Ils s'en emparèrent en 1453, l'an 837 de l'hégire
(4) Jannab.
\h) Jannab, p. 190.
68 ABIŒGÉ
combat. Les croyantsne formaientqu'un corps de trois mille hommes ; mais chacun d'eux était endurci au métier des armes. Sept années de triomphes avaient élevé leurs âmes. A force de vaincre, ils étaient devenus invincibles. Cent mille hommes ne les effrayèrent point. Ils livrèrent la bataille. Elle fut longue et sanglante. Zaïd (jui combattait dans les
Fremiers rangs tomba couvert de blessures. Jafar releva étendard, et soutint la gloire du nom musulman. Un soldat lui ayant abattu la main qui le portait, il le prit de l'autre; elle fut coupée. Il le serra entre ses bras jusqu'au moment où il tomba dessus percé de coups. Abdallah saisit l'étendard ensanglanté, et fit des prodiges de valeur pour empêcher les ennemis de s'en emparer. Il succomba sous le nombre commeles deux premiers généraux. Les Musulmans prenaient la fuite. Khaled accourut, releva l'étendard de l'islamisme, et rappela àl'enlour les plus braves guerriers. Le combat recommença avec une nouvelle fureur. Khaled, faisant un dernier effort, enfonça les bataillons ennemis, perça le centre de l'armée, et la mit en fuite. La nuit seule l'empêcha de poursuivre sa victoire. Elu général d'une voix unanime, il campa sur le champ de bataille. Avant le lever du soleil ses troupes étaient sous les armes, et s'avançaient en bon ordre. Lorsqu'il fut à la vue des ennemis, il eut recours au stratagème II élargit ses rangs; il fit plusieurs marches et contre-marches, et par des manœuvres savantes parut déployer à leurs yeux surpris une armée nombreuse. Les Grecs étonnés crurent qu'il avait reçu de puissants renforts. L'épouvante s'empara de leurs âmes. L'impétueux K/irtled les ayant attaqués, ils n'opposèrent qu'une faible résistance, et se débandèrent, laissant leurs bagages au pouvoir de l'ennemi. Khaled chargé de dépouilles, et couvert de gloire, ramena ses troupes victorieuses. Il joignit à la science d'un grand capitaine une valeur héroïque. Pendant le combat neuf épées s'étaient rompues dans ses mains (1). Les autres généraux n'avaient pas combattu avec moins de vaillance. On compta cinquante coups d'épée et de lance sur le corps de Jafar, tous reçus par devant.
(2) Mahomet ayant appris le succès de ses armes à Monta assembla le peuple, et dit : « Zaïd portait l'étendard de l'is- » lamismc à la tête de l'armée, et il a succombé. Jafar l'a » pris, et il a succombé. Abdallah l'a relevé, et il a subi un » pareil sort. » A ces mots les ci'oyants fondirent en larmes. Lui-même était pénétré d'attendrissement; mais reprenant
(1) Jannab, p, 190 (2 Elbokar
PE LA YIE UK MAIluMl':!. 09
son récit, il ajouta : « Enfin un guerrier (1), Vépée des épées n de Dieu ayant saisi l'étendard, a forcé la victoire à se dé- » clarer pour les Musulmans, n
La joie de cette victoire fut troublée par la perte de trois généraux. On avait apporté leurs corps à Minline. On y voyait les glorieuses blessures dont ils étaient couverts. Ce spectacle fit verser des pleurs à tous les habitants. La ville fut couverte d'un deuil universel. Mahomet ne put retenir sa sensibilité. Il partageait la douleur publique, et regrettait deux amis élevés auprès de lui ih-s l'enfance. Il prit le fils de Jafar dans ses bras, et l'embrassa tendrement, le mouilla de ses larmes. Ayant rencontré la fille de Znïd, il se jeta à son cou, et ne put étouffer ses sanglots. Suad l'apercevant dans cet état lui dit : « 0 prophète! que vois- je? — Ce sont, » lui répondit Mahomet, les regrets d'un ami envers son » ami » (2). On fit de magnifiques funérailles aux généreux guerriers, et après la pompe funèbre, Mahomet voulant adoucir la tristesse commune, dit : « 0 Musulmans! ne pleu- » rez plus sur Jafar ; son sort est digne d'envie. Dieu lui a )) donné deux ailes, et il s'en sert pour parcourir l'immense » étendue des cieux ouverts à ses désirs. »
(3) Un événement qui eut de grandes suites fit diversion à la douleur et aux larmes. Les enfants de fiecre autorisés par le traité d'Hodnïtjïa, étaient entrés dans l'alliance des Coreïshites. Les Cozaïtes s'étaient rangés du côté de Mahomet. La haine qui divisait ces deux tribus leur avait fait prendre ces partis opposés. Les enfants de Becre voyant leurs ennemis endormis à l'ombre de la paix, sentirent renaître leur ancienne animosité. La facilité de la vengeance les fit passer sur la sainteté des lois. Ils demandèrent des troupes aux Coreïshites, et allèrent attaquer les Cozaïtes. Ils surprirent un de leurs bourgs, massacrèrent une partie des habitants, et mirent les autres en fuite (4). Les malheureux alliés vinrent porter leurs plaintes à l'apûtre des croyants. Il leur promit son assistance.
Les Coreïshites, en fournissant des troupes contre les Coza'Ues, avaient violé le traité d'Hodaibia. Ils ne tardèrent pas à sentir l'inconséquence de cette conduite. Pour en prévenir les suites, ils députèrent Abusofian à la Mecque, avec
(1) Khalcd porta dans la suite le nom A'épce de Dieu. Ce général fameux, vainqueur de Mahomet au comlnit ii'Ahed, vaiufnieur des Grecs à Monta, continua, sous le calidt d'Abiibecr et d'Omar, le cours de ses exploits glorieux. Le surnom que lui donna Maliomet ne fut point inconnu à ses ennemis. Théophane (p. ''78) parle d"un émir nommé Khaled, et appelé Vcpée de Dieu.
(2) Jannao
(3)-Abul-Feda, p. 102.
(4) Idetn, ibid.
70 ABKKGli
ordre d'oflfrir toutes les satisfactions imaginables : démarche inutile. Charmé de trouver une occasion si favorable à ses dessoin?, Mahomet voulait en profiter. Sous prétexte de venger la cause de ses alliés, il avait juré dans son cœur d'abaisser l'orgueil des idolâtres, et de se rendre maître de la Mecque. Abusofirin, en arrivant à Médine, descendit chez 0mm Habiba, sa fille, épouse de Mahomet. 11 la pria d'intercéder pour lui; mais ayant voulu s'asseoir sur son lit (1) elle le plia promptement. « 0 ma fille! lui dit-il, préférez- )) vous ce lit h votre père? — C'est la couche de l'apôtre de » Dieu, répondit 0mm Habiba, et vous êtes idolâtre. » Abusoflan, indigné, sortit en maudissant sa fille. Il entra dans l'appartement du prophète, et après l'avoir complimenté, lui parla de négociation, il ne put en obtenir une parole (2). Ce silence obstiné lui fit sentir la grandeur du mal. Il chercha des médiateurs. A6uiiecr et Ali, sollicités déparier en sa faveur, refusèrent de l'entendre. L'ambassadeurhumilié retourna à la Mecque, et rendit compte du mauvais succès do sa mission.
Tandis que les Goreïshites, incertains, délibéraient sur le parti qu'il fallait prendre, Mahomet faisait de grands préparatifs. Ses confédérés étaient avertis de se rendre à Médine. Tous les Musulmans devaient prendre les armes. Résolu de tondre à l'improviste sur les idolâtres, il défendit d'entretenir aucune communication avec eux. Hateb, pressé par le désir de sauver sa famille, transgressa la loi. Il écrivit ces mots : « Hateb, fils de Batfea, aux Mecquois, salut. Apprenez )> que l'apôtre de Dieu se dispose à vous attaquer. Préparez- » vous à la défense. » Sara, servante des fils de Hashein, se chargea pour dix écus d'or de porter la lettre. Mahomet découvrit la trahison (3). Il envoya Ali et Zoftai/- à la poursuite de Sara. Ils l'atteignirent à quelque distance de la Mecque. On lui demande la lettre. Elle proteste qu'elle n'en a point; on la fouille; les recherches sont vaines. Ali, indigné, lève son sabre, et dit qu'il va lui abattre la tète. Sara, effrayée, déploie ses longs cheveux, et rend l'écrit caché dans leur épaisseur. Mahomet montrant à Hateble gage de sa perfidie, lui demanda quel motifavaitpu le porter à violer sa défense. » Apôtre de Dieu, répondit le coupable, je prends le ciel à « témoin que je n'ai point oublié l'obéissance que je vous ai
fl) Les Arabes n'ont ni ch.iises ni rautcuils dans leurs appartements. Un sofa qui règne à l'entour forme leurs sièges. Le soir ils y étendent des matelas qui leur servent de lits. On les plie le matin, et la chambre à couciier devient salon de compagnie.
(2J Ahul-Feda. p. lOi et 103.
(3 ) Des écrivains e&thousiastcs disent que Gabriel descendit du ciel pour l'en Instruire.
DE VA VIE HE MAHOMET 'l
» jurée, et que mua cœur u'a point chaugé de religion fi). » Mais étranger ;\ la Mi'cque, j'ai laissé au milieu des ido- » làtres une l'emnie et des enfants. Ils y sont sans parents, » sans amis. Je voulais qu'un service signalé leur lit trouver » des protecteurs. » « Aj'ôtre de Dieu, s'écria Omar,Huteb est » un hypocrite et un incrédule; permettez que je lui coupe » la tète. » — « Arrêtez, Omar. Kpargnez le sang de mes com- » pagnons. Hateb est un de ceux qui ont combattu a la jour- » née de Beder. Il est absous. » Mais, afin d'arrêter un exemple dont les suites eussent été dangereuses, il fit descendre ce verset du ciel : « 0 croyants! n'entretenez aucune » liaison avec mes ennemis et les vôtres. Vous leur inontrez » de la bienveillance, et ils ont abjuré la vérité qu'on leur » a enseignée. Ils vous ont rejetés, vous et le prophète, du )) sein de leur ville, parce que vous aviez la foi. Si vous les » combattez pour la défense de ma loi et pour mériter mes » faveurs, devez-vous conserver de l'amitié pour eux? Je » connais ce qui est caché au fond de vos cœurs, et ce que » vous produisez au grand jour. Celui qui trahira mes inté- » rets aura abandonné la justice (2). »
(Z) Les préparatifs étant achevés, Mahomet partit de Médine le 10 du mois Ramadan (4). Les Mohagériens, les Ansariens, et quelques escadrons arabes, composaient une armée formidable (5). Elle fut grossie dans sa marche par plusieurs détachements des tribus confédérées. Le même général qui, à la journée de Beder, n'avait pu réunir que trois cent treize soldats, comptait dix mille combattants rassemblés sous l'étendard de l'islamisme. Il avait marché avec tant de promptitude et de secret, qu'il était aux portes de la Mecque avant que les Goreïshites eussent appris son départ de Médine. Il campa sur le soir a Mer el Lahran (6), et attendit le lever du soleil pour fondre sur les idolâtres. Dix mille feux furent allumés par son ordre. Omar, établi maître de camp, fit une garde si exacte, que toute communication fut interrompue avec les ennemis. Elabbas, touché de compassion et alarmé du sort qui menaçait sa patrie, sortit du camp pendant la nuit, cherchant quelqu'un qui pût apprendra aux Goreïshites que l'orage grondait sur leurs têtes. Il rencontra Abusofian, Hakim et Bodaïl, sortis de la ville pour prendre des informations de l'ennemi. Ayant
m Abul-Fedà, p. 103.
(ï\ Le Koraiij chap. lx, verset 1.
(3) Abul-Feda, p. 103.
(4) Jannnb, p. 202.
{<i^ Abul-Feda, p. 104. — Jannaû.
(•, Atorr el Dohran eut situé à quatre lieues de la Mecqu».
('2 AIUIIÎGE
aperçu à travers les ténèbres une multitude de feux, ils s'en retournaient épouvantés. « Où courez-vous .' leur cria Elab- )) bas. — Est-ce Elubbus'! dit Abusofian. — C'est moi-même. » — Qu'aperçois-je derrière vous? — Mahomet qui vient » vous visiter à la tête de dix mille hommes. — Que me » conseillez-vous de. faire? — De venir sur-le-champ lui » demander sûreté, autrement c'est fait de vous. » Le conseil fut suivi. Omar, qui veillait à la garde du camp, ayant reconnu le chef des idolâtres, s'écria : « Dieu soit >) loué; voici Abusofian entre nos mains sans pacte ni )) alliance (1). » Il courut vite demander sa tête à Mahomet. Elabhas intercéda pour son prisonnier, et le prophète lui donnant sa parole pour sauvegarde, dit à son oncle : « Em- » menez-le à votre quartier; vous mêle présenterez demain » matin. » Au point du jour il était dans sa tente. « Eh bien, » lui dit le général des croyants, n'est-il pas temps de re- » connaître qu'il n'y a qu'un Dieu? — Je n'en doute nul- » lement. — N'est-il pas temps aussi de reconnaître que je » suis son apôtre? — Pardonnez à ma sincérité, jusqu'à » présent j'ai pensé difTéremment. » « Malheur à vous! lui « dit Elabbas. Rendez hommage à la vérité, ou votre tète... » La fierté d' Abusofian céda. Il embrassa la religion du plus fort, et prononça la double profession de foi. Hakim et Bodaïl imitèrent son exemple. Mahomet ayant tiré Elabbas à l'écart, lui dit : « Conduisez Abusofian à l'entrée de la » vallée, afin qu'il voie défiler mes troupes. — Volontiers; » mais il est ambitieux; il aime la gloire. Accordez-lui » quelque titre qui puisse fiatter son amour-propre, et le )) distinguer aux yeux de ses compatriotes (2) ». L'avis fut approuvé, et l'on proclama cet ordre : « Quiconque entrer» » dans la maison à' Abusofian, qu'il soit sauvé. Quiconque » se réfugiera dans le temple, qu'il soit sauvé. Quiconque » fermera sa porte, qu'il soit sauvé. Quiconque se retirera )> dans la maison de Hakim, qu'il soit sauvé. » Elabbas ayant conduit le chef idolâtre au lieu indiqué, parut s'y arrêter sans dessein. A mesure que les Musulmans défilaient sous leurs yeux, il satisfaisait sa curiosité sans affectation. Lorsque la garde du prophète vint à passer, Abusofian apercevant des soldats hérissés de fer, dont l'œil farouche, la démarche fière inspiraient la terreur, demanda qui étaient ces guerriers. « Ce sont, lui répondit Elabhas, les Mohagériens et les » Ansariens qui accompagnent partout l'apôtrç de Dieu. » » Le royaume du fils de ton frère est parvenu à un haut
(i) Abul-Frdn. p. 104 et )û5. (t) Idem, p. 105.
