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gardent le Koran comme le plus éclatant prodige qu’un prophète ait jamais opéré. Ce livre est composé de cent treize chapitres dont les premiers sont longs de plus de deux cents versets, et dont les derniers n’ont que quelques lignes. Les matières n’y sont point rangées par ordre, et les récits des prophètes des Juifs et de ceux des autres peuples y sont mêlés aux préceptes généraux, aux dispositions passagères, en sorte qu'il est difficile de retrouver le fil chronologique des prédications que Mahomet faisait tantôt a la Mecque, tantôt à Mcdine. 11 arriva encore que quelques préceptes ou recommandations amenés par les circonstances se sont trouvés modifiés dans le cours des événements ; c’est ce qui a donné naissance à des passages abroges et abrogeants; pour les distinguer , il faut s’en rapporter au sentiment général qui a prévalu dans l’islamisme. Le tout est écrit en style concis, souvent obscur, qui serait inintelligible pour les Arabes eux-mêmes, sans le secours des commentaires ; ceux-ci s’appuient à leur tour sur des ouvrages composés dans les premiers siècles après Mahomet. La rédaction actuelle du Koran n’est pas sans douie celle que lui avait donnée Mahomet. La réunion des versets écrits sur des feuilles, sur des tablettes ou sur des omoplates de brebis, est due à Zaïd, compilateur du Koran sous Abou-Bekr ; mais cette circonstance ne saurait absoudre Mahomet d’avoir défiguré ou travesti l’histoire plutôt par ignorance sans doute qu’à dessein. Les copies du Koran répandues sous le califat d’Abou-Bekr et d’Omar présentaient des différences notables, et c'est au calife Osman qu’on doit la suppression de tous les exemplaires qui ne s'accordaient pas avçc celui consené chez HaLa , veuve de Mahomet. Ce n’est pas ici le lieu d’entrrr dans l'appréciation du Koran comme code sacré , comme répertoire des lois morales, civiles et politiques des Arabes. Ce livre a été jusqu’ici mal jugé. Une animo-ité excessive, s’armant de tout pour le condamner, provoqua des opinions erronées en sens contraire. En voyant les peuples musulmans en décadence, dans l’abaissement dont il leur sera impossible de se relever, on a attribué cet état à l'influence du Koran. On est peut-èUc allé trop loin; on s’est peut-être exagéré, en théorie, l’influence qu’une religion quelconque peut exerefr sur la transfoi mation du caractère de certaines races, et l’on a attribué au Koran les résultats qu'il a été seulement incapable de détourner. Dans le Koran, les emprunts faits à la morale de l’Evangile, ou, pour mieux dire, à la morale générale de l’humanité, les dispositions et les préceptes en p irtic nouveaux et en partie conservés de l’ancienne société arabe, sont dominés par l’idée capitale de l’unité de Dieu, et des rapports que l’homme doit chercher à établir entre lui et Dieu au moyen de la prière, et il n’est pas juste d’accuser la religion de Mahomet de sensualisme, uniquement p *ice que les récompenses réservées aux élus s’y présentent sous les attraits des jouissances matérielles. Comme code religieux, moral, civil et politique ( car chez les musulmans il est la source de toute loi et de tqute science), le Koran pèche par l’insuffisance et l’obscurité ; comme monument intellectuel du peuple qui l’adopta et du siècle qui le produisit, il est de médiocre valeur et ne saurait soutenir la comparaison avec aucun des livres sacrés que nous a légués l’antiquité; le seul mérite que les non musulmans puissent lui accorder, est celui de la langue, et, sous ce rapport, nous ne sommes pas sans doute en état de lui. rendre toute justice ; car, indépendamment de la pro-
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fonde connaissance de la langue arabe et des mœurs de ce temps-là, connaissance qui nous ferait saisir toute la portée d‘un mot, toute la Valeur d’une parabole, toutes les (inessrs du langage, il faudrait se placer au point de vue d'un peuple si diffëicnt par son caractère des peuples d’Occident. Cependant quelques récits instructifs et touchants de l’histoire sacrée, le tableau de la majesté et de la bonté de t>ieu, les préceptes pleins d’onction sur la bienfaisance et l’humanité, sont d’une beauté remarquable, et l’on conçoit que le tableaudes châtiments réservés âux infidèles, de la solennité du jour de la résurrection, a pu entraîner et émouvoir les esprits. Les musulmans croient qu’il n’est pas donné à l’homme de créer une œuvre à la fois si parfaite et si sublime que le Korari. Il y eut, à la vérité, au sein de l’islamisme, des sectes qui soutenaient que le Koran pouvait être égalé et même surpassé; mais une telle opinion a toujours été regardée comme une hérésie ; elle se trouve condamnée d’avance par le Koran (chap. II, 21 ). Mais ce n’est pas à cause de ces beautés de langage, de ces mérites pour ainsi dire extérieurs, que le Koran enchaîne la foi de ses sectateurs ; le Koran est un livre révélé, il est la parole de Dieu par laquelle il a voulu compléter les lois antérieures et les clore ; et quand, dès les premiers siècles de l'islamisme, on se mit à raisonner sur la nature de la parole de Dieu, on alla jusqu’à affirmer que le Koran était incréé et coétcrnel. Celui qui en était le dépositaire, Mahomet, reçut le titre de médiateur du genre humain, de prince des apôtres, de sceau des prophètes, d’élu, de glorieux, de gloriGé ; c’est 1a plus noble et la plus parfaite des œuvres de la création ; c’est l’étre en vue duquel la création de l’univers a eu lieu, et qui, admis dans la familiarité de Dieu, contemple à la distance de quelques pas la majesté divine. Le Koran n’enseigne rien de pareil sur son auteur ; mais cette glorification de Mahomet est depu:s des siècles la base de la théologie musulmane.
