‹ Le lac de Grand-LieuChapitre 7 sur 57 · TOPOGRAPHIE · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE

Le Lac de Grand-Lieu est situé par 4^2 longitude W. et 47o6 latitude N., à 13 kilomètres de Nantes.

Il affecte la forme d’un losange dont le grand axe (N, -S.) a 9 kilomètres de long et le petit axe (E.-W.) 7 kilomètres. Son périmètre est de 29 kilomètres 240 mètres (1).

La pente des rives est extrêmement faible ; elle ne dépasse guère 10 mètres d’altitude et, lorsque le lac sort de son lit, il les couvre, par endroits de plus de 2 mètres d’eau (2). Ces rives sont plates et les bords ne présentent pas les talus d’érosion caractéristiques des véritables lacs : il n’y a ni beine ni mont ; c’est un Lac-étang (3).

De petites collines atteignant au maximum 50 mètres d’altitude aux Troissards, à 4 kilomètres du marais de Saint-Lumine, contribuent, malgré leur peu d’élé’^^ation, à abriter la côte occidentale des vents dominants du S. W.

Le bassin se compose de deux parties : 1® la superficie, plus ou moins inondée pendant presque toute l’année, variant ' de 3300 à 4000 hectares, suivant l’étiage (4); 2° 4000 hectares de marais et prairies (5), situés sur les bords du lac et de ses affluents, à peine plus élevés que le lac lui-même, mais graduellement soustraits à l’immersion complète, à partir du mois de février par suite du barrage-éclusé de Buzay, établi dans la partie inférieure de l’émissaire et dont le fonctionnement est décrit plus loin (Chapitre IV).

Notre étude comprend le lac et ses rives, avec les marais qui en dépendent, le cours inférieur des affluents (non compris le Tenu ni l’émissaire : l’Acheneau) et une étroite ceinture : Ancien Rivage, aujourd’hui soustraite, d’ordinaire, à l’inondation, en toute saison.

Pour faciliter les descriptions nous désignerons sous le nom de Rive occidentale, le rivage compris entre l’Acheneau et la Boulogne et par Rive orientale, celui qui s’étend depuis cette dernière rivière jusqu’au village de l’Etier près Bouaye. Cette division correspond à deux zones de végétation très bien déterminées.

(1) Guichard, lot.cit., p. 3.

(2) Orieux, loc. cit. p. 124.

(3) Voir Magnin, loc. cit., I, p. 10 (fig. 3) et p. 358 et 394. •

(4) Note de M. l’Ingénieur Dugardin avec ce correctif ; « ces chiffres ont été admis autrefois ils ont dû être modifiés depuis par le colmatage ».

(5) Noir : Un riverain du Lac e\c. , 1860 et Examen du projet de dessèchement etc., broch. anonymes. Nantes, sans nom d’imprimeur.

La carte ci-jointe, dressée par F. Guichard, agent-voyer de l^e classe en 1887, donne les profondeurs d’eau à la fin de juin de chaque année. Elles sont aujourd’hui un peu trop élevées. J’y ai ajouté quelques cotes de profondeur relevées par moi récemment, |en Juillet, Août et Septembre.

Les progrès du colmatage et la diminution des eaux, dans le cours de près de deux siècles, sont mis en évidence par les profondeurs relevées dans le Procès-Verbal de M. de Boussineau, Procureur du Roi, lors de l’enquête du 6 juin 1712, document dans lequel cette année-là est dite très sèche.

En raison de l’intérêt que présente ce document rétrospectif nous reproduisons les passages suivants :

Mercredi 8 juin t712.

« Les bateliers nous auraient conduits et menés le long dudit àche- « neau ou écours du Lac de Grand-Lieu jusqu’à l’entrée d’icelui, « faisant autour d’une lieue, dans la distance et écours duquel avons

« vu le nombre de huit écluses et qu’il y a dans tout l’écours 7 à

« 8 pieds d’eau (1) et plus, fors à l’embouchure de la petite rivière « qui vient de Saint-Mesme, à laquelle embouchure il se trouve une « espèce de barre, ou grève de sable, qui traverse ledit acheneau, « sur laquelle grève il ne s’est trouvé que quatre pieds et demi à « 5 pieds d’eau, dans la longueur de 200 pas

De l’entrée de l’acheneau à Saint-Aignan, avons trouvé, en plusieurs endroits, 5, 6, 7 et 8 pieds d’eau.

Jeudi 9 juin 1712.

« Entré à Pont-St-Martin dans le bateau et fait route vers

« la Chevrollière (sic), côtoyant les marais de l’un et l’autre côté de la « rivière de l’Oignon (sic), dégorgeant dans le Lac de Grand-Lieu,

« le long desquelles côtes et rives avons remarqué que les marais et « terrains marécageux, sur lesquels il y a un pied et un pied et « demi d’eau, au dessus de laquelle l’herbe surmonte, et en d’autres « endroits, un peu moins d’eau, et dans d’autres de la rouche et « roseaux, qui sont fauchables les années sèches, et aurions mis à « terre, dans une anse, au-dessus du village de Pacé (sic) peu éloi- « gné du bourg de la Chevrollière ou étant rendus après avoir « trouvé 8 et 9 pieds le long de la rivière l’Oignon, pour ledit Rous- « sel l’avoir sondé en notre présence, en différents endroits.

De Pont-Saint-Martin :

« Embarqués dans le bateau ; nous aurions fait voile sur le Lac ;

« et icelui traversé pour nous rendre à St-Philbert, et y faisant « route, et fait sonder par ledit Roussel s’est trouvé par où nous

(1) Le Pied de roi était de 0“324839, • . . ,

GÉOGRAPHIE LACUSTRE

« avons passé : 7, 8, 9, 10 et 11 pieds, et en entrant dans l’écours « dudit St-Philbert, y avons trouvé 9, 10, 11 à 12 pieds d’eau, où « nous serions arrivés à une heure de l’après-midi ».

J’ai reporté sur la carte, à l’encre rouge, certains noms de lieux qui figurent sur le plan de 1786 et ne se retrouvent pas sur les cartes de nos jours. Ce plan est accompagné de la note suivante :

« Ayant fait les opérations d’ Arpentage de toute la surface du Lac, « elle s’est trouvée contenir 7779 journaux, 62 cordes et 13/16«‘ de corde, « mesure de Bretagne, le journal de 80 cordes et la corde linéaire de 24 «pieds ou 6223 arpents, 82 percheset 13/16® de perche, mesure de Paris, « l’arpent de 100 perches et la perche linéaire de 24 pieds. »

L’examen de la carte fera saisir immédiatement les différences de configuration entre les deux rives : l’une occidentale, entièrement colmatée, l’autre orientale, profondément découpée en pointes et en baies, jadis très distinctes, aujourd’hui se colmatant de plus en plus.

Page 1