MM. BROUARDEL, GABRIEL POÜCHET ET J. OGIER
Recherches sur la Saccharine
La saccharine a été découverte en 1879 par MM. Fahlberg, de Baltimore, et Remsen. Le véritable nom chimique de la saccharine est Vanhydro ortlio sulfa ruine benzoïque ou, par abréviation, le sulfinide benzoïque. La préparation en est longue et compliquée; nous jugeons inutile d’en donner le détail : le point de départ de cette fabrication est le toluène, carbure extrait du goudron de houille, d’où le nom assez impropre de sucre de houille sous lequel on désigne aussi parfois la saccharine.
La saccharine se présente sous la forme d’une poudre blanche soluble dans l’alcool et dans l’éther, peu soluble dans l’eau froide (100 parties d’eau en dissolvent 4 décigrammesj, peu soluble dans l’eau chaude. A l’état de sel sodique, elle se dissout beaucoup plus facilement.
Chimiquement la saccharine n’a aucun lien de parenté avec les sucres proprement dits.
Elle possède, c’est là sa propriété essentielle, un pouvoir sucrant fort intense. En représen-
tant par l’unité le pouvoir sucrant du sucre de canne ou de betterave, on doit évaluer celui de la saccharine à 280 ou 300. Sa saveur est très analogue à celle du sucre de canne ; on lui trouve toutefois, surtout après un usage de quelques jours, un arrière-goût désagréable.
Il est aisé de comprendre quelle importance prendrait un pareil produit dans l’alimentation, s’il était démontré que son usage fût inoffensif. Actuellement la saccharine est encore d’un prix élevé (135 fr. le kilogr.), en raison des difficultés de sa fabrication et du prix des produits qui servent à sa préparation. Il est facile de prévoir que l’industrie perfectionnera ses procédés et que le prix de la saccharine baissera rapidement. Quoi qui il en soit, dès à présent la saccharine, soit seule, soit mélangée de glucose, a, pour un pouvoir sucrant égal, une valeur vénale bien inférieure à celle du sucre ordinaire.
II. Propriétés physiologiques de la saccharine. — L’étude des propriétés physiologiques de la saccharine permet de comprendre quelle influence son usage journalier peut avoir sur la santé.
Un premier point est hors de doute. La saccharine n’est pas un aliment. Introduite dans l'économie, elle n’est pas assimilée ; elle traverse presque intégralement l’organisme sans s’altérer, et elle s’élimine en nature par la sé-
RECHERCHES SUR LA SACCHARINE
crétion urinaire. Tous les auteurs sont d’accord sur ce point : Aducco et Mosso, Stutzer, Salkowski, Mercier, etc. ; nous avons néanmoins eu soin d’en vérifier l’exactitude. La saccharine est donc pour l’économie une substance au moins inutile, et ne saurait remplacer les sucres proprement dits, qui sont pour l’homme des matières utiles, de véritables aliments.
Action de la saccharine sur les fermentations. — La saccharine n’est pas un aliment ; mais introduite dans l’économie en même temps que des aliments vrais, facilite-t-elle, modifie-t-elle leurs transformations, les rend-elle plus ou moins assimilables ?
Les expériences nombreuses que nous résumons ici prouvent que la saccharine est un antiseptique, qu’elle arrête certaines fermentations.