‹ Le lac de Grand-LieuChapitre 22 sur 57 · INFLUENCE LOCALE DES FACTEURS · texte numérisé non relu

INFLUENCE LOCALE DES FACTEURS

LUMIÈRE. — Le peu de profondeur des eaux du lac permet une riche végétation. Pleuston et Benthos s’en accommodent. Cependant, dans le Benthos, le Groupe des Limnées tout entier recherche les zones les plus profondes. Ajoutons qu’on ne peut, ici, vu le défaut de profondeur, préciser les limites atteintes par les diverses Associations, comme Magnin a pu le faire pour les lacs du Jura.

CHALEUR. — « Toutes choses égales d’ailleurs, nous dit Dele- « BEGQUE, la quantité totale de chaleur emmagasinée dans un lac « variera d’autant moins que la profondeur du lac sera plus considé- « rable... A la surface, les écarts entre les températures extrêmes sont « d’autant plus grands que la profondeur est plus faible. » C’est ce que nos quelques expériences nous ont montré.

Le Lac de Grand-Lieu appartient à la classe des lacs tempérés à stratification alternante ; pendant le printemps, l’été et l’automne, les couches les plus chaudes sont à la surface, les plus froides au fond ; c’est le contraire en hiver.

La puissance d’absorption des gaz, par l’eau, diminuant avec l’augmentation de la température, on s’explique la rapide décomposition, dès la fin de l’été, des Myriophyllum et des Potamogeton, qui végètent à la surface surchauffée du lac.

VENT. — Il importe de distinguer l’action double des vents :

1° Sur la surface des eaux du lac ils produisent la houle.

Les vents dominants de la région W. sont souvent violents, en hiver, et la houle rend parfois impossible la navigation des bateaux de pêche, mais à cette saison les Hydrophytes, nous l’avons vu, sont soustraits à leur action. Il y a parfois, même en été, une assez forte houle pendant la période végétative : elle suffit pour éloigner, des régions du lac les plus exposées, le Nymphætum composé d’espèces à feuilles flottantes qui se relèvent sous l’action du vent (Nymphæa, Trapu, etc.) (Voir

Phot. No 12). Ces plantes se réfugient au-devant des Helophytes, (Scirpetum, Phragmitetum), dont les hautes tiges leur offrent un abri relatif.

D’après Max Millan (1), le Scirpus lacustris est l’espèce qui supporte le mieux la houle, le Phragmites commimis la supporterait moins bien et serait généralement protégé par une ceinture du premier dans les endroits où elle est forte: c’est en effet ce que nous voyons au lac, en g'^néral ; cependant les immenses plaines de Phragmites de l’embouchure de la Loire, jusqu’à Paimbœuf, s’accommodent du flot parfois violent et toujours intermittent de cette région. Equisetum limosum, d’après le même auteur, supporterait le flot intermittent ; il en est sûrement ainsi au lac où il est très abondant.

2° Sur les rives, le flot- produit des dépôts et le vent accumule les sédiments qu’il chasse parfois très-loin des bords.

La limite variable du flot d’hiver est souvent reconnaissable, au Lac de Grand-Lieu, même en été, par les détritus charriés par les eaux. Dans l’enquête de 1712, le propriétaire de L’Arsangle « demande indem- « nité pour le défaut de litières et bourrées que les eaux du lac lui « amènent tous les ans, au nombre de plus de cent charretées par an, « qui viennent des marais voisins et qui sont à l’opposite » (2).

Tout le rivage sablonneux de la côte orientale a été formé à la fois par l’action érosive des vagues, comme on peut le voir encore par les couches stratifiées de cailloux roulés, qui surmontent la tourbe au Moulin Vieux, (Voir Phot. N® 33) et par l’accumulation des sables soulevés par le vent en dunes, dont les derniers vestiges, qui figurent encore sur le plan de 1786, ont aujourd’hui disparu par suite de l’envahissement des cultures.

SOL. — Nous verrons plus loin que les sols sablonneux, caillouteux et vaseux, sont habités par des espèces différentes.

D’autre part, nous avons vu, plus haut que les dépôts minéraux ne contiennent pas de carbonate de chaux ; ils sont entièrement siliceux, ce qui pourrait expliquer l’abondance des Echinodorus ranunculoides, Littorella lacustris, Lùnosella aquatica, Myriophyllum alterniflorum, Elatine hexandra, Trapa natans, qui passent pour essentiellement calcifuges. Par contre, le beau développement du Characetum est remarquable et inattendu dans des eaux dépourvues de calcaire.

La transparence des eaux est liée à la nature des fonds, mais son influence sur la végétation a surtout pour cause l’action quelle exerce sur l’intensité de la lumière. La transparence paraît plutôt

(1) Max Millan, loc. cit., p. 1001 et suivantes.

(2) Arch. Départ. G. 115.

LES HYDROPHYTES

faible au lac, et la couleur jaune des eaux dénote une forte proportion de matières organiques dissoutes.

D’après Langeron (1), les espèces suivantes affectionneraient particulièrement les eaux limoneuses; on les trouve au lac. Ce sont: Irapa natans, Naias major, N. minor, Potamogeton crispas, P. natans, Heleocharis pahistris, H. acicalaris et toutes les Characées dont nous signalons plus loin la grande variété à rembouchure très envasée de la Boulogne. Mais les vases organiques, c’est-à-dire les vases noires, remplies de détritus où fourmillent certains animaux inférieurs sont dépourvues ou très pauvres en plantes. L’argile bleue du Cattegat est aussi stérile (2).

INFLUENCES MULTIPLES OU PEU CONNUES. — Un fait incontestable, au lac, est la préférence manifeste de certains groupes de plantes tout entiers, en particulier du Pleuston, pour les embouchures des affluents ; on est frappé, en outre, de la richesse et de la variété de la flore qui se développe sur ces points, spécialement en Characées.

Plusieurs causes peuvent justifier cette préférence; par exemple: U la profondeur qui est, généralement là, parmi les plus grandes du lac (surtout embouchure de l’Ognon) ; 2° le courant, plus sensible (quoique faible en été), que dans la cuvette du lac.

Nous croyons que cette seconde influence est prépondérante : le courant renouvelle l’oxygène et les aliments; il est possible aussi que l’eau des affluents soit plus riche en matières organiques assimilables. On sait combien la nutrition est difficile pour les plantes sans racines. '

Cependant le Pleuston recherche habituellement les eaux tranquilles et on ne s’expliquerait guère comment ces organismes flottants et leurs hibernacles ne sont pas balayés, en hiver, par le courant des rivières à régime torrentiel du Lac de Grand-Lieu, si l’on ne se souvenait que c’est surtout à la surface que ce courant se manifeste.

(1) Langeron, Zoc. cit.

(2) Warming, loc. cit. 3* Part. Chap. VU, p. 13?.

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