Le Koran, comme livre sacré et source de toute science pour les musulmans, a donné naissance a une littérature très-étendue, ainsi qu’à des commentaires dont les principaux sont ceux de Zamakschari, de Djelaleddiri, de Beïdhaani, de Iahia, de Feïzi. Il n'a commencé à être connu en Europe que vers la moitié du seizième siècle, par une traduction de Bibliander, traduction qui mérite à peine ce nom, tant elle s’écarte du texte arabe. La première bonne traduction, celle qui a servi jusqu'ici de base à toutes les autres, est celle de Maracci. Hinckelmann a donné le texte arabe en 1696, in-4". Une belle édition du Koran a été donnée à Saint-Pétersbourg, par ordre de l’impératrice Catherine. Mais elle est trcs-rare; depuis on a publié à Casan deux éditions, une in-f° et une in-4®. M. Fluegel a donné, en 183-4, à Lcipsick , une édition stéréotypée du Koran. On a en outre des traductions en français, en anglais et en allemand. La première traduction française du Koran a été donnée par Du Ryer, à> Amsterdam, 1770, en 2 vol. in-8°. Savary, auteur d’un voyage en Egypte, en a fait une évidemment sur la traduction latine de Maracci. Elle a été reproduite avec un résumé des préceptes de l’islamisme, par M. Garcin de Tassy ; M. Gunther Wahl , orientaliste allemand, a donné sa traduction en 1 820 , in-8°. M. Uhleman publie dans ce moment-ci une nouvelle traduction du Koran en allemand , avec des notes. George Sale a publié, en 1734 , in-4°, une traduction du Koran en anglais , qui a été réimprimée en 2 vol. in - 8°, *
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Londres, 1 836, avec les versets numérotés. La traduction de Sale est, sans contredit, la meilleure, la plus judicieuse et la plus utile à cause des notes puisées dans les commentateurs arabes. Quant aux ouvrages qui traitent de la vie de Mahomet, outre les notices mises en tête de presque toutes les traductions, on connaît la vie de Mahomet par Prideaux, 1697, in-8®, en anglais ; la vie de Mahomet, tirée d'Aboul-Feda, et traduite en latin par Gagnier, Oxford, 1723, in-P*;la vie de Mahomet, compilation des auteurs mahométans, par Gagnier, Amsterdam, 1732, 2 vol. in-8° : l’auteur y entre dans tous les détails relatifs à la vie de Mahomet ; la vie de Mahomet par Boulainvilliers, Londres, 1 730, et Amsterdam, 1 831 : Gagnier critique avec beaucoup d'amertume et avec raison cet ouvrage, en tête de sa vie de Mahomet; l'histoire de la vie de Mahomet, par Turpiu, 1773, 3 vol. in-12 ; la vie de Mahomet, par Aboul-Feda, se trouve au commencement des Annales motlemici de cet auteur, traduites par Keisllc. C’est cette partie du grand ouvrage d'Aboul-Feda que M. N'oc'l Desvergers a donnée en 1857, in-8°, à Paris, sous le titre : Vïe de Mohammed, texte, traduction et notes. C’est en même temps la meilleure et la plus correcte de toutes.