‹ Le lac de Grand-LieuChapitre 9 sur 57 · ARCHÉOLOGIE-HISTOIRE · texte numérisé non relu

ARCHÉOLOGIE-HISTOIRE

Plusieurs monuments mégalithiques se voient autour du lac. Dans la presqu’île du Dun, en Saint-Aignan, se trouve un menhir que les eaux d'hiver viennent recouvrir. D’autres monuments mégalithiques se voient aussi au bord de l’Ognon, en Pont-Saint-Martin, aujourd’hui enfoncés de plus de 3 mètres dans le sol (1).

Sur les bords du Tenu, un grand dolmen renversé est situé au Port- Fessant, en Sainte-Pazanne ; à Cheix, la Pierre de Saint-Martin paraît avoir appartenu à un autre dolmen ; de nombreuses haches de pierre et de bronze ont été trouvées tout autour du lac. Un grand nombre de monnaies gauloises et romaines, de bijoux gaulois, d’épées de bronze, provenant de la région du lac, sont exposés dans les vitrines du Musée Archéologique de Nantes.

(1) Orieui, loc. cit. T. 2, p. 22.

GÉOGRAPHIE LACUSTRE

Tous ces vestiges accusent une occupation fort ancienne de ces lieux. Cependant, on n’a' découvert aucune trace d’habitations lacustres, au cours des sondages ; les nombreuses pièces de bois qu’on a trouvées dans le lac et que M. de Mortillet considère comme ayant été travaillées par des instruments en fer et comme provenant d’une station romaine (1) ont été prises parfois pour des pilotis, mais elles pourraient bien, comme le pense Orieux, n’être que les vestiges des nombreux barrages, écluses ou pêcheries que le lac renfermait au moyen âge et qui n’ont été démolis qu’en 1572 et plus tard en 1715.

Guichard (2) . mentionne la trouvaille faite par des pêcheurs d’une piroghe creusée dans un tronc d’arbre.

D’après M. Léon Maître (3) aucune partie de la Basse-Loire ne peùt invoquer des titres aussi anciens que le bassin du lac. Les bourgs qui entourent le lac portent des noms de très antique origine : Déas (ancien nom de Saint-Philbert) (4) ; Cheix (Casa) ; Rouans (Rotonum) ; Vue (Vidiia ?).

Le village de Passay, sur le bord immédiat du lac, avec sa population de pêcheurs, de père en fils, parlant encore un certain patois local, est mentionné dès l’an 857 sous le nom de Paciacum (5). C’était jadis le siège de l’église paroissiale, transférée depuis à la Chevrolière. Les plus vieux titres ecclésiastiques appliquent à cette paroisse le nom de Passay, jamais celui de la Chevrolière.

Toutes ces données archéologiques et paléographiques constituent une forte présomption de la haute antiquité du lac. et on peut croire, avec M. Léon Maître « qu’elles indiquent la présence d’une attraction « qui ne pouvait être que le lac, avec les produits de sa pêche » (6).

Les fréquentes découvertes d’arbres ensevelis dont nous venons de parler, prouvent que le lac occupe l’emplacement d’une ancienne forêt d’arbres à feuilles caduques, dont les vestiges subsistent d’ailleurs encore actuellement dans la région, à Machecoul, Prinçé. Le nom primitif de l’une des communes situées sur la rive nord : « Bois » aujourd’hui Bouaye, rappelle que son territoire n’était autre chose qu’une forêt au xi^ siècle. Près du village du Plessis, en St-Mars, on trouve un lieu dit la “ Forêt-Noire ”.

Quand nous arrivons à la période historique proprement dite, à l’époque romaine, les documents sont assez nombreux. Comme nous l’avons dit : de belles épées de bronze, des amas de 3 ou 400 monnaies

(1) Excursion au Lac de Grand-Lieu. (Congrès de l’A. F. A. S. Nantes 1875).

(2) Guichard, /oc. cit. p. 10.

(3) Léon Maître, /oc. cit., I et IL

(4) Deas, du breton Dias, lieu humide et bas, d’après M. Léon Maître I, p. Gl.

(5) Testament d’AIdric, évêque du Mans : in Gallia Christiana XIV, instr. col, 129 ; Léon Maître, loc. cit.^ I p. 74.

(6) Léon Maître, loc. cit,, I, p. 63.

impériales, des bracelets d’or et de bronze, des statères d’or, des deniers à l’effigie de Domitien, des bijoux, fibules, etc., témoignent de la présence sur ces bords d’une civilisation déjà avancée.

Aux époques moins reculées, le plus ancien document historique que nous trouvons aux Archives départementales {Série H, p. 19) est l’acte de « Donation du duç de Bretagne Conan III, » daté de 1143, par lequel, en fondant l’abbaye de Buzay, il lui donnait, notamment, le droit exclusif de pêche à la seine dans le Lac de Grand-Lieu (1).

A partir du xvi^ siècle, l’histoire du lac est tout entière dans les tentatives d’amélioration du régime des eaux ou de dessèchement partiel qui se sont succédées pendant plus de quatre siècles.

Le défaut de pente dans le cours de l’émissaire, le refoulement produit par les marées de la Loire, les hauts fonds voisins de l’émissaire, l’apport progressif des alluvions formés dans les affluents, la végétation envahissante, conséquence de pareilles conditions, devaient forcément produire, surtout après la disparition des forêts de lisière, une élévation progressive de la cuvette du lac.

Aussi, dès' 1459, le duc de Bretagne François II, propose de faire écouler les eaux du lac et de le dessécher (2).

En 1506, on voulut en faire un bassin pour les vaisseaux de la marine royale qu’on y aurait conduits par un canal ouvert depuis Bourgneuf.

En 1559, Henri II donne des ordres pour' le dessèchement, ordres qui ne furent pas exécutés.

En 1572 et 1573, Charles IX, rappelant pareille ordonnance de François 1®^ (1534), ordonne l’évacuation du lac en y maintenant la navigation (3).

Plus près de nous, on trouve, aux Archives départementales de la Loire-Inférieure, des documents nombreux et des plus intéressants que nous avons énumérés à la bibliographie locale et qu’on verra souvent cités au cours de cette étude.

(1) « Ego Conanus Buzei insulam, ubi Abbatia sita est Dominium et omnis Generis Pisca

a turam Laci, qui Grandis Locus vocatur et ut Nemo in eamdem aquam, cum sagena, nisi- « ipsi Monachi aut per ipsos, Piscari, audeat concessi.

(2) Abbé Travers (Zoc. cit., T. 2 p. 77).

(3) Lettres patentes de Charles IX (lôld) Arch. dép. II: « ôter toutes les écluses et pêcheries

depuis l’embouchure du dit lac jusqu’à la rivière de Loire tellement que les eaues puissent

avoir libre cours » .

Page 1