‹ Le labeur de la proseChapitre 8 sur 18 · LE LABEUR DE L EXECUTION · texte numérisé non relu

LE LABEUR DE L EXECUTION

J'ai représenté l'écrivain se préparant à sa carrière. Il me reste à le montrer aux prises avec son sujet. Je choisis à cet égard l'époque de son existence oii il a presque atteint son complet développement. On peut dire que les essais, parfois informes, auxquels il s'est livré tout d'abord appartiennentplutôtà la période de préparation. C'est surtout quand il est devenu maître de son art que le labeur change en quelque sorte de caractère, tout en restant extrêmement pénible chez beaucoup d'auteurs.

A quelle phase de l'exécution d'une oeuvre, l'effort est-il le plus considérable .f* Pendant l'élaboration du plan ^ A l'heure

de là mise en train ? Ou bien pendant que l'écrivain se trouve dans le feu de la composition ?

Comme on verra, tout dépend du tempérament et des habitudes.

M. Octave Uzanne posa un jour dans le Figaro (i) la question suivante: « Le repos prôné aujourd'hui avec excès, n'estil pas, à tous points de vue, infiniment plus contraire à l'homme d'action supérieurement doué et trempé que l'entretien perpétuel et accéléré d'une activité sans trêve ? » M. Maurice de Fleury répondit que « la seule chose qui comporte une dépense de force, d'énergie, c'est la mise en train ». Il soutint, pour le surplus, que le cerveau s'exténue à produire irrégulièrement et qu'il s'agit avant tout de pondérer l'efifort. Si l'on prend la coutume de travailler dès son réveil, tous les matins, à huit heures, par exemple, le cerveau se congestionnera de lui-même, un appel de circulation s'y fera et il fonctionnera sans

i) 3 décembre 1892.

fatigue. C'est la cessation du phénomène qui lasse, au contraire.

Cettethèse renferme beaucoup de vérité, bien qu'elle soit trop absolue. L'excès de travail est toujours nuisible. Il est indispensable que, de temps à autre, la pensée soit mise en jachère. Quoi qu'il en soit, c'est la mise en train qui est très souvent la plus difficultueuse.

Ajoutons à cela que ce n'est pas lorsqu'on se trouve placé devant son écritoire et sa ramette de papier que l'on réalise le plus grand effort. Caro a fait observer dans une étude sur M'"° de Sévigné que l'on peut travailler sans rien faire, tout en s'abandonnant au tourbillon du monde.

Vacquerie dans ses Profils et Grimaces estime que « pour écrire vite il faut avoir beaucoup pensé, avoir trimbalé son sujet avec soi, à la promenade, au bois, au restaurant... » Buffon, qui n'avait pas le travail facile, mais qui suppléait à cette lacune par la volonté et la patience, pensait sans cesse au sujet dont il s'occupait. Il a lui-même exposé et recommandé plusieurs

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fois son procédé de composition. Un jour, dans une conversation avec Necker, il dit : « Q^uand on a une idée, il faut la considérer longtemps, jusqu'à ce qu'elle rayonne, c'est-à-dire qu'elle se présente à nous clairement et environnée d'images, d^accessoires, de conséquences... On écrit ensuite. » Il déclaraà Héraultde Séchelles : « L'invention dépend delà patience. Il faut regarder longtemps son sujet; alors il se déroule et se développe peu à peu ; vous sentez comme un petit coup qui vous frappe la tête et en même temps vous saisit le cœur: Voilà le moment du génie. » Cette longue contemplation du sujet, c'est ce qu'on peut appeler l'élaboration du plan. Quand on entreprend un ouvrage d'une particulière importance, c'est leplan qui doit tout d'abord préoccuper Tauteur. Il ne se présente pas de la même manière chez tous les esprits, il s'en faut. On peut dire, par exemple, qu'Alfred de Vigny se distinguait par la spontanéité du plan.

Mais il le méditait ensuite avec une rare conscience : « Sainte-Beuve, a-t-il dit.

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m'aime et m'estime, mais me connaît à peine et s'est trompé en voulant entrer dans les secrets de mamanièrede produire. Je conçois tout à coup un plan, je perfectionne longtemps le moule de la statue, je l'oublie et quand je me mets à Tœuvre après de longs repos, je ne laisse pas refroidir la lave un moment. C'est après de longs intervalles que j'écris, et je reste plusieurs mois de suite occupé de ma vie, sans lire ni écrire (i). »

C'est ainsi, notamment, qu'Alfred de Vigny procéda pour son Cinq Mars. Il écrivit le plan pour ainsi dire de primesaut, en l'année 1824, et ce n'estqu'en 1826 qu'il fit l'ouvrage, avec une grande rapidité de facture, « d'une seule encre », pouremployer la jolie expression du poète di Eloa.

Comme on a pu le remarquer, nous sommes indirectement redevables de ces renseignements littéraires à Sainte-Beuve qui, dans un article de la Revue des deux-

(i) deYig'sw Joiiniaî d'un poète, p. 79.

