Sensibilité des réactifs généraux
Pour les raisons indiquées p. 67, les précipités
1 . Voirà ce propos : Armand Gautier, Recherches sur les LeucomsLÏnes ; 1885. — Bocklish, études sur les alcaloïdes du poisson putréfié ’ Deutsche chemische Gesellschaft , t. XVIII, p. 85, l’auteur constate qu’au début de la putréfaction, il y a peu de produits basiques, et qu’après un temps trop long, il n’y a plus que de l’ammoniaque. — Brieger, Putréfaction de la viande de cheval: les alcaloïdes peuvent avoir disparu après le huitième ou le dixième jour. ( Deut . chem. Gesell. t. XVI; p. 1185 et 1405). — Paterno et Spica, Ptomaïnes avant la putréfaction dans
BROUAKDEL ET OGIER.
obtenus avec les réactifs généraux sont de peu d’intérêt. Mentionnons seulement que des deux réactifs employés, le plus sensible est sans nul doute l iodure de potassium ioduré.
5. Valeur des réactifs pour la recherche des alcaloïdes végétaux.
Venons maintenant à la discussion du point qui nous intéresse le plus spécialement. Quelle est la valeur des réactifs employés, au point de vue de la recherche chimicodégale des alcaloïdes végétaux? C’est-à-dire, les réactions observées sur des résidus qui contenaient des ptomaïnes et qui ne contenaient pas d’alcaloïdes végétaux, ont-elles été de nature à indiquer faussement la présence d’alcaloïdes végétaux ?
Si l’on passe en revue les nombreuses réactions consignées dans nos tableaux, on voit que, parmi les réactifs employés, il en est de bons et de médiocres. Voici quelques exemples :
Le perchlorure de fer seul n’a jamais donné aucune coloration : on doit donc, jusqu’à nouvel ordre, admettre que c’est un bon réactif de la morphine (col. bleue). La potasse alcoolique ajoutée aux résidus oxydés par l’acide nitrique n’a jamais donné de coloration violette, comme celle que fournirait l’atropine.
des liquides physiologiques, sang, albumine d’œufs ( Gazetta chimica italiana, t. XII, p. 63), etc.
DE L’iNFLUENCE DES PTOMAÏNES
L’acide nitrique seul produit sur beaucoup de résidus une coloration jaune ou orangée; beaucoup moins rouge que la teinte obtenue avec la brucine, mais jusqu’à un certain point analogue à celle que donnerait une trace de morphine ; on peut donc conclure que l’acide nitrique est un bon réactif de la brucine et un réactif médiocre ou mauvais de la morphine.
L’acide nitrique n’a jamais donné de coloration violette comparable à celle qu’il fournirait en présence de la colchicine : cet acide est donc un bon réactif de la colchicine.
Quant aux réactifs contenant un grand excès d’acide sulfurique (sulfomolybdate, sulfovanadate, sulfosélénite), on voit que leur emploi est rendu assez incertain par la présence des ptomaïnes. Avec ces solutions, on obtient en effet très souvent des colorations de tons divers, bruns, rougeâtres, bleuâtres, violacés : ces colorations sont généralement identiques à celles que donnerait l’acide sulfurique seul ; elles peuvent prêter à des erreurs. C’est ainsi que nous avons observé des colorations violacées avec le réactif de Frôhde, pouvant dans une certaine mesure faire soupçonner la présence de la morphine.
Avec le bichromate de potasse et l’acide sulfurique, nous avons vu se produire une seule fois une teinte violacée analogue à celle que donnerait une trace de strychnine.
Avec l’acide sulfurique alcoolisé et le perchlorure de fer, certains résidus ont fourni des teintes verdâtres, pouvant être confondues avec la réaction de la digitaline.
En définitive, nos réactifs ne sont pas d’une sûreté absolue et, dans une expertise chimicolégale, dont les conséquences peuvent être si graves, l’expert, après avoir constaté une réaction indiquant la présence d’un alcaloïde, est toujours tenu de se poser cette question : Suis-je sûr que la réaction que je viens d’observer ne saurait être produite par une ptomaïne ?
Il faut évidemment tenir grand compte de ces causes d’erreur, mais il ne faut pas non plus en exagérer l’importance. Et d’abord, disons que ces réactions colorées, constatées par nous sur des résidus ne contenant que des ptomaïnes, réactions qui pouvaient être confondues avec celles de certains alcaloïdes végétaux, n’ont jamais été aussi franches, aussi évidentes qu’elles l’eussent été avec les bases végétales pures. Jamais un expert consciencieux ne conclurait formellement à la présence d’un alcaloïde végétal toxique en s’appuyant uniquement sur des observations aussi vagues ; il chercherait d’abord à purifier les résidus de manière à rendre les résultats plus nets ; il ne se contenterait pas d’une seule réaction, mais chercherait à accumuler un ensemble de preuves en comparant les caractères chimiques avec les résultats de
DE L’iNFLUENCE DES PTOMAÏNES
l’expérimentation physiologique, avec les constatations de l’autopsie, avec les documents relatifs aux symptômes qui ont précédé la mort.
Il faut dire enore qu’en entreprenant ces expériences, nous nous étions proposé de déterminer la valeur de nos réactifs d’alcaloïdes ; c’est-à-dire que nous avions forcément un penchant à les trouver en défaut ; il est bien certain que, dans une expertise ordinaire, nous aurions considéré comme nulle ou insignifiante telle réaction qu’ici nous avons enregistrée comme positive.
Enfin, d’après notre méthode de séparation, les alcaloïdes ne doivent pas se trouver dans tous les résidus indistinctement, puisque cette méthode est justement destinée à établir parmi ces alcaloïdes une sorte de classement. Par suite, il ne suffît pas, pour conclure, d’observer une réaction colorée sur l’un quelconque des résidus, il faut encore que cette réaction, indiquant tel ou tel alcaloïde déterminé, se produise avec les résidus qui doivent contenir cet alcaloïde, et non avec les autres, — sous cette réserve, bien entendu, que la séparation ne peut pas être considérée comme absolue.
Ainsi, nous pensons en définitive que les réactifs employés n’ont évidemment pas tous une égale valeur, que quelques-uns donnent avec certaines ptomaïnes des réactions qui ressemblent à celles de certains alcaloïdes ; mais,
comme ces réactions sont toujours peu nettes, si l’on se rappelle qu’une seule réaction colorée ne saurait suffire pour permettre à un expert consciencieux de formuler des conclusions précises; qu’il faut, pour arriver à de telles conclusions, pouvoir s’appuyer sur tout un ensemble de caractères chimiques ou physiologiques, nous voyons qu’en réalité les chances d’erreur sont infiniment faibles.