serment d'obéissance et de fidélité, et jurèrent de le servir jusqu'à la mort. Il promit de son côté qu'il leur serait fidèle aussi longtemps qu'ils formeraient une assemblée. Le ciel applaudit à cet acte généreux. « Dieu regardait d'un œil de complaisance ï les croyants, lorsqu'ils te prêtaient serment de fidélité » sous l'arbre. 11 lisait au fond de leurs cœurs. Il leur envoya » la sécurité. Une %ictoire éclatante (la prise de Khaïbar) a » couronné leur dévouement. Un riche butin en a été le

(1) Pendant que l'armée campait à Sodaibia, la sécheresse ayant tari toutes les sources, les soldats mourant de soif vinrent porter leurs plaintes au prophète. 11 ordonna qu'on décochât une flè?he au fond d'un puits. Le trait part et s'enfonce dans la vase- A l'instant on vit jaillir une source abondante qui fourait i Soas les bosoins (Jannab, p. 156.)

\i) Abul-Feda. p. 86.

niî LA VIE DE MAHOMET. iJo

» prix (1). La violence des idolâtres n'avait servi qu à cimenter la puissance de Mahor.iot. Satisfait d'avoir tiré un parti aussi avantageux d'un éviMiemcnt si contraire en apparence, il se disposait à venger l'alTront fait à son ambassadeur; mais les Corcïshiles, revenus de leur premier emportement, avaient réfléchi à l'injustice de leur conduite, et aux maux qui allaient en être les suites. Ils rendirent la liberté à Othman, et envoyèrent Soluûl pour demander la paix. L'apôtre des Musulmans ne pouvant s'y refuser sans manquer à ses prin- :ipos et sans passer pour tyran aux yeux des A^rabes, s» détermina à la conclure. « Hé quoi ! lui dit Omar, de vrais » croyants peuvent-ils contracter xme alliance avec des ido- » làlres ? Je suit: le serviteur et l'apôtre de Dieu, répondit j Mahomet, puis-je sans craindre sa colère m'opposer à«Bes » décrets. Il commande et j'obéis (2). » Lorsque les articles furent réglés, il appela Ali, et lui dit : Ecrivez : Au nom de Dieu clément et mhi'rir.ordi< iix. « Je ne connais point ce style,» lui représenta SohnU; qu'on écrive : En ton nom, ô Dieu! « Ecrivez, ajouta Mahomet : Telles sont les conditions ixnxquelles M(thai>(med, apôtre de Dieu, fait la paix. — Permettez, reprit Sohaîl, que je vous dispute ce titre. Si je vous reconJ naissais pour l'apôtre de Dieu, je ne porterais pas les armes contre vous. Souffrez qu'on écrive simplement votre nom et celui de votre père. » Mahomet céda. Ces contestations finies, il dit à Ali d'écrire : " Telles sont les conditions auxquelles (3) Mahammed, fils d'Abdallah fait la paix avec Soliaïl, fils d'Amrou :

» L Une trêve de dix ans sera fidèlement observée entre les Musulmans et les Coreishites.

5> IL Les tribus arabes seront libres de se ranger du parti de Mahomet ou de celui des Mecquois (4).

« III. Mahomet et les siens quitteront le territoire sacré cette année môme.

» IV. Les Musulmans pourront, l'année prochaine, visiter les lieux saints au mois d'Elcuada.

(1) Le Koran, ch. xuii, verset IS.

(2) Abul-Feda, p. 87.

(3) Mahomet ayant dit à Ali d'effacer apôtre de Dieu, Ali jura qn'il ne coraraettrait jamais une semblable profanation (*). Mahomet, prenant la plume, raya ces mots, et écrivit à leur place : .Mahammed, C!s d'Abdallah, Il oublia dans ce moment qu'il ne savait ni lire ni écrire, et cet oubli fut un miracle. L'ignorance qail alTeaail était un voile dunt il s'enveloppait, aflu de donner à son livre un earictère divin. 11 est bien probable que pendant les quinze années passées dans la solitade et la retraite il avait acquis les connaissances nécessaires à ses dessfens.