Dli LA VII', Dh: MAHOMIiT. 73
• degrô lie puissance. — Telle est la inajeslé du caractère » auguste d'apôtre. » A ces mots, il congédia Abustifian, qui, ayant fait aux idoh\lios le rapport de ce qu'il avait vu, répandit parmi eux la consternation.
Mahomet ayant renvoyé Haknn et Bodaïl, disposa son armée de la maniùie suivante. 11 donna un détachement a Zobair, avec ordre de gagner, par le chemin de Cada, les hauteurs qui dominent la Mecque. Il commanda à Sand de se rendre maître des collines que traverse le chemin de Coda. Ali, à la tète de la cavalerie, portant en main l'étendard de l'islamisme, devait s'arrêter sur le mont Hajoiin, jusqu'au moment où Saad crierait ces mots menaçants : « Voici le jour de deuil et de carnage; voici le jour'où les » lieux saints seront violés s'il est nécessaire (Ij. » Khaled, commandant les confédérés, était chargé de descendre dans la plaine, et de marcher vers les murs de la ville. Mahomet se tenait à l'arrière-garde prêt à envoyer des ordres partout où le besoin l'exigerait. Tous les généraux avaient défense de combattre, à moins qu'ils ne fussent attaqués. Ces ordres donnés, les difl'érents corps se mirent en mouvement. Zobaïr n'ayant point trouvé d'ennemis du côte des montagnes, arriva aux portes de la ville sans coup férir. Khaled éprouva de la résistance dans la plaine. Plusieurs bataillons de Coreïshites lui disputèrent le passage, et décochèrent leurs tlèches. Khaled les attaqua l'épée à la main, les mit en fuite, et les poursuivit jusque sous les murs de la Mecque. Mahomet ayant aperçu le carnage du sommet de la montagne, s'écria : « Ciel! que vois-je? N'avais-je pas défendu » de combattre? » Les idolâtres, lui répondit-on, ont attaqué Khaled, et il se défend. Il lui envoya ordre d'épargner le sang (2). Il descendit du mont Uajnun, et fît son entrée à la Mecque au moment où le soleil paraissait sur l'horizon. Ali portait devant lui l'étendard de l'islamisme ; Abiibecr était à sa droite, Ozaïd à. sa gauche. Derrière lui marchait Osama, fils de laïd. Il s'inclina profondément pour remercier le ciel qui le rendait maître du territoire sacré et du sanctuaire d'Abraham. Il récita à haute voix le chapitre quarante-huitième, qui commence par ces mots : « Nous t'avons accordé » une victoire éclatante. Dieu t'a pardonné tes fautes; il a » accompli ses grâces, et il te conduira dans le sentier de la » justice. Sa protection est pour toi un bouclier puis- » sant, etc. >> Tandis qu'il soumettait un peuple ({ui n'aA^ait jamais connu de maître, il ne paraissait occupé que d'idées
(1) Abul-Feda, p. 106
(2) Jannab, p. 208.
-4 Ar.KÉfiÉ
religieuses. La tète ceinte d'un turban noir, le corps codvert du manteau de pèlerin, il semblait plutôt un ferve.it musulman que le conquérant de la Mecque. Il marcha droit au temidc. Son premier soin fut de faire abattre trois cent -oixanle idoles placées à l'outour. Il les frappait de la canne qu'il portait a la main, en prononçant ces mots : « La vé- I. rite a paru, le mensonge va disparaître et il ne se mon- » trera plus (I) ». Et cet autre verset : « La vérité a paru, » le mensonge s'est dissipé comme une vapeur légère (2) ». Lor5(iue, les divinités des Arabes eurent couvert la terre de leurs débris, il accomplit les sept circuits sacrés autour du temple, et toucha avec un respect religieux l'angle de la pierre noire (3). Avant d'y entrer, il en fit arracher des portraits (4^1 de femmes, objets d'un culte sacrilège. A la vue des tableaux où Abraham et Ismaël étaient représentés tenant en main les flèches du sort, il s'écria : « Mallieur » aux idolâtres ! Ils ont peint nos respectables patriarches » d'après leurs idées superstitieuses. Qu'ont de commun •> avec Abraham et Ismaël, les flèches du sort"? » Après avoir détruit tous les objets encensés par la superstition, il entra dans le temple, prononça la formule « Dieu est grand, etc. », et fit la prière avec deux inclinations. De là il se rendit au puits de Zemzem, découvert par 1 ange à Agar. Il s'y désaltéra, et fit l'ablution sacrée. Ces diverses cérémonies remplies, il assembla les Coreïshites, et leur dit (5) : « Il n'y a qu'un Dieu. Il a accompli ses promesses, 1) et a secouru son serviteur. Lui seul a renversé les batail- » Ions ennemis. Il m'a donné l'empire sur vous, et s'est » servi de mon ministère pour vous faire abjurer l'idolà- » trie. Vous n'accorderez plus les honneurs divins à des » pierres insensibles. Vous ne décernerez plus un culte » sacrilège à nos pères Abraham et Ismaël, qui sont des » hommes comme nous. Mortels ! nous vous avons formés » d'un homme et d'une femme; nous vous avons partagés » en peuples, en tribus, afin que l'humanité règne au mi- » lieu de vous. Le plus estimable aux yeux de l'Éternel, » est celui qui le craint (6) ». Il devait la prise de la Mecque à la force de ses armes (7). La conquête lui donnait le droit de réduire tous les habitants en esclavage. S'étant
(1) Le Koran, chap. xiiit.
(2) Idem.
{^\ Abul-Feda, p. 107.
(4^ Les Arabes croyaient que les anges étaient les Qlles de Dien. Ils les refiri entaient sous la forme d'une femme, et leur rendaient des honneurs divins.
(5) Jannas.
(6) Le Koran, chap. il, verset 13.
(7) Abul-Feda, p. 107.
DE LA VIE m-: MAHOMET. 75
donc tourné vers l'assemblée, il leur dit : k Qii'îittondez- » vous de moi? Gomment prélondez-vous que je vous » traite? » — Comme un frère géiu'reux, lui répondit-oa. « Allez ? vous êtes alîranchis; re|>renez votre liberté. »
Le môme jour Mahomet lit usage du pouvoir que lui donnait l'emploi de chef suprême do la religion (1). L'heure de midi étant venue, il ordonna à Belal, son crieur, de monter sur la Caaba et de proclamer la prière. La charge importante d'intendant du temple était sollicitée par Elabbas. — Othmnn, le môme qui était venu embrasser l'islamisme à Médine, la possédait. Mahomet l'obligea de lui remettre les clefs, et allait en gratifier son oncle; ,1e mécontentement d'Olhman l'arrêta. Sentant combien il lui importait de gagner les principaux chefs des Coreïshites, il lui renvoya les clefs. Pour consoler Elabbas, il le mit en possession du gobelet avec lequel les pèlerins boivent l'eau du puits de Zemzem. La famille d Elabbas possède encore anjourd'hui ce monument antique conservé avec un respect religieux (2). Un acte qui assurait la puissance de Mahomet, termina ce jour glorieux. Tous les habitants de la Mecque vinrent lui prêter serment d'obéissance. L'inauguration se fit sur la colline Elsafa. Il était assis sur une éminence, entouré de ses officiers. Les citoyens s'élunt avancés, il leur promit serment de fidélité. Ils jurèrent •ntre les mains d'Omar qu'ils lui seraient fidèles et obéissants jusqu'à la mort. Les femmes se présentèrent ensuite, et il reçut lui-même leur serment. Parmi les dames coréïshites se trouvait Henda, l'épouse d' Abiisofian, la môme qui, au combat d'Ahed, avait dévoré le cœur de Hamza (3). Elle était déguisée. Mahomet, qui l'avait proscrite, la chercha des yeux et la reconnut. Se voyant découverte, elle se jeta à ses pieds, et lui dit : « Je suis Henda. Oubliez le « passé. Pardonnez ». Il lui pardonna.
Mahomet, comme nous l'avons vu, avait défendu à ses généraux de verser le sang ; mais il avait nommé un certain nombre de coupables qu'ils devaient immoler partout où ils les rencontreraient. Pour préparer les Coréïshites à cet attentat, il leur tint ce discours (4) : « Citoyens de la » Mecque, le même jour où le créateur suprême tira les » cieux et la terre du néant, il établit la Mecque pour être » un sanctuaire inviolable. Ce temple, cette ville, ce territoire sont sacrés. Personne ne souillera de sang humain
(1) Jannab, p. 213.
(2) Idem, p. 214.
(3) Abul-Feda, p. 110.
(4j L'auteur du livre Chafa Elgeran.
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» l'asile des mortels. Ou ne pourra pas même y couper un » arbre. Ces attentats ne furent jamais permis. Ils ne le » seront jamais. Un privilège particulier me dispense » aujourd'iuii de la loi générale. Je n'en userai plus dans la » suite. La Mecque sera toujours pour moi sacrée et invio- )) lablo : j'en prends à témoin le Dieu invisible que j'adore. » Je garderai religieusement ma promesse ».
Les auteurs varient sur le nombre des proscrits (!'. Abul-Feda n'en compte que dix, six hommes et quatre femmes : ce sont les principaux. Acrema, fils d'Ahugehed, était le premier dont le sang devait être répandu. Le jour de la prise de la Mecque il s'enfuit dans l'Arabie Heureuse. Il venait d'épouser Om Hnkim. Cette jeune dame, désolée de la perte de son mari, alla se jeter aux genoux du prophète, et les mouilla de ses larmes. Elle obtint la grâce qu'elle sollicitait, partit snr-le-champ, alla trouver Acrema et lui porta la nouvelle de son pardon (2). Elle vint ensuite le présenter à Mahomet, qui le reçut avec bonté, et le fit colonel des Huwazenites. Devenu musulman, Acrema combattit avec autant de courage pour sa nouvelle religion, qu'il l'avait fait pour ses idoles (3). Il fut tué à la bataille de Bermuc, sous le califat d'Abitbecr.
Le second proscrit fut Hobar. C'était un homme riche, qui avait outragé Mahomet, et insulté ses filles de concert avec Hawaïret. Il se cacha avec tant de soin, qu'il se déroba aux recherches des satellites. Dans la suite, pressé par h^ repentir, et par la crainte d'être découvert, il se rendit à Médine, et se fit musulman. Gomme il sollicitait l'oubli du passé, Mahomet lui dit : « 0 Hobar ! je vous ai pardonné. » L'islamisme efface tous les crimes commis dans le temps » d'ignorance. »
(4) Le troisième fut Abdallah, fils de Saad, un des chefs les plus distingués de la tribu des Coreïshites. D'abord musulman et secrétaire de Mahomet, il écrivait les versets du Koran sous sa dictée. Enflé de ses connaissances, il devint le censeur de son maître. Il changeait des mots, tronquait des versets, et se moquait du Koran avec ses amis. La fraude ayant été découverte, il abjura l'islamisme. Après la prise de la Mecque, Othman l'amena au prophète et sollicita sa grâce (5). Il ne l'obtint qu'après des instances réitérées. Lorsqu'il se fut retiré, Mahomet dit à ses officiers : « Je n'op-
(1) Jannab ea compte seize.
{tj Idem.
(H) L'auteur du livre Chafat Elgeran.
(4) Jannab.
(5) Ahut-Feda, p. 109.
PE LA VI K l)i: MAIIOMl'iT, 77
» notais une si longue résistance. (iu(> pour vous laisser le ■> temps do nie défaire de ce fourbe. » N'e deviez-vous pas, lui répondirent-ils, nous nianiuer par un signe votre intention?» Un signe perfide, ajouta Mahomet, csl indigne d'un l>rofihète{i). » Abdallah vécut jusqu'au califat d'Othman, qui le lit gouverneur d'Egypte. 11 était excellent écuyer, et aimait passionnément les chevaux. 11 récita en mourant le chapitre des coursiers (2).
Le quatrième fut Mekias. Nous avons parlé de son crime. .Apuslat et assassin, il méritait la mort. Oubliant au milieu des verres le danger qui le menaçait, il se livrait à la joie avec quelques idolâtres. Tamila l'apprit, l'alla trouver, et lui coupa la tête.
Le cinquième fut Abdallah, lils de lihatal. Envoyé par Mahomet pour recueillir les aumônes des fidèles, il avait lué le musulman qui lui servait de domestique. N'osant plus reparaître à Médine, il apostasia, et prit à son service Jeux comédiennes qui le suivaient partout, chantant des vers satiriques contre le prophète (3). Espérant trouver un asile à l'abri des autels, il sétait caché dans le temple. On le découvrit, et il fut misa mort.
Eliuiivairet fut le dernier des proscrits. Il était de la tribu des Coreïshites. Fier de ses richesses et de sa naissance, il avait souvent insulté le prophète. Un crime plus atroce le lui avait rendu odieux (4). Sur le point de s'enfuir de la Mecque, Mahomet avait chargé Elabbas de conduire ses deux tilles à Médine, Elfwwaïrct les ayant rencontrées en chemin, les heurta brutalement, et les renversa par terre. Cette indignité n'avait point été oubliée. Elle fut punie. Aly ayant rencontré le coupable, lui abattit la tète.
Henda, épouse d'Abiisofian, Sara domestique des fils de llashem, Fariata et Cariba, les deux comédiennes d'Abdallah, turent les seules femmes proscrites. Les trois premières obtinrent leur grâce, Farialaseulo fut punie de mort.
(5) La prise de la Mecque arriva un vendredi le 21 du mois Ramadan (6). Mahomet y resta environ quinze jours pour régler les affaires du gouvernement et de la religion. Pendant ce temps, ses lieutenants parcouraient les ino^inces voisines, appelaient les peuples à l'islamisme, et renversaient les idoles (l).
[\) Jnnnab.
:2) l.e Koran, ch. x.
(3) L'auteur du livre hafa Elgcren.
• -i Idem.
l''i Abul-Feda, p. 10.
6 Jannab, p. 205.
i?; Ebn Ishak
Isinaël avait apporté à la Mecque le culte d'un Dieu unique, et élevé un temple à sa gloire. Ses descendants le conservèrent longtemps dans la pureté; mais leur nombre s'étant augmenté, la ville ne put plus les contenir dans son étroite enceinte. Des colonies sorties de son sein, se répandirent dans les provinces voisines. Elles emportaient avec elles des pierres du sanctuaire d'Ismaël. Ces monuments sacrés ne servirent d'abord qu'à leur rappeler leur origine, et la religion de leurs pères. Peu à peu la présence de l'objet vénéré fit oublier les motifs qui le rendaient vénérable. La pierre devint dieu ou déesse. On lui décerna un culte et des sacrifices. La corruption s'étendit. La Mecque elle-même reçut les divinités de ses voisins, et devint le foyer de l'idolâtrie. Mahomet s'était armé contre ce culte sacrilège. Soit qu'il mît sa gloire à faire adorer un Dieu unique, soit qu'il envisageât une seule religion comme le moyen le plus propre pour réunir les forces des Arabes divisés, il combattit l'idolâtrie avec un zèle ardent, et parvint à la détruire. Si, en forçant les peuples à changer de croyance, il leur faisait embrasser de nouvelles erreurs, au moins établissait-il parmi eux l'idée sublime d'un Etre Suprême, vengeur du crime et rémunérateur de la vertu ; au moins abolissait-il les sacrifices affreux, où le père, étoulTant dans son cœur le cri de la nature, inondait du sang de ses enfants les autels de ses dieux. Il est vrai que les apôtres qu'il envoyait pour convertir les idolâtres, n'étaient pas des hommes de paix. Ils prêchaient l'épée à la main; et proposaient ou Vislamisme, ou l'esclavage.