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Mondes de l'année 1835 (i), n'avait pas saisi la manière de travailler d'Alfred de Vigny. Il l'avait rangé erronément parmi les laborieux. Voici comment il s'était exprimé à son égard en rendant compte de l'ouvrage : Servitude et Grandeur militaire : « Son talent réfléchi et très intérieur n'est pas de ceux qui épanchent directement par la poésie leurs larmes, leurs impressions, leurs pensées. Il n'est pas de ceux non plus chez qui des formes nombreuses, faciles, vivantes, sortent à tout instant et créentun monde au sein duquel eux-mêmes disparaissent. Mais il part de sa sensation profonde, et lentement, douloureusement, à force d'incubation nocturne sous la lampe bleuâtre, et durant le calme adoré dès lieurès noires, il arrive à la revêtir d'uneforme dramatique, transparente pourtant, intime encore. »

11 paraît que cette appréciation n'eut pas l'heur de plaire à Alfred de Vigny, que,

(i) P. 217 Revue des Deux-Mondes. Voir aussi Portraits contemporains, tome I, p. 340 où cet article a été reproduit.

du reste, les critiques de Sainte-Beuve égratignèrent maintes fois, avant et surtout après la mort du poète. C'est pour le venger de nouvelles railleries (i) que son exécuteur testamentaire, M. Ratisbonne, exhuma les pages inédites que son ami avait consacrées à Sainte-Beuve et où l'on peut lire la citation que nous avons reproduite plus haut.

Rien n'est plus fréquent que de voir un écrivain méditer un sujet pendant un temps très long. Jules Lemaître a fort bien décrit sous ce rapport l'état d'esprit de Charles Baudelaire, dont la détresse et l'angoisse trahissaient comme «un sentiment atroce de sa stérilité ». Son éditeur ne nous apprend-il pas qu'il ne possède qu'une vingtaine de feuilles volantes « qui se rattachent aux conceptions des romans et des nouvelles que Baudelaire porta vingt ans dans sa tète sans en rien confier au papier » ?

(i) Lire l'article de Sainte-Beuve sur le discours de réception d'Alfred de Vigny à l'Académie française. Nouveaux Lundis, tome VI, p. 434.

Chez d'autres auteurs, la spontanéité du plan accompagne pour ainsi dire la spontanéité de l'exécution. Tel Victor Hugo. Sa puissance d'évocation intérieure tenait du prodige. Paul Bourget écrit à son sujet :

« 11 a pu, de mémoire et sans une note, décrire lequartierdeParisparoù s'échappe J. Valjean dans les Misérables, et cette description est strictement exacte, rue par rue, maison par maison. Lorsque Hugo fermait les yeux et qu'il pensait à un objet, tout le contour physique de cet objet ressuscitait en lui d'une manière intégrale, et même avec un peu plus de rehaut que dans l'impression première. »

Auguste Comte possédait aussi une puissance de travail merveilleuse. Il méditait de tète, raconte W)Tonboff, chacun des six volumes que compte son Cours et qui se suivaient sans interruption de deux en deux ans, sans jamais rien écrire, même de simples notes. Il en faisait de mémoire non seulement le plan et les di-

visions principales, mais encore les moindres détails.

Quand cette élaboration mentale était terminée, il écrivait son volume d'un trait, envoyant les feuillets à l'imprimerie sans y faire jamais aucun changement.

Cette belle intelligence, si remarquablement équilibrée et d'une logique si sévère, sembla s'écrouler tout à coup.

Cette évocation instantanée est-elle également possible, quand l'écrivain entreprend dans une œuvre d'imagination une analyse psychologique ? V. Hugo aurait-il conçu avec autant de précision l'ensemble des traits distinctifs qui composent le caractère d'un Hernani que les particularités d'une cour des miracles ? M. Paul Souriau le conteste pour le dramaturge dans un très intéressant ouvrage : La Suggestion dans VAi't. Mais remarquons que, de son propre aveu, tout ce qu'il dit de la genèse des personnages de théâtre s'applique aussi bien aux personnages de roman, le procédé de composition étant identique. M. Souriau se refuse

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à admettre que, par une sorte d'intuition, on puisse pénétrer la substance même de l'àme et formuler ainsi les plus subtiles nuances pS3xhologiques qui composent l'aspect original d'un « type » nettement caractérisé. « Le génie fait des choses étonnantes, dit-il, il ne fait pas de miracles (i). »

Cette faculté est peu commune, je l'avoue, mais le cerveau de quelques auteurs.illustres constitue un mécanisme si merveilleux, qu'il serait téméraire de douter des possibilités les plus étranges. D'ailleurs, M. Souriau apporte quelques pages plus loin cette citation curieuse du Journal des de Concourt (2) : « Aujourd'hui, au milieu d'une forte migraine, la taustin a fait tout à coup irruption dans ma cervelle avec accompagnement de fièvre littéraire. »

Nous pensons qu'Edmond de Concourt a fait allusion à la trame tout entière de son roman. Mais faudrait-il être surpris

(i) La Sugg-^stion dans VArt^ p. 326.