[i) AbulFarraj, Histoire des dynasties, p. 13.

l') Alml-Feda, p. 87 ; — Jannab.

» V. Ils entreront à la Mecque sans autres armes que leurs épées dans le fourreau.

» VI. Ils n'y séjourneront que trois jours, et ne forceront aucun citoyen d'en sortir contre sa volonté. »

Ce traité, juré solennellement par les plénipotentiaires, fut ratifié par les mahométans et les idolâtres (1). Les soldats du prophète qui, fondés sur une révélation, avaient cru marcher à un triomphe, furent pénétrés de douleur à la nouvelle de cette paix. Leur mécontentement éclata publiquement. Ils n'écoutaient plus la voix de leur chef. Vainement il leur commanda d'immoler les victimes pour se disposer à partir. Ils gardèrent un morne silence, et refusèrent d'obéir. Trois fois il répéta Tordre, et trois fois ils demeurèr^t immobiles. Alors, sans dire mot, il traverse l'armée, se rend à la tète du camp, prend le couteau sacré, égorge de ses propres mains les chameaux destinés au sacrifice, se rase la tète, et accomplit les cérémonies prescrites parla religion. La force de l'exemple triompha de leur obstination. A peine eurent-ils vu leur apôtre occupé à remplir ces devoirs religieux, qu'ils se hâtèrent de l'imiter. La terre fut inondée du sang des victimes. Tous les soldats se rasèrent, se purifièrent avec une émulation merveilleuse. Un zèle ardent avait pris la place de la tristesse. Pour la dissiper entièrement, Mahomet fit observer qu'on avait mal interprété la révélation divine, puisqu'elle est terminée par ces mots : Dieu sait ce que vous ignorez. Il vous prépare une victoire prochaine. « Cette victoire, ajouta-t-il, doit précéder votre entrée à la Mecque. Courage donc, compagnons ; marchons où le ciel nous appelle. » Sur-le-champ il fit donner le signal du départ, et ramena ses troupes à Médine. Aussitôt qu il y fut rentré, il fit des préparatifs contre les Juifs. Il avait déjà détruit deux de leurs tribus et envahi leur territoire. Ces conquêtes ne suffisaient point à sa sûreté et à son ambition. La possession de plusieurs places fortes les rendait encore redoutables. Toujours prêts à se soulever, toujours prêts à offrir des secours aux idolâtres, ils opposaient partout une barrière à ses desseins L'impossibilité de les rendre musulmans ou fidèles alliés lui fit prendre le parti d'en faire des esclaves.

(Depuis la chute d'Adam, suivant Abul-Feda, 6222. Depuis la naissance de J.-C, 637. — Après Tliégire, 7. — De Mahomet, 59.)

Au mois de Moharam-, Mahomet partit secrètement ae

(\) Abul-Feda p. SI ; — Janiiab, t- 161.