Khaled, un de ces missionnaires armés, était allé prêcher les Jadiinites. Ils avaient tué et dépouillé Auf, son oncle, lorsqu'il revenait de rYemen,avec de grandes richesses. Ce souvenir était gravé dans son cœur, et le désir de la vengeance l'animait plus encore que le zèle de la religion. Il campa près d'un de leurs puits. Les Jadimites s'y étaient rassemblés en armes, il leur proposa de se faire musulmans, et sur leur refus il leur livra combat. Ils furent vaincus. Une partie resta sur le champ de bataille. Les autres prisonniers devaient être emmenés en captivité (1). Khaled leur ayant fait lier les mains derrière le dos, en immola plusieurs aux mânes de son oncle. 11 proposa à ses compagnons d'égorger le reste. Salem, qui commandait une partie de l'armée, s'opposa à l'exécution de cet ordre barbare. Sa fermeté sauva les captifs. Mahomet blâma hautement la conduite de son général. 11 leva les mains au ciel,
(1) Abul-Feda, p. lU.
et dit : « Seigneur, je suis innocent du crime qu'il a commis ». Il envoya sur le champ Ali avec une somme d'argent pour payer lo sang des Jadimites. Lorsque l'envoyé eut acquitté tout ce que la loi exigeait, il demanda aux parents de ceux qui avaient été tués injustement, >'ils étaient satisfaits. « Nous le sommes, » répondirent-ils. La somme n'étant pas épuisée, il distribua à ces malheureux le reste de l'argent. Mahomet donna de grands éloges à la générosité d'Ali.
Les idolâtres se rendaient en foule à la Mecque, et prêtaient serment d'obéissance au vainqueur. Les Haivazenites, commandés par Malec, et les Takifites osèrent s'opposer au torrent (1). Ces tribus belliqueuses engagèrent leurs alliés à s'armer pour défendre leur liberté et leurs dieux. Les Saadites et les Jochmiks se rendirent à leur invitation. Ces derniers avaient pour chef i)or(àde, vieillard de plus de cent ans, qui, sous les débris d'un squelette ambulant, conservait la vigueur d'âme et le courage d'un jeune guerrier. Tout aveugle qu'il était, il se fit porter dans une litière à la tète de ses soldats, et éclaira leur courage par son expérience. « Plût à Dieu, s'écriait-il à la veille de subir le joug, que » j'eusse achevé ma carrière, et que mon corps reposât sous » l'ombre d'un tombeau ! »
Instruit par ses espions, et du nombre des ennemis, et de leurs desseins, Mahomet sortit de la Mecque le 6 du mois de Chaval. Aux .dix mille hommes qu'il avait amenés de Médine, il avait joint deux mille Mecquois. C'était l'armée la plus nombreuse qu'il eût commandée. A cette vue, un des chefs ne put s'empêcher de dire : « 11 est impossible que tant de braves guerriers soient vaincus par des troupes inférieures en nombre. » Ces paroles déplurent à Mahomet, parce qu'elles inspiraient de la vanité à ses soldats, et qu'elles pouvaient leur faire négliger les moyens de vaincre. 11 s'en plaint, en ces mots, dans le Koran :" « Souvenez-vous de la » journée de Honein, où le nombre de vos soldats vous en- » fiait le cœur. A quoi vous servit cette armée formidable"? » La terre vous sembla trop étroite dans votre fuite pi'éci- » pitée (2). » Le général des croyants alla camper à Honein, vallée située à trois lieues de la Mecque. Il s'avança dans les gorges des montagnes, pour aller au point du jour surprendre les ennemis campés à Autas (3). Ils tournèrent contre lui son stratagème. Malec, prolitant des ombres de la nuit, vint investir la vallée où les Musulmans étaient enfermés. Il plaça un corps de troupes à l'entrée, et leur recommanda
(1) Abul-Feda, p. 112.
(4) Le Koran, ch. ii.
(3) i.utas est le nom d'une vallée située entre Honein et Taief. Jannab,
de tenir ferme dans ce posle (d). Il disposa le reste de ses soldats sur les collines et dans les creux des rochers. Au lever de. l'aurore, les Musulmans, déployant leurs drapeaux, se mirent en marche. Malec donna le sif^nal, et ils furent assaillis d'une grêle de dards et de flèches. Cette attaque imprévue les déconcerta. Environnés de toutes parts, ils perdirent courage, et prirent la fuite avec tant de précipitation qu'il n'en resta pas deux ensemble. Mahomet, exposé au plus grand danger qu'il eût couru de sa vie, se vit prêt à perdre en un instant le fruit de vingt années de travaux, de huit années de conquêtes. Entouré d'ennemis, presque seul au milieu des bataillons, il conserva son sang-froid et son intrépidité. Il se replia promptement vers la droite de l'armée, et s'arrêta dans un poste avantageux. Un petit nombre d'Ansariens et de Mohagériens se rassemblèrent autour de lui. Abuhecr, Omar, Elubbas, et l'invincible Ali, résolurent de verser leur sang pour sa défense. Au milieu du désordre général, il ci'iait : « Je suis Mahomet; je suis "l'apôtre de Dieu; compagnons, où fuyez-vous? revenez » sous vos étendards. » Les ennemis, entendant sa voix, dirigèrent leurs coups de son côté. Ils pressaient vivement le petit bataillon où il faisait des prodiges de valeur. Aimun, Abdallah, fils de Zobaïr, et Ocaïl, frère d'Ali, tombèrent morts à ses côtés. Désespérant de pouvoir soutenir longtemps les assauts d'une armée victorieuse, il voulait se précipiter à travers les ennemis, et mourir glorieusement. Elubbas, voyant son dessein, se jeta à la bride de sa mule et l'arrêta. Puisque vous m empêchez d'entrer dans la mêlée, lui dit Mahomet, rappelez mes soldats. Aussitôt Elabbas, qui avait la voix forte, cria : « 0 Musulmans! revenez autour de votre apôtre, )) revenez sous vos drapeaux ! » Les vallons répétèrent ces mots : les fuyards les entendirent. Ils s'arrêtèrent. Leur première terreur s'étant dissipée, ils rougirent de leur lâcheté, et accoururent en foule pour sauver leur prophète. Le combat recommença avec une nouvelle fureur. Les Hawazenites voulaient conserver leur avantage, les Musulmans efTa'cer leur honte. Mahomet encourageait ses soldats. Considérant le choc des deux armées : « Voilà, dit-il, la fournaise » qui s'enflamme. » S'apercevant que la victoire penchait de son côté, il employa, pour la décider, le même stratagème dont il s'était servi à Beder. Il prit une poignée de poussière, et la jetant vers les idolâtres : « Que leurs yeux, )> s'écria-t-il, soient couverts de ténèbres! Courage! compa- » gnons, la victoire est à vous! - Au même moment les Mu-
{i) Abul-Fcda. (/. lU.
«ulinaus iiuussèieut les euueiuis avec Uiul de vigueur qu'ils les mirent en tuile (t). Les IV/Za/î^cs tinrent ferme sous leurs drapeaux, et aimèrent mieux se l'aire liaclier que de les abandonner. Malcc, général dos Ihuoazeniie^, se retira dans le eliàteau de Taïcf avec les débris de son armée. Doraïd, chef des Joc/imi<ei>, s'ari'êta dans la plaine à'Autas, Abu Amei\ détaché à la poursuite des fuyards, ratleiynit et lui livra combat. Animés par la présence de leur vieux général, les Jocltinites se défendirent courageusement. Enfin, après bien des efforts, les Musulmans remportèrent l'avantage. 11 en coûta la vie à leur général (2). Au fort de la mêlée il eut la cuisse percée d'une flèche. Abu Mousa, son neveu, le vengea. Il s'élança sur le soldat qui l'aA'ait blessé, et le renversa à ses pieds. Abu Amer, consolé par la victoire, se fit arracher le fer meurtrier, et mourut dans Topération. Près d'expirer, il dit à son neveu : « Saluez le prophète de ma part, et le » priez d'implorer le pardon de mes fautes. » L'infortuné Doraïd eut une fin plus tragique. Ses troupes étant dispersées, il fuyait dans sa litière. Habieh, jeune Musulman plein de feu, l'atteignit. Il le tira de la voiture, et le frappa de son épée; mais il ne pouvait parvenir à lui ôter la vie (3). « Prends, lui dit ie vieux guerrier, mon sabre qui pend der- » rière avec mon bagage. » Rabiek détacha le sabre pesant, et lui fendit la tête.
Abu Mousa n'ayant plus d'ennemis à combatti'e, ramena son détachement au quartier général. Il se présenta devant Mahomet qu'il trouva assis sur un trône enrichi d'or et de pierres précieuses. Il lui rendit compte de son expédition, et lui rapporta les dernières paroles dAbu Amer. Le prophète descendit de son trône, lit l'ablution sacrée, et levant les mains au ciel, lui adressa cette prière : « Seigneur, par- » donne les péchés d'Abu Amer. Accorde-lui une place glo- » rieuse au jour de la résurrection. Qu'il soit élevé au- » dessus de la plus excellente partie de la création ! »
Poursuivant le cours de ses exploits, Mahomet alla mettre le siège devant Taîefoù. Malec s'était retiré avecles Hawazenites. La place était forte. Il fallut l'assiéger dans les règles (4). On ouvrit la tranchée, on fît approcher les béliers, les catapultes, les pieniers; les murailles furent battues pendant vingt jours. Lorsque les brèches furent praticables,
(1) Mahomet attribua Phonneur de cette victoire au secours divin,
■ Dieu couvrit de sa sauvegarde le prophète et les croyants. II fit descendre des bataillons d'anges invisibles à vos yeux, pour punir les inûdèles. Tel est le sort des prévaricateurs. » Le Koran, ch. ix, p. 180.
(2) Jannab.
[Z] Abul-Feda. Elbokar.
(i) Abnl-Feda. p. il7.
82 AUREGE
on donna l'assaut. Les Miisulnuius montèrent avec leur intrépidité ordinaire. Ils combattirent vaillamment; mais ils trouvèrent une résistance insiirinonlable. Mulec, à la tète des Hawazdiitcs, les repoussa avec perte. Irrité du peu de succès de ses armes, Mahomet lit le dé^'àt autour de la ville. Toutes les vignes lurent coupées. On y mit le feu. Ce spectacle n'abattit point le courage des TakifUes. L'amour de la liberté leur Ht tout supporter (1). Ce stralaf,'ème n'ayant pas réussi, Mahomet en employa un autre qui pouvait leur devenir funeste. Il Ht publier autour des remparts qu'il donnerait la liberté à tous les esclaves qui se rendraient à son camp. Les assiégés tirent si bonne garde, qu'il ne s'en échappa que vingt-trois. Ils turent déclarés libres. La ruse et la force devenant inutiles, Omar, par l'ordre du général, commanda aux troupes d.-; plier bagage. Un murmure universel s'éleva. « Hé quoi ! disaient les Musulmans, quitteronsnous prise avant que Taicf nous ait ouvert ses portes?» Témoin du mécontentement de l'armée, Mahomet fit publier l'assaut pour le lendemain. Les soldats, satisfaits, s'y portèrent avec ardeur. Ils gagnèrent la brèche l'épée à la main, et combattirent en désespérés sur les débris de la muraille; mais les assiégés, retranchés dans un poste avantageux, présentant un front hérissé de lances et d'épées, tandis que leurs archers faisaient pleuvoir une grêle de dards et de flèches, formèrent derrière leurs murs renversés, un rempart impénétrable. Après des efforts inouïs, les assiégeants ayant perdu beaucoup de monde, voyant la plupart de leurs officiers blessés, furent obligés de se retirer. Mahomet fît donner une seconde fois l'ordre du départ, et personne ne murmura (2). L'armée s'étant mise en marche, s'arrêta à Gerana, bourg situé entre Tdief et la Mecque (.3). C'était le dépôt de toutes les dépouilles enlevées à la bataille d'Honein et d'Autas. On en fit le dénombrement. Il se trouva six mille captifs, hommes, femmes et enfants, vingt-quatre mille chameaux, quarante mille moutons et quatre mille onces d'argent. Les Hawazeiiitesne tardèrent pas à envoyer des députés au camp de Gcrana. Mahomet se leva à leur arrivée, et leur lit un accueil gracieux. Ils embrassèrent l'islamisme, et le prièrent de leur rendre leur prisonniers et leurs biens. « Mes »soldats,leur dit-il, ne consentiraient jamais à vous accorder » votre demande en entier; choisissez de l'un ou de l'autre. » Us retournèrent versleurscompatriotes,etrevinrcnt dix jours après demander les captifs de leur nation. Avant de les leur
(1) Jannab.
h] Abul-Feda, p. 120.
(3) Jannab, p, 238.
DR r.A VIE DE MAHOMET. ^ 83
rendre, Mahoniot assembla ses soldais, et leur fit cette courte harangue : « 0 Musulmans, vos frères sont venus » vers vous, conduits par le repentir (I). Ils m'ont conjuré » de rendre la liberté à leurs pères, leurs mrres, leurs en- » fants. Je n'ai pu résister à leurs instances. Je serais charme » que vous approuvassiez ma conduite; mais si quelqu'un de )' vous se croit lésé, qu'il parle; je promets de le dédomnia- » ger à la première rencontre où le ciel nous accordera de » nouvelles dépouilles. » 0 prophète ! s'écrièrent le plus grand nombre, nous approuvons ce que vous avez fait. L'acclamation n'ayant pas été générale, il ordonna aux tribuns de recueillir les voix de chaque soldat, et de lui faire leur rapport. Ils l'assurèrent que toute l'armée avait approuvé sa générosité. La certitude d'un consentement unanime lui lit convoquer une nouvelle assemblée. Les députés des Hawazeniles y ayant été introduits, il leur dit : « Tous les » captifs qui sont tombés en partage à moi et aux enfants )) d'Abd Elmotalleb, sont à vous. » Les Mohagériens et les Ansariens dirent : « Tous ceux qui nous sont échus appar- » tiennent à l'apôtre de Dieu. » A l'instant les six mille prisonniers furent rendus aux Hiiwazenites. Un trait de munificence fit oublier aux croyants le sacrifice qu'ils venaient de faire. Il leur céda la cinquième portion du butin qui lui était due par droit de conquête. Avant de congédier les députés, il leur fît entendre que si Malec, leur général, venait embrasser l'islamisme, il lui rendrait sa famille, ses richesses, et qu'il ajouterait à ces bienfaits un présent de cent chameaux. Attiré par ces flatteuses promesses, le prince se rendit au camp de Gerana, et se fit musulman. Son attente ne fut point trompée. Flatté de l'accueil qu'il reçut, charmé d'avoir recouvert ce qu'il avait de -plus cher au monde, Malec épousa avec chaleur les intérêts d'un vainqueur bienfaisant, et devint l'ennemi le plus redoutable des Takifitefi. Le commandement de tous ses compatriotes fut le prix de son zèle.