(2) Journal des de Gomourt, 27 août 1881.

que les attributs psychologiques du principal personnage de son livre lui fussent également apparus, à ce moment d'artistique et divine obsession ?

Cette obsession, qui a commencé à se manifester dès le jour où l'œuvre se conçoit et se dessine, continue très souvent jusqu'à son état d'achèvement complet.

Le besoin de produire tourmente l'écrivain en raison directe des difficultés qu'il éprouve. Il n'a de cesse que lorsqu'il a corrigé la dernière épreuve de son ouvrage, lorsqu'il a échappé à une permanente et cruelle hallucination. Ecoutez ces vers angoissants de Victor Hugo :

Je suis las, je suis mort, laisse-moi dormir! — Non!

Est-ce que je dors, moi ? dit l'idée implacable.

Penseur, subis ta loi, forçat, tire ton câbla.

Quoi ! cette bête a goût au vil foin du sommeil?

L'Orient est pour moi toujours clair et vermeil.

Que m'importe le corps? Qu'il marche, souffre et meure !

Horrible esclave, allons, travaille ! c'est mon heure.

M. Thiry, professeur de droit à l'Université de Liège, qui a été un des fami-

liers de Victor Hugo, a décrit en ces termes l'obsession à laquelle le grand poète était si souvent en proie :

« Un phénomène psychologique extraordinaire se produisait constamment chez Victor Hugo. Le voici : Lorsqu'une idée pénétrait dans le cerveau de cet homme, elle s'en emparait avec une puissance prodigieuse et avec un exclusivisme absolu.

Elle prenait possession de cet esprit et exerçait sur lui une domination que l'on pourrait appeler tyrannique. Cettedomination ne disparaissait qu'à partir du moment où le poète avait exprimé sous une forme quelconque, vers, prose, drame, roman, l'idée dont il avait été l'esclave jusqu'alors.

» Dans ces périodes d'accaparement — pardonnez-moi cette expression — du cerveau de l'écrivain par une pensée, toute pensée différente lui devenait étrangère; il eût été inutile de la lui présenter, de lui en parler ; je suis persuadé qu'il l'aurait à peine entendue. IL fallait le laisser dans cet état, il fallait laisser s'effectuer jusqu'au

bout ce travail cérébral, cet enfantementde génie.

Victor Hugo avait une conversation charmante, pleine de bienveillance, de bonté, pleine aussi d'esprit et souvent de gaîté. Mais il n'en était plus ainsi lorsque cette terrible tyrannie d'une idée exerçait sa suggestion sur son esprit ; à partir de cet instant, il devenait sombre et froid ; il ne voyait plus ce qui se passait autour de lui, il n'entendait plus ce qui se disait ; la fixité de son regard en était la preuve ; il existait en lui une insensibilité complète relativement à toutes les sensations autres que celles dont il subissait, par le travail de l'idée, la puissance exclusive (i). »

Zola s'est analysé en cette page :

« Le travail a pris mon existence. Peu à peu, il m'a volé ma mère, ma femme, tout ce que j'aime. C'est le germe apporté dans le crâne, qui mange la cervelle, qui envahit le tronc, qui ronge le corps entier.

(i) La Chronique de Bruxelles, n° du 24 janvier 1902.

«Dès que je saute du lit, le matin, le travail m'empoigne, me cloue à ma table, sans me laisser respirer une bouffée de grand air; puis il me suit au déjeuner, je remâche sourdement mes phrases avec mon pain ; puis il m'accompagne quand je sors, rentre dîner dans mon assiette, se couche le soir sous mon oreiller, si impitoyable, que jamais je n'ai le pouvoir d'arrêter l'œuvre en train, dont la végétation continue jusqu'au fond de mon sommeil... Et plus un être n'existe en dehors ; je monte embrasser ma mère tellement distrait, que, dix minutes après l'avoir quittée, je me demande si je lui ai réellement dit bonjour. Ma pauvre femme n'a pas de mari ; je ne suis plus avec elle, même lorsque nos mains se touchent.

