‹ Le lac de Grand-LieuChapitre 21 sur 57 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

Le milieu aquatique détermine, chez les végétaux, des adaptations biologiques qui en modifient la structure.

Nous ne pouvons ici que résumer les particularités qui distinguent les hydrophytes des autres groupes écologiques, pour l’instruction de ceux de nos lecteurs qui ne sont pas versés dans les études de physiologie végétale.

ORGANES DE FIXATION. — Les racines sont peu développées ; elles sont souvent remplacées par de puissants rhizomes hypogés. Quelquefois réduites à des filaments sans contact avec le sol, 'délies n’ont pour objet que d’assurer l’équilibre (Lemna). Parfois même elles font complètement défaut : ces organismes navigants ont reçu le nom de Pleuston (1).

Les tissus de soutien sont peu développés, les tiges et les feuilles sont souvent minces et flasques (à l’exception de celles qui doivent lutter contre les vagues et les courants) (Nymphætum), le milieu aquatique constituant, par sa densité, un support naturel pour les Hydrophytes.

Les nombreuses lacunes du tissu cellulaire, forment des chambres à air qui, en diminuant la densité, servent de flotteurs ; ces lacunes peuvent, à certaines périodes de végétation, s’injecter de liquide ou se remplir d’air, ce qui permet à certaines parties du végétal de monter à la surface ou de descendre au fond.

ORGANES D’ASSIMILATION. — L’assimilation, dans les plantes submergées, a lieu par toute la surface et leurs feuilles peuvent parfois absorber les liquides et jouer en partie le rôle de racines {Batrachium, Ceratophyllum, Utricularia)^ ce qui explique la réduction du système radiculaire chez les Hydrophytes ; la coiffe, les poils absorbants, manquent souvent ; les vaisseaux conducteurs des liquides, moins nécessaires, sont par suite, moins nombreux ; on croit aujourd’hui que

(I)Shrôter et Kirchn., Zoc. cit. (de tt/ovo- — navigation; par opposition à Benthos, de — fond ; espèces fixées au fond, voir plus loin Chap . III).

certains appareils spéciaux (pièges des Sarracenia et des Dionæa, glandes des Drosera, utricules des Utricularia) sont des organes permettant à ces plantes d’acquérir un supplément de nourriture (1) (plantes carnivores). Ce qui est certain, c’est que le milieu aquatique ralentit la nutrition.

ORGANES DE RESPIRATION ET DE TRANSPIRATION. — Les feuilles sont souvent divisées en lanières nombreuses, quelquefois capillaires, analogues aux branchies des poissons (Warming) (2), à épiderme très mince ; cette adaptation a pour but de lutter contre la difficulté de se procurer l’oxygène, en augmentant la surface de contact avec l’eau, celle-ci étant plus riche en acide carbonique, mais plus pauvre en oxygène dissous, que l’air, et la diffusion de ces gaz, en eau tranquille, se faisant très lentement ; les nombreuses lacunes qui caractérisent la structure anatomique des Hydrophytes ont aussi pour objet de leur procurer de l’air.

Les feuilles submergées sont souvent, mais non constamment dépourvues de stomates ; les feuilles flottantes n’en ont ordinairement qu’à leur face supérieure qui est en contact avec l’air, tandis que chez les plantes aériennes, ces organes sont généralement plus nombreux à la^face inférieure des feuilles. La pauvreté ou l’absence de stomates s’explique, chez les Hydrophytes, par l’absence de transpiration et d’échange de gaz ; la surface entière de ces plantes, dans les parties submergées, absorbant et émettant de l’oxygène et de l’acide carbonique.

ORGANES DE REPRODUCTION. — La fécondation est parfois difficile : elle peut avoir lieu sous l’eau chez un certain nombre d’ Hydrophytes. Les plantes visitées et pollinées par les insectes sont plutôt rares : (Utricularia, Hydrocharis, Nymphæa, Hottonia); beaucoup d’insectes ne s’élèvent guère au-dessus de la surface de l’eau, sur laquelle ils courent. Quelques rares espèces sont diclines (dioïques ou monoïques) parfois dans la même espèce (Hydrocharis, Naias), la plupart sont hermaphrodites.

L’affaiblissement de la lumière, à une certaine profondeur, détermine la réduction des organes reproducteurs et le développement des organes végétatifs, mais ceux-ci s’allongent, souvent, comme chez les plantes d’ombre. Beaucoup d’espèces fructifient peu (Pleuston). Les fruits des plantes aquatiques présentent, d’une espèce à l’autre, une assez grande variété. (Ceratophyllum, Potamogeton, Batrachium, etc.)

(1) Voir: K. Goebel, loc. cit.,V. — Insektivoren.

(2) Ce genre de feuilles se retrouve chez plusieurs plantes de marais quand elles croissent en eau profonde; Œnantbe Pkellandrium ; Œ. fistulosa; Sium latifolium ; Nasturtium amphibium.

LES HYDROPHYTES

ORGANES DE MULTIPLICATION, D’EXTENSION.— La plupart des Hydrophytes sont des plantes vivaces, le plus souvent munies de puissants rhizomes hypogés s’étendant longuement dans la vase ; d’autres, émettent des stolons épigés d’une extrême longueur (Phragmites), ce qui explique leur caractère social, leur végétation envahissante, en groupes touffus couvrant souvent de vastes espaces. Beaucoup se multiplient très facilement par boutures naturelles (hibernacles), ou artificielles, résultant de la fragmentation causée par les poissons, les vagues, la navigation (Elodea, Potamogeton, etc.).