Ces négociations terminées, Mahomet partagea les dépouilles. Il lui importait de s'attacher les principaux chefs des tribus (2). Tout ce que le droit des armes lui avait acquis, fut sacrifié pour gagner leur affection. Abusofian, ses deux fils, Yezid et Moavia (3); Sahal, fils d'Amrou; Acrema, fils à'Abugehel; Elharet et Suwan, fils d'Omia, les plus distingués
(1) Elbokar.
(2) Abul-Fed(L, p. H8.
(3) Moavia, sixième calife, fut la tige de la famille des Ommiades qui tirèrent leur nom d'Omafa, son aïeul. Cette famille occupa l'empire jusqu'à la ceattreatedeuxième aunée de l'hégire, qu'il passa aux Abassides.
84 ADUEGR
d'entre les Coreishitos, furent comblés de ses faveurs. Les princes des autres tril)us eurent aussi part à ses largesses. L'un d'eux, nommé Elalibis, fils de Mardas, mécontent des chameaux qu'il avait reçus en présent, s'en plaignit hautement. « Il faut, dit Mahomet, couper la langue à cet homme. » Il le combla de tant de dons, qxi'Elabbas, confus et charmé, demeura muet. Les Ansariens, témoins de tant de grâces sans les avoir partagées, se crurent en droit de porter d'humbles plaintes à leur apôtre. Ils lui témoignèrent leur douleur respectueuse (1). « 0 Ansariens! leur dit-il, vous » murmurez de ce que je répands les biens de la terre pour )) attirer les chefs du peuple à l'islamisme. Vous à quilapro- » fession de la vraie foi a déjà assuré la félicité éternelle, )) pouvez-vous envier des chameaux, des dépouilles qui me » servent à gagner le cœur des idolâtres, et à opérer leur » conversion? Gardes de l'apôtre de Dieu, retournez à votre » quartier. J'en jure ])ar celui qui tient mon àme dans ses » mains, lorsque je vous vis pour la première fois sur le )> mont Acaba, vous m'inspirâtes une telle confiance, que je » me serais livré entre vos mains, si je n'avais espéré que j' le ciel me fournirait les moyens de sortir de la Mecque. Si » les Coreïshites avaient forcé le château à'Abutaleb où je » m'étais retiré, je serais allé chercher un asile parmi vous. » 0 Dieu! fais miséricorde aux Ansariens et aux enfants des » Ansariens. » Honorés de tant de confiance, pénétrés de ces tendres reproches, les gardes de Mahomet se retirèrent satisfaits. Lorsque tout fut terminé, un Musulman dont l'histoire ne nous a conservé que le surnom de Zou el Khowisara (auteur de la calomnie), osa dire en face à son général, qu'il n'en avait pas usé avec équité dans le partage du butin. « Malheureux! lui dit Mahomet, si la justice n'est pas chez » moi, où se trouvera-t-elle (2)? » Omar voulut abattre la tête de l'insolent. <' Laissez-le, ajouta le prophète, il doit » donner le jour à une race qui sortira du sein de la reli- » gion, comme la flèche sort de l'arc, et qui n'y rentrera » plus (H). »
La victoire ayant soumis à l'islamisme la plupart des tribus arabes, leurs chefs, entraînés par des bienfaits, étant devenus ses appuis, Mahomet alla rendre grâces au ciel de ses succès. Il se rendit à la Mecque avec un cortège peu
H) Abul-Feda, p. il9.
(2) Abul-Feda, p. U9. Jannab, p. 240.
(3) Si l'on en croit les historiens arabes, la prédiction s'accomplit. Zou Elkoloùai'a ilnnna le jour :'i llarkoud, invuommn Zou Elmezma (digne de blâme), qui lut le chef des Kharegitas ou schismatiques, révoltés contre l'autorité de liman, gruiul pontife de la religion.
nombreux. Il visita les lioux saints, et accomplit les cérémonies d'usage. Paitout il lit paraître ce respect religieux ({ui, impriinaul dans les esprits une idée sublime du Dieu que l'on sert, rélléchil sur le ministre une partie de sa L'Idire. Ces ilevoirs sacrés étant remplis, il s'occupa des affaires du gouvernement, et nomma aux principaux emplois, Ulab, lils d'Oziiid, qu'il avait établi son lieutenant; et Moadli, qu'il avait créé tman, ou grand pontife, furent coufirmés dans leurs charges. Le premier présidait aux affaires civiles; l'autre, chef de la religion, devait enseigner au peuple la manière de célébrer les fêtes du pèlerinage. Pendant que ces soins le retenaient, les Ansariens, (idèles compagnons de ses travaux, murmuraient entre eux. Ils appréhendaient que leur apôtre n'établit à la Mecque le siège de son empire. Ils attendaient impatiemment son retour. Chaque moment qu'il y restait leur paraissait long. Mahomet était loin de justifier leurs alarmes. Il n'ignorait pas que la pi'ésence d'un maître eût réveillé les haines mal éteintes des Coreïshites; qu'à la Mecque il n'eût été que le premier de ses concitoyens, lundis qu'à Médine il était roi, pontife, prophète. 11 se hâta de retourner au camp de Gerana, et ramena ses troupes triomphantes à Médine. La joie de tout un peuple le flatta davantage que l'aspect des fiers Coreïshites humiliés. La naissance d'un fils, nommé Ibrahim, combla ses vœux. Marie l'Égyptienne, cette jeune Cophte que lui envoya Mokaukas, le mit au monde quelque temps après son arrivée (1). Il célébra cet heureux jour dans un festin qu'il donna à ses amis.
La môme année, l'Arabie perdit Hatem, un de ses poètes les plus distingués. Il était chrétien, et seigneur d'une ville nommée Khader, située dans la province de JSajd, entre les monts Ajja et Salma. 11 chantait dans ses vers, la vaillance et la bienveillance, vertus dont il était le modèle. Voici l'éloge qu'en fait Elinaïdan, auteur du livre des proverbes arabes : « Hatem fut généreux, vaillant, poète distingué et » toujours victorieux. Livrait-il un combat, il en sortait cou- » vert de lauriers. Poursuivait-il une proie, il l'attLignait. » Lui demandait-on une grcàce, elle était accordée. S'il » jouait au jeu de hasard, le sort le favorisait. S'il dispu- » tait le prix de la course, il fournissait le premier la car- » rière. S'il faisait des prisonniers, il leur rendait la liberté. » Les livres des Arabes sont remplis des exemples de sa générosité. Je ne puis me refuser au plaisir d'écrire le trait suivant, rapporté par le même auteur. Hatem, déguisé, traversait le territoire d'Anzinite. Un prisonnier chargé de fers le
{i)/annab, p. 244. Abtt'.-Feda, p. 120.
reconnut. Persuadé que s'il pouvait se faire entendre, ses liens allaient tomber, il s'écria : » Aboii Sofana (1)! la captivité et la vermine m'ont rongé. — Mon ami, lui dit îlatem,'\\ ne fallait pus me nommer dans une terre étrangère. » Cependant, il s'approcha du malheureux; il le fit déchaîner et se mit à sa place. Etant connu, il ne put obtenir sa liberté qu'à prix d'or. 11 resta dans les fers jusqu'à ce qu'il eût payé sa rançon, qui fut très considérable.
Hatem laissa en mourant un lîls nommé Adi, et la belle Sofana (2). Ils suivaient la religion chrétienne ; mais une partie des laites qui formaient leur tribu adorait encore les faux dieux. Mahomet envoya Ali avec des troupes, pour renverser Elfatas, leur principale idole. Adi prit la fuite, et se retira en Syrie avec une partie de ses richesses. So/'ana était restée à Kliader. Elle fut emmenée à Médine. Confondue dans la foule des captives, elle se trouva exposée au milieu de la place publique. Tandis que les compagnes de son infortune s'abandonnaient aux larmes et au désespoir, elle réfléchissait aux moyens de sortir de l'abîme. Ayant aperçu le prophète qui passait, elle se leva précipitamment, et lui dit : « 0 apôtre de Dieu! celui qui m'a donné le jour n'est » plus; mon patron a pris la fuite; faites- moi participer à » la grâce que Dieu vous a accordée. — Quel est votre » patron? lui demanda Mahomet. — Cest A^fi, fils de Hatem, » lui répondit Sofana. — Que le ciel vous accorde votre » demande, comme je le fais moi-même. » Il lui fît ôterses liens, lui rendit la liberté, la combla de présents, et la renvoya à son frère. Adi fut si touché de cette générosité, qu'il partit pour Médine et embrassa l'islamisme.
(Depuis la chute d'Atlam, suivant Abul-Feda, 6124. — Depuis la nais«ance de J.-G. 639. — Après l'hégire. 9. — De Mahomet, 61.)
La neuvième année de l'hégire fut célèbre par le concours des ambassadeurs qui vinrent s'humilier devant le prophète de l'islamisme. La plupart des princes arabes avaient jusqu'alors été simples spectateurs des combats livrés entre la Mecque et Médine. Ils attendaient, pour se déclarer, l'arrêt de la victoire (3). Lorsqu'elle eut prononcé, lorsque les Coreïshites, respectés comme les dépositaires de la religion et les gardiens du territoire sacré, eurent courbé leur front sous la loi du mahométisme, les idolâtres vinrent en foule
(1) Abou Sofana signiBe père de la perle. Hatem avait pris ce nom [Kir amour pour sa fille nommée Sofana.
(2) Ebn Ishak.
(3) Abul-Feda, p. it\. Ja-nab, p. 24.='
DE I.\ VIF, Ï)F. MAIIOMRT. 87
rendre hommage au vainqueur, et lui prêtèrent serment de fidélité. Cette prophétie s'accomplit : « Lori^quc Dieu tniverra » son secours et la victoire, vous verrez les hommes em- » brasser à l'envi l'islamisme (1). » Mahomet fit un accueil favorable aux envoyés des peuples. Il les traita chacun suivant sa dii.'uité, et les renvoya avec de riches présents. Un des principaux fut Moseïlauia, prince d'Y>mama, ville qui a donné son nom à la province dont elle est capitale. Il se fit Musulman et prêta serment de fidélité. A peine fut-il de retour dans ses Etats, qu'il aposlasia. Souverain d'une grande ville, honoré parmi ses sujets, il crut pouvoir jouer avec succès le rôle de prophète. Il se mit à prêcher, lin nombre de partisans assez considérable s'étant rangés sous ses drapeaux, il se regarda comme l'égal de Mahomet, et lui écrivit en ces mots : « Moseïlama, apôtre de Dieu, à Mahomet, » apôtre de Dieu, salut. Que la moitié de la terre soit à toi, » et l'autre moitié à moi. » Trop bien affermi pour avoir besoin d'un associé, Mahomet lui fit cette réponse : « Mahomet, » aptUrc de DifU, à Moseïlama, le menteur. La terre appar- » tient à Dieu. Il en donne l'héritage à qui il lui plaît. La » victoire accompagnera ceux qui le craignent. » Les talents de Moseïtiima ne répondaient pas à son ambition. Son règne fut passager. Il périt dans une grande bataille que lui livra Khaled, sous le califat dAbubecr, et son parti fut anéanti.
Anva, prince des Takifites, était absent lorsque les Musulsans assiégèrent Taïef. II ^^nt à Médine, et embrassa l'islamisme. Il voulut devenir l'apôtre de son peuple (2). Mahomet lui représenta l'opiniâtreté des Tnkifitea, et les dangers de son apostolat. Malgré ces avertissements, Aitva alla prêcher ses compatriotes. La mort fut le prix de son zèle. Il fut tué l'un coup de flèche.
Caab, fils de Zohaïr, dont la tête avait été proscrite, osa retourner à Médine. Choisisant le moment où Mahomet était à la mosquée entouré d'un peuple nombreux, il parut au milieu de l'assemblée. Il prononça la profession de foi des Musulmans, et récita le poème fameux que les Arabes regardent comme un chef-d'œuvre de l'art, et qui commence par ces mots : Ma félicité crimmence. Le jour désiré brille à mes yeux, etc. Mahomet fut si flatté des louanges du poète, qu'il se dépouilla de son manteau et l'en revêtit (3). C'est avec ce
(1) Le Koran, ch. ex.
h) Abut-Feda. p. iiî.
(3) Le calife Mohauia offrit à Caab dix mille drachmes de ce manteau, «ans pouvoir l'obtenip. A la mort du poète, il l'acheta de ses enfnnts pour vingt mille drachmes. Ce manteau devint un ornement des califes. Ils le portaient aux fêtes solennelles. £'/mosfrt«em en était revêtu lorsqu'il parut devant //olag'i. grand khaa de^ Tartares. II portait aussi à la main la canne de Mahomet. Eolagtt
Caah que le docteur Prideaux confond le satirique de même nom, mis à mort la troisième année de l'hégire.
Lu paix régnait en Arabie. Les peuples, séduits ou domptés, révéraient ou craignaient leur apôtre, leur conquérant. Quelques petits princes idolâtres n'avaient point encore sul)i le joug. Ils ne parurent pas assez formidables à Mahomet pour lui faire suspendre l'exécution de ses desseins. C'était peu pour lui d'avoir soumis les Arabes, s'il n'employait leurs forces réunies, pour renverser les trônes des voisins, et pour envahir leurs Etats. La Syrie avait attiré ses regards. Cette riche contrée était à sa bienséance. Il* en médita la conquête, et si la mort ne lui laissa pas le temps d'exécuter ce projet, il traça du moins à ses successeurs la marche qu'ils devaient suivre. Ayant appris que les Grecs levaient des troupes sur la frontière, il publia contre eux la guerre sainte. N'ayant eu jusqu'alors que des tribus divisées à combattre, il avait couvert du mystère toutes ses démarches. Le secret de ses expéditions, la rapidité de ses attaques, n'avaient pas laissé aux ennemis le temps de se reconnaître. Presque tous avaient été défaits avant d'avoir pu réunir leurs forces. C'est à cette politique qu'il devait tant de succès. Contre les Grecs rassemblés sous une même domination la surprise devenait inutile. Il fallait de grandes batailles pour les réduire ; il changea de plan, et manifesta son intention. Afin que les Musulmans fissent des efTorts proportionnés, il leur dévoila les fatigues et les obstacles qu'ils auraient à surmonter, le nombre et le courage des ennemis qu'il faudrait combattre (1). Les préparatifs se faisaient au mois de Rajeb. La chaleur était extrême. La sécheresse et la stérilité désolaient le territoire de Médine. L'attente des nouveaux fruits, l'espoir d'une récolte prochaine enchaînaient les courages. Une armée formidable entraînait des dépenses extraordinaires. L'éloquence et la fermeté de Mahomet triomphèrent de tous ces obstacles. Abubecr donna tous ses biens pour la guerre sainte. Omar sacrifia la moitié de ses richesses. Elabbas fournit de grandes sommes d'argent. Ohtman apporta mille écus d'or, fit tuer trois cents chameaux, et se chargea d'entretenir trois régiments pendant la campagne.