nE L.\ VIE DE MALIOMET. ST

Médine à la tète de quatorze cents hommes d'infanterie et de deux cents cavaliers. Il attaqua brusquement le château de Naëin et l'emporta d'emblée. 11 alla ensuite mettre le siège devant la forteresse Etaçab; les Juifs étaient préparés à le recevoir. Ils avaient fait le dégât autour de leur ville, et coupé leurs palmiers (1). Ils opposèrent une vigoureuse résistance. Les Musulmans, accablés de fatigues et souffrant extrêmement par la disette des vivres, entourèrent la tente de leur général, et lui portèrent leurs plaintes (2). Il se mit en prière, et levant les mains au ciel, il s'écria : « Seigneur, » tu vois l'état où ils sont réduits. Les forces leur manquent. « ILs meurent de besoin. Ouvre-leur les portes de cet immense » château rempli de provisions et de richesses. » La prière produisit son elTet (3). Elle ranima le courage des soldats. Ils livrèrent l'assaut, et la place fut emportée. On y trouva des monceaux d'orge et de dattes; beaucoup d'huile et de miel; des amas d'armes ; des troupeaux de bœufs, de brebis et d'ânes. On apporta à Mahomet un large cuir de chameau rempli de ceintures, de bracelets, de jarretières, de pendants d'oreille et d'anneaux d'or; outre une grande quantité de pierres précieuses. Ces dépouilles furent partagées entre les vainqueurs. Avant de laisser ralentir leur ardeur, il les mena contre le château E/camous; c'était la citadelle de Khaïbar (i). Sa situation sur un rocher et les travaux que Kenana y avait ajoutés la rendaient presque imprenable. Ce prince, le plus riche et le plus puissant de la nation, prenait le titre de roi des Juifs. Il s'y était renfermé avec ses trésors. Il fallut l'assiéger en forme. On fit approcher les béliers et les autres machines de guerre. On battit la muraille sans relâche, malgré les efforts des assiégés. Encouragés par l'exemple de leur chef, qui ?;'exposait aux plus grands périls, les Musulmans montrèrent une ardeur incroyable. On fit brèche. Il s'y livra plusieurs combats; mais les assiégeants, malgré leur bravoure, ne purent gagner les derniers retranchements. Mahomet voyant leurs efforts inutiles fit sonner la retraite. Pendant deux jours il resta enfermé dans sa tente, méditant sur les moyens de se rendre maître de la forteresse (5). Tan-

n) Abul-Feda, p. 88.

(2 Ebn Ishac.

(3) Jaber, témoia oculaire.

(4) Khaibar sigoiCe en hébreu ua château. Cette place est s tuée à six jours de marche, au nojrJ-est de Médiue. Les euviroQS soat fertiles en palmiers et en moissons. Àbul-Feda, De-crip(ion de l'Arabie, p. - j.

Celle ville est très ancienne, puisque, suivant le même auteur. îloïse, après le\ passage de la mer Houge, envoya une armée coctre les Amakittes qui habitaient" Yatreb et Khaibar.

(3) Abul-Feda, p. 89,

dis qu'il combinait son plan, Abubecr prit l'étendard de l'islamisme, et suivi d'une troupe d'élite, alla le planter sur la brèciie. Il y combattit vaillamment; mais la résistance opiniâtre des assiégés l'obligea de se retirer. Omar crut qu'il serait plus heureux. Il saisit le même étendard, et, appelant ses braves compagnons, il les mena contre l'ennemi. Malgré une grêle de dards et de tlèches, ils montèrent sur les débris de la mui'aille, et firent des prodiges de valeur; mais, après un rude combat, ils furent forcés à prendre la fuite. Les deux officiers rendirent compte à leur général du peu de succès de leurs armes. « J'en jure par l'ÈLornel, leur dit Mahomet, » demain je confierai cet étendard aux mains d'un brave, » ami de Dieu et de l'apôtre qu'ilaime, guerrier intrépide qui » ne sait point tourner le dos à l'ennemi. » Le lendemain, les Mohagériens et les Ansariens avaient de grand matin entouré sa tente. Le cou penché en avant, l'œil fixe, ils pressaient leurs rangs pour découvrir sur qui tomberait le choix glorieux. Chaque brave s'en faisait honneur. Depuis plusieurs jours l'invincible Ali gémissait de voir son courage inutile ; un mal d'yeux le forçait à demeurer oisif. Il parut le front ceint dun bandeau (1). Mahomet l'ayant fait approcher lui frotta les yeux de sa salive, et le mal se dissipa. Après cette cure merveilleuse (2), il lui donna l'étendard de a religion, et l'envoya contre les assiégés. Ali le reçut avec joie, et marcha avec confiance. 11 monta sur la brèche et y planta son drapeau. Les Juifs sortirent en grand nombre pour le repousser; mais Ali, inébranlable dans son poste, renversait tous ceux qui osaient se mesurer avec lui. Il avait étendu à ses pieds Elharetk. Marhab, lieutenant du château, descendit pour venger la mort de son frère. Cet officier était •enommé pour sa force et son audace (3). Couvert d'une double cuirasse, ceint de deux épées, il portait deux turbans avec un casque où l'on voyait briller une pierre précieuse de la grosseur d'un œuf. Sa main était armée d'une lance en forme de trident. Les Musulmans n'osaient se mesurer avec lui. Il marcha fièrement contre Ali, qui l'attendait de pied ferme, et lui dit en l'abordant : — Tu connais Kh<iïbar. Je suis Marhab. Mes armes sont bonnes,etfui le bras d'un héros. — Et moi, lui répondit Ali, je m'appelle le lion; c'est le nom que ma mère me donna en naissant. Je vais te mesurer avec cette épée à la mesure de Sandara. (C'est une grande mesure.)