J’ai donné une attention particulière au système souterrain (1), si important chez les Hydrophytes, et si négligé dans les Flores où il est le plus souvent omis. La Flore de la Côte-d’Or m’a été, à ce point de vue, d’une très grande utilité (2). J’y ai fait de nombreux emprunts qu’il eût été parfois fastidieux de citer à chaque extrait, et, dans la plupart des cas, j’ai pu vérifier par moi-même les observations de l’auteur.

ORGANES DE PROTECTION. — Peut-être faut-il voir avec Magnin (/. c., p. 384), dans les mucilages, les poils des bourgeons et des jeunes pousses, une protection contre les animaux aquatiques.

ADAPTATIONS, POLYMORPHISME. — Les Hydrophytes constituent un excellent sujet d’étude en ce qui concerne la faculté que possèdent les végétaux de s’adapter au milieu qu’ils habitent, en modifiant leur structure et leurs organes lorsque ce milieu vient à changer. C’est ainsi qu’on voit, dans ce groupe, de nombreuses espèces amphibies présentant des formes terrestres et des formes aquatiques souvent très différentes. Certaines espèces produiront des feuilles flottantes une année, et n’en montreront pas l’année suivante, etc. Le polymorphisme des plantes aquatiques est très grand et rend souvent la distinction des espèces assez difficile. {Batrachium, Chara, etc.).

VARIATIONS SAISONNIÈRES. — Les variations saisonnières de la flore des lacs sont des plus intéiessantes pour le biologiste. Nous ne pouvons mieux faire, pour les deTTrire, que de reproduire ici, à l’exemple de Magnin, le remarquable tableau qu’en a fait Forel (loc. cit., t. HL p. 181), en ce qui concerne le Lac de Genève :

Les forêts de Potamots, Myriophylles, Ceratophylles, qui garnissent

(1) Nous y comprenons ici bien entendu les rhizomes, le plus souvent hypogés.

(2) Quelques explications sur le vocabulaire adopté dans l’ouvrage de Ch . Royer m’ont paru nécessaires, par exemple : Pseiidorrhizes : l’auteur appelle ainsi toute racine adventive, c. a. d. qui n’est pas formée par le pivot et l’axe hypocotylé des germinations . Toutes les monocotylédonées sont ainsi, pour lui, dépourvues de racines et n’ont que des Pseudorrhizes, — Stolon. Le stolon'cst d’après cet auteur, un rejet épigéet le Drag-eon un rejet hypogé.

la beine (1) limoneuse sont de végétation annuelle ; « à la fin de l’hiver, « la beine est presque absolument nue ; seuls, les taillis du Potamogeton a pectinatus et les buissons des Char a ont résisté; dans le sable, les « rhizomes, les racines souterraines des Phanérogames préparent la « poussée du printemps ; dans les parties de la beine qui ne sont pas « trop tourmentées par les vagues, on voit encore quelques feuilles « radicales de Myriophyllum et de Potamogeton crispas. Au mois de « mai, les plantes Phanérogames commencent à pousser ; aux mois de « juin et de juillet, les javas (2) se développent à l’envi, amènent bientôt « leur couronne à la surface ; elles fleurissent en juillet et août; en sep- « tembre, leurs rameaux entrelacés forment des fourrés presque inex- « tricables, dont les branches se brunissent sous la couche des Dia- (( tomées qui les envahit ; puis, devenues fragiles avec l’âge, elles se « brisent les unes après les autres, sous le choc des vagues. En octobre, « il y a destruction rapide et, pendant l’hiver, les tempêtes rompent, « détachent, dispersent au loin toute cette exubérance de frondaison « estivale. Dès le milieu de l’hiver, la beine est de nouveau une plaine « de sable déserte et sans végétation. »

Au sein d’un décor moins pompeux que celui du beau Léman, nous trouvons au Lac de Grand-Lieu, dans les grandes lignes, des scènes analogues,

AIRE GÉOGRAPHIQUE. — L’ aire géographique des plantes d’eau est très étendue, les conditions biologiques de la vie aquatique étant les mêmes sur de grandes surfaces, souvent très éloignées les unes des autres et le milieu aquatique uniformisant les conditions de température.

La propagation des Hydrophytes est favorisée par les oiseaux migrateurs. Mais leur grande abondance, dans les stations qu’ils habitent, est surtout la conséquence de leurs procédés nombreux et variés d’extension et de multiplication.

(1) Dans le véritable lac, à la suite de l’érosion du bord primitif, il s’est formé : 1° un nouveau bord plus abrupte : la Grève inondée ; 2° une surface à peu près horizontale ou faiblement inclinée : la Beine (Wyse des Allemands), dont une partie: beine d'alluvion, résulte des matériaux arrachés par l’érosion au bord primitif ; 3" le Mont, pente nouvelle formée par la beine d’alluvion (voir Magnin Zoc. cü., I, p. 9. fig 2.) Dans les lacs-étangs comme Grand-Lieu, il n’y a ni beine ni mont, la beine est ici remplacée par le Bas-Rivage).

(2) Les riv erains du Léman désignent sous le nom de Fava, pluriel Favas, les prairies de plantes aquatiques submergées,

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