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BIÈRE : CONCLUSION

La saccharine en solution très étendue (1 p. 1,000), entrave énergiquement la fermentation de la levure de bière. Cette action suspensive ne se manifeste plus si la saccharine a été préalablement neutralisée.

G. Action de la saccharine sur les produits

SÉCRÉTÉS PAR LES GLANDES DU TUBE DIGESTIF (SALIVE) , SUC PANCRÉATIQUE , SUC GASTRIQUE ,

pepsine, etc. — Les expériences précédentes montrent que la saccharine a une action très nette sur la végétation de quelques plantes, sur certains ferments bien connus. Il reste à déterminer son action sur les agents plus complexes qui commandent la digestion des aliments ingérés.

a. Action de la saccharine sur la salive. — 1° On met à l’étuve à 44° pendant une heure : Tube A contenant 20 centimètres cubes d’eau amidonnée à 1 p. 100 et 2 centimètres cubes de salive fraîche.

Tube B contenant 20 centimètres cubes d’eau

RECHERCHES SUR LA SACCHARINE

amidonnée à 1 p. 100, 2 centimètres cubes de salive fraîche, et 2 centigrammes de saccharine.

Pour réduire 5 centimètres cubes de la liqueur de Fehling (correspondant à 25 milligrammes du glucose), il a fallu : 3 centimètres cubes d’eau du tube A, 17 centimètres cubes du tube B.

La transformation a donc été trois fois moins active dans le tube additionné de saccharine.

2° On met à l’étuve à 42° pendant un quart d’heure :

Tube A contenant 10 centimètres cubes d’eau amidonnée à 1 p. 100 et 1 centimètre cube de salive fraîche.

Tube B contenant 10 centimètres cubes d’eau amidonnée à 1 p. 100 et 1 centimètre cube de salive fraîche, plus 2 centigrammes de saccharine neutralisée par le bicarbonate de soude.

Pour réduire 5 centimètres cubes de liqueur de Fehling, il a fallu 1 centimètre cube 5 du tube A, et 1 centimètre cube 8 du tube B, 10 centimètres cubes du tube C.

La saccharine en solutions très étendues (1 à 2 p. 100) ralentit énergiquement V action de la salive sur V amidon. Si la saccharine a été neutralisée par du bicarbonate de soude , le ralentissement n existe pas d’uîie façon appréciable.

b. Action de la saccharine sur le suc paner éa-

tique . — On fait macérer un pancréas frais de chien dans l’eau distillée ; on obtient ainsi un liquide pancréatique que l’on filtre.

On prépare deux tubes qu’on porte à l’étuve

Tube A contenant 20 centimètres cubes d’eau amidonnée à 1 p. 100, et 3 centimètres cubes de macération pancréatique.

Tube B contenant 20 centimètres cubes d’eau amidonnée à 1 p. 100, 3 centimètres cubes de macération pancréatique et de la saccharine.

La saccharine a été ajoutée sans être pesée au liquide pancréatique ; on a filtré ensuite.

Au bout d’une heure, le tube A donne une forte réduction de la liqueur de Fehling ; le tube B (saccharinisé) ne donne aucune réduction.

On prépare une macération fraîche de pancréas de chien.

Tube A contenant 10 centimètres cubes d’eau amidonnée à 1 p. 100, plus 3 centimètres cubes de macération pancréatique.

Tube B contenant 10 centimètres cubes d’eau amidonnée à 1 p. 100, plus 3 centimètres cubes de pancréas, plus 2 centigrammes de saccharine.

On porte pendant 20 minutes les deux tubes à l’étuve à 42 degrés. On trouve ensuite le tube A complètement limpide ; le tube B est resté trouble.

RECHERCHES SUR LA SACCHARINE

Il faut un demi-centimètre cube du tube A pour réduire 1 centimètre cube de liqueur de Fehling ; il faut plus de 11 centimètres cubes du tube B pour réduire 1 centimètre cube de liqueur de Fehling.

On s’est assuré dans une autre expérience que la saccharine neutralisée ne modifiait pas Faction du liquide pancréatique sur l’amidon.

La saccharine en solutions très étendues (1 à 2 p. 1,000) supprime ou entrave l’action du liquide pancréatique sur l’amidon. La saccharine ne possède plus cette influence quand elle est neutralisée.

c. Action de la saccharine sur le suc gastrique. — On porte à 40° deux tubes :

Tube A contenant : suc gastrique naturel,

11 centim. cubes; acide chlorhydrique à 4 p. 1,000, 5 centimètres cubes; albumine coagulée (blanc d’œuf), 2 grammes.

Tube B, même contenu, auquel on ajoute 5 centigrammes de saccharine.

Deux jours après, la digestion est achevée en A, il n’y a plus de cubes d’albumine ; elle est incomplète en B, lequel renferme encore 1 gr. 4 d’albumine en cubes.

On porte à l’étuve à 40° deux tubes :

Tube A contenant : suc gastrique naturel,

12 centimètres cubes ; acide chlorhydrique à

4 p. 1,000, 10 centimètres cubes ; albumine coagulée, 2 grammes.

Tube B, même contenu, auquel on ajoute

5 centigrammes de saccharine.