Parfois, la sensation aiguë me vient que je leur rends les journées tristes, et j'en ai un grand remords, car le bonheur est uniquement fait de bonté, de franchise et de gaîté, dans un ménage ; mais est-ce que je puis m'échapper des pattes du monstre? Tout de suite, je retombe au

somnambulisme des heures de récréation, aux indifférences et aux maussaderies de mon idée fixe. Tant mieux si les pages du matin ont bien marché, tant pis si l'une d'elles est restée en détresse ! La maison rira ou pleurera selon le bon plaisir du travail dévorateur... Non ! non ! plus rien n'esta moi ; j'ai rêvé du repos à la campagne, des voyages lointains, dans nos jours de misère ; et, aujourd'hui que je pourrais me contenter, l'œuvre commencée est là qui me cloître : pas une sortie au soleil matinal, pas une escapade chez un ami, pas une folie de paresse ! Jusqu'à ma volonté qui y passe ; l'habitude est prise, j'ai fermé la porte du monde derrière moi et j'ai jeté la clef par la fenêtre... Plus rien, plus rien dans mon trou, que le travail et moi, et il me mangera, et il n'y aura plus rien, plus rien ! » Les frères de Concourt l'ont bien dit : « Il y a une fatalité dans le premier hasard qui vous dicte l'idée. Puis c'est une force inconnue, une volonté supérieure, une sorte de nécessité d'écrire qui vous com-

mandent l'œuvre et vous mènent la plume. »

Toutefois, il se peut que l'imagination se montre tout à coup rebelle et fantasque. Après qu'une partie de Toeuvre a occupé l'esprit pendant de longs mois et qu'elle a été l'objet d'une prédilection toute particulière, il se produit parfois un phénomène singulier. De même que les météorologues connaissent les sautes de vent, nos littérateurs observent des sautes de l'intelligence. Leur faculté d'invention s'aiguille soudainement sur une matière nouvelle : « C'est étgnnant, écrit Edouard de Concourt, comme tout à coup, dans le livre que je suis en train à faire, un chapitre, qui n'est pas à son tour d'exécution, prend despotiquement possession de ma pensée et je dois le faire immédiatement, sinon il ne sera jamais bien fait (i). »

Ces anomalies bouleversent le psychologue parce qu'elles constituent une in-

(i) Journal, t. VI, p, 136.

fraction au plan que Tauteur s'était décidé à poursuivre d'une façon inflexible. — M. Paul Souriau estime qu'un seul homme est à même de dire comment une pièce a été composée : rauteur(i).

Je doute fort qu'il le sache toujours.

Joubert pousse ce pouvoir de l'instinct

encore plus loin : « On ne sait justement

ce qu'on voulait dire, déclare-t-il scepti-

qUemement, que quand on l'a dit.-»

Si les caprices ne régissaient pas souvent le cerveau humain, la littérature serait exempte de fantaisie et d'art.

Chez bien des écrivains de premier ordre — nous n'en citerons que deux, Montaigne et Montesquieu, — le plan de l'ouvrage ne se coordonne pas dans l'esprit avec cette spontanéité que nous venons de constater. L'auteur des Essais s'exprime ainsi au sujet de son travail de composition : « Cette farcissure est un peu hors de thème, disait-il poliment un jour qu'il avait fait un écart un peu fort :

(i) Traité de l'Invention, p. 152.

je m'égare, mais plutôt par licence que par mégarde ; mes fantaisies se suivent, mais parfois c'est de loin, et se regardent, mais d'une vue oblique... J'aime l'allure poétique, à sauts et à gambades... Mon esprit et mon style vont vagabondant de même (i). Je n'ai point d'autre sergent de bande à ranger mes pièces que la fortune: à mesure que mes rêveries se présentent, je les entasse ; tantôt elles se pressent en foule, tantôt elles se traînent à la file (2). » Montaigne s'inspirait, disait-il, des « gaillardes escapades de Plutarque » et du désordre il faisait de l'ordre 1

Quant à Montesquieu, il travailla pendant vingt ans, avec un semblant d'incohérence, à son célèbre ouvrage V Esprit des lois. « Montesquieu, écrit M. Lanson (3), est affecté d'une impuissance à composer qui n'a d'égale que celle de son compatriote Montaigne. Il s'établit d'un saut dans son idée ; d'un saut ensuite,

(1) Essais III, 9.

(2) Ilid. II, 10.

(3) Histoire de la littérature française, p. 700.

il atteint une autre idée, sans retenir le contact de la première : sa réflexion n'est pas un acte continu, c'est une série d'actes isolés, dont chacun commence et détermine un effort, entre deux temps d'arrêt. Delàladivision de l'ouvrage, cet extrême morcellement qui aboutit à la confusion extrême : de là ces livres multiples dont Tordre ne s'impose pas ; dans chaque livre, cette abondance de chapitres, dont quelques-uns n'ont, qu'un alinéa, et dans chaque chapitre, cet égrènement des idées en alinéas, dont beaucoup ont deux ou trois lignes. Jamais livre ne fut moins organique. Ce défaut d'ordre dans l'exposition n'est que le signe d'un manque d'unité dans la conception. »

Q^Liel abîme entre les plus merveilleuses organisations cérébrales qui ont illustré la littérature française !

Une autre question se pose encore à propos du labeur de l'exécution. Faut-il écrire, quelles que soient les dispositions intellectuelles du moment ?

L'esprit se montre souvent très inégal.