Tout étant prêt, Mahomet se mit en marche et alla
ayant fait brûler l'ua et l'autre dans un bassin, fit jeter leurs cendres dans la Tigre. « Ce n'est point le mépris, dit-il, qui m'a porté à brûler ces deux moimmeots précieux c'est le désir de conserver leur pureté, leur sainteté. « ELmostasen fut le trente-sixième calife et le dernier de la famille des Abassides. Bolagtt, après avoir emporté Bagdad d'assaut, et passé les h&bil .uts au fil de l'épèe, le fit périr. Ahmen ben Joseph, Hist. gén., seet. XL. (l) Abul-Feda, p. 123.
camper à quelques lieues iK; Médino. Abdallafi, l'incrédule, y demeura avec ses parlisann. Ils se moquaient des croyants qui, poussés par un zèle superstitieux, allaient s'exposer à tant de périls pendant l'excès des chaleurs. Mahomet leur répond ainsi dans le Koran : « Satisfaits d'avoir laissé par- » tir le prophète, ils ont refusé de soutenir la cause du ciel, » de leurs biens et de leurs personnes, et ils ont dit : N'allez » pas combattre pendant la chaleur, liéponds-leur : Le feu » de l'enfer sera plus terrible que la chaleur. S'ils le com- >j prenaient (1) ! »
Parmi les Musulmans, Caab, fils de Malec ; Merara, fils de Rabié; llelal, fils d''Omaia, furent les seuls qui refusèrent de se rendre aux ordres de leur général (2). En son absence, il avait confié le gouvernement de Médine et le soin de sa famille au brave Ali. Les idolâtres, qui redoutaient sa fermeté, frémirent de dépit, et cherchèrent à jeter des soupçons dans son cœur. Ils publièrent que Mahomet l'avait laissé derrière parce qu'il était jaloux de ses exploits. Ces discours affligèrent Ali. L'amour de la gloire se réveilla. Il prit ses armes, se rendit au camp, et apprit au prophète les bruits injurieux qui couraient sur son compte. « Ce » sont des imposteurs, lui dit Mahomet. Retournez à Mé- » dine. Soyez-y mon vicaire, et prenez soin de ma famille. » Refuseriez-vous de remplir auprès de moi la place qu'Aaron » occupait auprès de Moïse? » Ali, consolé, se rendit à son poste, et fit taire l'envie.
L'armée des croyants, forte de vingt millehommes d'infanterie et de six mille hommes de cavalerie, se mit en marche. Les chaleurs étaient excessives. Brûlés par un soleil ardent, étouffés par la poussière, dévorés par la soif, les soldats succombaient sous l'excès de la fatigue. L'exemple d'un général qui marchait à leur tète sans se plaindre, soutenait seul leur courage (3). Lorsqu'ils furent arrivés à Hegr (4), vallée située à une station de Wadi Elcora, ils voulurent se désaltérer à une de ses sources. « Gardez-vous de boire de j) cette eau, leur cria Mahomet : elle est infectée; des impies » s'y sont désaltérés. Gardez-vous d'entrer dans ces mai- Ci) Ch. II.
(2) Abul-Feda, p. 123.
(3) Ebn Hou/cel. El r.'dris, le péograptie.
(4) Cette vallée est actuellemeat déserte. Les moutagnes qui l'environnent sont Dominées par les Arabes, Elateleb, les fragments de rochers. Ebn Haukal.
Les Thémudéens, ses aacieus habitants, furent anéantis par la vengeance divine, pour avoir tué ULie femelle de chameau que Siileh, leur apôtre, avait fait sortir miraculeusement d'un rocher. Mahomet qui, fonde sur la tradition, rapport!' dans plusieurs endroits du Koran, leur crime et leur puuition, voulut, par sa conduite, airennir sa doctrine, et refusa de se désaltérer à un puits qui avait servi à des impies.
do ARRÉGÉ
» sons; les peuples qui les habitaient furent injustes et sa- » crilè^es. Pleurez sur eux, ot craignez «le mériter le châti- » ment qui les fit périr. » En prononçant ces mots, il se couvrit le visage de son manteau, et franchit la vallée au galop (1). Après avoir traversé de vastes déserts, et supporté des fatigues incroyables, il arriva à Tabuc (2), où il trouva des eaux et des palmiers. Il s'y arrêta pour prendre des informations de l'ennemi. Ayant appris que les Grecs s'étaient retirés, il se borna à soumettre les petits princes des environs, afin de s'assurer des frontières de la Syrie. Gomme il était sur les terres de l'empereur Héraclius, il lui écrivit une seconde lettre pour l'engager à embrasser l'islamisme. L'empereur reçut son ambassadeur avec honneur, et le renvoya avec de bonnes paroles.
(3) Cependant les habitants des bourgs et des villes voisines, effrayés par l'approche d'une armée formidable, se hâtèrent de conjurer l'orage. Ils envoyèrent des députés au camp de Tabuc, et rendirent hommage au chef des Musulmans (4). Yohanna, seigneur d'Aïla, prince chrétien, y vint lui-même. Il obtint la paix, à condition qu'il paierait par an un tribut de trois mille écus d'or. Le prophète lui accorda ce diplôme en forme de letti^es-patentes : « Au nom » de Dieti clément et miséricordieux (5). Que ces lettres accor- » dées au nom de Dieu et de Mahomet, son apôtre, servent » de sauvegarde à Yohanna, et aux citoyens d'Aila (6). Que » leurs vaisseaux et leurs caravanes parcourent la mer et » la terre, sous la protection de Dieu et de Mahomet, son » prophète. Que les habitants de Syrie, de l'Yémen et des )) côtes maritimes qui commerceront avec eux, jouissent des » mêmes privilèges. Si quelqu'un d'eux acquiert de nou- » velles richesses, qu'il ne les préfère pas au salut de son
(1) Abal-Feda, p. 124.
(2) Tabuc offre l'aspect riant de la fertililé au milieu du déseit. Celte ville est située à six stations de Madian vers l'orieut, et à quatre stations de la Syrie. El Edris. Jamiab dit que Tabuc est un lieu fort connu sui- la route de Damas.
(3) Jannab.
(4) Abxd-Feda, p. 125.
(5) L'auteup du livre Elanouar.
(6) AUa, ville située au fond de la mer Rouge, était anciennement habitée par des Juifs. Les pèlerins d'Egypte passent auprès pour aller à la Mecque. De nos jours, dit Abul-Feda, les environs sout incultes. L'ancienne citadelle, bâtie dans la mer, est détruite, et le gouvernenr égyptien qui y résidait, s'est retiré dans la ville élevée sur le rivage, à cinq journées de Madian, située sur la même côte. Abul-Feda, description de l'Arabie, p. 41.
Si l'on en croit le Koran, Dieu punit rigoureusement les Juifs anciens habitants d'AiVa, devenus idolâtres, u Que vous peindrai-je de plus terrible que 1 i » vengeance que Dieu a exercée contre vous? Il vous a maudits dans sa colère. » 11 vous a transformés en singes et en porcs, parce que vous avez brûlé de l'eii- » cens ijpvant los iddies, et que vous êtes plongés dans les plus profondes ténèbre». » Le Koian, cli. v.
"âme. S'il fait des captifs, qu'il les traite avec humanité, » leur accorilant la nourriture et les secours dont ils auront » besoin, et qu'ils promettront de payer lorsqu'ils seront » devenus libres. » Les habitants d'Aïla ont gardé précieusement cet écrit, et le conservent encore de nos jours. Non content de cette faveur, le prophète iit présent aux citoyens d'Aïla du manteau (1) qu'il portait alors.
(2) Mahomet reçut favorablement les députés d'Adroh et de Jarlia. villes situées sur les frontières de Syrie, et leur accorda la paix, à condition qu'ils lui paieraient un tribut de deux cents écus. Tous les petits souverains des environs qui refusèrent d'embrasser l'islamisme, devinrent ses tributaires. Ocaïder, prince chrétien de la tribu de Kenda, refusa de rendre hommage au conquérant. Fierdii titrederoi de Dmtmat Elgcndal, ville située à cinq stations de Damas, il n'envoya point d'ambassadeurs au camp de Tabuc. Retiré dans là forteresse de Madhen avec ses trésors et sa famille, il se crut ta l'abri de la tempête; mais Mahomet craiimait de laisser derrière lui un ennemi dangereux. Il dépêcha Khale'i avec quatre cents chevaux, et lui commanda d'enlever le prince rebelle. Tout le pays jusqu'aux frontières de Syrie étant subjugué, il partit de Tabuc après y avoir séjourné vingt jours. Tandis qu'il ramenait ses troupes à Médine, Khuled volait vers Madhen. Ayant trop peu de monde pour employer la force ouverte, il fit usage de la ruse. Posté en embuscade à quelque distance du château, il épia le moment où Ocaïder sortit pour la chasse, et l'enleva avec son cortège. Hasan, un des frères du prince, ayant fait quelque résistance, fut tué. Il était revêtu d'une cotte d'armes de brocard, couverte de lames d'or. Elle fut envoyée au prophète pour gage de la victoire. Cette riche dépouille attira les regards de toute l'armée. Chaque soldat voulait la voir, la toucher. Témoin de leur admiration stupide Mahomet la fit cesser (2). « Vous contemplez avec » étonnement, leur dit-il, la richesse de cette cotte d'armes. » Apprenez que les essuie-mains dont Saad se sert dans le » paradis, sont infiniment plus précieux. » Cependant Khaled, aussi adroit négociateur que vaillant capitaine, se fit remettre les clefs du château de Madhen, avec mille cha-
(1) Les sultans ottomans possèiient ce manteau. A/ourad Khan, Gis de SMim Khan qui régnait l'an 982 de l'hégire, la quinze cent soixante-quatorzième année de notre ère, flt faire une cassette d'or ou il renferma cette relique pn-cieuse. Les Turcs lui attribuent la prospérité de leur empire, le succès de leurs armes, et surtout la vertu de guérir tous les malades qui boirent de l'eau oii on l'a trempée. Ahmed bcn Joseph, Hist. gén.
! (2) Ahmed ben Joseph. Abul-Feda. Jannab.
' (3) Abul-Feda, p. 226.
ii'l AIJREGK
meaux, huit cents chevaux et quatre cents cuirasses. Il amena Ocaïder et sou frôre Masoud aux pieds de l'apôtre qui leur pardonna, leur imposa tribut, et les renvoya dans leur pays avec des lettres de sauvegarde.
En ramenant son armée à Médine, Mahomet passa près du territoire des Gunamitea (I). Ces Arabes, chrétiens dissimulés, avaient élevé un temple pour l'opposer à celui de Ki^ba, dont il avait fait la dédicace en y priant solennellement. Di'sirant d'attirer sur eux le concours des peuples, ils sollicitèrent un pareil honneur (2). Le prophète était prêt à leur accorder, lorsqu'il apprit qu'il 6m Amrou devait être le pontife de ce temple. Ce moine fervent, voulant s'attirer la vénération des peuples, marchait toujours couvert d'un cilice (3). Le zèle du christianisme, la haine qu'il portait à Mahomet, le déterminèrent à partir pour Constantinople. Il demanda des troupes à Héraclius pour combattre l'ennemi de sa religion; mais l'empereur refusa de lui accorder sa demande. Voici le tableau que le Koran nous offre de ce temple : « Ceux qui ont bâti un temple, séjour » du crime et de rinlidélité, sujet de discorde entre les » fidèles, lieu où ceux qui ont porté les armes contre Dieu >y et son ministre dressent leurs embûches, jurent que leur »> intention est pure; mais le Tout-Puissant est témoin de « leur mensonge. Garde-toi d'y entrer. Le vrai temple a sa » ])ase établie sur la piété (4). » La défense était formelle. Mahomet envoya des troupes qui renversèrent le temple (5) des Ganamites.
De retour à Médine au mois Ramadan, il punit sévèrement les trois Ansariens qui avaient refusé de se rendre sous ses drapeaux. Ils furent bannis de la société, privés de tous leurs droits. Il fut défendu d'entretenir aucun commerce avec eux, même de leur parler. On fuyait leur approche avec horreur. Ce châtiment terrible dura cinquante jours. Lorsqu'il les crut assez punis, il fît descendre du ciel ce verset qui annonce leur crime, leur punition et leur pardon. « Trois d'entre eux étaient restés derrière. Bannis de » la société, en exil au milieu de leurs concitoyens, ils pen- » sèrent dans leur détresse qu'ils n'avaient de refuge qu'en » Dieu. Il les regarda avec bonté, parce qu'ils se conver-
(1) Jannab.
(2) Gelaleddin.
(3) C'est ainsi que les auteurs arabes nous peignent Abu Amrou. C'était sani doute un de ce< religieux zélés qui faisaient tous leurs efforts pour soutenir en Arabie le christianisme chancelant.
(4) Ch. lï, verset 18.
(5) Le temple dont Mahomet avait fait la dédicace à Coba, se nommait Elta- «oua {la piété). Voyei première année de 1 hégire.
» tirent, et qu'il est induli^ont et luiséricordieux (1). » A peine était-il de retour à Médine, qu'il eut la joie d'apprendre la soumission des Takifites. Cette tribu guerrière avait jusqu'alors résisté à ses armes; mais, sans alliés, entourée d'ennemis, harassée sans cesse par les troupes de Malec, chef des Uawuzenites, elle se vit contrainte de suivre le torrent. Elle envoya dix ambassadeurs à Médine (2). Admis à l'audience du prophète, ils proposèrent d'embrasser l'islamisme, à condition qu'ils conserveraient encore trois ans leur idole d Lit (c'était la grande déesse des Arabes; mais les Takifites lui rendaient un culte particulier); leur proposition fut rejetée. Ils demandèrent qu'il leur fût permis de la regarder au moins un mois. Mahomet refusa d'y consentir. Ils le conjurèrent de les exempter de la prière. Il leur répondit qu'une religion sans prière n'avait rien de bon. Forcés de céder aux circonstances, ils se soumirent et se firent musulmans. Pour s'assurer de leur conversion, le prophète envoya avec eux Moghuïra et Abusofian, fils de Harb, chargés de détruire l'idole el Lut. Le peuple de Taïef, persuadé que la déesse allait foudroyer les deux sacrilèges, s'assembla pour être témoin de la vengeance céleste (3). Abnaofiun prit un énorme marteau, et en frappa la statue; mais, soit qu'il eût asséné le coup avec trop de force, soit que la frayeur l'eût saisi, il fut renversé par terre. Les cris de joie et les huées des Tnkifites célébrèrent sa défaite. El Mogharia, prenant le marteau d'un bras plus sûr, en déchargea plusieurs coups sur l'idole, rabaltit,et la mit eu pièces. Les acclamations se changèrent en cris de douleur. Les vieilles femmes, les yeux baignés de larmes, chantèrent en sanglotant cet hymne funèbre : Pleurez, jeunes enfants qui sucez encore le lait de vos mens (4). Faites vos derniers adieux à la grande déesse. Vous ne verrez plus voltiger autour d'elle les petits oiseaux qui lui étaient consacrés.