A ces mots les deux rivaux en vinrent aux mains. Ils se

(1) Abul-Feda, p. 89.

(2) Il osl bien probable que celle cure merveiFieuse, si ci'lèbre parmi les ai^ teurs mahoniétaus, élait concertée eulre le bcau-ii6rc et le gendre.

(3) Moaltem el Tanzil.

portèrent des coups terribles. Ali, plus adroit, trompait le bras de son pesant adversaire. Ayant saisi l'instant où Marhab avait porté à faux, il lui fendit la tête d'un coup de sabre. Son casque, ses turbans, ne purent le garantir. Mirhab, sans vie, roula sur la poussière. AU ne s'arrêta point à cet exploit. 11 poursuivit les Juifs, consternés de la mort de leur chef, et entrant avec eux dans le château, s'en rendit maître (1|. Mahomet en prit possession. Tous les habitants furent faits esclaves (2). Parmi les captives on remarquait la belle Safi.a, fille d'un des principau.x: Juifs. Il la destina à devenir son épouse, et lui donna la liberté pour dot.

Tandis qu'il se délassait de ses travaux, et qu'il célébrait avec les chefs de son armée cette superbe conquête, Zaînab, sœur de Marhab, qui avait succombé sous le bras d'Ali, préparait sa mort. Elle empoisonna un agneau rôli, et le fit servir à sa table. A peine Mahomet en eut-il mis un morceau dans sa bouche, (ju'il le rejeta en disant : ce mouton est empoisonné. Bashar, un de ses compagnons, qui en avait avalé une bouchée, mourut sur-le-champ. Malgré la promptitude avec laquelle Mahomet avait rejeté le morceau empoisonné, malgré les ventouses qu'il se fit appliquer aux épaules, la malignité du poison pénétra la masse du sang, abrégea ses jours, et lui fit éprouver de violentes douleurs jusqu'à la mort (3). Cet événement n'était pas propre à diminuer la haine qu'il portait aux Juifs ; aussi continua-t-il

les dépouiller de leurs biens, et à les réduire en servitude. Les habitants de Khaïbur, voyant toutes leurs forteresses nlevées, ouvrirent au conquérant les portes de leur ville. Ils le prièrent de leur laisser la culture de leurs palmiers et de leurs terres, promettant de lui remettre la moitié du produit. Leur demande fut accordée. Ils demeurèrent en possession de lL/itti6ar jusqu'au califat d'Omar, qui chassa tous les Juifs d'Arabie, et les rélégua en Syrie, où il leur donna des terres.