Il peut être aussi rétif que réceptif. Le système de Zola consiste à écrire chaque jour une somme invariable de pages. Il se conforme ainsi à sa devise : Niilla dies sine linea. Doudan a dit : « Pour entretenir le talent d'écrire, il faut travailler un peu régulièrement, même dans les jours où l'on ne se sent pas en train d'écrire. M. de Chateaubriand avouait volontiers qu'il travaillait tous les jours un certain nombre d'heures, quelle que fût la disposition de son esprit. Il s'enfonçait dans le fourré de ses idées, jusqu'à ce qu^il trouvât un chemin et des horizons nouveaux, et il affirmait que, avant la fin des heures qu'il se fixait, il finissait toujours par trouvercechemin. C'est que probablement, quand on attend que l'entrain vienne, il ne vient point et que c'est ce premier petit travail ingrat et inutile, en apparence, qui amène ces moments favorables où les idées prennent leur forme achevée et leurs vraies couleurs, (i) »

(i) Lettres 123, tome III p. 388,

Cependant, il existe des écrivains, qui ne trouvent jamais leur« forme achevée ». Mentionnons surtout Victor Cousin qui refondait complètement ses ouvrages dans une subséquente édition, au point de faire un livre nouveau — mais avec l'inspiration en moins, comme on l'a très bien fait observer. Dans ces conditions, ce philosophe aurait mieux fait de suivre le conseil d'Horace qui recommandait de serrer pendant neuf ans son manuscrit, avant de le soumettre au jugement du public.

Nonumque prematur in annum.

D'autre part, Malherbe disait « qu'après avoir fait un poème de cent vers ou un discours de trois feuilles, il fallait se reposer dix ans tout entiers » — et il gâtait parfois une demi-rame de papier à faire et refaire une seule stance !

Quoi qu'il en soit, un grand effort sur soi-même est certainement nécessaire pour s'imposer un travail continu, régulier, journalier. La vie doit être réglée

comme un mouvement d'horloge, dont il faut avoir soin d'écarter le petit grain de sable. Certains auteurs prétendent même que l'outillage exerce une influence sur les natures les plus fortes et les plus indépendantes : « On compterait par milliers, a dit M. Rondelet (i), les lettres qui n'ont point été écrites parce qu'au dernier moment on s'est trouvé n'avoir pas à sa disposition une plume commode, une encre suffisante, une feuille propre, une table préparée. Il y a eu des trésors de sentiments refoulés dans le cœur de celui qui voulait les traduire, par le dérangement d'une interruption ou, moins encore, par la vulgaire difficulté de peindre les caractères avec des intruments défectueux. »

Ces considérations constituent peutêtre le côté puéril de l'art d'écrire, mais n'oublions pas que les choses les plus ordinaires jouent un rôle dans la vie intellectuelle. On ne se doute pas toujours

(1) Ali (f écrire, p. 38.

de l'énergie morale qu'il faut déployer pour vaincre les obstacles. La nature de bien des écrivains ressemble à celle des ïû:idroni. Je ne sais quelle indolence les empêche de produire. Les mieux disposés d'entre eux attendent patiemment que l'inspiration se manifeste, comme s'il n'était pas préférable d'aller au-devant d'elle et de mettre tout en œuvre pour la fairejaillir ! L'avenir est auxgensrésolus. Nous avons déjà montré à quel labeur il faut pouvoir tenir tête pour devenir maître de sa pensée et de sa phrase. De nombreux exemples ont démontré que les règles de l'harmonie sont aussi impérieuses pour la prose que pour la poésie. 11 serait cependant inexact de croire que tout le style se résume dans une forme musicale et impeccable. « Il n'y a pas de travail qui tienne, a dit un humo- -riste — n'était-ce pas Chamfort.? — un homme qui n'a pas d'idées bien nettes ne saura jamais écrire. Autant vaudrait apprendre Téquitation à un cul-de-jatte. » Et puis, une œuvre doit être fortement

étoffée. Il ne faut pas seulement qu'elle soit belle, elle doit être vraie. Il est nécessaire que la recherche des matériaux sérieux, capables de jeter sur l'ouvrage tout entier ce rayonnement spécial que donne l'authenticité des sources, précède le travail de plume. Le labeur des informations précises accompagne le labeur d'écrire. Peu de romanciers ont plus connu les fatigues de l'enquête et du document que Gustave Flaubert et Emile Zola. « J'ai une indigestion de bouquins, écrit l'auteur de Salammbô à M. Maurice Schlessinger. Voilà cinquante-trois ouvrages différents sur lesquels j'ai pris des notes depuis le mois de mars. J^étudie maintenant l'art militaire ; je me livre aux délices de la contrescarpe et du cavalier, je pioche les balistes et catapultes. Je crois enfin pouvoir tirer des effets neufs du tourlourou antique. » Ailleurs : « Je laboure la Bible de Cahen, les origines d'Isidore, Selden et Braunius. J'ai bientôt lu tout ce qui se rapporte à mon sujet, de près ou de loin, et, bien que tu m'ac-

cuses d'ignorance crasse en botanique, je le fiche une flore tunisienne et méditerranéenne très exacte, mon vieux. » Dans une lettre adressée à Ernest Feydeau :