(5) Au mois de Chawal, Abubecr, chargé de présider à la célébration du pèlerinage de la Mecque, partit avec un cortège de trois cents hommes. S'étant arrêté à bvlhoUiifa^ bourg situé à quelques milles de la Mecque, il vit arriver Ali avec des préceptes nouvellement descendus du ciel. En effet, le prophète ne croyant plus avoir besoin de ménager les idolcàtres, publia (6i le chapitre de la conversion, où oa
(1) Le Roran ch. ix.
(2) AbalFeda, p. 12i
(3) Jannab.
(4) El SokaU.
(5) Abul- Feda, p. 227 et 228.
(6) C'est le dernier que Mahomet ait publié: mais ceux qui ont rassemblé les morceaux épars du Koran, ayant eu é:;arii plutôt à lu longueur des chapitres
94 Ai'.Hr.GÉ
lit ces mots : .< Dieu ci son envoyé déclarent qu'après les » jours du pèlerinage, il n'y a plus de pardon pour les ido- » làtres. Il vous importe de vous convertir. Si vous persistez » dans l'incrédulité, souvenez-vous que vous ne pourrez » suspendre la vengeance céleste. Annonce aux infidèles » des supplices douloureux, etc. (1). »
Ali devait lire ce chapitre fulminant dans l'assemblée du peuple. Abiibicr, jaloux de son ministère, retourna à Médine, et dit à Mahomet: « Le ciel ne vous a-t-il rien révélé pour moi? » « Rien, répondit le prophète. Tous les pré- » ceptes que Gabriel m'a apportés, j'ai dû les publier moi- » même, ou charger quelqu'un de ma famille de cet em- » ploi. 0 Abubecr ! qu'il vous suffise d'avoir été mon com- » pagnon dans la grotte du mont Tour, et de vous être assis » à mes côtés, sous le dais que l'on ra'éleva à la journée de » Beder. » — « Je n'oublierai jamais cet honneur, >» répondit Abubcer. Il s'en retourna consolé. Arrivé à la Mecque, il présida à la solennité du pèlerinage, et enseigna aux peuples les cérémonies que l'on devait observer pendant ces fêtes. La veille de l'immolation des victimes, Ali lut le chapitre de la conversion (2). Le lendemain il fit un discours aux Arabes, et déclara qu'après cette année, nul mortel ne pourrait accomplir les circuits sacrés autour du sanctuaire d'Israaël, sans être revêtu de l'habit de pèlerin. Il ajouta que désormais il serait défendu sous peine de mort aux idolâtres de célébrer la fête du pèlerinage, et de s'approcher du temple. Le Koran confirme cette défense (3). « 0 croyants ! les idolâtres sont immondes. Qu'ils n'appro- » chent plus du temple de la Mecque après cette année. Si » vous craignez l'indigence, le ciel vous ouvrira ses trésors. « Dieu est savant et sage (4). » Lorsque la solennité fut finie. Abubecr et Ali retournèrent à Médine.
Dbpuis la chute d'Adam, suivant Abul-Feda, 6225. — Depuis la naissance de J.-C. 640. — Après l'hégire, 10. — De Mahomet, 62.)
La pubiicaîion de ces lois menaçantes porta le dernier coup à l'idoràtrie.'Les peuples vinrent en foule se soumettre à l'islamisme. Les rois d'Wémiar (5), entraînés par l'exemple
qu'au temps où ils out été donnas, l'ont placé le neuvième. Elbokar. Voyez la préface.
(!) Le Koran, ch. ix.
(2) Jannnb, p. 272.
(3) tille est observée à la rigueur. Un étranger qui oserait s'approcber de la Mecque serait mis à mort s'il était reconnu.
(4) Lî Koran, ch. ii.
(5) Ces petits souverains étaient au nombre de cinq. Ils régnaient sur dillé-
et séduits par les leltrus que Maliomet leur avait écrites, lui répondirent qu'ils avaient renversé les autels de leur.-^ dieux, et que, soumis à la vraie religion, ils étaient prêts à combattre l'idolâtrie de toute leur puissance. Ces nouvelles le nattèrent. 11 l'élicila les princes sur le bonheur qu'ils avaient eu d'ouvrir les yeux à la lumière, et les exhorta à la fidélité envers Dieu et son apôtre (I). Pour s'assurer de ces riches contrées, il envoya deux lieutenants y commander en son nom. Abou luousa eut le gouvernement de Zabùl et d'Aden. Moudh alla faire sa ré-ideuce à Jand. Intimement lié avec ce dernier, Mahomet lui donna des preuves de son amitié à sou départ. 11 lui ceignit la tèle d'un turban; il l'aida à monter sur sa mule, et la conduisit à pied un espace de chemin assez long (2). Moudh, confus, voulait descendre. « Restez, » mon ami, lui dit le prophète. Ne croyez pas que je manque » à ma dignité; j'accomplis l'ordre du ciel, et je satisfais » mon cœur. 11 faut que celui qui est revêtu du commande- » ment soit honoré. Hélas! ajouta-t-il en soupirant, si je » pouvais espérer de vous revoir un jour, j'abrégerais les » ordres que j'ai à vous donner; mais c'est la dernière fois » que je m'entretiens avec vous. Nous ne nous réunirons M qu'au jour de la résurrection. » Les deux amis se quittèrent en versant des larmes. Ils ne se revirent plus.
La joie des nouvelles agréables qu'il avait reçues fut troublée par un événement douloureux (3). Il n'avait qu'un fils âgé de dix-sept mois. C'était l'unique rejeton qui put transmettre son nom à la postérité. La mort lui enleva cette flatteuse espérance. Le jeune Ibrahim mourut. Ce fut un jour de deuil pour Médine. La nature parut aux yeux du peuple, sensible à cette perte. Une éclipse de soleil, qui couvrit de ténèbres la face des cieux, fut attribuée à la mort d'Ibrahim. Mahomet, quoique pénétré d'une douleur profonde, voulut détruire cette erreur. « Citoyens, leur dit-il, » le soleil et la lune sont des monuments de Dieu, et l'ou- » vrage de ses mains ; mais ils ne s"éclipsent ni pour la » mort ni pour la naissance des mortels. »
Non content d'avoir établi deux lieutenants dans l'Arabie Heureuse, il envoya Ali prêcher les peuples de cette riche
reaies provinces de l'Arabie Heureuse. Us descendaient deBémiar, fils de Seda qui chassa Themod de l'Yémea dans l'Elhejaz, et qui ceignit le premier son front d'uu diadème. Jannab. Ahmed b'ii Joseph. Plusieurs aul' urscroient que le* Hemiarites sont, les Bomérites dont parle Ptoloraée Ludolpbe, Commeataire •ur l'Histoire d'Ethiopie.
M) Ebn Ishac.
(S) Jannab, p, 273.
(3) Elboka-,
96 AliUÉGÉ
province, et lui recoium;ui l.i la justice et la inodéralion (1), « Apfllre de Dieu, lui leprésenLa Ali, je suis jeune, et vous » m'envoyez comiiuimlin' a des Uibu.s parmi lesquelles se » trouvent des personnages respccables juir leur âge et » leur savoir. Gomment oserais-je prononcer des jugements » en leur présence? » Mahomet lui mettant la main sur la bouche, puis sur le cœur, fit cette invocation : « 0 Dicul » délie sa langue, et éclaire son esprit. » Il ajouta ces paroles mémorables : « 0 y\li! eu quelque circonstance que » tu te trouves, lorsque les deux parties se présenteront de- » vant toi, ne prononce jamais en faveur de l'une, sans » avoir entendu l'autre. » Muni de ces instructions, Ali partit. Arrivé dans l'Arabie Heureuse, il lut aux peuples les lettres de son apôtre, et les pressa d'embrasser l'islamisme. Il prêchait à la tète d'une armée, et combattait ceux qu'il ne pouvait convaincre. Cette manière de jji'isuader lui réussit. Toute la tribu de Hamdan se converlit en un jour. Il dépêcha un courrier pour porter cette nouvelle à Mi'dine. La gloire de son nom, que tant d'exploits guerriers avaient rendu fameux, devançait ses pas. Dans tous les lieux où il passait, les Arabes, ou redoutant la force de son bras, ou persuadés par son éloquence, se soumettaient à l'islamisme. Le torrent se répandait de tous côtés, et l'épée levait les obstacles qu'il rencontrait dans son cours. La seule tribu de Najran conserva son culte. Fidèle à l'Évangile, elle aima mieux devenir tributaire que d'abandonner sa religion. Tandis que le brave Ali remplissait les fonctions de son apostolat guerrier, Mahomet ne demeurait pas oisif à Médine. Occupé à recevoir les ambassadeurs des têtes couronnées, à envoyer ses lieutenants dans les provinces conquises, à exécuter par ses généraux des expéditions nécessaires à sa grandeur, et à lier ensemble les membres épars de cette grande moiiarchie, dont la force combinée devait subjuguer une partie du monde, il paraissait aussi grand dans les soins paisibles du gouvernement qu'à la tète des aimées. Voyant sa puissance établie Bur ure base inébranlable, il se disposa à faire le pèlerinage de la Mecque d'une manière plus solennelle. Cette cérémonie, dont l'antiquité remonte au temps d'Isinaël, avait toujours été pratiquée depuis par les Arabes; mais l'idolàlrie l'avait changée en un culte superstitieux. Mahomet, à qui il importait de la conserver, retrancha les abus, et en fit le cinquième article fondamental de sa religion. Le
(1) AbuUh'eda, \>. 129, /annaé
DE L\ VIK or. iMAIlOMKT. 97
Roran (i) la prescrit on ces mots : « Accomplissez le peleri- » nage cle la Mecque, et la visite du temple en l'honneur de » Dieu. » Le bruit s'étant répandu qu'il devait présider à la solennité, un concours prodigieux de peuples se rendit à Médine. Il en partit le 25 dn mois d'Elcaada, accompagné de quatre-vingt-dix mille pèlerins, et suivi d'un grand nombre de victimes ornées de ileurs et de banderolles (2). On alla camper à d'Elhoknfa. Ce bourg, dont nous avons déjà parlé, a un hospice pour les voyageurs. Ali y possédait un puits renommé pour la salubrité de son eau. Il avait fait bâtir une maison auprès. Le prophète y passa la nuit. Le lendemain, au lever de l'aurore, il entra dans la mosquée et y pria. Lorsqu'il eut rempli cet acte religieux, il monta sur une chamelle nommée Elcasoua, et courut rapidement jusqu'à la plaine de Baïda. Là il se dévoua solennellement à l'accomplissement du pèlerinage, et, après avoir prononcé la profession de foi, il dit : Me voilà, Seig7ieur, prêt à t'obéir; y atteste que tu n'as point Wcgul. Le quatrième jour du mois d'Elhajj, il arriva à la Mecque. Son premier soin fut de se rendre au temple. Il baisa respectueusement l'angle de la pierre noire, et accomplit les sept circuits sacrés autour du sanctuaire d'ismaël; les trois premiers d'un pas précipité, et le reste plus lentement. Il s'approcha du marchepied d'Abraham, et retournant à l'angle de la pierre noire, il la baisa une seconde fois. Sorti de la ville par la porte des fils des Mahdoun, il monta sur la colline de Safa. Arrivé au sommet, il se tourna vers le temple, et professa l'unité de Dieu en ces mots : « Il n'y a qu'un Dieu. Il n'a point d'égal. » La domination lui appartient. La louange lui est due. Sa » puissance embrasse l'univers. Il a secouru son serviteur. » Lui seul a renversé les armées ennemies. » Après avoir glorifié le Tout-Puissant, il descendit vers le mont MervUy pressa sa marche dans la vallée, et monta lentement. Parvenu au haut de la colline, il tourna vers le mont Arafat (3). Y étant arrivé un peu avant le coucher du soleil, il fit un discours au peuple, et lui apprit le sens de toutes ces cérémonies. Il continua sa route jusqu'à ce que l'astre eût entièrement disparu. Il vint ensuite à Mozdalefa (le lieu
li) Ch. II.
It) Jaber, fils A' Abdallah, qui était du pèlerinage, le décrit ainsi.
(3) Arafat signiûe connaissance. Ce mont fut ainsi nommé, parce que Gabriel y apprit à Abraham les cérémonies saintes de la religion. Elkaçan. D'autres auteurs prétendent qu'Adam et Eve, bannis du paradis terrestre et séparés l'un de l'autri', errèrent pendant cent vingt ans sur la terre : ils se cherchaient sans pouvoir se réunir. Enfin ils se rencontrèrent, et se reconnurent sur le mont Arafal, oii ils célébrèrent cet heureux Jour; ce qui Ot donner à la montagne le nom de eonnaUsance. Jannab.
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du concours), situé outre le mont Aiafal et la vallée Mena, Il y publia la prière du soir et celle de la nuit. Il y coucha sur la terre, et dès le point du jour il anuonça la prière do l'aurore. 11 se rendit à renceinte d'Elhardm, et s'y tint debout jusqu'au lever du soleil. Alors, pressant le pas, il descendit dans la vallée Mohasser (profonde); de la passant à la vallée Mena, il prit sept pierres fit les jeLa contre Satan en prononçant cette formule : Dieu ist grand, etc. Ces rites accomplis, il se rendit au lieu de l'imm dation des victimes, où, après avoir harangué le peuple, il en égorgea soixantetrois de sa propre main, pour rendre grâce au ciel du nombre de ses années. Il chargea Ali, nouvellement arrivé de rYéinen, d'immoler le reste jusqu'à cent, donna la liberté à soixante-trois captifs, se rasa la tête, et jeta ses cheveux (1) que Ton ramassa comme une relique. Ce fut alors que ces paroles célèbres descendirent du ciel (2) : « Aujourd'hui j'ai » mis le sceau à votre religion (3). Mes grâces sur vous sont » accomplies. Il m'a plu de vous donner l'islamisme (4). » Lorsque les victimes eurent été immolées, tous les fidèles se nourrirent de leur chair. L'apôtre donna l'exemple. Il prit son repas en public, et n'admit qu'Ali à sa table. Après le repas, il alla au temple où il fit la prière de midi. De là il se rendit au puits de Zemzem, et but à longs traits de cette eau miraculeuse. Il fit ensuite les sept circuits autour delà maison sainte, et fournit la carrière entre les collines de Safat et de Merva.