Les habitants de Fadac, efïrayés du sort de leurs voisins, se soumirent, et obtinrent les mêmes conditions qu'eux. Mahomet devant cette conquête à la négociation et non à la force de ses armes, s'en réserva la propriété suivant cette

(1) Ahurafé rapporte ce trait qu'A ôiiZ-i^eda juge lui-même incroyable. « Nous marchions, dit-il, sous !es ordres d'Ali, contre les habitants Ae Knaïbar; une partie de la garnison sortit pour nous repousser. Tandis que notre chef combattait avec une valeur plus qu'humaine, un Juil' lui porta un si rude coup, qu'il lui fit tomber le bimclicr des mains. Ali, furieux, arracha la porte du château, et s'en servit comme de bouclier, jusqu'à ce qu'il se fût rendu niaitre de la place. J'ai vu, ajoute l'historien, cette porte. Huit hommes avaient peine i la remuer. »

(21 Abul-Feda.

(3) Jannjb.

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loi du Koran : (Le butin qu'il (l)icu) a accordé au prophète, » vous ne l'avez disputé ni avec vos clianieaux ni avec vos » chevaux (1). » Ri'solu de ne pas laisser aux Juifs une seule place £orle, il conduisit ses troupes victorieuses devant Wadi Elcora (2). Les habitants refusèrent tle se rendre. On les assiégea. La place ayant été prise d'assaut, ils furent emmenés en captivité.

Aussitôt qu'il eut pris possession de Wadi Elcora, il alla attaquer les forts de Watish et de Sulalem (3). On les emporta l'épée à la main. Durant cette campagne, il s'empara de toutes les places fortes des Juifs; il les dépouilla de leux's richesses, et réduisit presque toute la nation en esclavage.

Couvert de gloire, chargé de butin, Mahomet ramena ses troupes triomphantes à Médine (4). A peine était-il de retour, que Jnfar, fils à'Abutuleb, revint d'Abyssinie avec le reste des fugitifs. Mahomet l'embrassa tendrement, et dit dans l'efYusion de son cœur : « Je ne sais lequel de la prise de Khaïbar )> ou du retour de Jafar me cause plus de joiel » Quelque temps auparavant il avait écrit au roi d'Abyssinie, pour le prier de renvoyer les transfuges, et de le marier avec 0mm Habiba, fille à'Abusofian. C'était un trait de politique. Il espérait que cette alliance désarmerait son plus redoutable ennemi. Le prince, environné de sa cour, fit lui-même la cérémonie des fiançailles (5). Ayant fait approcher de son trône 0mm Habiba et Khaleb, fils deLaïd, cousin de Mahomet, il prononça ce discours : « Louange à Dieu ! roi, saint, sau- » veur, fidèle, véritable, puissant et grand. J'atteste qu'il » qu'il n'y a qu'un Dieu, et que Mahomet est son envoyé. )) L'apôtre de Dieu m'a écrit pour me demander en mariage » 0mm habiba. J'accomplis avec joie ses désirs, et je donne » pour dot à la nouvelle épouse quatre cents écus d'or. » Il compta la somme en présence du peuple, et ajouta des présents dignes de la magnificence royale, destinés pour Mahomet. Il les reçut des mains de Jafar, et consomma son mariage avec la fille d' Abusofian. Ayant proposé à ses soldats d'admettre les fugitifs au partage des dépouilles enlevées sur les Juifs, sa proposition fut reçue avec applaudissement. Ces malheureux trouvèrent dans la générosité des fidèles un dédommagement des biens qu'ils avaient abandonnés pour conserver leur religion.

;i) Le Koran, ch. xlix, verset 6.

(2) Wadi Elcora siguifie la vallée des villes. Cette place a tiré son nom de la mullilude de bourgs et de villages qui sont dans les environs. Elle est située à deux journées de Khaïbar, du coté de la Syrie. {Jannab )

(Z) Abul-Feda. — Jannab. ' ,

'4) Abut-Feda,p. 91.

(5) Abd el Baki, Histoire d'Ethiopie, II" partie, et. lU»

Mahomet ayant subjuguû une partie des Arabes et anéanti la nation juive, manifesta ses vues ambitieuses (I). Respecté comme propliète, obéi comme général, il voulut essayer sa puissance, et envoyer des ambassadeurs aux rois. Pour ce effet il lit graver un sceau avec cette légende :

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