« Depuis six semaines, je recule comme un lâche devant Carthage. J'accumule notes sur notes, livres sur livres, car je ne me sens pas en train. Actuellement, je suis perdu dans Pline que je relis, pour la seconde fois, d'un bout à Tautre. J'ai encore diverses recherches à faire dans Athénée et dans Xénophon, de plus, cinq ou six mémoires de l'Académie des inscriptions. Et puis, ma foi, je crois que ce sera tout.» Je lis dans les Souvenirs littéraires de Maxime Du Camp : « Je Tai vu souvent (Flaubert) dépouiller cinq ou six volumes pour écrire une phrase : avant défaire la nouvelle intitulée 5^z//z^ Julien Vhospitalier, il lut tous les livres de vénerie qu'il put se procurer — je le sais, car c'est moi qui les lui envoyai depuis Gaston Phœbus et Du Fouilloux jusqu'au Dictionnaire de chasses de Baudrillard, qui naturellement ne lui furent d'aucune

utilité (i). )^ — Plus loin, au sujet de la Tentation de saint Antoine : « 11 lisait les Pères de l'Eglise, compulsait la collection des Actes des Conciles par les pères Labbé et Cossart étudiant la scolastique (2). »

Ajoutons que Flaubert travailla pendant cinq mois à un seul chapitre de Salammbô pour reconstruire tout l'ancien commerce de TOrient. Et il ne se contenta pas de cette prodigieuse accumulation de livres dont il parle dans ses lettres. Il se rendit lui-même sur l'emplacement de Carthage, pour en connaître à fond les paysages qu'il se proposait de décrire. Il avait annoncé l'intention de se promener dans un rayon d'une vingtaine de lieues autour de la cité antique. En vue d'un autre ouvrage, il se rendit trois ou quatre fois de Paris à Creil p.our bien s'assurer s'il avait convenablement rendu un effet de paysage.

Flaubert avait, en procédant de la sorte, une notion très juste des exigences de

(!) Tome I, p. 174.

(2) Tome I, p. 240.

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notre époque contemporaine qui a vu si largement se développer le sens critique. Il avait compris qu'un Vqydge du jeune Anacharsis en Grèee n'est plus de mise en ce siècle avide de vérité. Dans le domaine des appréciations littéraires, Sainte-Beuve n'en usa pas autrement.

\'oici ce que raconte Scherer au sujet de la conscience avec laquelle travaillait l'auteur des Causeries du Lundi {i);

« Il faut avoir connu Sainte-Beuve pour savoir l'importance presque maladive qu'il attachait à l'orthographe d'un nom propre, à un renseignement, à une date. 11 voulait tout voir de ses propres yeux, tout vérifier. Il avait vraiment la religion des lettres. A partir du commencement des Lundis, sa vie entière fut dominée par les conditions de la tâche qu'il avaitentreprise. Ces merveilleux articles sortaient d'une cellule de bénédictin. La porte de Sainte-Beuveétaitfermée, hormis le lundi, jour de la publication, devenu jour de

(i) Littérature contemporaine, tome IV, p. 107.

repos et de vacance. Les livres dont il avait besoin avaient été réunis d'avance dans les bibliothèques publiques par des amis dévoués. Les lectures faites, les passages marqués, il faisait un premier jet de son article, il le bâtissait selon son expression. Après quoi, il le reprenait en sous-œuvre, le rédigeait, dictant à son secrétaire, saisissant lui-même la plume de temps en temps, intercalant, modifiant, cherchant. Tous les scrupules du savant et de l'artiste étaient à la fois en éveil dans ce labeur et jusqu'au dernier moment. »

Après ce travail minutieux, Sainte- Beuve n'était pas encore satisfait de luimême. Il soumettait son article à son ami Véron, et il n'en donnait jamais le « bon à tirer » sans avoir corrigé deux ou trois épreuves.

Je ne m'appesantirai pas davantage à cette place sur le labeur d'écrire proprement dit : Cette matière a déjà été traitée dans d'autres chapitres. Toutefois, il est un sujet qui mérite également d'être déve-

loppé dans cette étude, ce sont les variations que le style de maints auteurs a subies aux divers stades de leur existence. Je crois que la recherche de la perfection n'a pas toujours été étrangère à un changement dans la « manière » de nos grands littérateurs — à moins que celle-ci ne trahisse plutôt une période de défaillance. Nous citerons plusieurs exemples à l'appui de cette thèse :

« Un des traits caractéristiques de son talent, écrivait Ernest Legouvé dans le Temps, à propos de Jules Sandeau, c'est qu'il a eu, comme les peintres, deux manières, je dirai volontiers deux plumes.