Le neuvième jour de la solennité, il alla prier sur le mont Arafat (5). Ce lieu est consacré à la pénitence en mémoire d'Adam et d'Eve, qui, après une séparation de cent vingt ans, s'y rencontrèrent. Dans le dernier discours qu'il prononça devant le peuple, il réforma le calendrier arabe, et ramena l'année à sa forme primitive, qui est lunaire. « Quand le Tout-Puissant, ajouta-t-il, créa les cieux » et la terre, il écrivit Tannée de douze mois. Ce nombre » fut gravé dansi le livre saint. Quatre de ces mois souï » sacrés. C'est la vraie croyance. Fuyez pendant ces jous » l'iniquité ; mais combattez les idolâtres en tout terni- , » comme ils vous combattent. Sachez que le Seigneur est
(1) Khaled se hâta de les recueillir. 11 les attacha à son turban en fome H'aigretle, et attribua à leur vertu tontes les victoires qu'il remporta dans la suite.
(2) Lorsque ces paroles dcscenilireut du ciel, la chamelle du prophète, accablée •DUS le poids de la révélation, lléchit le geuou, et se prostcrua à terre. Jannab,
(Z) Abul-Feda, p. 131. Jannab, p. 281.
(4) Le Koran, ch. v.
(5) Jannab, p. 282-
» avec ceux qui le craignent (1). » A la fin de sa harangue, il dit adieu au peuple. Et l'on appela cette solennité le pèlerinage de l'adieu (2).
(Depuis la chute d"Adam, suivant Abul-Feda. 6i26. — Depuis la naissance de J.-G. 641. — Après rhepire, H. — De Mahomet, 63.)
Connaissant l'importance du culte extéiicur, Tempirc qu'il a sur les hommes, Mahomet en avait reni[)li tous les devoirs avec cette piété noble et simple qui imprime dans les esprits une haute idée de la divinité. Partout l'exemple avait accompagné le précepte. Le respect profond avec lequel il avait accompli les moindres cérémonies, avait appris au peuple à vénérer les choses saintes. De retour à Médine, il se glorifiait d'avoir donné une religion à ses semblables. Il voyait réunis sous un chef, sous une loi, les Arabes, cette nation indomptable, qui, à l'abri de ses déserts, avait bravé la puissance des Egyptiens, le faste des Perses et l'orgueil des Romains. A la tète d'un peuple nouveau, enflammé de son enthousiasme, enorgueilli de ses succès, il se préparait à combattre la lâcheté et la mollesse des Grecs. Il se flattait de rendre leur empire ou tributaire, ou musulman. La mort vint détruire ces flatteuses espérances. Il tomba malade au mois de Sufar. La fièvre le surprit chez l'une de ses femmes nommée Zaïnab (3). Chacune d'elle avait sa maison particulière, et il les visitait tour à tour. Le lendemain se trouvant dans l'appartement de Maïmouna, et le mal augmentant, il ressembla ses épouses, et leur demanda la permission de passer le temps de sa maladie chez l'une d'elles. Toutes allèrent au-devant de ses vœux, et la maison de la tendre Aiesha lui fut désignée. Il s'y fit transporter sur le champ. » 0 ma chère Aieshu! lui dit-il, depuis que j'ai mis dans » ma bouche le fatal morceau de Khaïbar, je n'ai cessé de » ressentir les funestes effets du poison ; mais dans ce mo- » ment-ci il dévore mes entrailles, il déchire les veines de » mon cœur. » Au plus fort de la douleur, il méditait une expédition dont il désirait ardemment le succès. La mort de Zdïd n'avait point été vengée. Il fallait des ruisseaux do sang pour apaiser les mânes d'un ami. Il fit venir son fils Oçama, et lui commanda de faire une irruption dans la Palestine, à la tête d'un corps de cavalerie, et de ravager tout le pays depuis Daica et d'Arowji, jusqu'à Obna, où Zaïd
(1) Le Koran, eh. ftc.
(2) El Gouzi, au livre des rites du pèleriosge. {3} A bul-Feda, p. 133. Jannab, p. 284.
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avait succombé (1). Cet olïiciei' n'avait que vingt ans; mais il avait à venger la mort d'un p'^re, et Mahomet ne balança pas à lui confier le commandement de l'armée. Malgré de violents accès de fièvre, il s'occupa des pi'éparatifs, et nomma les officiers et les soldats qui devaient être de l'expédition. Le lendemain, de grand matin, il se fit apporter l'étendard de l'islamisme, et le remettant au jeune général, il lui d-' : «Prenez les armes pour la cause de Dieu; faites vailkunn ment la guerre sainte, et passez les idolâtres au fil de )> l'épée (2). » Oçama partit, et alla camper a Jorf, peu distant de Médine. Ayant appris que la maladie devenait plus grave, il s'y arrêta.' La mort du prophète fit différer l'expédition jusqu'au mois de Rabie. Ce fut alors qu'Oçamu, ayant porté par l'ordre d'Abitbecr le fer et la flamme en Syrie, tua de sa propre main le meurtrier de son père.
Tandis que Mahomet était aux prises avec la douleur, on vint lui annoncer la révolte d'Aswa'l, surnommé Aïala (le changeant) (3). Sa naissance et son esprit avaient acquis une grande considération parmi les Arabes de l'Yémen. Badhan, qui en était vice-roi pour Mahomet, étant venu à mourir, il leva l'étendard de la rébellion, tua son fils, et s'empara du gouvernement. Devin habile et grand faiseur d'enchantements, il se disait inspiré par deux esprits (4) qui lui apportaient la révélation divine. Tandis qu'il en imposait par des prestiges grossiers aux yeux de la multitude, il soumettait par ses armes les diverses tribus. Ses premiers succès furent brillants; mais l'apôtre des croyants prit de sages mesures pour les arrêter. Il écrivit à ses partisans, et Pirous, dont le devin Aswad avait tué l'oncle le mit à mort. L'Yémen rentra sous lobéissance de Mahomet.
Le mal faisait des progrès rapides. Les Musulmans tremblaient pour les jours de leur apôtre. Fatime vint lui rendre visite. Elle s'avança au milieu de sa chambre avec cette majesté qui caractérisait la fille du prophète. Mahomet la voyant s'approcher de son lit, s'inclina vers elle et lui dit : « 0 ma fille ! soyez la bienvenue. » Il la fit asseoir a ses côtés, et lui dit à l'oreille (5) : « 0 Fatimel Gabriel avait » coutume de m'apparaitre une fois tous les ans, il m'a vi-
(1) Afousa, Gis d'Ocba. ■ {i) Jannab.
(3) Jannab.
(4) Ces deux esprits se nommaient Sohaik et Choraik, le frottant et le resplendissant. Le premier lui avait vendu ua âne accoutumé à faire mille tours de souplesse. Le sucond faisait paraitre des fantômes merveilleux et des spectres qui étonnaii'Dt la multitude. C'était ainsi que le devin Aswa(2 eu imposait par des prestiges aux faibles yeux du vulgaire.
(âj Elbokav.
V site deux fois celte unuLc. Je ne le reveirai plus qu'au >) moment où je partirai de ce monde. Cet instant n'est pas » éloigné, et je suis charmi' devons précéder. » Fatime fondait en larmes. Mahomet, s'apercevant de l'impression profonde qu'il avait fait sur son cœur, tâcha de la consoler. « 0 ma fille ! ajouta-t-il, pourquoi vous abandonner à la » tristesse? 'Se devez-vous pas vous réjouir d'être la prin- » cesse des femmes des fidèles, la première de votre nation ?« Fatimc sourit. Sa douleur n'en était pas moins vive. Elle suivit de près son père.
Le même jour il se leva, et appuyé sur le bras de Fadl et d'Ali, il se rendit à la mosquée. Etant monté dans la tribune, il publia les louanges de Dieu à la manière accoutumée, et parla ainsi (1) : « 6 Musulmans! si j'ai fait flageller un seul >•> d'entre vous, voilà mon dos, qu'il frappe. Si j'ai flétri sa » réputation, qu'il déchire la mienne; si je lui ai fait souf- 1) frir un afTront, qu'il me traite de la môme manière; si je » lui ai demandé de l'argent injustement, voilà ma bourse. )> Que personne ne soit arrêté par la crainte de mon ressenj) timent ; l'injustice n'entre point dans mon caractère. » Ce discours prononcé, il descendit de la tribune, et fit la prière de midi. Lorsqu'elle fut finie, un homme vint demander trois drachmes qui lui étaient dues. Mahomet les lui remit avec l'intérêt, en disant : « Le déshonneur de ce monde est ■>■> plus facile à supporter que l'opprobre de l'autre. Dieu, )) ajouta-t-il, a donné le choix de cette vie ou de la vie éternelle
à l'un de ses serviteurs; et il a préféré la vie éternelle. » Alors, faisant approcher les Ansariens, ces braves compagnons, ces gardes tidèles qui l'avaient reçu si généreusement, si vaillamment défendu, il leur déclara ses dernières volontés. « Chassez, leur dit-il, tous les idolâtres de la pénin- » suie d'Arabie ; accordez aux nouveaux convertis tous les )) droits dont jouissent les Musulmans, et soyez fidèles à la » prière (2). » Ces ordres, regardés comme les articles les plus essentiels du testament du prophète, ont été suivis exactement. Nulle autre religion que la mahométane n'est tolérée en Arabie. Les i)rosélytes qu'elle fait jouissent des mêmes privilèges que les Turcs; et, à la Porte-Ottomane, ils parviennent aux premières diguités de l'Etat. Quant à la prière. la piété des Musulmans, le respect profond qu'ils portent dans leurs temples, font voir qu'ils sont persuades de la présence d'un Etre suprême. Mahomet termina son discours par une imprécation contre les Juifs, à la perfidie des-
il) Abul-Feda, p. 134.
(2) Elbokar.
quels il devait la mort qui couvait dans son sein. « Que les » Juifs, s"écria-t-il, soient maudits de Dieu ! Ils ont change » en temples les sépulcres de leurs propliètes. »
Une des dernières actions de sa vie fut de donner la liberté à ses esclaves (1). Tout le temps qu'il se sentit assez de force pour se rendre à la mosquée, il fit constamment la prière au peuple. Lorsque le mal l'eut atterré, il chargea Abubccr de le remplacer dans cet emploi. Il voyait s'approcher la mort sans effroi, et s'entretenait tranquillement avec sa famille des apprêts de ses funérailles (2). Un jour que ses parents éplorés environnaient son lit : « Apôtre de Dieu, lui demanda l'un » d'eux, si nous avons' le malheur de vous perdre, qui priera » pour vous? » « Je vais vous le dire, » répondit-il. Alors des pleurs coulèrent de tous les yeux, et il ne put retenir les siens. Les ayant essuyés, il continua ainsi (3) : « Lorsque » vousm'aurezlavé, enseveli et mis dans le cercueil, vous po- » serez mon corps sur le bord de la fosse que vous creuse- » rez à la place où je suis. Ces devoirs remplis, vous sortirez >) et vous me laisserez seul. Le premier qui viendra prier » pour moi, sera Gabriel, mon lidèle ami. Michel et Asra- » phel le suivront. L'ange de la mort, accompagné de ses lé- » gions, priera ensuite auprès de mon tombeau. Les autres « anges, à la tête des milices célestes, fermeront la marche. » Lorsqu'ils m'auront rendu ces derniers devoirs, vous en- » trerez par troupes, vous prierez pour moi, et vous me » souhaiterez la paix. Ma famille mènera le deuil, et sera » suivie du reste des fidèles. Mais, je vous en conjure, qu'au- « cunes plaintes, qu'aucuns gémissements ne viennent trouw bler mon repos. Quant à vous qui entourez mon lit, dès ce >» moment je vous donne la paix. Je vous prie de la souhaiter » en mon nom à mes compagnons absents. Je vous prends à » témoin que je la souhaite à tous ceux qui embrasseront « l'islamisme jusqu'au jour de la résurrection. — A qui sera- » t-il permis de descendre dans voti'e tombeau ? — A ma » famille. Vous y serez environnés d'anges qui vous verront, » quoique vous ne puissiez les apercevoir. »
C'est ainsi que Mahomet, luttant contre la mort, soutenait jusqu'au dernier moment le rôle de prophète, qu'il avait commencé à quarante ans : c'est ainsi que maître de son àme au plus fort de la douleur, comme il l'avait été au milieu des combats, il accomplissait avec une présence d'esprit étonnante la dernière scène de la vie humaine. Toutes ses paroles étaient mesurées sur l'idée qu'on devait avoir de lui.
{i)Elbo/car.
(2) Jaivah.
(3) Eltabar.
DR LA VU' Dli MAIIOMKT. 103
Dans ces luomeuts où lu l'iiiblesse huiiiuiiie est accabliie sous le bras terrible de la mori, il recueiliail toutes les forces de son intelligence pour ne rien dire qui fût indigne du caractère auguste qu'il s'éXait imprimé. Un seul instant son esprit égaré par la violence du mal se perdit dans les espaces imaginaires. « Apportez-moi, s'écria-t-il, de l'encre et du » papier, aiin que j'écrive un livre qui vous empêchera de » retourner jamais à l'erreur (1). » Le proplit-te est dans le délire, dirent les plus sages. N'avons-nous pas le Koran? Ce livre divin nous suffit. D'autres voulaient qn'on le satisfit. On disputait avec chaleur. Le bruit le rendit à lui-même. « Retireic-vous, dit-il aux assistants; il n'est pas bien séant )) de disputer devant un prophète. »
Le malade recevait de fréquentes visites. Ses parents, ses amis, les premiers delà ville se rendaient en foule dans son appartement. Ce concours l'importuna. Sentant que sa tète s'alTaiblissait, il feignit d'être profondément occupé des idées éternelles, et défendit de laisser entrer personne. Aïes/ia eut seule la permission de rester auprès de lui. Sûr de son alTection, il craignit moins de laisser échapper quelque faiblesse devant elle. C'est de cette épouse aimée que nous tenons les dernières circonstances de sa vie. En voici une des plus remarquables. Les trois derniers jours de sa maladie, Gabriel lui rendit de fréquentes visites (2). Il lui demandait familièrement des nouvelles de sa santé. Le lundi, jour où il termina sa carrière, l'ange de la mort se présenta à la porte. Gabriel l'apercevant, dit à son ami : « Voilà l'ange » de la mort (3) qui demande la permission d'entrer (4). Tu » es le premier des mortels pour qui il ait eu cette défé- » rence II ne l'aura pour aucun autre. » « Qu'il entre, » répondit Mahomet. Le messager terrible entre ; mais quittant son, air menaçant, il dit : « 0 apôtre de Dieu! ô Ahmed l » l'Éternel m'a* envoyé vers toi. Il m'a ordonné d'exécuter tes » volontés. Soit que tu me commandes de prendre ton àme, » soit que tu me commandes de la laisser, j'obéirai. Prends- » la, ajouta Mahomet. — Puisque c'est ta volonté... Dieu, » ajouta Gabriel, désire ardemment ta présence. Pour moi, » voilà la dernière fois que mes pieds fouleront la terre. Je » m'envole pour jamais de ce monde. » A l'instant l'ange de la mort remplit son redoutable ministère.
