Influence de la présence des ptomaincs lorsque
les résidus contiennent réellement des alcaloïde s végétaux.
Mais nous pouvons envisager la question à un point de vue inverse et nous demander si la présence des ptomaïnes n’est pas une cause d’erreur lorsqu’il existe réellement des alcaloïdes végétaux dans les résidus ; en d’autres termes, l’existence d’une ptomaïne à côté d’un alcaloïde végétal empêchera-t-elle de constater les réactions propres à celui-ci ? Dans beaucoup de cas, nous pensons qu’il peut en être ainsi.
Supposons, par exemple, un résidu contenant une ptomaïne et une trace de morphine : l’addition à un tel résidu, de sulfomolybdate de soude, devra déterminer l’apparition d’une coloration violette, indice de la présence de la morphine : mais ce même réactif produira sur la base provenant de la putréfaction une coloration brune plus ou moins intense ; il pourra
donc arriver que la seconde coloration masque la première ou empêche de la constater nettement. Dans la pratique, c’est ce qui arrive assez souvent. Il est inutile de multiplier les exemples de ce genre : de pareils inconvénients se produisent surtout avec les réactifs contenant un acide énergique.
Il s’ensuit donc qu’il est indispensable de purifier les résidus autant que possible, c’est-àdire de séparer les alcaloïdes des ptomaïnes : malheureusement, une séparation complète est le plus souvent impossible, ou présente de grandes difficultés. Sans insister sur les procédés à employer, rappelons seulement que, par dissolution dans l’acide chlorhydrique, beaucoup de bases de putréfaction se détruisent en se résinifiant, tandis que les alcaloïdes restent inaltérés ; on peut donc filtrer et évaporer ensuite la solution chlorhydrique de l'alcaloïde dans le vide en présence de la chaux vive. D’autre part, nous avons encore eu maintes fois l’occasion d’observer l’altérabilité des ptomaïnes sous l’influence de l’oxygène de l’air. En examinant les solutions chlorhydriques des résidus, immédiatement après leur extraction, puis quelques jours après, on observe que les quantités de précipités fournis par les réactifs généraux sont souvent beaucoup moindres avec la base longtemps exposée à l’air. De là, un procédé de séparation assez simple, lorsqu’il
s’agit, du moins, de retrouver un alcaloïde végétal qui n’est pas lui-même oxydable.
Il faut avouer cependant que la séparation des ptomaïnes n’est presque jamais absolue et qu’il y a de réelles difficultés à obtenir des résidus d’alcaloïdes entièrement purifiés.
En définitive, on doit constater que les ptomaïnes sont des causes d’erreurs sérieuses dans la recherche toxicologique des alcaloïdes végétaux. Mais nous estimons que ces causes d’erreurs ont pour principal effet de rendre souvent difficile et quelquefois impossible la caractérisation d’alcaloïdes existant réellement dans les résidus : entre les mains d’un expert soigneux, habitué à juger de l’intensité et de la valeur des réactions et à ne conclure que s’il peut baser son opinion sur un ensemble de faits concordants, nous ne croyons pas que la présence des ptomaïnes puisse fausser les résultats jusqu’à faire admettre à tort l’existence d’un alcaloïde végétal. Pour résumer ce long travail, nous dirions donc volontiers que nos erreurs, en cette difficile matière de la recherche des alcaloïdes végétaux, ont pour effet, bien plutôt de faire innocenter un coupable que de faire condamner un innocent.