Il a refait son style. Les ouvrages les plus brillants des deux premiers tiers de sa vie, Mariauna et 3i"*' de la Seiglière^ sont pleins d'imagination, d'éclat, mais trop de fleurs! trop de fleurs ! Dans ses dernières œuvres, changement complet. Relisez Fernand, Le colonel Evrard, Jean de Thommeray, plus de déclamations, plus défausse élégance ; un style ferme, sobre, plein de relief. Il est devenu dessinateur,

sans cesser d'être coloriste. On voit que La Bra3'ère, qu'il étudiait beaucoup, a passé par là. »

Et quel maître pouvait-on mieux choisir que l'auteur immortel des Caractères, lui qui a tant aidé, vers la fin du xvii" siècle, à rajeunir la vieille forme française, à épurer le goût, à préparer la grande époque des Voltaire et des Jean-Jacques Rousseau ?

M. de Sacy fait à peu près les mêmes observations au sujet de Bossuet (i) » Son éloquence surabonde et se répand, pour ainsi dire, en développements qui dépassent les mesures et ralentissent la marche du discours. Attendez quelques années, c'est le même sermon. Mais déjà l'orateur a mûri. Une main austère dépouille cette éloquence de son luxe et la réduit à la raison et au nécessaire... C'est toujours le plus simple et le plus mâle des orateurs; seulement l'usage du monde et de la cour a poli le langage du

(i; Variétés littéraires, nwales et politiques, p. 312.

prédicateur, il retranciie tous les mots dont une oreille de courtisan pourrait s'effrayer; il n'ose plus dire cette canaille en parlant des valets du grand-prêtre et des soldats de Pilate acharnés sur la divine personne de Jésus-Christ. Déjà, je l'avoue, quelques-uns de ces retranchements me semblent bien rigoureux. Il y a dans la première manière de Bossuet des expressions et des tours de phrase dont je regrette la simple et franche énergie. Attendez quelques années encore. Bossuet reprend le sermon pour la troisième fois. Il avait abrégé, il abrège encore. Les traits sont plus vifs et plus précis ; les développements manquent. Il épurait sa langue ; il l'épure davantage. Des mots qu'il employait dans l'âge de sa maturité, il ne les emploie plus dans l'âge de sa vieillesse. Celte modification de langage estpeut-être ce qu'offrent de plus curieux les versions successives des sermons de Bossuet. »

Mais il arrive aussi qu'un changement dans la manière d'un écrivain ne corresponde pas toujours à un progrès. Château

briand se charge de nous en fournir le témoignage. Sainte-Beuve a écrit au sujet de l'auteur du Génie du Christianisme la page suivante :

« En fait de style, M. de Chateaubriand, comme tous les grands artistes, a eu plusieurs manières. On est assez généralement convenu de placer la perfection de sa manière littéraire à l'époque des Martyrs et de l'Itinéraire (1809-1811), et la perfection de sa manière politique à l'époque de sa polémique contre M. de Villèle au Journal des Débats {1824.-182'])', mais tout en adhérant à cette vue juste, n'oublions point par combien de jugements confidentiels, de revisions et d'épurations successives durent passer les Martyrs pour atteindre à cette pureté de forme que nous leur voyons. N'oublions pas non plus que, de même qu'en sa période littéraire M. de Chateaubriand eut Fontanes pour conseiller assidu et fidèle, il eut, pour sa polémique politique aux Débats^ un ami, homme de goût, et sévère également, M. Bertin l'aîné, qui se permettait

de retoucher à chaque article ce qu'il ne croyaitpas bon sans que l'autre (chose rare) s'en plaignît jamais ou même s'en informât. Car, disons-le à sa louange, M. de Chateaubriand, avec cette facilité qui tient à une forte et féconde nature toujours prête à récidiver, ne s'acharnait pas du tout à ses phrases, quand un ami sûr y relevait des défauts. Ainsi, pour les articles des Débats, les belles choses restaient, et les mauvaises disparaissaient d'un trait de plume. Que si nous prenons d'autres récits de M. de Chateaubriand d'une date très rapprochée de celle qu'on répute la meilleure, par exemple, les Mémoires sur le duc de Berry ou encore les Etudes historiques^ nous y retrouvons toutes les fautes de mesure et de goût qu'on peut s'imaginer : c'est que l'Aristarque ici lui a manqué. Ceci pour dire qu'à aucun moment le goût de M. de Chateaubriand n'a été très mûr et tout à fait sûr, bien que, dans un temps, à juger par quelques-uns de ses écrits, il ait paru tel. Il n'y a donc rien d'étonnant si, dans les Mémoires

cVOiitre-l^onihe^ on retrouve de ces der-niers défauts qui étaient en lui et auxquels il dut revenir encore plus volontiers avec l'âge.