Le lendemain, la digestion est presque terminée en A, où il ne reste que 20 centigrammes d’albumine en cubes ; elle est beaucoup plus retardée en B, qui renferme encore 80 centigrammes de cubes d’albumine.

La saccharine à 2 ow 3 p. 1,000 retarde l'action du suc gastrique sur V albumine.

D’autres essais de M. Gabriel Pouchet confirment ces résultats :

Solution d’acide chlorhydrique à 3 p. 1,000, 100 centim. cubes ; pepsine de Hottot, 0 gr. 20.

Albumine coagulée décomposée en petits cubes, 10 grammes.

On fit trois mélanges semblables qui servirent de types.

A six autres mélanges identiques, préparés en même temps, on ajouta 5, 10, 15, 20, 25, 50 centigrammes de saccharine, en rendant le mélange aussi intime que possible, puis on plaça le tout dans une étuve chauffée à 38, 39 degrés.

Au bout de huit heures, les trois mélanges non additionnés de saccharine étaient presque complètement limpides, et l’albumine entièrement transformée en peptone.

RECHERCHES SUR LA SACCHARINE

Le mélange contenant 5 centigrammes de saccharine renfermait encore un résidu assez notable d’aspect floconneux à la surface, et le lendemain, c’est-à-dire après vingt-quatre heures d’étuve, le liquide montrait encore quelques flocons grisâtres.

Les mélanges contenant 10 et 1 5 centigrammes de saccharine renfermaient encore le lendemain une notable quantité d’albumine non attaquée, à peine gonflée.

Quant à ceux renfermant 20, 25 et 50 centigrammes de saccharine, la digestion de l’albumine était à peine commencée le soir de la mise en marche de l’expérience, après neuf heures d’étuve ; et le lendemain, après vingt-quatre heures, les angles des fragments d’albumine étaient à peine gonflés et émoussés dans le mélange à 50 centigrammes.

Au bout de trois jours, les mélanges à 20 et 25 centigrammes, dans lesquels existait encore de l’albumine non transformée, ont commencé à se couvrir de moisissures. A cette époque, le mélange à 50 centigrammes renfermait encore 1 gramme environ d’albumine non attaquée.

11 est à remarquer que, pour les mélanges renfermant une assez forte proportion de saccharine, cette substance, insoluble dans le véhicule dont la quantité se trouvait insuffisante eu égard à sa solubilité, était déposée à la surface de l’albumine et adhérente aux fragments, ce qui a

BROUARDEL ET OGIER

dû probablement influencer davantage l’empêchement à la peptonisation.

En résumé, les expériences que nous avons instituées , celles d’autres observateurs , de M. Constantin Paul, par exemple, sont concordantes ; elles montrent que la saccharine a une action suspensive sur la digestibilité des aliments quaternaires ou ternaires, elle modifie profondément la marche des transformations que doivent subir dans le tube digestif les aliments que nous ingérons, elle retarde tous les actes de la digestion, elle doit rendre nécessairement celle-ci plus lente, plus pénible ; ses propriétés étudiées expérimentalement doivent faire prévoir qu’elle rendra dyspeptiques les personnes qui en feront usage.

C’est ce que l’observation sur l’homme a démontré à maintes reprises (Stadelmann, Hedley, Worms, Pavy : troubles digestifs consécutifs à l’ingestion de saccharine chez les diabétiques, etc.).

Pour compléter ces résultats, nous avons fait un certain nombre d’expériences sur des animaux.

Trois chiens ont été soumis à un régime sacchariné pendant un mois. Ces trois chiens, à peu près de même taille, recevaient une alimentation identique. Ils absorbaient en outre, chaque jour, le premier 1 gramme, le secondé grammes, le troisième 3 grammes de saccharine de Falberg.

RECHERCHES SUR LA SACCHARINE

Les poids de ces animaux n’ont subi que de faibles variations, ils ont un peu augmenté. — Un quatrième chien, nourri de la même manière, sans saccharine, servait de témoin.

Le premier chien est mort après trois semaines. Les symptômes qu’il a présentés furent, pendant les deux derniers jours, une paralysie du train postérieur, de la diarrhée, une conjonctivite purulente avec kératite de l’œil gauche. A l’autopsie on trouva une broncho pneumonie du poumon droit ; l’autre poumon était sain. Le cœur, le foie, les reins, l’estomac et l’intestin paraissaient sains. Ces symptômes et ces lésions sont ceux que l’on rencontre dans la maladie des jeunes chiens. Nous ne pensons pas qu’il y ait lieu d’en tenir compte dans le bilan des faits imputables à la saccharine.

Les deux autres chiens, qui avaient absorbé en un mois l’un 60 grammes, l’autre 90 grammes de saccharine, et le témoin, ont été sacrifiés en même temps, après avoir reçu tous trois, deux heures et demie avant leur mort, un repas identique. A l’autopsie, l’examen du contenu de l’estomac nous a montré que la digestion était à peu près également avancée chez les trois animaux. Les divers organes étaient sains ; l’examen histologique n’a révélé aucune particularité intéressante.

En résumé, la saccharine ne paraît pas avoir exercé d’influence sur la santé de ces animaux.

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