(1) Abul-Feda, p. 102 et 136.
(2 Ehohaïl .
(3) Mem.
(4] i 11 est parlé de cet an^e redoutable dans le Koran. « L'ange de la mort qui • Teille sur vos déraurclies, tr.im'hera le lil de vusjouis, et vousreparaitrez devant « Oieu. • r,ft Koraa, cli. xxxii.
104 ADREGÉ
Tout cet, entretien n'était point sans fondement. Mahomet, gardant toujoius la majesté de son caractère, voulait con-« lirmer ce qu'il avait souvent répété, qu'avant d'enlever un prophète de ce monde, Dieu lui montrait la |)lace qu'il devait occuper dans l'autre, et le laissait maître du choix. Aïesha, la dépositaii'e de ses dernières paroles, nous l'apprend en ces mots : « Lorsque le moment de son agonie » fut venu, j'étais assise pi^ès de lui. Satèle penchée reposait » sur mes genoux. Il s'évanouit ; mais bientôt revenu à lui- « même, il ouvrit les yeux et les fixa vers le toit de la mai- )) soji. Ses paupières étaient immobiles. Je l'entendis pronon- » cer d'une voix faible : Avec let< citoyens 'les deux. Alors je » compris qu'il avait choisi le séjour éternel. Le cœur brisé » de douleur, je lui serrai la main et je l'entendis répéter ce » verset: «Tels sont entre les fils d'Adam, de Noé, d'Abraham « et d'IsniaëJ, les prophète;^ que; Dieu combla de ses grâces. « Il les choisit parmi ceux qn'il éclaira du flambeau de la « loi. Lorsqu'on leur récitait les merveilles dumiséricordieux, « le front prosterné, les yeux baignés de larmes, ils adoraient M sa majesté suprême (1). » Il rendit l'àme en prononçant ces derniers mots. « Alors, continue Aws/ia, je posai sa tête sur » un coussin, je me frappai la poitrine, je me meurtris le » visage en poussant do longs gémissements. Ses autres » épouses, partageant ma douleur, remplirent l'air de leurs » cris lugubres, et déchirèrent leurs vêtements. »
Aussitôt que la nouvelle de sa mort se fut répandue dans la ville, un cri universel s'éleva : Le prophète n'est plus (2) '. La consternation devint générale. Les hommes, frappés d'un étonnement stupide, semblaient être en délire. Les uns levaient au ciel des yeux égarés : les autres, semblables à des convulsionnaires, poussaient des hurlements : ceux-ci, couvant une douleur profonde, gardaient un morne silence; ceux-là, agités de vertige, se roulaient à terre. La populace, ne ]jouvant se persuader qu'elle eût perdu pour jamais son apôtre, se rendit en foule à la porte de sa maison. Les plus fanatiques s'écrièrent : Il n'est pas mort. Il est ravi en extase. Omar, emporté par son zèle bouillant, accrédita cette opinion. « Non, dit-il, le prophète n'est pas mort : il est allé » vers le Seigneur, comme le fit Moïse, qui s'absenta du » peuple pendant quarante jours. » Il menaça de tuer quiconque oserait soutenir le contraire. Cette assertion, favorable aux préjugés de la multitude, augmenta le désordre. Abubecr eut besoin de toute son autorité pour l'apaiser.
(1) Le Koran, cb. xi».
(2) Elsohail.
S'étant avancé au milieu du peuple assemblé, il parla ainsi : « 0 vous qui proférez des serments si peu raisonnables, dai- » guez m'enlendrede sang-froid.» A ce début, 0'«ar s'assit (i). Abubicr, après avoir prononcé la formule de prière accoutumée, continua : « 0 Musulmans ! si votre vénération ])ro- » fonde pour Mahomet vous l'a fait croire immortel, vous » êtes dans l'erreur. Il est mort. Dieu seul vil toujours. Lui » seul a droit à vos adorations. L'Eternel a prononcé, f.n » parlant au prophète, l'arrêt qui doit lever vos doutes : Tu » mourras^, tt ils mourront {2). Il ajoute dans un autre verset ; » Mahomi t ri' efit que l'envoyé de Dieu. D' autres apôtres Vont précéi If! ; » s'il mourait ou s'il était tué, ahandonneriez-vous sa doctrine (3) ? » Ces paroles, tirées du Koran, opérèrent la conviction. Les clameurs et le tumulte firent place aux larmes et aux gémissements. Tout le monde fut persuadé que le prophète n'était plus. La multitude étant calmée, on procéda à Télection d'un successeur. Il s'éleva de grands débats entre les contendanis. Ali, désigné calife par Mahomet lui-même; Ali, son gendre et son cousin, avait plus de droits qu'aucun autre à cette haute dignité Sa jeunesse et les intrigues d'Aiesha l'en firent exclure. Abubecr l'emporta. U fut salué calife. Les Musulmans le reconnurent en cette qualité, et lui prêtèrent serment d'obéissance et de fidélité. Aj'ant pris en main les rênes de l'Etat, son premier soin fut de rendre les derniers devoirs au prophète. Il y avait déjà trois jours qu'il était mort, et l'enflure commençait à gagner. Elabbas, son oncle, éleva une tente dans l'appartement, et fit mettre le corps au milieu (4). Il appela dans l'intérieur Ali, Elfaldl et Cottam, ses deux fils, Oçama, ami du défunt, et Socran, son domestique. On lava le corps, couvert d'une chemise et d'une saie que l'on fit sécher en exprimant l'eau; on l'embauma avec du camphre, et l'on oignit d'aromates les parties qui touchent la terre lorsqu'on se prosterne pour l'adoration; on finit par l'ablution sacrée du visage, des bras, des mains et des pieds; ensuite on le revêtit de deux robes blanches et d'un manteau rayé. On sema à lentour du bois odoriférant, et l'on jeta dessus une composition d'ambre, de musc et d'aloès. Lorsque le corps eut été mis dans le cercueil, on le laissa exposé aux regards de la multitude.
Les Hashémites, conduits par Elabbas, furent les premiers à prier pour le prophète. Les Mohagériens et les Ansariens, compagnons de ses victoires, vinrent ensuite lui rendre leurs
(11 Elhokar.
(ï) Le Koran, ch. xxxii.
i3) Le Koran, ch. m.
4) L'auteur du livre el Chasa.
106 AIUIÉGÉ
derniers devoirs. Les principaux citoyens de Médine les suivirent. Lo peuple se rendit par troupes autour de son cercueil, et pria avec beaucoup d'ordre et de décence. On voyait couler les larmes de tous les yeux ; mais on n'entendait ni plaintes ni gémissements. La vénération qu'on avait pour ses dernières volontés, avait mis un frein à la douleur publique.
Lorsqu'il fallut mettre le corps en terre, il s'éleva do grandes contestations (1). Les Mohagériens voulaient qu'on le transportât à la Mecque, et qu'on l'inliumàt dans sa patrie (2) ; les Ansariens soutenaient qu'il devait rester à Médine, puisque cette ville lui avait offert un asile contre la persécution. Un troisième parti était d'avis qu'on le portât à Jérusalem, lieu de la sépulture des prophètes. AOubecr termina ces différends, en rapportant ces mots recueillis de la bouche de Mahomet: Unproiihè te doit être enterré au lieu où il est mort. Ces paroles firent loi. On creusa la terre à l'endroit où il avait terminé sa carrière, et l'on y descendit son cercueil (3). Ali, Elfadl et Cottam entrèrent dans le tombeau, et mouillèrent pour la dernière fois de leurs larmes les restes mortels de leur apôtre. On couvrit le corps -.la terre, et le peuple 80 retira.
Lorsque les funérailles furent finies, Fatime, la fille chérie de Mahomet, vint pleurer sur sa tombe. Elle prononça ce discours entrecoupé de sanglots (4) : « 0 mon père! » ô ministre du Très-Haut! ô prophète de Dieu miséricor- » dieux ! c'en est donc fait ! la révélation divine est enseve- » lie avec toi. L'ange Gabriel a pris pour jamais son essor » dans les cieux. Etre Suprême, exauce mes derniers vœux; » hàte-toi de réunir mon àme à la sienne; fais que je revoie » sa face ; ne me prive pas du prix de ses mérites et de son » intercession au jour dujugement. » Puis prenant un peu de la poussière qui couvrait le cercueil, et l'approchant de son visage, elle ajouta : « Lorsque l'on a senti la poussière
(1) Ces débats ont donné occasion h des écrivains peu scrupuleux dans la recherche de la vérité, de diro que Mahomet avait son tombeau à la Mecque. Quant à l'opininn vulgaire qui place son corps dans un cercueil de fer suspendu en l'air par des pierres d'aimaut attachées à la voûte du temple, elle doit le jour à quelques géograph ;s qui n'ont jamais voyagé que dans leur cabinet. L'un et l'iutre sentiment S'ut dénimtis par les autours qui ont été sur les lieux. V.;yez Jannab, Abul-f'eda, Abul-Faraj.
tes Turcs que j'ai vus cii Kgy|)te m'ont tous confirmé }-\ ile?cription que je viens de donner sur le témoifiiiage de ces écrivains. Lorsque je leur racontais 1rs fables que nous débitions au sujet de leur prophète, ils m- pouvaient s'emppchcr de rire de notre crédulité.
{i) Abnl-Feda.
Ci) Abid-Feda, p. Ui.
(4) Jannab, p. 303
DE L.\ ViR UE MMIOMF.T. !0T
» de sa tombe, poul-on trouver de l'odeur aux pai fuuis les » plus ex«jiiis? Hekis! toutes les scuMitioLS agréaJbles sont » éteiulos pour mon cœur. Le» nua^'i's ((ue l;i tristesse i l^ve » autour de moi, changeraient en nuit sombre les plus beaux « jours. »
Le? souhaits de Fatimc furent exaucés; elle ne survécut que quelques mois à son père.
Aïesha, ilun autre côte, renfermée dans son appaitement, s'abandonnait aux larmes et aux regrets. Au milieu du deuil uuiveisel, Sofi'i, tante de Mahomet, qui avait l'àiue forte et élevée, proposa des consolations u sa famille, eu prononçant cet éloge funèbre (1) : « 0 apôtre de Dieu! vous » êtes, même sous la tombe, notre plus clière espérance. )) Vous vécûtes au milieu de nous, pur, innocent et juste. » Tous trouvaient en vous un guide sage et éclairé. Pleure » sur vous celui qui peut verser des larmes. Pour moi, j'en » jure par la félicité dont vous jouissez, le malheur d'avoir » perdu le prophète ne me fera point gémir sur sa tombe. 1) Qu'avons-nous à craindre de son absence? Le Dieu de » Mahomet suspendra-t-il pour nous le cours de ses béné- » dictions? Au contraire, il les versera en plus grande » abondance par son intercession. Tranquille dans cet asile, « sans crainte auprès de sou tombeau, je coulerai paisible- » ment le reste de mes jours à Médine... 0 apôtre de Dieu! » que l'Eternel vous accorde la paix dans toute son éten- » due! Introduit dans le séjour de délices, vous goûtez » déjà les plaisirs inefTables de félicité éternelle. »
Les auteurs arabes ont pris plaisir à nous représenter leur prophète avec toutes les perfections de l'esprit et du corps. Abul-Feda, plus sage et moins partial, nous a laissé ce tableau tracé par la main d'Ali. Mahomet était d'une taille moyenne. 11 avait la tète grosse, la barbe épaisse, les paumes des mains et les plantes des pieds fortes et i^udes, les os gros et compacts, le teint vermeil, les yeux noirs, le contour des joues gracieux, les cheveux sans frisure, et le cou blanc et uni comme l'ivoire.
Le même auteur nous peint ainsi ses qualités personnelles et ses vertus morales. Mahomet avait reçu de la nature une intelligence supérieure, une raison exquise, une mémoire prodigieuse (2). U parlait peu, et se plaisait dans le silence. Son front était toujours serein. Sa conversation était agréable, et son caractère égal. Juste envers tous; un parent, un étranger, l'homme puissant où le faible ne fai-
(1) Jannab, p. 304.
(2) Abul-Fedd, p. 14i.
saient jamais pencher la balance dans ses mains. Il ne méprisait point le pauvre à cause de sa pauvreté, et ne révérait point le riche à cause de ses richesses. Il employait le charme de son entretien à gagner le cœur des grands, et réservait sa familiarité pour ses amis. Il écoulait avec patience celui qui lui parlait, et ne se levait jamais le premier. Si quelqu'un lui serrait la main en signe d'amitié, il ne la retirait point avant qu'on l'eût prévenu. 11 visitait fréquemment ses compaj^aons d'armes, et s'informait de leurs affaires. Conquérant de l'Arabie, il s'asseyait souvent a terre, allumait son feu, et préparait de ses propres mains^ à manger à ses hôtes.
Maître de tant de trésors, il les répandait généreusement, et ne gardait pour sa maison que le simple nécessaire (1). On dit de lui qu'il surpassa les hommes en quatre choses, en valeur, en libéralité, à la lutte, et en vigueur dans le mariage. Il disait souvent que Dieu avait créé deux choses pour le bonheur des humains : les femmes et les parfums.
Suivant la loi mahomélane dictée par lui-même, il n'est permis d'avoir que quatre femmes à la fois (2). Il en épousa quinze, et eut commerce avec douze. Il croyait qu'il était de la dignité d'un prophète de n'être point limité comme le reste des mortels; aussi fait-il parler le ciel en ces mots : « 0 prophète ! il t'est permis d'épouser les femmes que tu » auras dotées, les captives que Dieu a fait tomber entre tes » mains, les filles de tes oncles et de tes tantes qui ont pris » la fuite avec toi, et toute femme fidèle qui te livrera son » cœur (3). »
« Nous connaissons les lois du mariage que nous avons « établies pour les fidèles. Ne crains point d'être coupable » en usant de tes droits. Dieu est indulgent et miséricor- » dieux (4). »
De toutes ces femmes, excepté Marie l'Égyptienne, dont il eut Ibrahim, Cadige fut la seule qui lui donna des enfants. Il en eut quatre fils, Elcasem, dont il prit le surnom, Eltaeïb, Eltaher et Abdallah, qui moururent tous en bas âge; et quatre filles, dont les noms sont Zainab, Rokaîa, 0mm Culthoum et Fatime. Elles furent toutes mariées; mais Fatiine seule lui survécut.
Nous terminerons cet abrégé par un tableau des traits qui caractérisent particulièrement le législateur de l'Arabie. Mahomet fut un de ces hommes extraordinaires qui, nés
(1) Anas ben Malec.
(%) Abul-Feda, Jannab.
(3) Le Koran, ch. xxxiii.
(♦J Id. ; Ibidem.