La première partie des Mémoires^ celle qui offre la peinture des jours de Tenfance et de l'adolescence, se rapporte pourtant, par la date de composition, à la plus heureuse époque de la maturité de M. de Chateaubriand, à cette année 1811 dans laquelle il publia V Itinéraire. Aussi cette partie est-elle de beaucoup la plus légère de touche et la plus pure, et j'ose dire qu'elle le paraîtrait plus encore s'il n'y avait fait maintes fois des surcharges en vieillissant. A partir de 1837 environ, sa main se gâta ; ses coups de pinceau devinrent plus heurtés, plus brisés dans leur énergie dernière. Il y avait toujours en lui des reflets et des parfums retrouvés de la Grèce, mais le vieux Celte aussi reparaissait plus souvent ; et pour appliquer ici le nom d'un écrivain qu'il cite quelquefois et qui exprime l'extrême recherche dans l'extrême décadence, on

dirait que, dans les parties dernières de sa composition, il soit entré du Sidoine Apollinaire, tant l'œuvre semble subtile et martelée ! On pourrait affirmer, à la simple vue, que certaines pages, qui portent la date de 1822, ont reçu une couche de 1837. »

Nous avons voulu reproduire cette citation tout entière, si longue soit-elle, tant elle est instructive et confirme parfaitement la seconde partie de notre thèse (i).

Quelle que soit l'importance que l'on veuille attacher au labeur d'écrire (2), on contestera difficilement, ce me semble, que le relâchement observé chez de Chateaubriand entraîne souvent avec lui un manque de précision et de clarté. En

(i) Dans une très belle étude de M. Paul André sur ^'Indifférence et V Injustice belles en matière littéraire (Editeur, Lamartin, Bruxelles), ce critique distingué écrit que C. Lemonnier a abandonné sa première manière toute de « hautaine et plantureuse rusticité « pour s'orienter vers des soucis de mondanité moins impérieusement énergiques. La cause : les influences parisiennes (p. lo).

On pourrait multiplier les exemples de cette nature.

(2) Nous verrons dans un autre chapitre que les avis ne sont pas unanimes à ce sujet.

laissant courir la plume, au petit bonheur des idées, en adoptant les premières images qui se présentent à l'esprit, en accumulant les phrases sans y apporter cet équilibre qui est la condition essentielle de l'harmonie, un grand écrivain peut parvenir à composer des pages étincelantes, mais il ne produit rien de solide et de durable. Les auteurs latins de la belle époque classique se distinguaient surtout par leur style lapidaire. Mais celuici ne fit-il pas défaut chez les prosateurs de la décadence ? D''aucuns s'imaginent, qu'en noyant la pensée dans une avalanche de propositions diffuses, ils arrivent à se faire mieux comprendre. Cependant, le style obscur a trouvé ses apologistes ! Il existe une esthétique du charabia. Joubert estime que le beau peut avoir surtout du charme dans une langue que l'on n'entend qu'à demi. Et Doudan n'a-t-il pas écrit: « Il y a longtemps que je pense que celui qui n'aurait que des idées claires serait un sot. Les notions les plus précieuses que recèle rintelligence humaine sont tout au

fond de la scène et dans un demi-jour et c'est autour de ces idées confuses, dont la liaison nous échappe, que tournent les idées claires pour s'étendre et se développer » (i).

Doudan devait être, à coup sûr, un admirateur passionné de VApocalypse et Ton peut regretter que la mort l'ait privé de la lecture de nos déliquescents. Que de jouissances artistiques n'eût-il pas goûtées ! Rien ne doit être agréable comme de pouvoir s'écrier avec Klopstock, qui se vantait de ne pas comprendre ses propres idées : « D'abord Dieu les comprenait avec moi, maintenant Dieu seul les comprend »...

Ce sont là des paroles qui frisent la gageure. Si l'allemand se prête bien aux spéculations métaphysiques et aux né-

(i) Lettres de Doudan, p. 470. tome II. M. Paul Stapfer, dans son intéressante étude sur l'Histoire des réputations littéraires [Revue Bleue, année 1891, p. 205) ne reproduit pas ce passage des Lettres de Doudan de la même manière que nous, bien que ces variantes impliquent une opinion identique. Il fait remarquer que M. Gréard a faussement attribué cette pensée à Scherer,

bulosités littéraires, le français, lui, exige avant tout la clarté. Sinon, il fausserait son génie. Pour tous ceux qui parviennent à la manier avec art, la langue française est d'une limpidité cristalline. Le jour où, tout en restant belle et harmonieuse, elle cesserait d'être claire, elle aurait perdu à jamais son incomparable éclat. Même à des moments d'emphatique lyrisme et de passion désordonnée, il faut qu'elle demeure compréhensible. Sa clarté va jusqu'à rendre les défauts moins apparents. Klopstock aurait peut-être tourné en dérision des idées aussi téméraires.

Mais j'estime que si je suis compris des hommes. Dieu me comprendra par surcroît

vu

De quelques habitudes et manies

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