I. — PLEUSTON
Les plantes qui composent le Pleuston se distinguent par l’intensité de leur végétation. Elles forment, dans les eaux stagnantes, des amas très denses. Elles fructifient peu et se reproduisent surtout par scissiparité. L’axe principal se détruit et les fragments forment des boutures. Dès la fin de l’automne, toute trace de ces plantes a disparu dans les eaux : des bourgeons de multiplication, nés des tiges et des rameaux, seuls survivent. Devenus plus lourds par l’injection des lacunes intercellulaires, ces hihernacles tombent au fond de l’eau, où ils restent jusqu’au printemps ; alors, ils développent un ou deux bourgeons axillaires qui se ramifient abondamment ; puis, allégés par un commencement de résorption, ils remontent à la surface à l’état de touffes déjà très fournies.
Lemna minor L. — Vulg. Lentille d'eau, ainsi que les suivants.
Bords du lac, au printemps, au milieu des Myriophyllum.
Lemna gibba L.
La Boulogne {Cailleteau).
Lemna trisulca L.
cc. Embouchure de la Boulogne ! {Cailleteau) ; bords de l’Ognon près Pont-Saint-Martin (2) et ailleurs, dans le lac.
(1) Dans l’énumération des espèces, le degré de fréquence est indiqué par les abréviations ci-après : cc. = très commun ; c, = commim ; pc. = peu commun ; R. = rare ; rr. = très rare.
(2) Les localités non suivies du nom d’un botaniste ont été relevées par mol-méme. Le point d’exclamation ( ! ) indique que j’ai vérifié la localité.
LES HYDROPHYTES
Lemna polyrhiza L.
Bords de l’Ognon, de la Boulogne, etc.
Lemna arhiza L. Willd.
Avec le précédent sur les eaux d’une fondrière, entre les Levis de Saint-Lumine.
ScHRôTER (1) ne croit pas que ces délicates petites plantes soient des habitants normaux des lacs, il ne les trouve, au Lac de Constance, qu’à l’abri ùxx Phragmitetum et très parcimonieusement répandues ; Magnin n’a trouvé aucun Lemna dans les 66 lacs du Jura étudiés par lui. On voit qu’à Grand- Lieu, malgré des conditions qui semblent plus favorables, ils n’ont été trouvés que dans les affluents ou aux bords du lac, à l’abri des P/zraÿmites et non dans la zone centrale.
Ces plantes fructifient très peu. Bien qu’elles soient notées comme annuelles dans la plupart des flores, elles sont, d’après Royer, éminemment vivaces, car elles possèdent d’abondants bourgeons de remplacement et de -multiplication dans leurs jeunes frondes, qui tombent au fond de l’eau à la fin de l’automne.
Dans le Lemna trisulca, il se forme d’après Clavaud (2), dans les frondes, des raphides d’oxalate de chaux dont le poids, s’augmentant sans cesse, entraîne la plante au fond de l’eau. Au printemps, la résorption de ces raphides lui permet de s’élever jusqu’à la surface, après être restée suspendue, à diverses hauteurs au sein de l’eau.
Royer croit que la gibbosité des feuilles, à la face inférieure, dans le Lemna gibba est due à l’élévation prolongée de la température de l’eau, en été. Dès septembre, la gibbosité disparaîtrait chez les individus cultivés ; elle n’existe pas dans les jeunes frondes ; néanmoins, même après l’effacement de la gibbosité, la fronde reste plus épaisse que celle de L. minor (3). (A vérifier).
Hydrocharis Morsus-ranæ L.
Habite surtout le bord des rivières, des petits canaux, au-devant du Phragmitetum où il pénètre et s’enracine parfois, dans les eaux peu profondes (0, 30 cent.). La Boulogne, l’Ognon, le canal de l’Acheneau, etc., etc.
Dioïque, parfois polygame, il fructifie peu (4), quoique polliné par les insectes, d’après Warming. Les rosettes de feuilles émettent des stolons qui sont eux-mêmes plusieurs fois stolonifères, ce qui produit un réseau enchevêtré.
Ceratophyllum demersum L.
Cette espèce, extrêmement abondante au lac, y fructifie très rarement : elle peut s’y observer à des profondeurs très variables, en été
(1) ScHRôTER et Kirchn., Zoc. ciZ., pp. 16 et 62.
(2) Clavaud, AcZ. soc. lin. Bordeaux 1877. 3® liv. p. 309 et suiv.
(3) Royer, Zoc. ci/., p. 514.
(4) Parlatorf. Zoc. cit., p. 526.
(depuis 0,50 cent., dans les petits canaux, jusqu’à 1 m. 75 et plus, aux embouchures des affluents où elle pullule). Dans cette saison, la transparence est suffisante pour permettre d’apercevoir, comme dans un aquarium, avec des fonds de 0,75 c. à 1 mètre, le tapis velouté formé par le Ceratophyllum, sur lequel se détachent les fines ramifications des Characées avec leurs anthéridies d’un rouge vif, les touffes d’un vert plus gai de 1’ « herbe qui pique » (Naias major), et, plus rarement, les lanières mouvantes des Potamogeton acutifoliiis et ohtiisifolius, avec, çà et là, les curieuses feuilles primordiales submergées, translucides, du Nymphæa alba (1), aux colorations parfois étranges et les étoiles nacrées du Nüellopsis stelligera, le tout offrant un ensemble vraiment ravissant.
La fécondation de cette plante monoïque a été décrite par P. Roze (2) : les anthères montent à la surface de l’eau après s’être détachées du filet et le pollen tombe en pluie légère sur la fleur femelle, submergée. La difficulté de l’opération explique la stérilité habituelle, compensée par une abondante multiplication par boutures. D’après Magnin, dans les lacs du Jura, cette plante préfère les eaux froides des lacs profonds, où elle peut vivre à de grandes profondeurs.
A rechercher: le rare Ceratophyllum submersum i.. et les curieuses formes notées par Lloyd (3) : C. pentacanthum Haynald et C. platyacanthum Chamisso, réunies par l’auteur de la Flore de l’Ouest sous le nom de C. notacanthum. Ces formes préfèrent «les eaux claires non courantes, où elles montrent des touffes denses, dont les sommités des rameaux émergent un peu. »
Utricularia vulgaris L.
Même habitat que V Hydrocharis, avec lequel il croît souvent, surtout au bord des affluents, ou au-devant et à l’abri du Phragmitetum dans le lac.
Pédoncule d’un rouge- ùr un luisant. Corolle à lèvre inférieure recourbée par les bords, la supérieure entière égalant le palais étroit.
Utricularia neglecta Lehm.
Paraît plus abondant que le précédent dans la région. Croît aux mêmes lieux.
Pédoncule rouge-pd/e, beaucoup plus grêle ; feuilles moins grandes. Corolle à lèvre inférieure large, étalée, plane, la supérieure dépassant 1/2 fois le palais, large, proéminent, à deux bosses parallèles.
Contrairement aux diagnoses de Koch {Syn. flor. Ger/nanzcæ), j’ai toujours trouvé les anthères libres, quoique conniventes, dans les deux espèces.
(1) Voir PL IV.
(2) P. Roze. — Zoc. cit., p. 361.
^3) Lloyd. — Zoc. cil., U-, P- 308-