‹ Le lac de Grand-LieuChapitre 10 sur 57 · HYDROGRAPHIE · texte numérisé non relu

HYDROGRAPHIE

Deux affluents : la Boulogne et l’Ognon (1) apportent au lac le tribut de leurs eaux, après un parcours de 25 à 30 kilomètres, à travers des bassins alimentaires de 500 et 250 kilomètres .carrés. Ils ont, l’un et l’autre, un caractère torrentiel, c’est dire qu’un fort courant se mani- v feste à leur embouchure, au moment des crues, et qu’en été, au contraire, ce courant est presque nul.

Ces affluents peuvent être facilement descendus en bateau : la Boulogne depuis Saint-Philbert (3 kilomètres) ; l’Ognon depuis Pont- Saint-Martin (5 kilomètres). L’étude de la flore de ces embouchures nous fournira des comparaisons intéressantes. La hauteur des eaux, en été, y est très variable. Les plus grandes profondeurs du lac se constatent à l’embouchure de l’Ognon.

La surface totale du bassin du lac est, suivant Guichard, de 1250 kilomètres carrés (2). L’Acheneau, grossi du Tenu (dont le bassin alimentaire est de 200 kilomètres carrés) et canalisé à partir de Messan, est le seul exutoire qui conduit actuellement ces eaux dans le canal maritime de la Basse-Loire.

Cet émissaire a une longueur de 25 kilomètres, y compris le canal de Buzay qui le termine ; sa pente est très faible (10 à 15 centimètres par kilomètre d’après Guichard). Le nom d’Acheneau (corruption de Chéneaux) ne s’appliquait, à l’origine, qu’à la partie du lac qui s’écoulait dans le Tenu (3) et c’est cette rivière qui, se jetant dans la Loire, après d’interminables circuits, à travers les prairies de Vue, était en réalité, autrefois, l’émissaire naturel du lac.

Pour remédier au défaut d’écoulement des eaux, à travers des marais qui se colmataient de plus en plus, les propriétaires riverains obtinrent, en 1713, du Conseil d’Etat, un arrêt les autorisant à ouvrir, sur les dépendances de l’Abbaye de Bu^ay, à partir de Messan, un canal qui débouchait dans la Loire.

(1) Ognum, dans un titre de 1104. (Léon Maître II, p. 8).

(2) Guichard, /oc. cif.,p.4.

(3) Au XV' siècle on disait : « les chenaux 'et écoiirs de la rivière du Tenu (Orieux, /oc. ci/., p. 108) ». Aujourd’hui le Tenu est considéré comme affluent de l’Acheneau.

La création du^ICanal maritime de la Basse-Loire, ouvert, en 1892, à la navigation, a entraîné des changements assez importants dans le régime hydrographique du lac: aujourd’hui le Canal de Buzay, qui constitue comme on l’a vu, l’embouchure de l’émissaire, se jette, non plus directement dans le fleuve, mais dans le Canal maritime, d’où les eaux sont évacuées dans la Loire, par le barrage des Champsneufs, quand le niveau le permet, en raison des variations dues aux marées. Il en résulte que celles-ci ne se font plus sentir dans le lac ; d’autre part l’étiage de tolérance ayant été abaissé de Om. 19 centimètres, le niveau estival des eaux du lac s’est trouvé réduit d’autant. Mais il arrive quelquefois, surtout à la suite des grandes pluies ou tempêtes de la fin de l’automne, que les eaux de l’Acheneau, grossi du Tenu, se mettent à couler en sens inverse, refluant ainsi dans le lac. Le barrage éclusé de Buzay sert à isoler le Canal maritime de l’Acheneau et à rendre le niveau d’eau de l’un indépendant de l’autre (1).

Les eaux du lac sont donc régies, non plus par les lois de la dynamique terrestre, mais par des règlements administratifs qui s’efforcent de concilier des intérêts très complexes, parfois même opposés. Il faut chercher, par exemple, à satisfaire les riverains qui veulent faucher du foin, sans méconnaître le désir, sans cesse exprimé, dans toutes les enquêtes, de maintenir une navigation relative (2). On retient les eaux, pendant l’hiver, pour préserver les marais de la gelée et on abaisse le plan d’eau, au printemps, pour permettre le développement de la végétation. Il est utile, pour avoir une bonne récolte, que la côte d’é- ‘ tiage soit obtenue le premier mai.

L’étiage de tolérance (le seul qui nous intéresse puisque c’est aujourd’hui le seul appliqué) est à la cote 4 m. 05 au-dessus du zéro de Saint- Nazaire (qui représente le niveau des plus basses mers), et le maximum de tolérance d’hiver h la cote de 5 m. 24 ; le fond le plus bas de la cuvette envasée du lac est à la cote 3 mètres (toujours même échelle). Mais ces étiages de tolérance eux-mêmes ne sont pas toujours atteints et sont parfois dépassés.

En résumé, il résulte de ces données (3) corroborées par mes propres sondages, de juillet à octobre, de 1903 à 1908, et par les observations faites au pont de Bouaye, sous la direction du Marquis de Juigné, que le maximum de profondeur qui atteint jusqu’à 3 m. 60 (généralement en janvier) est ordinairement, en été, de 2 mètres à peine et que le minimum de 0 m. 80 centimètres (en juillet) peut descendre, dans les étés très secs, à 0 m. 25 Centimètres sur certains points (entrée de l’émissaire, au Canal de l’Etier (1906).

(1) VoirC. Babin, Zoc. c«f., p. 22.

(2) Elle est à peu prés nulle aujourd’hui ; cependant en hiver, des bateaux chargés de chaux remontent encore parfois la rivière de l’Ognon jusqu’à Pont-Saint-Martin, quelques bateaux accédant à Saint-Lumine, et encore plus rarement à Saint-Philbert par la Boulogne.

(3) Ces renseignements m’ont été obligeamment fournis par M. l’Ingénieur des Ponts et Chaussées Dugardin.

GÉOGRAPHIE LACUSTRE

On s’explique aisément que, contrairement à ce qui a lieu au Lac de Constance où l’époque des hautes eaux est en été et celles des basses eaux en hiver (1), nous avons ici les grandes eaux en hiver et au commencement du printemps et les basses eaux en été et au commencement de l’automne.

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